DE LA PLURALITÉ DBS CAUSES ET DU MÉLANGE DES EFFETS. A
de noter une circonstance commune dans tous les cas où l'effet apparaît; qu'on peut éliminer tous les antécédents; qu'aucun n'est présent dans tous les cas, aucun indispensable à l'effet. Cependant, un examen plus attentif fait voir que si tel antécédent déterminé n'est pas toujours présent, il y en a plusieurs qui, tantôt l'un, tantôt l'autre, le sont toujours. Si, en poursuivant l'analyse, on peut découvrirdans ces derniers quelque élément commun, on se trouve à même de remonter à quelque cause unique qui est la circonstance réellement efficace dans tous. C'est ainsi qu'on pense aujourd'hui que dans la production de la chaleur par le frottement, la percussion, l'action chimique, etc., il n'y a qu'une seule et même source. Mais si, comme il arrive ordinairement, on ne peut pas faire ce dernier pas, il faut considérer les divers antécédents comme des causes distinctes, dont chacune suffit par elle-même pour produire l'effet.
Nous terminerons ici nos remarques sur la Plurahté des Causes, et nous passerons à la queslion plus spéciale et plus complexe du Mélange des Effets et de l'interférence des causes entre elles, circonstances qui sont la principale source de la comphcation et de la difficulté de l'étude de la nature ; et auxquelles les quatre seules méthodes possibles d'investigation directement inductive sont le plus souvent, comme on va le voir, complètement incapable de faire face. La Déduction est le seul instrument propre à débrouiller les intrications qui en résultent, les quatre méthodes n'ayant guère d'autre office possible que de fournir des prémisses et des moyens de vérification pour les déductions.
§ h. —Le concours de deux causes ou plus ne produisant pas chacune séparément son effet propre, mais entremêlant ou modihant réciproquement leurs effets, a lieu, comme on l'a expliqué déjà, de deux manières différentes. Dans l'une, dont on a l'exemple en mécanique dans l'action combinée de plusieurs forces, les effets séparés de toutes les causes continuent de se produire, mais sont combinés l'un avec l'autre et disparaissent confondus dans l'effet total.
492 DE L'INDUCTION
Dans Tautre, qui paraît surtout dans Taction chimique, jes eflets séparés cessent complètement et sont remplacés par des phénomènes entièrement différents et régis par des lois différentes.
De ces deux cas, le premier est de beaucoup le plus fréquent, etc*est celui qui, en majeure partie, échappe à l'étreinte de nos méthodes expérimentales. Le second, qui est exceptionnel, s'y laisse facilement ramener. Lorsque les lois des agents primitifs cessent complètement et qu'il se manifeste un phénomène tout à fait hétérogène (par exemple, deux substances gazeuses, Fhydrogène et l'oxygène, mises ensemble, perdent leurs propriétés originelles et produisent la substance appelée eau), le fait nouveau peut, dans ces cas, être soumis à l'expérimentation comme tout autre phénomène ; et les éléments qu'on dit ses composants peuvent être considérés simplement comme les agents de sa production, comme des conditions de sa manifestation, comme des faits qui complètent sa cause.
Les effets du nouveau phénomène (les propriétés de l'eau, par exemple), l'expérimentation les découvre aussi facilement que les effets de toute autre cause. Mais la détermination de sa cause, c'est-à-dire de la combinaison particulière des agents dont il résulte, est souvent assez difllcile. Et d'abord, l'origine et la production actuelle du phénomène sont le plus souvent inaccessibles à l'observation. Si nous n'avions pu connaître la composition de l'eau qu'en rencontrant les cas où elle se forme de l'oxygène et de l'hydrogène, nous aurions été forcés d'attendreque l'idée vînt par hasard à quelqu'un de faire passer une étincelle électrique au travers d'un mélange des deux gaz, ou d'y plonger une chandelle allumée uniquement pour voir ce qui arriverait. En outre, beaucoup de substances, bien que décomposables, ne peuvent être recomposées par aucun moyen artificiel connu. Bien plus, lors même que nous aurions constaté, par la Méthode de Concordance, que l'hydrogène et l'oxygène étaient présents quand l'eau s'est produite, aucune expérience sur Foxygène et sur l'hydrogène séparés, ni rien de ce qu'on