GALILÉE
Vlèle BarrioU,
Wallis Fermât.
Clairaat Poimot,
Euler Mongt,
D'Alembert. . . Daniel BemouUi,
Ugrange Joteph Fourier.
NBWTOVI.
Seheele, Davy,
BergnaoD
-^riesUey
CaTenflnVih
Gujum-llonreau Geoffroff,
BeriboUet.
Benéliui ^Hier,
LAVOI8IER.
Hanrej. . .
BoërbaaYe.
Linné. • .
Haller. . .
Lamarck. • Broussais .
Ch. BeU, . . Stahl,
Bernard de Juiêieu.
. , . . Hcq'^Jzyr,
BUimvUle,
tÊorgagni.
Jg
P,ris. — Imprimé par E. Thnnot et C, nie Racine , W.
fournir des type$ de conduite , qui ne pourront se multiplier assez que dans l'état normal , mais à ramener des âmes anarcbiques à la subordination envers le passé par la glorification concrète des progrès accomplis. Quoique une telle liste doive , après la transition , servir toujours pour le choix des prénoms , quand elle aura reçu Feitension convenable , cette destination ne cessera jamais d'exiger Tintervention du sacerdoce , afln d'éviter un vicieux patronage. Même en classant les types in* tellectuelSy j'ai dû quelquefois subordonner la valeur personnelle aux résultats effectifs, qui dépendent surtout de la situation historique , favorable à certaines vocations et contraire à d'autres. Des six penseurs rangés sous Bacon , trois lui furent , à mes yeux 5 supérieurs, quoique cette prééminence n'ait pu se développer assez pour leur permettre de seconder autant l'évolution mentale : un pareil contraste existe entre Lagrange et Newton.
Tel est l'esprit suivant lequel il convient d'étudier et d'enseigner le tableau ci-joint {F oyez, ci-contrey le doMe tableau By B'), qui résume toute la commémoration. Quoique consacrée surtout à l'immense transition qui devait conduire l'Occident de la théocratie à la soclocratie , il peut être aujourd'hui regardé comme représentant l'ensemble de la préparation humaine , dont cette évolution fournit le dénoûmenL L'instinct de continuité ne fut réellement altéré que pendant ces trente siècles, que le positivisme termine en ralliant les occidentaux , de plus en plus révolutionnaires, à l'attitude normale des tbéocrates et des fétichistes , afin d'instituer l'association universelle. Outre que la construction générale 4u calendrier historique Indique une desthaation purement provisoire , sa composition spéciale annonce directement le prochain avènement du culte normal, d'après la nature abstraite des deux célébrations finales. Car le dernier jour de chaque année et le jour additionne) des années
bissextiles reproduisent ici les fêtes extrêmes du tableau sociolâtrique.
Je suis ainsi conduit à compléter cette explication par deux éclaircissements , sans lesquels cet état du culte de transition ne serait pas nettement comparable aux cinq éditions antérieures, Y compris l'annexe du catéchisme positiviste.
Il faut rejeter le spécieux projet qu*une bienveillance imméritée me disposa trop à recommander envers la consécration des différents jours de la semaine aux divers liens fondamentaux. Outre qu'un tel mode ne saurait convenir à Tétat normal, où cet office appartient aux mois^ il serait inutile pendant la transition , naturellement bornée aux fêtes publiques ; l'adoration intime et les sacrements domestiques ayant atteint déjà leur état définitif. La tentative avortée ne laissera d'autre trace que la touchante série de prières dont elle fournit l'occasion au cœur d*un vrai positiviste , qui, les dégageant d'une vicieuse solidarité, les désignera d'après leurs destinations, en respectant les noms antiques.
Une explication plus importante concerne la Fête des réprouvés y qui, de mon discours préliminaire, passa dans toutes les éditions de mon calendrier, à travers mes cours oraux. Après une modification décisive, suggérée par une réclamation féminine , les dignes remontrances d'un positiviste britannique m'ont suscité des réflexions qui me déterminent à supprimer entièrement l'institution projetée. J'avais assez apprécié sa nature exceptionnelle pour restreindre toujours une telle fête aux quatre premières années bissextiles de la transition organique. Mais un meilleur examen des motifs que j'assignais à cette restriction m'a conduit à ne jamais détourner le jour additionnel de sa destination normale , ci-dessus rappelée. Ayant reconnu le danger de cultiver régulièrement les sentiments haineux , même quand l'indignation est la plus légitime , il faut surtout
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éviter de les stimuler dans un milieu critique, où le positivisme vient réorganiser la vénération. Envers des chefs dont les torts provinrent principalement d'un besoin déréglé de célébrité , le silence constitue la meilleure punition , complétée par le contraste des dignes types. Toute solennité spécialement destinée à réprouver exposerait un public incompétent à faire une vicieuse application des principes de condamnation qu'on serait ainsi forcé de proclamer.
La nature des types propres à la majeure partie du calendrier historique doit conduire le sacerdoce régénérateur à compléter cette institution en proposant un système de lectures en harmonie avec la transition organique. Car, la plupart des célébrations concernant des poëtes, des philosophes^ ou des savants, le public ne peut les glorifier sans vouloir connaître leurs ouvrages, qui pourtant ne sauraient tous lui convenir.. D'une autre part, il doit ainsi présumer que les auteurs exclus du culte provisoire ne méritent jamais d*êtrc lus , ce qui serait souvent injuste et quelquefois nuisible. Pour éviter des lectures déplacées et des lacunes fâcheuses, il faut donc régler un penchant, devenu non moins abusif qu'universel, en complétant le tableau de l'ensemble des Ulustrations personnelles par celui des écrits dignes de survivre. Tel est l'objet de l'appendice propre; au volume que j'achève : il reproduit , avec quelques modifications, le catalogue déjà joint à la préface du catéchisme positiviste, après une édition séparée en octobre 1851.
Dans cette collection provisoire de cent cinquante volumes plus ou moins usuels ^ qui prépare la condensation normale du trésor intellectuel en cent tomes systématiques, il faut distmguer les lectures poétiques et morales , seules susceptibles de devenir habituelles. En s'y bornant aux vrais chefe-d'œuvre, la transition organique se trouvera partout secondée d'après un commerce familier avec les meilleurs types de la préparation
humaine. Une expérience décisive me conduit à recommander surtout la lecture quotidienne de la sublime ébauche d'A'Kempis et de Tincomparable épopée de Dante. Plus de sept ans se sont écoulés depuis que je lis chaque matin un chapitre de Tun et chaque soir un chant de Tautre, sans que Je cesse d*y trouver des charmes auparavant inaperçus, et d*en retirer de nouveaux fruits, intellectuels ou moraux. Outre l'aptitude positive d*une telle coutume , qui rappelle toujours le principal objet de la méditation humaine, elle comporte une efficacité négative, en détournant des lectures inutiles ou vicieuses, dont elle fournit le meilleur correctif. Jusqu'à ce que le positivisme accomplisse, en invoquant THumanité, la synthèse morale et poétique ébauchée par le catholicisme au nom de Dieu , le mystique résumé du moyen âge nous servira de guide journalier pour étudier et perfectionner notre nature. Indépendamment de la valeur monumentale qu'elle doit offrir à nos plus lointains successeurs, cette composition sans exemple, dont je me félicite d'avoir déjà propagé Tusage chez les vrais croyants, est actuellement rangée parmi nos livres sacrés.
En considérant le catalogue positiviste comme le complément naturel du calendrier historique , on remploie et Tapprécie suivant Tesprit synthétique, le caractère dynamique , et la destination provisoire du principal tableau. Pareillement propres à l'Occident , ces deux listes transitoires ont un égal besoin <1*être épurées et complétées pour comporter un usage universel et déOnitif. Toutes deux s adressant à des âmes privées de discipline intellectuelle et morale , il faut juger leur eilicacité, non d'après les résultats partiels, mais par Tensemble des impressions synthétiques et sympathiques que suscite leur application habituelle. Leur office envers la transition leur procurera, dans Téiat normal, une efficacité secondaire, quand les fonctions sacerdotales qu'elles ébauchent se trouveront plel-
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Dément régularisées Alors le caialnguc modifié continuera de guider les lectures universelles , et le calendrier complété servira toujours de base pour le choix des prénoms positivistes.
Telle est la double institution d'après laquelle le sacerdoce de l'Humanité fondera son ascendant sur les vivants en Jugeant les morts pendant la première pbase de la transition organique. Ce libre office , que tout doit seconder, et que rien ne peut empêcher, a précédé Tavénement de la dictature qui constitue ia condition temporelle de son efficacité sociale. Il se développera dès que la liberté spirituelle sera suffisamment établie, sans attendre le triple complément qui doit la garantir de toute rétrogradation. Néanmoins, l'influence régénératrice du clergé positif ne pourra s'exercer directement que quand Tattiti^de officielle deviendra pleinement conforme à la situation réelle , en dis^pant le mensonge qui consacre trois pouvoirs spirituels dans une société sceptique. Mais, aussitôt que la suppression totale du budget théorique, théologique, métaphysique, et scientifique , permettra d'apprécier le besoin continu de réorganisation spirituelle , la Religion de l'Humanité fera partout sentir son aptitude à terminer la grande crise. En posant irrévocablement le problème fondamental , cet affranchissement nécessaire peut seul fournir aussi les moyens de développer la solution décisive d'après l'essor public du culte positif, aiijourd'hui dépourvu des ressources matérielles que la loi r^erve aux fois déchues. Quoique l'abolition du budget ecclésiastique doive toujours respecter les édifices catholiques, leur désertion spontanée , à mesure que se dévoilera la désuétude réelle des croyances arriérées, procurera paisiblement au positivisme quelques temples dignes du Grand-Être.
Naturellement consacrée au culte, dont Tavénement précédera celui du dogme et surtout du régime , la première phcise
de la transition organique en instituera > sur une échelle quelconque , les trois modes ou degrés essentiels. Déjà Tadoration intime^ et même les sacrements sociaux ^ ont irrévocablement surgi chez les vrais croyants, parce que leur essor exige seulement des conversions privées, sans dépendre de la situation publique. A mesure que le régUne dictatorial fera partout sentir le besoin de réorganisation morale , les âmes flottantes ou flétries viendront demander au culte de F Humanité des consolations et des garanties que les croyances caduques ne peuvent plus leur procurer. Ce besoin se développera surtout pour les liens domestiques, et principalement envers Tunion fondamentale, où Fimpuissance théologiqae dévoile TinsufiQsance civique. Quelques exemples décisifs ont déjà prouvé que les tendres couples, sentant dignement les lacunes morales d'un milieu sceptique , sont disposés à consolider leur nœud par le libre engagement d'un éternel veuvage, incompatible avec les cultes déchus.
Vu la prochaine extension du mariage positiviste, je dois ici résoudre une difficulté spéciale, sur laquelle je fus souvent consulté , quant aux unions mixtes , qui , finalement étrangères à l'état normal, prévaudront pendant la transition organique. Le positivisme peut seul les consacrer sans inconséquence, d'après son caractère toujours relatif, qui lui permet d'envisager toutes les croyances antérieures comme autant de préparations pour démontrable. Il fera concourir ces liens à la digne proion du culte universel, tant chez les polythéistes , et même ichistes, que parmi les divers monothéistes, le fusion exige deux conditions générales, afin de ne ja« itérer le juste ascendant de la religion finale par une tensans issue , souvent dégénérée en lutte permanente. Il Lvant tout , restreindre l'espoir de conversion au sexe le iodifiable , chez lequel l'attachement aux anciens cultes
mérite le plus de respect, comme déterminé surtout par les besoins du cœur, malgré les instigations de Tesprit. Quoique le positivisme doive, mieux que le catholicisme, utiliser Tinfluence féminine, il maintiendra davantage la dignité masculine, en ne confiant qu*à Tépoux un office didactique qui ne convient point à répouse. L'harmonie conjugale se trouverait gravement compromise si la femme attendait du mariage la conversion qu'elle n'aurait pu préalablement déterminer. Mais Thomme doit ordinairement espérer d'amener graduellement à la foi positive une compagne naturellement disposée à recevoir dignement l'initiation mentale, et surtout à sentir convenablement la supériorité morale de la vraie religion.
Ainsi conçu, le mariage mixte est permis à tout positiviste assez affranchi des religions antérieures pour participer passivement à leurs cérémonies quelconques, sans aucune adhésion mensongère. J'ai plusieurs fois engagé de vrais croyants à donner librement ce juste témoignage de déférence personnelle et de respect civique. Mais , d'après cette initiative de Tbomme, la femme doit toujours accorder une réciprocité suffisante, en consentant à contracter, dans le temple de l'Humanité, l'engagement solennel du veuvage positiviste. Ce degré d'adhésion à la religion universelle permet déjà l'harmonie conjugale, et laisse bientôt espérer une conversion décisive, où le cœur aidera l'esprit à sentir l'indivisibilité de la vraie foi. Si la femme refusait une telle concession, le sacerdoce ne pourrait accorder le mariage , et l'homme devrait l'ajourner jusqu'à ce que la condition fût remplie, afin de ne pas susciter une lutte incertahie, aussi contraire au bonheur qu'à la dignité. Dans la situation occidentale, où l'ancienne foi ne peut réellement inspirer aucun fanatisme , cette obstination annoncerait l'espoir d'une vicieuse domination, mal dissimulé sous l'impossibilité de renoncer au culte antérieur. Illusoire pour des monothéistes.
dont certains ancêtres durent abandonner la religion de leurs pères, ce motif ne devient vraiment respectable que chex des femmes polythéistes ou fétichistes « parmi lesquelles le Teuvage positiviste sera toujours accueilli.
Sous quelque mode que s'accomplisse le mariage mixte^ Une doit Jamais altérer la règle positiviste qui confle à la mère la surintendance de l'éducation des enfants quelconques. Une croyance arriérée n'empêche pas l'épouse d'être , en vertu de sa prééminence morale, plus propre que l'époux à diriger l'initiation domestique , et même à surveiller l'instruction publique, afin d'y subordonner l'esprit au cœur. Tout vrai positiviste respectera toujours cette attribution, soit d'après une saine appréciation du véritable office de l'intelligence dans la préparation humaine, soit parce qu'il sent assez la supériorité de sa propre foi pour espérer qu'elle finira par prévaloir spontanément.
Les deux premiers degrés du culte de l'Humanité doivent donc recevoir aujourd hut leur institution normale, envers laquelle le milieu peut seulement entraver ou seconder un essor Indépendant de lui. Mais il n'en est plus ainsi pour le système des fêtes publiques , sans lequel la foi positive ne saurait assez développer son office social , ni même consolider pleinement son efficacité personnelle et domestique. Un tel complément exige des conversions plus profondes et plus nombreuses que n'en comporte l'ensemble de la transition organique. Je me stiis ainsi trouvé conduit à construire, pour la préparation finale, un culte public qui lui fût spécialement adapté, sans aspirer à d'autres résultats que de développer les tendances synthétiques et sympathiques en instituant la continuité fondamentale. Toutefois, le système de fêles organisé par le calendrier occidental aboutit à deux célébrations qui, d'après letir nature abstraite, indiquent le culte normal.
Pour que cette indication devienne suffisante. Il Aut y J<y!tidre
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deux types coDoexes, Tan pleinement conforme au tableau socioiâtrique, Tautre où le mélange nécessaire de dispositions transitoires n'empêche pas d'apprécier l'état final , et même le lie mieux au passé. Le premier complément n'exige point d'explication ici^ puisqu'il consiste à célébrer immédiatement la fête fondamentale du Grand-Être, assez caractérisée au second chapitre du volume que j'achève. Elle est tellement opportune que Je la proposai; dès 1848 ^ dans l'édition spéciale de mon discours préliminaire 9 d'après mon cours public de iSUl, avec un succès constaté par des manifestations de plus en plus décisives^ où manque seulement la publicité. Depuis sept ans, les vrais croyants inaugurent l'année positiviste en venant librement offrir un hommage collectif au fondateur de la religion de l'Humanité, devenu pour eux l'interprète systématique du Grand- Être. Bientôt complétée parla digne participation des femmes, cette reconstruction spontanée de la seule fête universelle que comporte Fanarchie moderne se trouvera transformée en une solennité décisive quand elle pourra s'accomplir dans un temple public.
Envers le second complément, une explication spéciale devient maintenant indispensable. Il consiste à fonder l'adoration coUective.des représentants du Grand-Être , en instituant le culte abstrait de la Femme , par la fête publique de la Vierge-Mère, où la transition organique s'incorporera le meilleur résumé du moyen âge. En conservant le jour catholique d'une telle célébration, les vrais croyants feront spontanément sentir à leurs frères arriérés l'aptitude caractéristique de la religion relative à maintenir et développer tous les germes émanés des fois absolues. La sociolâtrie y conciliera les trois monothéismes en montrant aux cœurs chrétiens le fondateur de l'islamisme choisissant la juive exceptionnelle pour principal type du sexe dont 11 ébaucha le digne culte. Ainsi se trouvera complétée , vers le
milieu de Tannée, la célébration qui caractérise son début, quand rapplication solennelle du calendrier historique aura fait assez apprécier la Vierge-Mère comme idéalisation spontanée de l'Humanité.
Je dois utiliser cette convexité pour introduire un dernier éclaircissement envers Futopie féminine, incorporée à toutes les parties de ce volume , et surtout caractérisée par le chapitre précédent.
On ne peut dignement instituer le culte du sexe aimant tant que la maternité reste incompatible avec la pureté. C'est pourquoi la chevalerie accueillit et développa la fiction catholique où l'idéalité suppléait aux imperfections de la réalité. Pour sentir combien l'incomparable suavité du type mystique de la femme est due davantage à la tendresse féodale qu'à la foi chrétienne, il suffit de comparer son essor occidental avec son avortement byzantin, malgré Tidentité dogmatique. Loin d'annoncer l'ascendant universel du catholicisme ^ le culte des croisés indiquait l'épuisement intérieur du monothéisme européen, où la Vierge tendit dès lors à remplacer Dieu , qu'elle a radicalement supplanté chez les catholiques méridionaux. Un tel antagonisme devient irrécusable en remarquant la coïncidence croissante entre l'avènement social du mystère féminin et la décadence mentale du sacrement eucharistique , où consistait le véritable résumé de la religion de Saint-Paul. Pendant le siècle qui précéda les croisades, cette croyance suscita l'explosion décisive des doutes toujours développés depuis à mesure que les sympathies chevaleresques modifiaient la synthèse catholique. Nulle doctrine ne comportant deux résumés, quelque conciliables quMls paraissent , le nouveau mode de condensation indiquait la tendance instinctive des Occidentaux vers le seul culte qui puisse également satisfaire les deux sexes.
Une comparaison directe permet d'apprécier l'affinité fonda •
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mentale qui devait ériger le culte occidental de la Vierge-Mère en préambule spontané de Tadoration universelle de THumanité. Car le Grand-Être réalise Tutopie féminine en se fécondant sans aucune assistance étrangère à sa propre constitution. Les rêveurs et les jongleurs tentent déjà , les uns de faciliter Tavénement du nouveau culte , les autres de retarder l'extinction de l'ancien^ en s'efforçant d'unir à Dieu THumanité. Mais ces réactions croissantes de Fessor positiviste ne sauraient jamais olTrir de sérieux dangers^ parce que les lettrés ^ de plus en plus discrédités ^ peuvent seuls méconnaître rincompalibilité radicale entre le relatif et l'absolu. Voilà comment le positivisme réalise Tutopie du moyen âge en représentant tous les membres de la grande famille comme issus d'une mère sans époux. D*après une telle base^ le culte de transition développera, dès le débuts par une systématisalion décisive, la transformation spontanée vers laquelle les âmes méridionales ont de plus en plus tendu depuis le douzième siècle, et surtout après l'explosion négative. En même temps, l'utopie féminine s'incorpore à la religion positive , pour les cœurs capables de cultiver son efficacité subjective sans attendre sa réalisation objective.
Tel est l'ensemble des caractères propres à la première phase de la transition organique, où le sacerdoce* de l'Humanité doit élaborer la régénération occidentale en établissant le culte du Grand-Être , pendant qu'une dictature empirique maintiendra dignement le calme matériel. Encore incapable de concevoir l'ordre autrement que d'après le type déchu, le pouvoir pratique se trouve alors conduit par la situation à respecter une influence théorique qu'il juge apte à surmonter l'anarchie spirituelle. Le libre essor, tant public que privé , qu'obtient ainsi le positivisme doit assez développer sa puissance organique pour déterminer graduellement la conversion spontanée des anciens hommes d'État ou l'avènement systématique des nou-
kik SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
veaux. VoiU comment le début de la transition finale en préparera le ipode décisif, à mesure que le cours naturel des événements de tous genres représentera la religion de l'Humanité comme seule capable de terminer la révolution occidentale. Mais, outre ces deux phases, que J'ai dû d'abord faire exclusivement contraster, il faut maintenant reconnaître la nécessité d'interposer un degré moyen , où la dictature , restée encore étrangère à la vraie foi , se trouve cependant devenue irrévocablement progressive.
Cette phase intermédiaire se rapproche davantage de la première que de la troisième; en sorte qu'elle pourrait s'accomplir sous le chef initial , s'il était assez modifiable. Dans un milieu sceptique , une telle transformation ne dépasse pohdt le degré de perfectibilité que comporte un véritable homme d'état pendant sa pleine maturité. Si l'exemple d'un théoricien pouvait ici suffire 9 j'oserais citer ma vie publique , où deux carrières, distinctes quoique liées, l'une philosophique, l'autre religieuse , se sont normalement succédé, sans exiger deux penseurs différents, comme on l'avait d'abord supposé. Malgré que les praticiens ne puissent autant se modifier, la diversité beaucoup moindre des deux modes dictatoriaux m'autorise à signaler un tel précèdent Le chef actuel du peuple central me semble donc susceptible de présider au milieu comme au début de la transition organique, s'il adopte ma proposition, cidessus mentionnée , pour conformer l'attitude officielle à la situation réelle , en utilisant une incomparable acclamation.
Quant à la phase finale, qui doit d'ailleurs durer davantage que l'ensemble des deux autres , un tel prolongement ne saurait y convenir, quoiqu'elle doive succéder aux précédentes sans altérer la continuité , comme je l'expliquerai bientôt. En effet , la dictature , auparavant monocratique , se transforme alors en triumvirat, suivant l'indication de mon discours préli-
minaire , ci-dessous développée. Cette modification décisive , qui reod le gouvernemeut préparatîore assez conforme au régime normal^ expliqué dans le chapitre précédent ^ concourt avec la conversion des chefs à la foi régénératrice y sans laquelle on tel mode susciterait de graves conflits.
Voilà comment la transition organique 5 qui semblait indivisible , se partage ; d*après une double décomposition r en trois phases successives » dont l'enchaînement constitue une progression , d'abord spontanée 9 puis systématique , vers la régénération fondamentale de TOccident. Également basées sur le concours entre la concentration temporelle et la liberté spirituelle j elles oiTrent des différences à la fois politiques et religieuses. Pendant les deux premières , le sacerdoce positif fait spécialement prévaloir, d'abord le culte , puis le dogme y sous une dictature monocratique , d'abord rétrograde ou plutôt stationnaire^ puis progressive : dans la dernière > il élabore le régime d'accord avec un triumvirat caractéristique.
Suivant ce plan générai , je dois maintenant expliquer la seconde phase « dont la conception exigeait préalablement celle des deux extrêmes ^ conformément à la quinzième loi de la philosophie première. Plus semblable à la précédente politiquement que religieusement , elle doit ici manifester son caractère temporel avant sa nature spirituelle.
Ainsi conçue , la phase moyenne de la transition organique développera Tattilude irrévocablement progressive de la dictature correspondante > d'après trois mesures connexes, qui ne pouvaient auparavant prévaloir^ quoiqu'elles se bornent à compléter la politique initiale. La plus décisive consiste à supprimer définitivement l'armée française , en la remplaçant par buitante mille gendarmes, qui suffisent pour maintenir dignement l'ordre matériel 9 tant public que privé. Cette transformation nécessaire y bientôt imitée dans tout l'Occident > inaugurera partout
une politique irrévocablement progressive et pacifique , outre sa double réaction industrielle. Mais ses avantages directs se trouveront 9 sous l'aspect ûnancier, d'abord atténués par l'obligation d'étendre aux offices militaires la règle d'indemnité cidessus établie pour des fonctions civiles dont l'utilité réelle est plus équivoque. Superflue envers les soldats, qui y depuis longtemps, n'aspirent qu'à quitter un service antipathique aux mœurs modernes y cette compensation se bornerait essentiellement aux officiers; Taccroisscment de la gendarmerie, dès lors convenablement dotée, fournissant une issue normale aux sousofficiers.
Pour compléter cette indication, il faut distinguer rartillerie (y compris ce qu'on appelle le génie) et la marine, qui demandent un apprentissage difficile et surtout des matériaux dispendieux. Toutefois, les écoles correspondantes doivent être enveloppées dans la suppression générale du budget scientifique; n'étant pas, au fond, plus utiles à ces corps, qui s'en sont longtemps passés, qu'à la gendarmerie, toujours préservée de cette atteinte au juste avancement. En réduisant les deux armes spéciales au quart du taux actuel, il faut à la fois maintenir leur constilulion exceptionnelle et les incorporer à la milice normale, où Tattitude militaire se subordonne dignement au service pacifique , tant extérieur qu'intérieur.
Une telle gendarmerie , terrestre et maritime , oiTrira des garanties suffisantes envers l'ordre occidental quand l'issue décisive de la perturbation actuelle achèvera de dissiper les inquiétudes , sincères ou feintes , qu'inspire l'attitude rétrograde des monothéistes avortés. Car le peuple central ne doit désormais prendre aucune précaution contre les nations adjacentes , dont les onéreuses armées sont surtout destinées à lui constituer des barrières, qui partout disparaîtront aussitôt qu'il aura fait ainsi cesser des alarmes longtemps motivées. Si des coali-
lions rétrogrades venaient encore troubler sa digne élaboration de la solution universelle^ un appel spécial du gouvernement préparatoire suffirait potir garantir l'indépendance du foyer où l'ensemble du passé place l'initiative régénératrice.
Envers le dedans ^ les garanties matérielles seraient également suffisantes^ malgré le prolongement de l'anarchie spirituelle , puisqu'une telle gendarmerie 9 triple du taux actuel , est double de celle que le précédent chapitre assigne à l'état normal. Toutefois, son efficacité suppose aujourd'hui l'irrévocable suppression des milices bourgeoises , qui, toujours antipathiques aux mœurs modernes , ont rarement rendu de vrais services pendant les orages antérieurs , et sont devenues perturbatrices depuis l'essor de la grande crise. Pareillement incapables, du moins en France, d'exclure et d'admettre les prolétaires, ces corporations n'offrent maintenant que des dangers politiques sans compensation civile. Leur tendance sociale est directement contraire aux besoins essentiels de la réorganisation temporelle , incompatible avec une bourgeoisie non moins hostile aux patriciens qu'aux plébéiens. Ses conciliabules militaires entravent aussi la régénération spirituelle , depuis que ce milieu constitue le principal siège de l'empirisme métaphysique et de l'égolsme sceptique , qui demandent une médication solitaire , toujours troublée par de tels rassemblements.
Huilante mille gendarmes, pourvu qu'ils soient seuls armés , peuvent réellement maintenir Tordre français contre des perturbations quelconques , en développant les avantages propres à cette milice à la fois volontaire et disciplinée, 0(1 chaque membre comporte confiance et responsabilité. Surgie, avec la police, de Texistence industrielle, elle s'y trouve radicalement annexée , d'après le caractère profondément social d'un office , non moins indépendant qu'utile, toujours compatible avec la vie domestique. Jamais le recrutement forcé ne devint néces-
418 SrSTËMB DE POLITIQUE POSITIVE.
Mire enrers ces inill(dii*es régénérés par tin sentlmetit continu de devoir et de dignité. Pendant tout le cours dé lii t^votution moderhe, leur crédit augmenta spontâbément ^ surtout en France , à mesure que les mœurs repoussaient Tarmée proprement dite. Depuis Tes^or de la cHse finale , leur institact républicain les a de piiis en plus liés au succès d'une réorganisation destinée à faite partout prévaloir râi^ptéciàtidil Sociale. Les seuls reproches que semble aujourd'hui mériter une telle milice sont entièrement étrangers à sa propre tdilstitution ^ et provinrent uniquement de la rétrogradation politique. Une dictature rraimeht progressive lui permettra , tomme oil le Vit sous Danton , d'assister dignement le pouvoir pratiqué , sans se dégrader par des services inutiles aux gouvetnemenis tpX ne redoutent pas l'opinion.
La mesure décisive que Je viens de catactériser aurait été prématurée sôus la phase précédente, où la couleur rétrograde de la politique officielle interdit une telle confiance ehvet*S les diiq[>ositions populaires > trop abarchiquéS pour respecter Un régime suspect. Mais , au second degré de la transition organique, la dictature a pris une attitude progressive, dont la popularité n'est point atténuée pal* le vague de ses aispirations. Alors une force , qui d'abord n'aurait pas toujours maibtenu l'ordre public $ peut surmonter les tentatives factieuses , et même contenir les tumultes sociaux que suscite l'indétermination d'une politique où le sentiment tenté de suppléer à la raison, insuffisante eUvers de véritables insurrections, la milice positiviste suffira contre des émeutes queltonqùes, dont il importe que le régime dictatorial se trouve toujours préservé, pour que son essor ne soit pas forcé de se subordonner aux pri^ugés populaires. Quoique la situation transitoire expbse à des troubles plus générant , ii^ ne doivent susciter aucune )>técaution matérielle , afin que là poliUquë officielle t^UtSe , dans
AYBllItl HUMAIN. — CHAPITRE ClNQCJIÈIf£. &19
le besolil et la possibilité de les prévenir par sa conduite, des freins et des guides que ses vagues doctrines ne comportent paâ.
Voilà comment la phase moyenne de là transitioti orgatti(}ue Réalisera les espérabces partout surgies , et surtout en France , depuis quarante ans^ d'après Tavénement de la paix occidentale, i^lennellement promise aussitôt que rinstinct militaire eut termtné son orgie exceptionnelle ^ la transformation définitive de l'armée en gendarmerie se trouva graduellement ajournée au nom des préoccupations extérieures et des sollicitudes intérieures. Mais ce double motif doit alors être assez dissipé pour permettre à la dictature d'accomplir sans danger une mesure universelieinent souhaitée^ qui fournira la meilleure confirmation de son caractère progressif.
Cette transformation de l'armée en gendarmerie condtiit à coitlpléter h tnilieu de la transition organique en exécutant deux Opérations décisives^ l'une au dehors ^ l'autre au dedans.
îl feiUt d'abofd caractériser l'irrévocable avènement d'une politique pleinement pacifique par une digne restitution de l'Algérie aux Arabes. Outre que la domination actuelle ne pourrait se prolonger quand on supprimera l'armée française, elle est radicalement incompatible avec toute réorganisation. Celte oppression fut instituée et développée à grands frais, pour ranimeir l'insUnct guerrier, cultiver au dehors une férocité destinée au dedans, et surtout corrompre la population centrale , afih de la détourner du but social , en l'intéressant à la tyrannie rétrograde. Une telle conduite doit être d'autant plus reprochée au moins estimable des cinq dictateurs français que , pouvant répudier et réparer le tort de son devancier, 11 se TàpprôpHa sans conviction, pour ménager des préjugés aisément surmonlables. Mais, outre les motifs généraux qui n'ont jamais ^essé de prescrire cette restitution, un mémorable épisode doit main-
tenant Taccélérer en manifestant le caractère contradictoire d'une politique où l'on maintient , au sud de l'empire ottoman, la spoliation qu'on réprime au nord. L'accomplissement de cet acte de justice ne saurait d'ailleurs être aucunement entravé par des ménagements immérités envers une colonisation sans consistance, faible compensation de tant d'iniquités. Si les aventuriers sceptiques qui se trouveront ainsi livrés à la générosité musulmane avaient eu sérieusement l'intention de s'incorporer aux Arabes , ils auraient adopté l'islamisme , au lieu d'entretenir l'espoir, aussi stupide que coupable , de faire là prévaloir le catholicisme.
Au dedans , la seconde phase doit développer la transition organique en autorisant autant les coalitions industrielles chez les travailleurs que parmi les entrepreneurs. Ces ligues nécessaires n'exigent 9 des deux côtés » d'autre intervention légale que la stricte répression de toute violence contre quiconque refuse d*y participer. Sous cette unique condition , le développement continu d'un tel antagonisme est aussi convenable envers la préparation de Tétat normal que pour sa consolidation. Il peut seul faire empiriquement sentir, de part et d'autre , le besoin d'une conciliation permanente , dont la systématisation appartient au sacerdoce de l'Humanité. Quoique l'expérience anglaise ait manifesté l'insuffisance et le danger de ces luttes tant qu'elles restent matérielles , elles concourront à la régéné* ration industrielle quand la religion positive réglera leur essor.
D'après le double complément de raboliiion de l'armée française, la dictature progressive achèvera de diriger le second degré de la transition organique en introduisant deux institutions , l'une politique , l'autre morale , destinées surtout à préparer la phase finale.
On doit dès lors disposer Paris à devenir, dans le siècle suivant, la métropole occidentale, en diminuant sa domination
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE CINQUIÈME. Ii2i
matérielle sur les provinces françaises, maintenant opprimées sous un excès de centralisation. Cette réforme^ ardemment souhaitée partout y fut toujours promise par les rétrogrades sans quMls aient jamais pu raccomplir, faute de l'attitude progressive qu'elle exigeait pour ne pas troubler la mission sociale du peuple central. Sa réalisation appartient aux vrais conservateurs , quand le positivisme aura produit sur eux l'Impression spéciale qui doit précéder leur conversion générale.
En systématisant la transition organique, je satisfis à ces justes réclamations d'après la répartition de la France en dixsept intendances, ordinairement composées chacune de cinq départements, groupés, autant que possible, suivant Tensemble des affinités locales. Leurs chefs, toujours nommés et révoqués parle pouvoir central , seront autorisés à décider la plupart des questions administratives maintenant traitées à Paris , et chacun d'eux instituera les préfectures correspondantes , en dirigeant celle du chef-lieu. Pour faire mieux apprécier cette mesure , dont j'expliquerai bientôt la principale destination , et qui servira de type aux autres cas occidentaux , je dois ici spécifier la répartition française, disposée suivant le degré de population des capitales :
Tableau des dix-sept Intendances françaises.
4'*. . . PAKis (Seine, Seine-et-Oise )•
9"'. • . MARSEILLE. . . . ( Basses-Alpes , VaucluM, Gard y Boaches-du-
Rhône, Var),
3»«. . . LYOïi (Rhône, Ain, Hère, Ilautes-Alpes , Drôme).
iF*. . . BORDEAUX (Loi, Dordogne, Gironde, Lot-et-Garonne,
Landes, Basses-Pyrénées).
6"". . . ROUEN (Eure, Seine - Inférieure , Calvados, Orne,
Hanche ).
6-«. . . HAUTES (llle-el-Vilaine, Loire-Inférieure, Morbihan,
Côles-du-Nord , Finistère ) .
un SYSTEMS DE POLITIQUE POSITIVE.
7-«. . . TOULOUSE ( Tarn -ei- Garonne, Gers, Haute -GarQQ)ie,
liau tes-Py renées , Ariége ) .
8"*. . . LILLE (Oise, Somme, Aisne, Pas-de-Calais, Nord).
9"". . . STRASBOURG. . . . (Meuse, Moselle, Meurlhe, Vosges, Haut-Rbin,
Uas-Ilhin ).
lO*"?. . . itEiMS (Seine-et-Marne^ Aube, Marne, Haute-Marne,
Ardennes).
11"*. , , ORLÉANS (Eure-el-LoIr, Loiret, Loir-et-Gber, Cher,
Indre).
41"**. . . A!iGERS,. , . . . . (Saribe, Mayenne, Maine-et-Loirp, ]ndrpH)t-
Loire ).
43"*. . • MOBITPELLIER. . . ( ATeyron , Tarn, Hérault, Aude, Pyrénèes-
ûrien laies ).
1i»*. . . LUIûG^ [ Kièvre, Allier, preufç, Bauie-Vion)Mf CftCT^xc)-
45'**. . . ç^ERi|OîiiT« .... (Loire, Ardèche, Fuy-de-D^me , Canlal,
Haute Loire, Lozère].
46"*. . . DUOW I Yonne, Côte- d'Or, Saône -et -Loire, Jura,
iHiubf , miite-SAône ).
47»«. . . ROC^EFQftT. . . . (Vienne, Deux - Sèyres , Vepdéç, Ç^reoler
Inférieure, Charente }•
Religieusement considérée, la transitioD org^anique complétera ^ ^^w 9oq degré fopyen , Vadh0sioQ géoér^l^ de sqd début au principe fonduipent^l du pQsitivi^ipay en joignjipt U d^visfi morale à la devise politique , mais sans changer le dfapçau français. En adoptant la formule Ordre et Progrès ^ la première phase caractérise la résoluUon décisive dç tprmineif \a^ révolution moderne par la conciliation radicale unanimement demandée depuis l'explosion de la crise finale. La seconde manifeste davantage la vraie nature de la régénération occidentale en proclamant la source morale d'une telle solution^ d\iprès une adhésion solennelle à la loi Fivre pour autrui. C'est ^lors qug les femmes se trouveront dignement incorporées au mouvement moderne 9 qui leur reste étranger, même en devenant organique, tant qu'il n'embrasse que fintelligence et l'activité^ sans subordonner l'une et l'autre au sentiment. Par la combi-
naisoQ des iem devises» la réorganisaUon politique sera directement liée à la régénératioq morfile, pour préparer le caractère pleinement religieux que prendra la transition occidentale dans sa dernière phase.
Je suis ainsi conduit à compléter Tinstitution du mode moyen , eq déterminant Tessor correspondant du positivisme.
Quoique la vraie religion doive alors étendre son ascendant du culte au dogme , sans embrasser encore le régime, le sacerdoce régénérateur y commence k développer avec opportunité le système de fêtes abstraites ébauché , pendant la première phase, envers VBumanité, la Femme, et les Uorts. A cessor lennités oaractéristiques, heureusement mêlées aux types concrets, l'essor de Vantagonisme industriel, d'après les ligues populaires, conduit à joindre une quatrième célébration annuelle, qui, pleinement adaptée à la transition , pourra s'ineorpGMfer à rétat normal. 6n introduisant» vers la fin de Vété, la Fête des Machines, le sacerdoce positif s'efforcer*^ de prévenir et d'adoucir l'ensemble des conflits pratiques par la glorification du principal fondement de l'activité pacifique. La consécration systématique de la fétichit^ spontanée permettra d'idéaliser ces admirables instruments, sur lesquels reposent Ji la fois l'eflBcacifé du travail et la dignité du travailleur. Ce culte tendra di^ reetement à faire partout prévaloir les moeurs normales, en rectifiant les aberrations populaires que l'qnarcliie qaoderne suscite envers chaque extension d'une telle puissance* H inanin restera profondément le besoin de discipliner up^ activité dent l'essor devient bientût rontradiçloire d'ftprê^ une pppositlpn radicale entre le bn^ «i les moyens. Uqe telle Solennité dévftr loppera la subordination fraternelle do tous les travailleurs eur vers ceux qui sont destinés à devenir nprmalemept lei çW% sociaux du prolétariat.
Hais, quelle qun soit Timponano» sRiieiale de c«tte exteiaip9
du culte abstrait, le caractère spirituel de la seconde phase, essentiellement relatif au dogme, se manifestera surtout par l'institution décisive des écoles encyclopédiques , que je dois maintenant expliquer.
L'abolition du triple budget théorique fera partout sentir le besoin et la possibilité de régénérer Tinstruction publique. Oo ne pourra plus méconnaître combien la situation occidentale repousse les études théologiques ou métaphysiques et développe les tendances positives. En même temps, Tessor des utopies subversives dévoilera la vraie nature de la maladie moderne, aujourd'hui dissimulée par les divers palliatifis matériels. Des luttes décisives disposeront tous les conservateurs éclairés et sincères à reconnaître que la Religion de l'Humanité peut seule discipliner les âmes actuelles. Ses services seront bientôt assez appréciés pour inspirer aux hommes d'état , non-seulement le respect habituel de ses conseils, mais une active sollicitude envers son avènement social.
Avant que la dictature devienne positiviste, ces impulsions doivent la conduire à préparer le développement du vrai sacerdoce et la régénération de Téducation universelle en fondant des écoles analogues à celles de l'état normal, dont le type général sera déjà familier. Quoique leur principale efficacité soit nécessairement philosophique, le gouvernement ne pourra les instituer qu'afin de préparer à tous les services qu'il continuera de diriger. Cette connexité , d'ailleurs propre à prévenir ou rectifier Tindétermination théorique, convient autant à la transition organique qu'à la dernière phase de la révolution moderne. Elle proclame, envers les cas correspondants, la liaison générale de la systématisation pratique à rinillation encyclopédique. Loin de regretter que la dictature ne destine point V École Positive à recruter le nouveau sacerdoce, il faut se féliciter d'éviter une telle altération des vrais principes sur la régé-
nératioD spiritaelle. Je me suis toujours efforcé de faire sentir que réducatioD universelle doit suffire à toutes les classes, sans excepter le clergé, sauf la préparation spéciale qui résulte partout des efforts spontanés. Néanmoins, les écoles transitoires où s'ébauchera la rénovation décisive de Tinstruction publique doivent naturellement profiter surtout à la libre corporation qui dirigera ce mouvement.
Pour garantir leur efficacité , tant spéciale que générale , il Importe de les préserver du monopole corrupteur qui ruina jusqu'ici de tels établissements La restriction empirique et rirrationnelle confusion des études abstraites, Tabsence totale de publicité, de plus en plus aggravées par le régime académique, concoururent à l'irréparable avortement d'une école toujours dégénérée depuis sa restauration. Mais cet établissement, dont le titre semble ironique, dut surtout sa dégradation, tant intellectuelle que morale, à la fatale méprise de ses glorieux fondateurs, qui crurent assurer son succès en le dotant d'un privilège d'après lequel il devint aussi rétrograde qu'anarcbique.
Éclairée par une telle faute , la dictature évitera d'attribuer aucun monopole à la pépinière d'âmes régénérées qui remplacera cette institution avortée et toutes ses annexes. Les divers services auxquels préparera l'école positive seront toujours alimentés d'après un concours universel , où ses élèves n'auront d'autre avantage qu'une meilleure initiation , souvent compensée , chez leurs émules , par d'heureuses dispositions et des circonstances favorables. C'est surtout ainsi que son avènement doit fournir un prélude décisif à la rénovation systématique de l'éducation générale , indépendamment de toute destination spéciale. Afin de mieux préciser cette condition fondamentale , il faut ici caractériser la conciliation nécessaire entre le sage emploi du concours et le juste respect de la prérogative dicta-
UW STSTfeME OK POIITIQUE POUTIYB.
torlale. On ne peut étendre partout ud tel mode qu'en le reatrelgnant toujours aux moindres grades , envers lesquels, lofu d'entraver le gouvernement , il lui procure de meilleurs cboix» et le préserve des obsessions quelconques. Hais, après oetta introduction , il importe que les agents officiels doivent tout leur avancement à leurs services réels , sans subir une lutte qui devient autant illusoire que dégradante envers des fonction* naires directement éprouvés. Partout le grade moyen s'obtiendra par Timcienneté, sauf exception personnelle, et le degré supérieur résultera d'un libre choix , qui pourrait , au besoin , s'étendre hors de Tenceinte correspondante.
Destinée h tous les o£Qces, l'école positive développer;^ svir^ tout son aptitude organique euyers le9 services publics qui peuvent le plus seconder la transition occidentale , en systé* matisant la justice, la diplomatie , et radminbtration. Quoique les fonctions judiciaires doivent finalement redevenir, mieux qu'au moyen âge et dans Tantiquité, l'annexe normale du patricia^ actif, elles continueront de susciter une classe spéciale jusqu'à ce que les chefs pratiques soient assez régénérés. Historiquement liée, depuis les préteurs romains, fc Tessor spontané d'une morale purement humaine , elle approuvera le remplacement des pépinières empiriques et déclamatoires par des écoles oè la science profane conduit à la science sacrée , pour préparer l'apprentissage direct des vrais magistrats. Issus, comme les juges, de la confusion des deux pouvoirs pendant la révolution moderne, les diplomates sont mieux disposés à seconder l'impulsion religieuse qui doit la terminer. Également lassés du saepticisme et de l'hypocrisie , ils ont asseï constaté l'insuffisance des mesures purement politiques pour aooueillir la régénération morale, émanée d'une synthèse qui vient honorer et développer leurs services avant d'éteindre leur profession, liais la classe administrative est la plus propre à sympathiser avM le
positivisme , parce que le régime qu'il annonce» loin d'écarter de tels agents , les fera mieux apprécier par les patriciens dont il$ assisteront perpétuellement Toffice politique. Ces modestes et lat>orieux servît^v^rs, sur iQi^ueU repose aujourd'hui le maintien coptipu de l'ordre Boatériel au milieu du désordre spirituel , iq^ritent d'être régénérés en recrutant aux écoles positives» d'après le libre concours, les sous-préfets, les commissaires de police, et les employés
Néanmoins, la principale efficacité, générale et spéciale, d'ane telle institution doit concerner les médecins, qui, depuis la rupture du joug tbéocratique , sont de plus en plus devenus les précurseurs naturels du sacerdoce sociocratique. La dégénération académique de la science moderne choque à la fois leurs aspirations sociales et leurs tendances synthétiques, en tran^érant aux cosmologistes, et surtout aux géomètres, la présidence scientifique, normalement échue aux biologistefl d'apr^^ le moyen âge Mieux émancipée et plus progressive qp'aMcpne autre, cette classe provisoire sut seule utiliser dignement la juste censure de Molière, qui l'a poussée à se dégager des entraves métaphysiques et littéraires pour devenir le meilleur Rppui du positivisme naissant. Quoique je n'aie jamais ménagé son ipatérïalisme et sa vénalité , j'y trouvai toujours de précieuses sympathies envers la doctrine qui relève son impor^ tance sociale et son indépendance théorique en incorporant son office m sacerdoce de ruunianité. Cette appréciation historique ne convient pas seulement, ni même principalement, aux purs biologistes , trop altérés dé'jh par l'anarehie académique pour s'associer profondément à la réorganisation mentale et morale. J'ai plus de confiance dans les dignes praticiens qui ne semblent dédaigner les théories médicales que parce qu'ils sentent instinc-; tivemept l'inanité des synthèses partielles lis sont , au fond , les mieuY disposas à seewder la régénération d-un office oii les
meilleures âmes doivent toujours lutter contre une imminente dégradation.
Je fus ainsi conduit , en concevant Tinstitution transitoire des écoles positives 9 à les destiner surtout aux médecins proprement dits. Elles peuvent directement régénérer ceux que le gouvernement investit d'un caractère légal en leur confiant an office sanitaire qui Tautorise à leur imposer des conditions Intellectuelles et morales. Ces garanties doivent résulter de Tlnitiation encyclopédique, dont l'école positive fournit le type, et d'une renonciation solennelle à tout exercice privé , pour se consacrer dignement au service public, dès lors convenablement rétribué. Trois grades successifs, respectivement émanés, comme ailleurs, du concours, de l'ancienneté, du choix, recevront des annuités de trois mille, six mille, douze mille francs, suivant la progression sacerdotale. A6n de mieux développer les mœurs hiérarchiques chez une classe spontanément hostile à toute discipline, chaque fonctionnaire surveillera le service, individuel ou collectif, des deux médecins moins avancés qui lui seront spécialement adjoints. L'institution des hôpitaux, qui ne convint qu'au moyen âge, doit radicalement s'éteindre à mesure que l'essor simultané de l'aisance matérielle et de la dignité plébéienne permettra de remplacer une dégradante assistance par la sollicitude domestique. Mais il importe de seconder cette transformation graduelle en développant, pendant tout le cours de la transition organique, l'ofDce , mal ébauché, des médecins publics chargés de diriger gratuitement, au sein des familles , les traitements privés.
Il faut compléter la régénération de la classe médicale en la dégageant d'un vicieux monopole et d'une assistance hétérogène. Le privilège légalement résulté du doctorat ne profite réellement qu'au charlatanisme dont il semble préserver un public que rien ne saurait garantir des conséquences pratiques de
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE aNQUIÈME. 429
ranarcbie théorique , aggravée par llgnorance et la crédulité. Cette législation fournit le principal appui d'un vain enseignement, qui serait déjà discrédité sans la faculté de conférer le monopole des avis sanitaires. Aussi contraire h ia dignité sacerdotale qu'à la liberté spirituelle , une telle règle entrave à la fois la sollicitude féminine et la générosité patricienne. Mais, en éteignant cette oppression dans son principal siège , il ne faut pas la respecter chez ses auxiliaires subalternes, où ses vices se trouvent souvent aggravés par la superstition et l'hypocrisie. Enveloppées dans la suppression générale du budget ecclésiastique, les corporations, surtout féminines, que la rétrogradation investit du monopole des soins médicaux , perdront irrévocablement un privilège dont tous les médecins connaissent les inconvénients publics et privés. Quiconque veut se consacrer au service, temporaire ou continu, des malades doit toujours pouvoir s'y livrer librement, sans s'agréger ni se subordonner à des confréries quelconques, où l'orgueil et la vanité se développent sous un dévouement plus apparent que réel.
La destination transitoire des écoles positives étant assez caractérisée , il faut indiquer leur organisation générale , qui se distinguera surtout de l'état normal par la réclusion des élèves pendant les trois années du noviciat encyclopédique. Cette mesure exceptionnelle est fondée sur le besoin de soustraire une jeunesse d'élite au milieu sceptique et corrompu dont elle doit seconder la régénération. Pour que les magistrats, les diplomates, les administrateurs, et surtout les médecins, deviennent ainsi les auxiliaires ou les précurseurs du sacerdoce final , il importe que leur culture mentale et morale se trouve préservée d'une telle perturbation. Mais les dangers de la claustration scolastique seront atténués par l'âge des élèves, qui pourront toujours avoir d'abord développé librement les affections domestiques, puisqu'ils ne seront jamais admis qu'après avoir accompli leur ving-
MO BYSTÊMB DE POLITIQUE H)SlTiTB.
ilèmé année. Un digne gouverneur, ordinairemeni choisi parini les prattclens retirés > devra surtout y développer la subordination continue de l'esprit envers le cœur, d'après une destination sociale exempte de monopole , secondée par la diversité des vocations et des classes.
Pour que cette institution atteigne mieux son but principal, il importe que le peuple central , qui doit en faire tous les frais ^ 7 manifeste sa mission occidentale ^ en y faisant convenablement participer chaque nation adjacente. Néanmoios^ pendant la durée totale de leur existeuce^ naturellement bornée à la transition organique , ces établissements ne sauraient admettre des candidats étrangers àl'avant-garde humaine , afin de maintenir Thomogénétté qu'exige leur succès. Mais , l*ense]gneinént étant toujours public , les populations orientales y pourront être représentées par des auditeurs externes , le plus souvent spontanés > et quelquefois institués spécialement d'après la sollicitude des gouvernements correspondants.
On ne doit pas craindre que le défaut de destination civique y distingue les Occidentaux des trançais^ de manière à troubler rënergie et la continuité des efforts , d'après littégalilé de tfile entre deux groupes toujours égaux en nombre. L^absehce de tout tnonopole rend les uns et les autres pareiUeméUt Incertains envers une carrière où leurs titres ne peuvent Résulter que d*une éducation et d'une renommée communes à tous. Tu l'universalité des motifs spéciaux sur lesquels repose Tinstitution encyclopédique, les Occidentaux, admis, élevés , et jugés de la ttienie Uianlère que les Français , utiliseront autant que Ceux-ci le brevet définitif.
Afin de faciUter les réactions, mentales et morales, d'un tel tnélaiige , les candidats français connaîtront deUx langues occidentales > l'une du Midi, Tautre du Nord, et toUs les élèves devrout spontanément acquérir, pendant le noviciat triehnal , les
▲VEIIIR HTOAm. — CHAPITRE C»QUIÈM£. Mi
kUDiniR ifiii lemr manquent. i;eUe règle s'étend à la double aearce de roceidentalité^ d'apt-ès reëligation générale de sa- Toir préalablement le latin bt finalement le grec. En contraignant davantage le peuple le plus étranger du devoir co&mun de tonaaitre toute langue limitrophe , une telle loi le poussera mieux ft seconder Téiaboraiion^ spontanée et systématique > du langage universel.
D'oprès la nature et la destination de TéCole positive , Son type fondamental doit se développer à Paris, ob cent candidats français s'y trouveront annuellement admis ^ avec vingt^ciUq de chacune des populations italienne > espagnole , britannique > et germanique. Mais la dictature centrale devra bientôt instituer Un semblable établissement dans chaque chef-lieu d'intendance, suivant une extension moitié moindre, sans cesser d'égaler le nombre total des Occidentaux à celui des Françaisi Le besoin toutinu de rallier et de régler ces dix-sept pépinières conduira naturellement le pouvoir pratique à confier leur gouvernement, et le choix de tous leurs fonctionnaires , au chef du sacerdoce ]^ositif> seul compétent en un tel cas. C'est ainsi que le Grand- Prêtre de l'Humanité se trouvera d'abord reconnu politiquement en qualité de Directeur-Général des écoles po^tives. En exerçant gratuitement un tel office. Il maintiendra Tindépendance que cette attribution annonce et prépare, sans qu'aucune séduction l'entraîne à fonder sa subsistance autrement que sur les libres subsides des vrais croyants.
Je sub ici dispensé de toute explication envers l'enseignement encyclopédique, qui, pendant la transition extrême^ ne dilTérera de l'état final que par la réduction du noviciat à trois années, respectivement consacrées aux trois couples abstraits. La dernière comprendra seule trois cours, afin que la biologie et la iotlologie aboutissent à la morale, d'abord théorique puis pratique. Chacun des sept cours, toujours sucee88ifs> aura,
Â32 SYSTÈME DE POLITIQUE POSiriYE.
comme daos Fétat normal, quarante leçons^ à trois par semaine^ en plaçant un mois de préparation et d'examen entre les phases d*une même année, de manière à laisser trois mois de vacances, après dix semaines consacrées aux épreuves finales. Mais la dernière année exige quatre leçons hebdomadaires, sans aboutir à la suspension accoutumée , dont dispense une prochaine issue. Envers le couple initial , on évite le doublement exceptionnel d'après Tinstruction préliminaire des candidats, obligés de connaître toutes les théories, géométriques et mécaniques, suffisamment indépendantes du calcul transcendant. Afin de mieux assurer le caractère synthétique de l'enseignement, les cours qui, chaque année, commenceront après la fête de l'Humanité, seront, pour les nouveaux élèves , précédés de sept leçons de philosophie première. Toutefois , la pdncipale garantie contre la dégénération académique résultera , comme dans l'état normal , de ce que chaque professeur devra conduire les mêmes élèves pendant les sept phases du noviciat encyclopédique.
Ces fonctionnaires se trouvant ainsi réduits à trois, leur choix pourra se préparer, dès le début de la transition organique , d'après les essais philosophiques d'instruction populaire qui suivront spontanément l'abolition du budget théorique. Si, contre toute vraisemblance , des professeurs vraiment encyclopédiques ne pouvaient ainsi surgir, même pour Paris, pendant la seconde phase , le pontife conseillerait à la dictature d'ajourner l'institution jusqu'à ce que sa condition fondamentale fût dignement remplie. D'un tel accomplissement doit surtout dépendre l'extension des écoles positives aux diverses intendances, d'après les meilleurs produits de la pépinière centrale.
L'enseignement occupant moins pendant les deux premières années, les professeurs correspondants se partageront les examens de sortie, qui comprendront, outre les trois cours de
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE CINQUIËME. UZ'à
l'année finale , l'ensemble des études précédentes , avec autant de publicité que les leçons. Mais les examens propres à la fin de chacune des années antérieures ^ et tous les examens intermédiaires^ auxquels les élèves quelconques et le public pourront toujours assister, exigent deux fonctionnaires spéciaux , dont chacun suivra la même promotion. Outre ces examinateurs , le succès des études et la surveillance des mœurs ré* clament deux inspecteurs , chargés chacun d'interroger publiquem*ent les trois divisions, une fois par semaine, sur les leçons des divers mois précédents, y compris les connaissances d'admission, alors revisées philosophiquement C'est ainsi que chaque école positive exigera seulement sept fonctionnaires théoriques, respectivement issus, comme partout, du concours, de l'ancienneté, du choix, avec les traitements annuels de trois mille, six mille, et douze mille francs, suivant la règle sacerdotale. Tous doivent résider dans l'établissement afin de mieux remplir leur service, autant moral qu'intellectuel, et de mériter davantage l'estime personnelle qu'exigent leurs fonctions. Aucun ne pourra cumuler son office avec des emplois extérieurs , sans excepter les deux inspecteurs, quand ils auront été définitivement institués, d'après un essai de trois ans. 11 convient aussi d'introduire, pendant la transition, les conditions d'âge propres au clergé normal , en conférant les trois grades didac* tiques à vingt-huit, trente -chiq, et quarante-deux ans, sauf des exceptions personnelles plus rares que dans l'état final.
Quoique ces écoles doivent surtout offrir un caractère théorique, il importe d'y poursuivre la culture esthétique qui précédera l'admission, où les candidats auront constaté leur suffisante habitude du chant et du dessin. Ces deux arts exigeront chacun un maître extérieur, pourvu d'une annuité de neuf mille francs, incompatible avec tout cumul. Outre les exercices gradués, à la fois actifs et passifs, que ces fonctionnaires devront
U2ll SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
diriger et juger dans les trois diyisions, le premier en hiver, le second en été, leur ofiQce consistera surtout en une leçon hebdomadaire envers chaque groupe , pendant la durée des cours théoriques. Un tel enseignement peut devenir plus philosophique qu'aucun antre, en instituant l'étude, historique et dogmatique, du langage itiuslcal et plastique. Il développera le sentiment de l'unité , statique et dynamique , en suhordonnant les arts spéciaux du son et de la forme à leur commune source poétique , afin que Tldéallsatlon tempère dignement la sécheresse inhérente à l'abstraction Systématique.
Pour assurer l'efficacité mentale et sociale des écoles positives. Il Importe que l'admission des candidats y garantisse la destination des frais considérables qu'elles exigeront quand leur essor aura toute l'extension qui convient à l'ensemble de la transition. Quoique la gratuité nécessaire de l'Uistructlon encyclopédique doive normalement embrasser les cas quelconques, des soins , plus dispendieux proportionnellement , seront d'abord restreints aux âmes capables de seconder activement la régénération systématique de l'Occident. II faut donc les bien choisir dans tous les rangs des cinq populations d'élite, au moyen de sept fonctionnaires spéciaux , Institués aussi par le directeur général des écoles positives, et pourvus chacun d'une annuité de douze mille francs.
On doit partager leur office en deux jugements successif, l'un d'admissibilité, l'autre d'admission, respectivement accomplis pendant le printemps et l'automne. Le premier oblige seulement les candidats français à se transporter au centre de Fintendance correspondante, et les Occidentaux à Rome, Madrid, Londres, ou Vienne, suivant leur patrie, indigène ou coloniale. Après s'être partagé l'exploration de Paris, les sept Juges se répartiront entre les quatre capitales et les seize chefs-lieux, pour y prononcer les admissibilités méritées par deux épreuves
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE CINQUIÈME. /i35
théoriques 9 l'une écrite, l'autre orale, assistées des exercices esthétiques et des documents moraux. Ils écarteront sans examen les candidats auparavant avortés trois fois, afin d'éliminer, autant que possible, les vaines tentatives et les essais irréfléchis. Tous les élus provisoires se transporteront à Paris, aux frais de la nation française, pour y subir le Jugement d'admission, trois mois après la déclaration d'admissibilité. Cette opération sera convenablement répartie entre les sept juges, dont chacun ne devra classer les candidats correspondants qu'autant que Tetige l'arrêt final , en évitant une émulation vicieuse. Quand ils auront terminé les jugements respectifs, ils se réuniront pour compléter leur office en assignant, parmi les dix- sept écoles, celle où devra se rendre chaque élu définitif, afin d'y commencer, au solstice d'hiver, rinitiation encyclopédique.
Il convient de représenter l'ensemble des indications précédentes en résumant l'extension et la dépense qu'exige l'organisation que je viens d'expliquer. Chacune des écoles positives demande seulement onze fonctionnaires , dont deux pratiques , le gouverneur investi de l'autorité générale, et l'administrateur chargé de toute la gestion matérielle. En attribuant à ceux-ci des annuités de vingt mille et huit mille francs, on voit, d'après les autres taux, que cent mille francs suffisent annuellement aux offices propres à chaque pépinière, quoique chacim d'eux soit convenablement rétribué. Si l'on évalue à mille francs la dépense annuelle envers tout élève , l'ensemble des dix-sept écoles, développées autant que possible, exige, pour cinq mille étudiants, sept millions de francs et deux cents fonctionnaires, y compris les juges d*admission. Tels sont les frais d'une institution qui , chaque année , fournit aux divers services français neuf cents organes bien préparés, et répartit un pareil nombre d'âmes régénérées entre les quatre populations adjacentes, chaque noviciat ayant coûté quatre mille francs.
Son complément spécial doit partout résulter d'un exercice direct, surveillé par les chefs correspondants, sans exiger aucun office didactique. Il faut étendre cette règle {jusqu'au cas principal y envers lequel quiconque appréciera Finstitulion précédente ne regrettera point les écoles actuelles , irrévocablement dégénérées, même en France, par ontologisme ou matérialisme. Les médecins peuvent partout se former, comme en Angleterre, d'après un exercice bien dirigé, surtout quand ils ont convenablement reçu Tinitiation encyclopédique, qui seule mérite aujourd'iiui la protection officielle , afm d'élaborer l'ordre final.
Malgré qu'une telle préparation soit réellement indépendante de l'institution des hôpitaux, celle-ci devant subsister jusqu'à la fin de la transition occidentale, il faut utiliser son dernier mode en y liant le noviciat spécial des vocations systématisées. Chaque couple des aspirants médicaux issus des écoles positives recevra , pendant trois ans , l'instruction clinique de iun des quatre médecins de seconde classe attachés à l'hospice. Une subvention annuelle de quinze cents francs assurera la subsistance du candidat durant ce noviciat, après lequel son sort dépendra du libre concours qui doit Tagréger au service sanitaire.
La systématisation des études pratiques y résultera surtout des réflexions suscitées par des lectures choisies, sous l'impulsion générale des théories biologiques. Mais elle se trouvera secondée d'après les explications régulièrement émanées des trois autres fonctionnaires de l'hospice. Pendant la première des trois années cliniques, l'un des deux médecins ordinaires, doit apprécier, une fois par semaine, les maladies végétatives , en une suite de quarante conférences méthodiques. Son collègue examinera pareillement , l'année suivante , les affections relatives à la vie animale proprement dite. D'après cette double
base 9 le médecin eo chef consacrera la dernière année du noviciat pratique à Texplication des maladies cérébrales et de la pathologie générale.
Je suis ainsi conduit à compléter Tappréciation de Fécole positive en caractérisant le dernier mode d'une institution provisoire qui, dignement réorganisée, comporte d'utiles services, jusqu'à Tavénement de la médication normale, qu'elle doit préparer. Sept médecins bien choisis, purs de toute vénalité, seront exclusivement voués à Fhôpital où chacun dirigera quarante traitements, outre la consultation hebdomadaire gratuitement émanée de chaque médecin de seconde classe envers les malades extérieurs. Le gouvernement sera pleinement concentré chez le médecin en chef, résidant, avec ses bureaux, au niveau du sol, tandis que ses six assistants occuperont une maison adjacente. Chacun des trois étages de l'hospice comprendra sept salles , qui ne communiqueront entre elles que par une commune colonnade, assez large pour servir de promenoir aux convalescents incapables de descendre au jardin. Des cloisons fixes décomposeront chaque salle en treize alcôves, pourvues chacune d'une fenêtre.
Tout chef-lieu d'intendance sera doté de trois hôpitaux ainsi disposés, afin de pourvoir séparément au traitement des deux sexes, et des enfants réunis aux vieillards Le service public de santé sera placé, pour toute la France, sous l'autorité du Directeur-Général des écoles positives, sans aucune dépendance temporelle, sauf quant aux frais. Une telle extension de sa prérogative envers l'instruction annoncera l'état final d'un office qui doit s'annexer au sacerdoce de l'Humanité.
D'après ce régime, les principaux abus ee trouveront spontanément écartés, surtout envers les autopsies, où l'anarchie occidentale exploite indignement la détresse matérielle des prolétabres. Surgles avec la révolution moderne, les dissections
humaines devraient maintenant avoir accompli leur office préparatoire. Mais , si cinq siècles d'essais déréglés n'y sufllsent pas^ le positivisme fera partout respecter la dignité du pauvre^ que le catholicisme en décadence ne sut jamais protéger. Aux hôpitaux, comme ailleurs, nul ne subira Toutrage anatomique sans son libre assentiment, ultérieurement confirmé par sa famille. Les médecins doivent être peu convaincus de la nécessité d'une telle explorafion, puisque ceux qui Tinvoquent le plus y vouent rarement leurs propres restes.
Parmi ceux que fournira Técole positive, les mœurs normales surgiront bientôt, d'après les habitudes résultées de rinitiation encyclopédique , où le digne emploi de Tinduction et de la déduction dispensera d'observations autant hrrationnelles qu'immorales. Je me félicite d'avoir accompli toutes mes études biologiques saps avoir jamais souillé ma dignité philosophique en répandant le sang humain , ou même animal. Cette con^tlon qffrira moins de difficultés aux âmes qui désormais recevront systéipatiquement ce que je dus me procurer spontanément
Il serait ici superflu (('examiper autant les autres carrières publiques auxquelles l'école positive fournira de dignes adeptes. \je noviciat spécial qu'exigera chacune d'elles pourra toujours ^'^ccomplir également en trois ans, suivant une préparation équivalente k celle que je viens d'apprécier envers le cas principal D'après un libre concours, Taspirant complet se trouvera partout pourvu d'un noble office, par la munificence du peuple central, en atteignant l'âge normal du sacrement de la destination , qu'il viendra librement demander au clergé naissant.
Afin de compléter l'appréciation de l'influence dogmatique du positivisme pendant la seconde phase de la transition organique, il me reste à caractériser trois Institutions spéciales, la première technique, la seconde théorique, et U dernière esthétique.
Les écoles vétérinaires ont été ci-dessus exceptées de la suppression oii Tabolition du budget scientifique conduira tous les établissements provisoires qui surgirent, surtout en France^ pendant la phase finale de la révolution occidentale. Elles peuvent^ en effet, seconder à la fois la régénération de Tinstruction universelle et Tavénement des mœurs normales d'après une réorganisation systématique , qui doit les rattacher à Técole positive , dont le type y prévaudra. Chaque chef -lieu d'intendance sera pourvu d'un institut vétérinaire^ où trois professeurs, toujours liés aux mêmes élèves, leur enseigneront à traiter, en trois années, d'abord les carnassiers, puis les herbivores, enfin les ruminants. Après avoir ainsi considéré tous les mammifères utiles , d'après les types du chien , du cheval, et du bœuf, le cours final doit offrir un complément analogue envers tout le reste du règne animal. Il appréciera surtout les oiseaux disciplinables, puis les autres vertébrés utiles, suivis de quelques invertébrés, sans négliger d'étendre les doctrines pathologiques jusqu'aux végétaux usuels. Une telle hdstruction , à la fois pratique et théorique, exige qu'on maintienne la réclusion des élèves, motivée d'ailleurs par le besoin d'élaborer les mœurs normales envers les espèces auxiliaires. Sous l'impulsion de la vraie religion , les trois professeurs feront bientôt sentir la noblesse d'une carrière directement vouée au développement de la principale politique, où le Grand-Être dirige la ligue continue de la vie contre la mort
On ne peut pleinement utiliser ces établissements qu'en leur procurant assez d'extension et de consistance pendant tout le cours de leur existence transitoire , qui doit se prolonger autant que celle des écoles positives. Chacun reçoit annuellement cinquante candidats, que les trois professeurs choisissent d'après des examens théoriques, dont sont seulement dispensés les aspirants convenablement issus des instituts encyclopédiques.
hUQ SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
Une organisatiOD intérieure , essentiellement semblable à celle de ceax-ci, doit assurer le succès des travaux , en exigeant aussi sept fonctionnaires didactiques , outre le gouverneur et Tadrolnistrateur. Les trois degrés de leur hiérarchie comportent des annuités égales à celles des grades correspondants de l'école positive et de Thospice normal , puisque Tinstitut vétérinaire combine ces deux types. 11 importe pareillement de subordonner l'ensemble de ces établissements au Grand-Prêtre de THumanité, pour mieux indiquer et développer davantage leur principale destination y tant mentale que sociale. Sa présidence y fera toujours respecter la dignité vitale , jusque chez les moindres auxiliaires du Grand-Être^ et préparera les âmes les mieux adaptées à la saine propagation du positivisme parmi les prolétaires, en liant déjà les vétérinaires aux mécaniciens. Voilà comment la dictature progressive sera surtout disposée à consolider une telle institution en fondant pour le traitement privé des espèces utiles, des o£Eices publics essentiellement analogues à ceux des médecins normaux , et provenus aussi d'un libre concours.
En second lieu, la suppression des chaires littéraires et des corporations correspondantes exige une équivalente sollicitude envers les études philologiques, pendant tout le cours de la transition organique. Pour que l'élaboration spontanée du langage universel se trouve systématiquement secondée , la dictature doit aussi confier au pontife la surintendance d'une école spéciale , qu'il suffit d'instituer à Paris. Trois professeurs y feront apprécier, en trois années , à des élèves externes , que chacun suivra jusqu'au bout, d'abord les langues fétichiques, puis les langues polythéiques^ enfin les langues monothéiques, où dominent respectivement le sentiment , Tho^agination , et le raisonnement. Les conditions d'admission doivent consister à connaître suffisamment les sept idiomes occidentaux , déjà fa-
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE CINQUIÈME. /lûl
miliers aux étudiants émanés de l'école positive. Ces études devant plutôt s'accomplir par un sage exercice que d'après aucun enseignement, le cours public s'y réduit, chaque année, h quarante leçons en autant de semaines , où le professeur caractérise surtout Tavénement graduel de la langue universelle. Néanmoins, ces trois fonctionnaires méritent des annuités de douze mille francs , parce qu'ils dirigent aussi la bibliothèque centrale, où doit commencer Tépuration générale du trésor littéraire, déjà devenu plus nuisible qu'utile. Destinée surtout à seconder Télaboration de la langue positive , en modifiant l'idiome le plus poétique par le plus philosophique, d'après l'ensemble de la préparation humaine, Técole philologique assistera la transition organique , en facilitant la transformation des diplomates en missionnaires.
Je dois, enGn , caractériser l'établissement du théâtre occidental , qui , pendant tout le cours de la régénération , honorera la fin d'une institution uniquement adaptée à l'anarchie moderne. Son essor, à la fois public et privé , pendant la dernière phase de la révolution occidentale, constate l'impuissance finale du catholicisme contre les tendances subversives , que ses meilleures censures développèrent au lieu de les surmonter. Le positivisme doit irrévocablement éteindre l'institution du théâtre, autant irrationnelle qu'immorale, en réorganisant l'éducation universelle, et fondant, par la sociolâtrie, un système de fêtes propre à faire dédaigner de vaines satisfactions. Depuis que la lecture est assez répandue pour qu'on puisse partout goûter isolément les chefs-d'oeuvre dramatiques, la protection accordée aux jeux scéniques ne profite qu'aux médiocrités, et ce secours factice n'empêche pas d'apprécier la désuétude spontanée. C'est seulement envers les compositions musicales que la représentation resterait indispensable si le culte positif, ne devait, mieux qu'au moyen âge et dans l'anti-
Uil2 SYSTÈME DE pOUTIQUE POSITIVE.
quité, fournir une issae normale au génie phonique en rincorporant au sacerdoce.
Néanmoins , pendant la dernière génération du siècle exceptionnel» cet usage, dignement réglé, peut seconder Favénement simultané de l'éducation universelle et de l'existence normale. Chacun (]es cinq répertoires occidentaux fournit asse^ de chefed'œuvre poétiques ou musicaux, pour comporter, pendant toute Tannée^ une représentation par semaine, sans jamais descendre aux n^édiocrltés, ni trop reproduire les bons ouvrages. L*ordre hebdomadaire , conforme au classement sociologique , rendra partout familières les éminentes compositions du peuple central et de ses quatre frères, italien, espagnol, britannique, germanique. Au chef-lieu de chaque intendance , le théâtre occidental réunira, cinq fois par semaine, toutes les classes, pour goûter gratuitement les prhicipales productions dramatiques, dont chacune n'obtiendra que deux représentations annuelles. En retirant les autres snbvenUons, la dictature disposera les riches à ne pas dédaigner de se mêler aux pauvres, chez lesquels il ne faut pas plus concentrer les nobles plaisirs que les saines études. Associés aux écoles positives, les théâtres occidentaux pourront partout seconder la propagation des langues connexes , Tessor des sympathies collectives, et l'extinction des préjugés nationaux. Pareillement subordonnés au pontife universel, ils compléteront Findication émanée du culte sur le caractère, non moins poétique que philosophique, du sacerdoce positif, appelé bientôt à remplacer, envers les musées publics, une discipline oppressive ou stérile.
Tel est Tensemble d'institutions provisoires qui doit cs^açtériser Finfluence dogmatique du positivisme pendant la seconde phase de la transition organique, sous une dictature devenue progressive ipais restée sceptique En coipbinant cette réaction tl^éorique avec les ipesures pratiques par lesquelles j'ai marqné
le début du degré moyen , on peut apprécier la modifioation notable qu'éprouve alors la situation occidentale chez le peuple investi de Tluitiative régénératrice. Mais, en comparant ce double progrès à mon tableau de Tétat normal « on sent combien la (ran$itiqn extrême y reçte ^Ipignée dif caractère vraiment orgooique > qui ne peut appartenir qu*^ sa phase finale.
Pendant les deux premières, l'adoption respective des deux 4evises, politique et mors^e, propres à la république occidentale, fournit plutôt yn programme caractéristique qu'une solution décisive, t'une définit la conciliation fondamentale qui doit terminer la révolution, et l'autre la source nécessaire d*un tel accord, mais sans pouvoir Tinstituer. Si la situation persistait ainsi, la double formule n'aboutirait qu'à faire mieux apprécier les conditions essentielles, au lieu de combler les lacunes principales. £n un mot, le peuple central continuerait d'osciller entre l'anarchie et 1^ rétrogradation , comme depuis le début du siècle exceptionnel. Contrairement aux nouvelles devises, l'attitude dictatoriale ne cesserait point d'inquiéter les plébéiqps CQ se préoccupant de Tordre , et d'alarmer les patriciens en aspirant au progrès.
Que le scepticisme demeure hypocrite, ou qu'il devienne libéral , il reste toujours incapable de rien construire. Malgré le désir universel d'éliminer également l'arbitraire du Peuple et celui de Dieu, la loi ne peut partout remplacer la voloQté que sons l'invocation continue de l'Humanité. Le principe anarcbique et le pripdpe rétrograde persisteront à la fuis tant que la transition ne sera pas devenue essentiellement religieuse, sipon chez upe masse arriérée, du moins parmi les 40ie$ d'élite.
Ou confirme l'insufiBsance générale des deux premières phases d'après leur examen spécial, d'abord temporel, pui$ spirituel. £p écartant le budget th^riqne et l'armée perm^pente y ell^ s«ipblent conduire le peuple central vers le typ^ ay^éricain ,
qui caractérise le principal essor de Tanarchie occidentale. Quoique plus complet , parce qu*il ne reste pas essentiellement négatif 9 le mouvement spirituel ne peut alors être devenu vraiment décisif, faute d'une marche assez systématique. L'essor du culte positif sous la première phase ^ d'après le calendrier bis* torique , ne saurait être pleinement religieux, puisque les fêtes publiques n'y reposent pas sur l'adoration privée ^ même quand elles sont abstraites. Au degré moyen , l'institution des écoles positives, avec leurs diverses annexes, ne caractérise point la rénovation directe de l'éducation universelle, quoiqu'elle lui fournisse une préparation indirecte en régénérant les principales professions.
Une révolution essentiellement intellectuelle semble devoir se prolonger indéfiniment tant qu'elle n'est pas ouvertement dirigée par la doctrine que l'ensemble du passé destine à prévaloir. Jusqu'à ce que la dictature centrale adopte la religion positive , la situation occidentale conservera son caractère contradictoire et sa tendance indéterminée. La vraie nature de la maladie moderne continuera d'être méconnue chez tous les partis, qui ne s'accordent qu'à traiter matériellement une crise spirituelle. Ce reproche convient surtout aux révolutionnaires, que l'épuisement de leurs doctrines conduit , au lieu d'embrasser le positivisme , à poursuivre directement la rénovation politique , en lui subordonnant la régénération morale qui doit l'instituer. Quoique les rétrogrades soient moins arriérés, puisqu'ils reconnaissent l'anarchie spirituelle, l'impuissance de leur foi les place aussi dans une position contradictoire , en les disposant à fonder la reconstruction des croyances sur une compression matérielle.
L'état où j'ai conduit la transition extrême maintient donc le principal caractère de la situation actuelle , au milieu d'améliorations précieuses mais Insuffisantes. Ainsi , la dernière gé-
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE CINQUIÈME. 4/l5
Dération du siècle exceptionnel ne poarra devenir vraiment organique que dans sa troisième phase ^ que je dois présentement apprécier.
Elle se distingue surtout des deux autres en ce que la dictature y professe ie positivisme y au lieu de i*estimer ou de le seconder. Quoique le milieu reste sceptique, le gouvernement, sans altérer la liberté ^ marche ouvertement vers l'universel ascendant de la religion de l'Humanité , qui dès lors tend à faire autant prévaloir son régime que son dogme et son cuite. Une doctrine essentiellement caractérisée par son aptitude sociale n'inspire pas des sympathies vraiment décisives tant qu'on n'ose pas l'appliquer directement à sa principale destination, tout en reconnaissant le danger ou l'inanité des autres fois. Pour que la situation occidentale devienne vraiment organique, il faut donc réduire l'attitude transitoire à la seule discordance entre la marche religieuse du gouvernement et l'état sceptique du public. Tel doit être le caractère propre de la phase que je vais instituer, et qui durera davantage que les deux autres réunies, comme devant aboutir à l'ordre final. Afin de préciser cette comparaison , j'ose ici la pousser jusqu'au mode numérique , en assignant sept ans au premier degré de la transition organique, cinq au second , et vingt et un an dernier. C'est ainsi que la philosophie de l'histoire , qui d'abord expliqua les siècles et puis les générations, se trouve, dans son extrême prolongement, conduite, sous l'impulsion pratique, à caractériser les trois âges d'une génération exceptionnelle.
n faut regarder la phase finale de la transition organique comme définie surtout par l'irrévocable substitution d'un triumvirat systématique au dictateur empirique et sceptique qui dut régir les deux autres. Ce remplacement nécessaire est destiné d'abord à faire d^à pressentir l'état normal du pouvoir pratique, expliqué dans le chapitre précédent. Quoique les trois
UkiS SYSTÈME DB POLITIQUE POSITITC.
chefs du Gouvernement Préparatoire ne puissent alors oArlf le caractère définitif de la dictature sodocratique, ils doirent s'IAi approcher autant que le permet la situation transitoire. Leur multiplicité , succédant à la monocratie > d'abord stationnaire puis progressive y annonce la dispersion néce^aire du pourofar temporel. Une telle hidication devient surtout décisive par le contraste spontané de l'autorité spirituelle, qui^ longtemps concentrée chez le fondateur de la Religion de THumanité , ne se trouvera peut-être assistée d*on digne clergé que vers le milieu de cette phase.
Nais, outre ce motif normal, l'avènement du triumvirat positiviste résultera d'un besoin exceptionnel , qui ne comporte aucune incertitude. En remplaçant la royauté > la dictature centrale conserve, depuis Texpiosion de la crise finale, la confusion développée enire les deux pouvoirs pendant tout lé cours de la révolution occidentale. Que l'usurpation de la spiritualité par la temporalité soit instituée pour l'anarchie ou la rétrogradation , elle perpétue à la fois l'une et l'autre , en repoussant directement le principe fondamental de la civilisation moderne. Or, la substitution du tiiumvirat au dictateur peut seule fournir une garantie décisive envers le caractère purement pratique introduit dans le gouvernement pendant les deux phases préliminaires de la transition organique. Aussi contraire aux antécédents qu'aux préjugés, la renonciation du pouvoir temporel à toute autorité spirituelle restera toujours insuffisante ou précaire tant qu'il pourra révoquer ce qui ne dut d'abord être qu'une concession volontaire. Si l'attitude d'un nouveau Frédéric procurait, à cet égard , une sécurité passagère , elle n'empêcherait point une usurpation inverse , qui serait plus dangereuse, en aspirant à faire légalement prévaloir la religion positive, sans attendre la conversion du milieu. Cette aberration , à la fois spontanée et systématique, ofhe d'autant plus de
AVENIR HUMAIN. — CHAPltRt CINQUIÈME. l\ill
gratité Que , tant que le gouve^netnetit du peuple central réside chet un seul chef 5 le pontife universel doit sembler mériter mieux Que personne une telle supréiHatie.
Aussitôt 4dé le pouvoir directeur se trotive irrévocablement partagé, les deux usurpations opposées deviennent également itnpossibles. Le caractère synthétique de Fautôrité Spirituelle est incompatible avec la multiplicité des sièges^ malgré l'exemple des conciles et des académies, qui ne furent jamais organiques qu'en restant subalternes. C'est pourquoi le chef théorique ne peut davantage accepter un fragment d'empire que les chefs pratiques absorber Toifice consultatif 5 toujours indivisible^ puisqii'il exige des vues d'ensemble^ interdites à tout comité.
Tandis que la division temporelle se trouve ainsi molivée^ au dedans^ d'après les exigences Combinées de Tordre et du progrès, elle fournit » au deho^, uhè garantie décisive envers la consertation néce^aire de la paix occidentale. Outre Fabetration militaire qui caractérisa le début du dix-neuvièmè Siècle, l'Occident ne saurait, sans de graves inquiétudes, voir la dictature centrale rester monocratique , quand elle sera devenue assez progressive pour obtenir une vfaie popularité. L'absence de toute aristocratie capable de contenir l'abus d'un tel pouvoir doit inspirer aux peuples adjacents des alarmes que le caractère pértonnel du chef ne peut suffisamment dissiper. Mats une telle lacune devient, au contraire, une garantie de sécurité sotiâ un triumvirat, qui , quelque populaire qu'il puisse être , se trouvera toujours privé de la consistante et de la continuité propres à la politique sénatoriale. Ces trois chefs de la France ne sauraient maintenant converger que d'après leur commune adhésion à la fol positive, qui leur prescrit autant le respect de l'indépendance occidentale que celui de la liberté spirituelle, au nom de leur destination sociale.
Voilà comment l'avénemeut du triumvirat central anhonce et
garaotit l'ascendant politique du positivisme au début de la dernière phase de la transition organique. Si les trois cheb n'avaient pas ouvertement embrassé la religion de l'Humanité, leurs conflits mutuels ne tarderaient point à troubler» et peutêtre ensanglanter» la France, ou bien le partage du commandement deviendrait illusoire. D'un autre côté, cette décomposition assure l'indépendance du sacerdoce régénérateur» et proclame la prépondérance décisive du mouvement moral sur Tagitalion politique. C'est ainsi que la transition organique marchera directement vers son issue normale» en faisant irrévocablement ressortir le caractère reUgieux de la révolution occidentale » dissimulé jusqu'alors par les conflits sociaux , tant au dedans qu'au dehors. Le mode qui convient à l'état final devient donc le plus propre à la situation transitoire» de manière à permettre un passage vraiment graduel de l'une à l'autre » suivant la loi fondamentale de la continuité théorique et pratique.
Destiné surtout à faire mieux prévaloir cette loi » le positivisme la préservera de toute altération aussitôt qu'il dirigera le mouvement social. Elle doit déjà se manifester dans le passage décisif de la dictature monocratique au triumvirat systématique» dont l'avènement ne comporte point une violence contraire à sa destination organique. Un milieu sceptique» indifférent» sinon hostile , à la foi régénératrice , ne permet pas même de concevoir qu'une telle transformation s'accomplisse autrement que d'après la libre initiative du dictateur» quand il en aura senti la nécessité. Puisqu'il est alors devenu sincèrement progressif, rien ne l'empêchera» sans être pleinement positiviste» d'apprécier assez les conditions générales de la phase immédiatement destinée à terminer la révolution occidentale. Or, sa volonté suffit pour qu'il use de ses pleins pouvoirs afin d'introduhre dignement un changement nécessahre» en méritant une
gloire Impérissable 9 au lieu du ti^me que suscite toute vaine résistance aux lois de THumanité.
Cette transformation doit paisiblement s'opérer d'après une dernière modification de l'institution ministérielle, surgie, sous la seconde phnse de la révolution moderne 5 quand la royauté^ surtout française 9 devint incapable de diriger la dictature qu'elle venait d'obtenir. L'initiative royale se borna de plus en plus à choisir ou révoquer les chefs, dès lors multiples, entre lesquels se répartit le gouvernement temporel, suivant la diversité des services pratiques. Inhérent à la nature , essentiellement analytique, de l'activité moderne, ce partage garantit spontanément la division des deux pouvoirs , en ne permettant l'unité politique que d'après une doctrine commune , représentée par le dictateur officiel. Depuis Texplosion de la crise finale, les dangers de la situation suscitèrent toujours une volonté centrale, dont la suprématie a définitivement surmonté Tanarchie parlementaire. Mais une telle condensation, sans laquelle l'ordre matériel serait aujourdhui compromis, ne se trouve réellement motivée que d'après l'impuissance de la doctrine officielle , qui fournit seulement des formules , et jamais des inspirations. Quand l'aptitude sociale du positivisme sera suffisamment sentie, on reconnaîtra que la foi démontrable établit, entre les divers chefs politiques^ un lien plus complet et plus stable que la prépondérance d'une volonté toujours exposée aux fluctuations résultées du scepticisme. Alors l'institution des ministres terminera son office transitoire en faisant paisiblement succéder le triumvirat systématique au dictateur empirique.
L'obligation de fonder l'unité politique sur une doctrine commune , quoique plus prononcée dans l'état normal , convient d'abord à toutes les phases du régime préliminaire, nonseulement sous la théocratie, mais aussi depuis Tessor militaire. Malgré la nature synthétique de l'activité guerrière, le lien du
patriciat romain résulta toiijoars de son caractère religieax» dont bérita la dictature impériale. Sous cet aspect, le théologisme et le positivisme ne durèrent qu'en ce que le premier permet aux cliefs pratiques de représenter la syntlièse dirigeante^ tandis que le second réserve nécessairen^nt cette aptitude aux chefs théoriques. C'est pourquoi la dictature temporelle ne saurait depieurer monocratique sans rester rétrograde en aspirant à l'autorité spirituelle ^ qu'elle ne peut demander qu'à la foi déchue. Devenue progressive en renonçant à cette vaine usurpation, elle se trouve conduite à compléter sa transformation en érigeant ses ministres en gouverneurs directs, afin de faire ouvertement prévaloir leur caractère pratique, correctif spontané des aberrations antérieures.
Il faut pourtant reconnaître que la constitution moderne du pouvoir temporel exclut autant une dissémination exagérée qu'une condensation absolue. L'irrévocable abolition du régime parlementaire doit bientôt conduire à diminuer le nombre des ministères, qui ne furent multipliés qu'afin d'offrir plus d'issues aux ambitions perturbatrices. Quand une attitude vraiment progressive dispensera d'une telle concession , on sentira que le gouvernement exige seulement trois ministres, dont chacun réunira trois des portefeuilles actuels.
En opérant cette concentration, destinée h permettre le paisible avènement du triumvirat systéfpatique , il faut préparer, autant que possible, le régime normal, en faisant déjà sentir le caractère industriel de la temporalité finale. Les trois ministères destinés à prévaloir doivent se partager les attributions industrielles en rangeant l'agriculture, la fabrication, et le commerce sous les départements respectifs de Tintérieur^ des finances, et de l'extérieur. Mais, cette répartition n'ayant alors d'autre objet que de faire mieux pressentir la constitution normale du pouvoir temporel, elle ne saurait altérer les dénomina-
tlQDS î^f tuelles , qui resteroi)| préféra^)le§ jusqu'à la fip^ de la trapsitioD organique.
Sous le premier ministère, principalement caractérisé par la police , il faut réunir le département actuel de la justice , et celui de Finstruction publique, déjà réduit aux écoles primaires, sauf la surveillance des établissements privés, he second absorbera l'administration des travaux ppblics, qui doit bientôt devenir essentiellement financière, quand la suppression des corps spéciaux aura fait mieux prévaloir la libre exécution. Enfin, le troisième s'adjoindra les attributions, terrestres et maritimes ou coloniales, qui survivront à la transformation de l'armée en gendarmerie.
Telle est la concentration ministérielle qui préparera le paisible avènement du triumvirat systématique, quand le dictateur progressif sera devenu suffisamment accessible aux conseils positivistes. Il facilitera la transformation eu attribuant aux trois ministres la qualification de gouverneurs, mieux adaptée à leur office, et susceptible de persister indéfiniment. Après avoir assez éprouvé ceux qu'il aura choisis, il instituera dignement la phase finale de la transition organique en leur transférant la dictature française , devenue irrévocablement mul- Uple.
Une telle transformation exige que le positivisme ait asse? modifié le milieu sceptique pour y faire convepablement surgir trois hommes d'État capables d'obtenir la pleine confiance du chef suprême. Destinés à fonder un office où chaque chef, sauf exception personnelle, choisira son successeur, leur propre avènement ne peut d'abord résulter que des libres conseils du pontife universel, seul apte à les proposer au noble dictateur. Cette initiative exceptionnelle , première manifestation vraiment décisive de l'ascendant social du sacerdoce positif, doit annoncer, autant que possible, le régime normal, en se conformant à
la répartition systématique des attributions industrielles. On peut maintenant espérer de trouver bientôt, parmi les banquiers français^ un digne gouverneur des relations extérieures. Mais» la condition normale ne pouvant encore être remplie envers le département de l'intérieur, il faut y placer un chef agricole^ dont la conduite aurait assez constaté l'élévation de pensées et de sentiments qu'exige une telle destination. Quant au gouvernement des finances, qui continuera de prévaloir jusqu'à la fin de la transition, la même règle conduirait à cliercher son organe dans l'industrie manufacturière , si l'état mental et moral des entrepreneurs correspondants ne prescrivait point une grave modification. Plus altérés que tous les autres par l'empirisme et l'égolsme, d'après leur tendance plus prononcée aux monopoles oppressifs, leur InsuflBsance politique obligera le dictateur progressif à choisir un de leurs ouvriers pour lui confier le principal département.
Cette participation des prolétaires au triumvirat systématique constitue la seule anomalie vraiment profonde à laquelle se trouve assujetti le gouvernement préparatoire. Mais elle est tellement motivée par la situation transitoire qu'elle ne doit inspirer aucune inquiétude aux conservateurs sincères et clairvoyants, quand même on serait conduit à l'étendre aux deux autres départements. Les classes normalement destinées à la suprématie temporelle étant restées , de cœur et d'esprit, audessous de leur mission, il faut bien demander au mérite personnel les garanties que les positions sociales ne peuvent encore fournir. Or, d'après l'ensemble du passé moderne, c'est parmi les prolétaires que doivent aujourd'hui résider, en plus grande proportion, les types vraiment dignes de l'élévation politique par la généralité des pensées et la générosité des sentiments. Toute la di£Bculté consiste à les faire convenablement surgir, quand une doctrine vraiment organique guidera les choix
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE aNQUlÉME. ^53
d'un DOble dictateur. Un tel avènement^ pur de toute démagogie ^ ne saurait seconder les tendances au déclassement, puisqu'il est directement représenté comme une anomalie nécessitée par la situation transitoire. Il ne pourrait être supposé définitif sans paraître aussitôt contradictoire : car les plébéiens ne sauraient devenir chefs qu'en quittant la position d'où résultent leurs titres intellectuels et moraux; tandis que les patriciens conservent leur caractère en obtenant l'empire.
Outre leur valeur personnelle, les types prolétaires procureront au gouvernement préparatoire une assistance collective^ à la fois négative et positive. Cet avènement fournit une puissante garantie contre les démagogues^ qui, toujours issus des bourgeois et surtout des lettrés , trouveront ainsi des chefis dans le milieu sur lequel s'appuie leur ambition. Loin de les seconder^ la sollicitude populaire leur suscitera des rivalités insurmontables^ en faisant surgir les meilleurs organes du prolétariat, naturellement propres à discréditer les rhéteurs et les sophistes par un contraste décisif. Mais la principale réaction d'une telle anomalie consiste à faciliter la régénération patricienne, en disposant les entrepreneurs à sentir les conditions, intellectuelles et morales, de l'élévation politique normalement réservée à leur classe. Au lieu de séparer le prolétariat du patriciat, l'avènement transitoire des meilleurs types populaires réunira les pauvres aux riches pour éteindre une bourgeoisie où réside essentiellement l'anarchie occidentale.
Voilà comment doit paisiblement surgir le gouvernement préparatoire du peuple central, au début de la dernière phase de la transition organique. Depuis plusieurs années, j'élabore les choix personnels qui me permettront de remplir dignement mon office consultatif, quand la dictature sentira le prix des inspirations systématiques spontanément exemptes de toute ambition. En appliquant au jugement des personnes les prin-
cipes éprouvés par Tappréciation des événements, j'espère trouver des types capables d'obtenir la confiance du dictateur et du public, parmi les praticiens que le positivisme a déjà régénérés. Quand mes choix seront complets et définitifs, je les ferai connaître , en temps opportun , afin qu'un digne examen ifacilite et perfectionne leur libre avènement. Borné, dans l'état normal, à consacrer des chefs émanés de leurs prédécesseurs, le sacerdoce positif doit , pendant la transition , utiliser une autorisation universelle en proposant f inauguration de ceux qui pourront instituer leurs successeurs.
La continuité sociocratique ne saurait encore surmonter entièrement le rbode électif qui remplaça de plus en plus la continuité théocratique. Mais il faut amortir autant que possible cet usage subversif, surtout envers les chefs suprêmes, qui devront ensuite choisir librement tous les fonctionnaires temporels. Sans que chaque triumvir puisse , en cas de digne retraite , déterminer pleinement son successeur, il pourra toujours le proposer aux dix-sept électeurs émanés du vote universel, modifié par la délégation et la publicité , comme pour l'assemblée financière.
En groupant les citoyens de Paris d'après les intendances correspondantes h leur naissance, ils nommeront ainsi ces délégués spéciaux, qui prononceront sur le choix proposé. Si le successeur est accepté , la décision centrale sera soumise au contrôle provincial, représenté par les seize autres capitales, dont dix au moins devront la confirmer, au vote universel. Quand le choix sera rejeté , le triumvir en devra proposer un second aux mômes électeurs, qui ne prendront l'iniliative qu'après un nouveau refus.
Nul terme ne saurait être arbitrairement prescrit à la durée d'un commandement fondé sur la confiance et garanti par la responsabilité. Cependant, il faut pouvoir toujours écarter pài-
slblement les gouverneurs dégénérés^qut^ dédaignant un blâme mérité^ ne se retireraient point en temps opportun. Pour concilier ces deux besoins , le mode électoral que je viens de décrire prononcera sur le successeur que proposera le chef industriel d'où procède l'accusation qu^approuvent dix-neuf autres entrepreneurs J)arisiens. Afin d'éviter la précipitation et Tentraînement , cette proposition , toujours motivée par des grieCs spéciaux , et signée des vingt adhérents , n'aura d'elTet légal qu'après avoir été deux fois aflBchée à trois mois d'intervalle. La discussion qui précédera le vote , et la possibilité de conserver le triumvir inculpé ^ détermineront le plus souvent , soit à retirer une accusation exposée au blâme public , soit à quitter â temps l'office incriminé.
Je dois ici suspendre un moment l'explication du Gouvernement Préparatoire pour consacrer le souvenir d'un double incident, propre à confirmer la confiance que mérite l'instinct populaire quand il se trouve préservé des instigations métaphysi(|ues. Ma conception initiale de 18^8 sur le mode d^élimination des gouverneurs vicieux faisait , malgré moi , plus de concessions aux préjugés révolutionnaires que celle que je viens d'exposer. Cependant, je pus bientôt procéder selon ma nature, d'après la noble sagesse de deux prolétaires, mes dignes confrères dans la Société Positiviste, où j'instituai l'ensemble de la transition organique. L'amendement décisif, qui repousse toute réprobation purement négative en obligeant l'accusateur à proposer un nouveau choix, émana de l'homme d'État plébéien auquel le positivisme doit le lumineux aphorisme : Le travail ne peut jamais manquer. Un autre travailleur conçut ensuite, avec autant de spontanéité que de modestie , l'heureuse concentration de l'accusation légale parmi les entrepreneurs.
Pour achever d'apprécier le degré d'ascendant social que le positivisme doit avoir d*abord acquis afin de pouvoir convena*
blement iostitaer le Gouveroement Préparatoire^ il faut borner Fobligation systématique aux fonctionnaires vraiment politiques. Si les triumvirs adhéraient seuls à la foi régénératrice, leur Influence habituelle se trouverait entravéa par rindifférence ou Thostilité de leurs principaux auxiliaires ^ même quand ceux-ci resteraient purement sceptiques. Mais il n*est pas plus nécessaire que possible d'étendre les conversions jusqu'aux agents essentiellement administratifs^ toujours disposés à seconder une impulsion indépendante de leur concours. La dictature positiviste ne doit leur inspirer d'autres préférences collectives que celles qui résulteront d'une sécurité mieux garantie et d'un service plus honoré. C'est alors que leur digne avancement ne sera point arrêté par la consécration des grades supérieurs de Tadministration aux aventuriers politiques que faisait suiigir Tanarchie parlementaire ou la servilité dynastique.
Bornée autant que possible, l'obligation d'adhérer profondément h la doctrine dirigeante peut se réduire aux deux offices, Fun extérieur, l'autre intérieur, immédiatement subordonnés au triumvirat. Pourvu que les neuf ambassadeurs et les dix-sept intendants soient vraiment positivistes , leur assistance suffira pour que le Gouvernement Préparatoire développe convenablement tous les services, quelle que soit la foi des agents zélés et capables. Non-seulement les sous-préfets, mais les préiets eux-mêmes, perdront un vain caractère général, et seront habituellement choisis, par les intendants respectifs^ parmi les administrateurs spéciaux.
Ainsi concentréechez vingt-neuf hommes d'État^ la direction politique de la France pourra vraiment appartenir au positivisme dès le début assigné ci-dessus à la dernière phase de la transition organique. Pendant les douze années précédentes, la foi régénératrice doit obtenir un ascendant qu'on ne saurait mesurer tant qu'elle n'a point pénétré dans le milieu le plus
AVENIR HUMAIN* — CHAPITRE CINQUIÈME. k^l
convenable à sa destination immédiate , essentiellement relative aux cheOs. Le positivisme vient les dégager de Toppression nécessairement résultée de leur scepticisme depuis que le be* soin de construire prévaut irrévocablement. Dans tout rOccident^etsurtouten France, les hommes d'État se trouvent forcés de flatter alternativement , et quelquefois simultanément, l'anarchie et la rétrogradation , faute de convictions capables de surmonter également Tune etTautre. C'est au positivisme qu'ils devront la réalisation décisive du vœu stérile qu'ils ont toujours formé , depuis l'explosiob de la crise finale , pour la conciliation fondamentale entre l'ordre et le progrès. Il peut seul leur permettre de relever leur dignité personnelle et de développer leur activité sociale^ en cessant de subordonner leurs doctrines apparentes à l'état arriéré de ceux-là même qu'ils veulent conduire. Ouvertement investis, au nom de l'Humanité, d'une suprématie nécessaire, lis apprécieront, dans la plénitude de la vie publique, le saint aphorisme que la vie privée dut insphrer à mon éternelle collègue : Qmls plaisirs peuvent remporter sur ceux du dévouement?
Fatiguées d'un scepticisme de plus en plus repoussé par la situation occidentale, les âmes d'élite aspirent secrètement à se dégager d'un état qui les dégrade et les paralyse, pour se vouer, mieux qu'en aucun autre temps , à la régénération universelle. Mais elles ne peuvent se purifier et s'élever que d'après la foi qui vient régler le présent au nom de l'avenir déduit du passé. Le positivisme les aura bientôt ralliées assez pour qu'elles puissent obtenir un digne ascendant dans un milieu que l'absence de convictions complètes rend incapable de résister fortement aux impulsions systématiques.
Dès lors cessera l'anomalie qui semble aujourd'hui réserver à quelques types les qualités pratiques, surtout l'énergie et la persévérance , les plus communs des attributs humains , pnis-
45S SYSTÈME DE t>OLITIQUE POSITIVE.
qu'ils se retrouveDt chez tous les animaux vraiment actifs. Leur apparente rareté fournit l'un des principaux caractères de l'anarchie moderne, où le défaut de foi suscite Tirrésolution. Cette tendance à neutraliser le dévouement et le courage se développe surtout chez les meilleurs types, qui ne peuvent trouver un digne aliment que dans la vie publique, devenue, ■ faute de Religion , l'apanage t)rivilégié des ambitions vulgaires. Quand la foi positive pourra relever et liguer les âmes nées pour commander, on reconnaîtra , mieux que jamais, combien les qualités de l'esprit, et surtout du cœur, surpassent celles du caractère, qui manquent rarement aux vocations suffisamment réglées. Alors on verra spontanément dissipée la méprise exceptionnelle qui maintenant confond l'énergie avec la cruauté , faute d'en pouvoir observer le digne essor chez les types capables de l'appliquer aux grandes destinations d'après des convictions fixes et complètes.
Trois exemples décisifs ont successivement constaté , depuis un siècle , la tendance croissante de la situation occidentale â faire politiquement prévaloir, chez le peuple central, toute doctrine appropriée, même passagèrement, à la mission régénératrice dont il est investi. Vingt ans après l'essor de l'Encyclopédie, le dernier titulaire de la dictature monarchique confla le gouvernement de la France aux encyclopédistes, socialemeht caractérisés comme économistes. Au début de la crise finale , les républicains étaient moins nombreux que ne le sont aujourd'hui les positivistes : néanmoins, au bout de quatre ans, ils devinrent les maîtres, sans que leur nombre se trouvât beaucoup augmenté. Loin de reposer sur l'insurrection qui le manifesta, ce résultat de la situation centrale aurait surgi plus tôt, si la secousse eût été prévenue d'après l'hypothèse indiquée à la fin de mon troisiëhië Volume. Quand la paix occidentale fit ouvertement prévaloir le besoin de concilier Tordre et le progrès,
AYËNIR HUMAIN. — CHAPITRE CINQUIÈME. /i50
réclectisme . qui semblait y satisfaire , domina , sous diverses formes, pendant la majeure partie de la génération parlementaire, malgré la rareté proverbiale de ses types.
Ce concours d'exemples est d'autant plus décisif que les docirines correspondantes, quoique les seules qui pussent alors surgir^ né pouvaient aucunement remplir les conditions fondamentales. Ainsi se trouve confirmée là confiance que l'aptitude sociale dû positivisme doit directement inspirer envers son avènement politique. Le siècle où l'anarchie mentale et morale semblé le t>lus interdire les grandes choses assure , aux dignes promoteurs de la foi régénératrice , d*incomparables satisfactions , d'après une destination sans exemple.
J'ai siiCRsammenl apprécié la constitution et l'avéneinent du triumvirat positiviste , dont je dois maintenant caractériser la marche générale, en examinant d'abord sa règle de conduite, ensuite sa principale opération.
La dernière phase de la transition organique annoncera la terminaison directe de la révolution occidentale, en arborant, dès le début, le drapeau normal, avec tous les emblèmes qui l'accompagnent , suivant les explications spéciales de mon discours préliminaire. Quoique les deux devises caractéristiques eussent déjà prévalu, leur adoption successive proclamait plutôt un vœu qu'un principe , tant que l'attitude dictatoriale ii'y pouvait être assez conforme. Mais, quand le positivisme, après avoir modifié la conduite, parvient à transformer la constitution, la double formule devient un programriie décisif, dont la prépondérance se manifeste par le changement de couleur, qui répudie , sans aucune discontinuité , toute solidarité vicieuse. Alors la troisième devise du régime normal : F'ivre au grand jour vient compléter l'ensemble des deux autres, en fournissatlt le résumé pratique du système, à la fols moral et jlolitiquè, irrévocablemebl adopté, destiné surtout ^ la vie pu-
Z|60 SYSTÈME D£ POUTIQUE POSITIVE.
blique^ ce dernier symbole est spécialement propre à figurer sur les monnaies françaises , où cet énoncé du moyen dispensera de mentionner le principe et le résultat dont il constitue le lien nécessaire.
Pour apprécier toute la portée d'une telle formule , il faut reconnaître que son adoption oflBdelle caractérise Tavénement d'une marche systématique , sans laquelle cette devise annoncerait une intention morale et non une résolution politique. Quoique le moyen âge la fit noblement prévaloir dans la vie privée^ il ne put assez l'étendre à la vie publique ^ qui, malgré les aspirations chevaleresques , continua de reposer principalement sur le mystère et l'intrigue. Sans méconnaître les vicieux sentiments qui se rapportaient à ce régime , on doit surtout l'attribuer à l'impossibilité de vivre au grand jour quand l'avenir reste obscur et l'opinion incertaine. Une telle devise indique donc Tavénement décisif d'une doctrine capable de systématiser à la fois les prévisions politiques et les jugements publics. La régénération finale étant caractérisée par cette double systématisation , sa proclamation doit surtout résider dans la formulf^ropre à l'activité, quoique la principale valeur de ce symbole résulte de son aptitude à représenter ceux qui concernent l'intelligence et le sentiment.
Indice et condition d'une marche synthétique, comme d'une conduite loyale, cette règle convient autant à la spiritualité positive qu'à la temporalité pacifique. Avant de l'avohr systématisée , je l'avais toujours pratiquée spontanément , dès mes premiers pas, afin de préparer les esprits à mes conceptions, et d'améliorer celles-ci par les réactions» objectives et subjectives, résultées de ces annonces. Je n'ai jamais cessé de me féliciter d'un tel usage, quoiqu'il m'ait souvent exposé, soit à des objections vicieuses, soit à des emprunts frauduleux. Mais sa principale destination concerne la politique active, où, les ré-
AYBNIR HUMAIN. — CHAPITRE GINQUIÈME. frôi
sultats devenant pins déterminés et plus prochains, la consultation universelle peut davantage assister et rectifier les projets, ou même améliorer les intentions. C'est ainsi que le triumvirat positiviste manifestera le caractère pleinement organique de la troisième phase de la transition finale par l'habitude invariable d'annoncer assez ses actes quelconques pour qu'ils puissent être partout examinés à temps.
Des intervalles de deux mois, trois mois, ou six mois, selon l'urgence et la gravité des cas, m'ont toujours paru remplir, à cet égard, les conditions convenables. Suivant l'heureuse extension spontanément émanée d'un de mes meilleurs disciples théoriques, il faut autant appliquer ces délais aux nominations et destitutions qu'aux résolutions abstraites, afin de garantir les fonctionnaires et d'écarter l'intrigue. Ces intervalles suffisent pour que tout l'Occident, même colonial, puisse participer à la libre consultation dignement invoquée par la dictature centrale, dont les moindres opérations acquièrent une importance universelle en se liant à sa grande mission. Les triumvirs se trouveront ainsi délivrés des conseillers légaux, aussi gênants que dispendieux, dont une bureaucratie régénérée remplira mieux l'office administratif. Mais cet usage ne doit jamais altérer Tindépébdance ni la responsabilité des gouverneurs, toujours fondées sur la dignité du caractère. Outre qu'ils pourront agir contrairement à l'ensemble des consultations, même quand elles seraient unanimes, ils sauront, au besoin, décider sans les attendre, sauf les chances d'accusation légale ainsi suscitées. Afin de mieux appliquer la règle positiviste, chaque triumvir prendra seul les résolutions, abstraites ou concrètes, qui ne concernent que son département
Une telle marche se trouvera solennellement inaugurée, au début de la phase finale, par l'annonce décisive de la principale opération du Gouvernement Préparatoire, la décomposi-
tien politique de la France , d'après la transformation des iptendances en républiques. Quoique ce résuUat général de la transition organiqqe doive en marquer la terminaison ^ sa prévision familière caractérisera Tavénement d'une providence qui modifie sagement les fatalités qu'elle subit sciemment. Loin d'énerver la dictature centrale, cette annonce fortifiera son ascendant systématique , en motivant mieux les mesures qu'exige cette grande transformation, dont la perspective habituelle guidera le gouvernement et le public dans l'essor du régime transitoire.
Fréquemment accomplis pendant le long cours de l'initiation humaine, de tels démembrements ont toujours suscité de graves catastrophes,' faute de pouvoir être assez prévus et dirigés. Il faut donc regarder comme un triomphe décisif, pour la science et l'art politiques, la faculté d'opérer paisiblement le plus important de tous, après avoir sagement reconnu sa liaison nécessaire avec l'ensemble des lois, statiques et dynamiques, de la sociabilité normale.
Mon second volume a suflBsamment établi le principe fondamental qui réduit les associations libres et durables à la combinaison volontaire de quelques villes , y compris leurs adjiérences rurales, autour d'une Cité spontanément prépondérante. Cette loi, dignement sentie au moyen âge, et sans laquelle la Patrie ne saurait vraiment lier la Famille à THumanité, dirige , dans le chapitre précédent, la répartition normale de la planète humaine en sociocraties équivalentes aux intendances françaises. Tous les motifs qui prescrivent une telle restriction envers le régime final conviennent davantage à son avènement , depuis que l'essor systématique de la religion universelle a dissipé la seule justification des anomalies modernes. Garantie d'ordre et de progrès au dedans , la décomposition des grands États doit partout être également accueillie par le sacerdoce
AVENia HUttAIN* — CBA^fTAE CINQUIÈME. 46S
qu'elle émancipe, le patriclat qp'ellç relève, et le prolétariat qu'elle développe. Au dehors, elle assure la paix générale en dissipant la possibilité des invasions, n^Qme î^vant que les autres occidentaux aient imité l'élément central, dont la cpndcnsation, seule redoutable, l'oblige spécialement à cette initiative. Sa mission régénératrice doit y dissiper tqqte incertitude , en fondant, sur la décomposition politique de la France, la présidence religieuse que lui cqnfère l'ensemble du passé , surtout moderne. En attribuant au mot catholicisme son acception étymologique, qui ne convient qu'au positivisme , on peut réduire la révolution occidentale h remplacer le catholicisme de Rome par celui de Paris, quand la métropole humaine sera seulement spirituelle.
Cette mainte cité ne saurait même devenir le centre religieui: du territoire français, tant qu'elle ne se trouvera poii^t purifjéf convenablement de sa domination temporelle, qui ferait a|p^ redouter une confusion oppressive eptre les deux poi|vqir$. Quoique l'anarchie moderne ait gravement altéré le principal résultat^du moyen âge, la métaphysique n'a pu cepend<int empêcher rin3tinçt universel de sentir l'opportunité croissante d'une séparatipn plus copforme à notre existence qu'à celle de nos ancêtres. Telle est la source secrète des antipathies spontanées, et même des vaines rivalités, que la présidence spirituelle de Paris inspire souvent aux provinces françaises , ainsi menacées d'une consécratiop indéfinie de la tyrannie temporell|3 qui les entrave aujourd'hui.
Le peuple le plus concentré doit donc, au nom de sa mission universelle , donner l'exemple décisif d'une paisible décomposition, qui sera bientôt imitée partout, en vertu même des catastrophes surgies ailleurs d'après une obstination empirique. En me renfermant ici dans l'enceinte occidentale, j'indique l'indépendance américaine comme ayant , au dernier siècle ,
666 SYSTÈME DE POUTIQUE POSITITE.
irrévocablement commencé la dislocation continue des grands États. On pourrait même faire remonter un tel mouvement jusqu'à la révolution tioUandaise^ si la signification politique de celle-ci ne se trouvait point altérée d* après son caractère religieux. Mais en voyant s'accomplir une étemelle scission entre deux populations réunies par la langue et le culte ^ outre leur récente communauté d'origine , nul ne saurait se méprendre sur la vraie source du schisme temporel. Cette vérification de la loi des cités devait d'abord commencer envers le cas colonial ^ qui l'a bientôt complétée dans l'autre Amérique, malgré l'intensité supérieure du Uen religieux et politique. Sans attendre qu'elle se développe , chez les deux types , par la dislocation nécessaire de ces nationalités indirectes , qui sont, à leur tour, exorbitantes, tous les hommes d'État doivent aujourd'hui prévoir qu'elle s'étendra parmi les populations principales. Il faut donc se préparer partout à subir dignement cette destinée, au lieu de la déplorer vainement, surtout chez le peuple investi de l'initiative régénératrice, incompatible avec de tels regrets. Au début de la crise finale, cette nécessité fut confusément entrevue dans le parti qui méconnut le moins le caractère, essentiellement intellectuel, de la révolution occidentale. Mais, en aspirant à la décomposition normale de la France, il se trompa d'un siècle sur son avènement, sans qu'on puisse blâmer la terrible répression de cette méprise, vu la vanité coupable qui le poussait ainsi contre une défense aussi nécessaire que difficile. Quand l'héroïque empirisme de ses deux antagonistes eut garanti l'indépendance du peuple régénérateur, on put bientôt apprécier le mérite d'un tel pressentiment, d'après la cessation spontanée du principal motif de la concentration '3. La paix occidentale a consolidé cette disposition en autant la crainte des invasions extérieures que celle ions intérieures. Voilà comment je puis paisiblement
Jager^ avec la pleine liberté du vrai philosophe, une tendance prématarée , qui coûta la vie à mon père spirituel , soupçonné, quoique à tort, de l'avoir approuvée.
Pour faciliter l'avènement graduel de cette grande transformation, le triumvirat positiviste doit accorder aux intendants, éprouvés par sept ans d'un digne exercice, le choix de leurs successeurs , ainsi mieux incorporés aux populations correspondantes. Il faut ériger chaque intendance en république indépendante, aussitôt qu'elle remplit les conditions religieuses de l'émancipation politique, sans attendre que les autres provinces aient aussi mérité l'afiDranchissement , consistant à remplacer l'intendant par des triumvirs locaux. Avant que ce changement se trouve opéré partout, il aura déjà réalisé sa principale destination envers l'ensemble de la transition organique , soit en purifiant la métropole spirituelle , soit en dissipant les ambitions perturbatrices, fomentées surtout d*après la concentration.
Il me reste maintenant à développer la marche , politique et religieuse , de la principale phase de la transition organique , directement caractérisée par le double programme que je viens d'expliquer. Mais , en vertu de sa prépondérance , une telle exposition ne saurait ici trouver une extension proportionnée à celle que j'ai d'abord accordée aux deux modes préliminaires, d'ailleurs plus urgents , et moins appréciables d'après le type normal. Pour ne pas altérer h la fois cette explication et Tensemble du tableau transitoire , je dois donc Tajourner ju^u'à ce qu'elle soit devenue pleinement opportune. Si les événements confirment les annonces numériques de ce chapitre , et si ma carrière suit sa marche naturelle , je ferai, sur ce grand problème, un cours spécial, en 1862, au début du degré moyen, après avoir exécuté tous les traités que j'ai promis. Accompagnant les deux décrets décisifs qui transformeront l'armée en gendarmerie et fonderont TÉcole Positive, cet ensei-
gneroent oral sera reproduit deax fois , à l'intenralle d'un an ^ avec les améliorations convenables ^ Jusqu'à l'ouverture de la phase finale. Je dois maintenant me borner^ à cet égard , aux indications Spéciales qui peuvent assez compléter la détermination générale que je viens d'ébaucher envers le caractère politique et religieux de la principale transition , où le positivisme inspire le gouvernement. Pour Tessor temporel et la marche spirituelle, il faut distinguer ces aperçus suivant qu'ils concernent l'organisation intérieure ou l'influence extérieure du peuple central.
Dès le début de la troisième phase, la participation des prolétaires au Gouvernement Préparatoire doit, au dedans, caractériser la dictature positiviste en réduisant les dépenses publiques et systématisant les répressions politiques. Les indemnités sacerdotales et militaires ayant alors cessé, les pauvres accompliront les économies que les riches n'avaient pu même projeter, parce qu'un triumvirat énergique et progressif saura dignement rétribuer tous les services sans jamais multiplier les agents. Un traitement quotidien de cent^ cent-cinquante, ou deux cents francs, à chaque intendant, ambassadeur, ou gouverneur, annoncera partout l'irrévocable avènement de la noble simplicité passagèrement introduite par la dictature dantonienne. Ainsi pourra se développer, sans surcharge, le système de travaux publics qu'exigent, plus que dans l'état normal, le besoin de prévenir ou compenser les chômages in-* dustriels, et la nécessité d'assurer les services urgents au milieu des perturbations résultées des ligues ouvrières. En même temps, le triumvirat exercera directement, sous sa digne responsabilité, la répression nécessaire des délits politiques, sans la pousser encore jusqu'au terrible degré qui ne peut y devenir légitime que d'après des convictions alors impossibles. Renonçant à s'abriter derrière des tribunaux, non moins incompétents qu'ir»
responsables 9 le Gouverneniefit Préparatoire annoDcera normalement les proscriptions qa'il jugera conienables, et saura les accomplir dignement , quand Fun de ses membres aura publiquement entendu l'inculpé. Soit que Farrêt se borne à prononcer l'exclusion des fonctions civiques^ ou qu'il y joigne l'exil , complété quelquefois par la confiscation 9 il offrira des garanties de justice et de modération supérieures à celles que comportent des formalités illusoires et dégradantes.
Envisagée dans son ensemble, la politique intérieure de la dictature systématique sera surtout destinée à régénérer le patriciat en éteignant la bourgeoisie qui le sépare du prolétariat Mais l'interposition perturbatrice ne peut cesser que d'après le concours continu de deux mouvements, connexes quoique opposés, l'un négatif, l'autre positif: l'élimination des lettrés et des légistes ; la transformation des petits entrepreneurs. Toutes les classes ontologiques, développées par la révolution occidentale, doivent finalement disparaître; tandis que les chefs subalternes de l'industrie actuelle deviendront, la plupart^ de dignes ouvriers, et quelques-uns de vrais patriciens.
Spontanément éteints d'après la liberté spirituelle et l'abolition du budget théorique, le journalisme et la littérature laisseront subsister, jusqu'à la fin de la transition, le principal noyau métaphysique, vu les services nécessaires, quoique décroissants , des divers légistes. Envers leur meilleure classe , la suppression des procès philosophiques ou politiques, l'extension de l'arbitrage et des justices industrielles, permettront de réduire et simplifier les offices judiciaires, dont les principaux titulaires auront subi la régénération positive. L'extinction des écoles de droit ayant borné l'éducation spéciale des avocats à l'apprentissage pratique , ils disparaîtront graduellement quand on leur ôtera le monopole des défenses légales, en réalisant, dans un milieu mieux disposé, la noble tentative des juristes dantoniens.
Cette double épuration permettra de perfectionner les offices d'administration et de police y en utilisant les connaissances et les habitudes des légistes inoccupés. Mais le principal objet de la politique transitoire concernera la régénération de la partie positive de la bourgeoisie actuelle. La concentration des fortunes , et la transformation de la plupart des petits entrepreneurs en simples travailleurs, résulteront surtout des lois naturelles de Texistence induslrielie , tendant mieux vers ce double résultat dans un milieu plus troublé, qui ne sied qu'aux grandes forces Néanmoins, le mouvement spontané peut être perfectionné d'après une sage intervention , principalement destinée à prévenir ou réparer les désastres qu'il suscite. Elle doit consister, d'une part, à supprimer les entraves émanées de la législation révolutionnaire*, et, de l'autre, à développer convenablement le système des dotations industrielles.
Un éminent économiste iM. Dunoyer) a dignement surmonté les préjugés négatifs en proposant Tabolition de l'égalité factice des partages et le rétablissement de la faculté de (ester. Quoique ses doctrines soient restées individualistes, ses tendances sont devenues spontanément sociocraiiques; en sorte que le positivisme peut adopter ses vues en les systématisant et les complétant. Je dois surtout adhérer à l'amendement d'après lequel il conserve la règle actuelle en l'absence de tout testament , sans croire ce cas aussi fréquent qu'il le suppose. Cette restriction convient pour permettre l'entière manifestation des tendances spontanées vers la concentration des héritages, quand le positivisme aura fait assez sentir, surtout en France, l'importance des grandes fortunes. Mais la réaction totale de la faculté de tester deviendrait insuffisante si l'adoption restait aussi gênée qu'elle l'est dans notre législation. En la délivrant aussi des entraves factices , il faut seulement conserver, envers les deux cas, les précautions destinées à prévenir une précipitation
souvent suivie d'un vain regrel, ou Tinjuste oubli des tiéritiers naturels. Pour éviter, autant que possible, ce double abus, sans entraver une liberté nécessaire , il suffit de restreindre chaque faculté par Tobligation générale d'une pleine publicité , sept ans avant la réalisation normale d'une telle résolution.
Quelle que soit l'efficacité de ce premier mode de concentration des fortunes, on doit maintenant compter davantage sur le second, inversement à Tordre normal, parce que Tun dépend surtout des mœurs privées et l'autre de Fintervention publique. Un million de francs pour chaque intendance employé judicieusement en dotations industrielles, sous la pleine responsabilité du triumvirat, pendant chacune des vingt et une années de la dernière phase, imprimerait une impulsion suffisante à la régénération du patriciat français. Outre son efficacité directe , cette institution comporte surtout une influence indirecte, en contrôlant les mauvais riches par le contraste des types artiûciels, qui ne repousseront jamais un digne examen de leur conduite industrielle. Le positivisme s'honore d'un éminent praticien qui , d'après une forte préparation théorique y lutte, avec autant de dévouement que de sagesse , contre les difficultés résultées de l'insuffisance de ses capitaux envers l'amélioralion décisive de son domaine rural. De pareils cas sont assez multipliés déjà pour indiquer combien l'intervention systématique peut seconder la régénération spontanée de l'existence industrielle, en faisant surgir les mœurs sociocratiques, chez des patriciens d'élite , avant la fin de la transition.
Je ne dois aucunement compter la confiscation parmi les moyens de hâter un tel résultat , quoiqu'elle y semble surtout destinée, d'après les aspirations subversives qui se développent maintenant C'est seulement à l'état normal que convient, avec beaucoup de modération d'ailleurs, cette extension d'une faculté nécessaire, quand les mœurs se trouveront assez réglées,
dans toutes les classes, pour en prévenir les principaux abus. Pendant la transition, il importe de borner l'usage de la confiscation à la répression politique qu'exigeront les perturbations, indifiduelles et collectives, suscitées par les diverses influences qui repousseront la régénération occidentale. Si l'on tentait de l'employer d^*à contre le mauvais emploi des richesses, aucun piincipe ne pourrait encore diriger l'application des sentiments qui , même honorables , et d'ailleurs mêlés souvent d'envie , compromettraient la sécurité nécessaire des possessions quelconques. Il faut seulement développer avec sagesse l'interdiction légale, et savoir utiliser l'aptitude des confiscations politiques à seconder Favénement normal du domicile prolétaire , en facilitant la vente des maisons par appartements.
Pour caractériser la politique extérieure du triumvirat français , je dois y séparer les relations avec les peuples adjacents de celles qui s'étendent hors de TOccident sociologiquement défini. Dans le premier cas , la dictature positiviste exige six ambassadeurs , ouvertement délégués auprès des populations , italienne, espagnole, britannique, germanique, hispano-américaine, anglo-américaine, afin d'y seconder la régénération commune. Sans être jamais hostiles aux gouvernements, ils ne sauraient exclusivement s'adresser h des pouvoirs qui ne sont pas encore devenus les véritables chefs des peuples correspondants. I^s missionnaires politiques du positivisme central devront alors s'attacher surtout à prévenir toute imitation videuse de riuitiative française et toute adoption prématurée de ses principaux résultais. Éminemment conservateurs, ils feront jetant sentir que l'agitation métaphysique et le scepticisme égoïste constituent désormais les seuls obstacles au digne accomplissement de la révolution occidentale. Tandis qu'ils seconderont la subordination spontanée envers la métropole
bnmaine^ ils prépareront la décomposition nécessaire des nationalités exorbitantes^ en invoquant la noble sagesse qui prévaudra cbez le peuple central. Ils s'efforceront spécialement de faire dignement cesser toute oppression mutuelle entre les divers éléments de la république occidentale ^ d'après un libre appel à Topinion publique dans le milieu dominateur.
Avant le début de la phase ûnale , le dictateur progressif qui précéda le triumvirat français avait déjà fourni le type décisif d'une telle politique en restituant l'Algérie aux Arabes. Car, en cessant librement de dominer un peuple extérieur^ on fait mieux ressortir Tindignité de la compression envers un élément intérieur. Néanmoins 9 le Gouvernement Préparatoire devra spécialement prévenir toute inconséquence capable d'entraver sa diplomatie fraternelle, en proclamant l'indépendance de la Corse 9 et même des colonies françaises, avant la décomposition de la nationalité centrale.
Hors de l'Occident , le triumvirat positiviste ne doit instituer d'ambassades qu'envers les états monothéistes, d'abord en Turquie, puis en Russie, enûn en Perse. Elles devront surtout développer la fraternité croissante qui , depuis la fin du moyen âge, lie les civilisations respectivement élaborées sous le catholicisme et rislamisme , également accessibles à l'influence chevaleresque , même au delà du monde romain. Mais cette prédilection normale ne doit aucunement altérer les soins que mérite le monothéisme avorié , quand les directeurs byzantins sauront imiter la noble subordination des chefs musulmans envers la métropole universelle. Dans sa seconde classe de relations extérieures, le triumvirat central s'adresse surtout aux gouvernements, qui sont alors à la tête des populations correspondantes, que la diplpmatie française ne saurait directement atteindre , faute d'une suflisante similitude. Le même motif conduit à n'instituer que des agents commerciaux au delà de l'enceinte mo-
nothéique , quoique le positivisme doive davantage modifier les populations polylbéiques, et surtout fétichiques, mais d'après une influence purement spirituelle y ci-dessous expliquée.
Ces aperçus suffisant ici pour caractériser la politique du triumvirat systématique pendant la dernière phase de la transition organique , il y faut pareillement indiquer celle du sacerdoce régénérateur^ principalement envers le peuple central.
Incorporé profondément au régime français^ le positivisme doit alors développer son aptitude décisive à surmonter l'anarcbie moderne , pour préparer l'irrévocable avènement des mceurs sociocra tiques. Son influence directement organique devra spécialement consolider d'abord le gouvernement 5 puis la propriété ; suivant le cours naturel de l'irruption subversive pendant les deux phases précédentes, à mesure que la liberté spirituelle manifesta la maladie occidentale.
Le premier cas est le plus urgent et. le plus décisif 5 parce que les dispositions anarchiques s'y développent avec une effrayante unanimité. Chacun peut n)aintenant constater que les riches tendent davantage que les pauvres à fronder un pouvoir sur lequel pourtant repose leur sécurité. J'ose affirmer que les vrais positivistes sont aujourd'hui seuls habituellement animés d'un respect sincère et désintéressé pour l'autorité temporelle, en quelques mains qu'elle réside. Il me sied d'ajouter que le fondateur de la Religion de l'Humanité, même avant de s'être entièrement dégagé du négativisme :, respecta tous les gouvernements qui se sont jusqu'ici succédé , en France , depuis quarante ans Mais ces dispositions organiques devaient longtemps rester propres aux vrais croyants , qui ne sauraient régénérer le monde sans avoir personnellement surmonté les habitudes anarchiques 9 quand Ils ont assez remplacé le scepticisme préliminaire par le dogmatisme final. Pendant la pren)ière phase de la transition extrême , le positivisme ne peut encore inspirer aux conserva-
teurs une suflOsante confiance^ faute de s'être assez dégagé du milieu révolutionnaire où résida nécessairement son berceau. Quoique le gouvernement l'apprécie assez, dès la seconde phase, pour lui conférer la régénération de rinstruction publique, c'est seulement sous la troisième quil l'invoque directement contre une anarchie pleinement développée.
Digne interprète du Grand-Être, le sacerdoce positif en fera partout respecter les ministres , malgré l'imperfection actuelle de leur origine et même de leur conduite. Sans borner son action aux vrais croyants, la religion de l'Humanité disposera tous les amis sincères du progrès social à reconnaître que , dans un milieu déréglé , les fonctionnaires publics constituent , en général, la meilleure classe, tant de cœur que d'esprit. Les ayant irrévocablement dégagés d'une hypocrisie dégradante, le positivisme les appelle à conduire le monde , au nom du Grand-Être, en remplaçant la dévotion par le dévouement. Il les fera même respecter avant de les avoir convertis, en les représentant comme seuls placés maintenant au point de vue social, qui bientôt prévaut sur les impulsions personnelles, d'après un suffisant exercice de l'autorité. Toutes les critiques qui les concernent ne procédant que d'une vicieuse comparaison au type final, l'esprit relatif du positivisme dissipera les censures sophistiques en restreignant le parallèle aux diverses classes actuelles.
Également apte à faire dignement apprécier la richesse et la grandeur, en vertu de son abnégation fondamentale envers l'une et l'autre, le vrai sacerdoce fera partout respecter les riches , après leur avoir appris à respecter les grands. La troi^ sième phase se trouvera naturellement destinée à l'essor décisif de la conversion sociocratique des fortunes quelconques, directement annoncée, et même préparée, au moyen âge, par la transformation spontanée des alleux en fiefs. Avant ce préam-
klà SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
Imle Hial apprécié, la propriété garda toujours sou caractère Ihéocratique , graduellement altéré , sans être jamais régénéré, pendant la transition gréco-romaine. Mais la damière pbase du monothéisme défensif fit partout surgir le principe d'une telle régénération, autant que le permettait une doctrine incapable de consacrer le sentiment et de systématiser FacUvité. Pendant tout le cours de la révolution occidentale, la situation moderne a simultanément développé , d'après les vices opposés des riches et des pauvres, le besoin de consolider les possessions matérielles en les réglant , et Timpuissance de leur ancienne consécration.
On doit maintenant invoquer THumanité pour procurer aux richesses quelconques une sécurité fondamentale qui ne saurait désormais émaner de Dieu. Vainement la métaphysique officielle a-t-elle tenté de leur conférer une sanction indépendante de ces deux sources en faisant prévaloir un individualisme non moins rétrograde qu'anarchique. Les prétendus droits qu'elle Invoque auront irrévocablement succombé sous Tessor décisif des impulsions sociales avant la fin des deux phases préliminaires de la transition organique. Pendant la troisième, un libre ascendant, aussi désintéressé que systématique, viendra garantir la base matérielle de la société , également compromise par la défense et Tattaque. En procurant aux aspirations rénovatrices une satisfaction incompatible avec leur tendance subversive , l'irrévocable division des deux pouvoirs humains fera partout sentir que la discipline morale de la propriété repose sur son inviolabilité politique. Sans borner sa protection aux possesseurs qui reconnaissent tenir leurs fie£s de THumapitjé, la religion positive inspirera le respect des alleux quelconques, en représentant les plus mauvais riches comme concourant, même involontairement , à conserver le trésor matériel. Toujours périssable , il ne peut être préservé que d'après une soUi-
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citnde active et continue , qui constitue le principal oiËce du propriétaire , quelque vicieuse que soit son administration , dont il ne doit jamais qu'un compte purement moral , sauf les anomalies personnelles.
Je suis ainsi conduit à compléter cette indication de Tinfluence conservatrice du positivisme, en signalant sa lutte nécessaire avec le communisme, dernier état vraiment honorable et dangereux de l'ensemble des instincts révolutionnaires. Après avoir surmonté Tanarchie des riches envers les grands, la religion de l'Humanité consacrera la majeure partie de la transition finale à transformer ou dis^per les dispositions qui jusqu'alors auront de plus en plus poussé les pauvres contre les riches. Ce dernier triomphe deviendra l'indice décisif du prochain avènement de l'état normal, en prouvant que la synthèse relative, déjà reconnue supérieure envers le culte et le dogme, convient autant au régime, compromis par toutes les synthèses absolues.
Un tel office exige successivement deux opérations systématiques, respectivement destinées à réfréner les deux modes profondément distincts, quoique vicieusement confondus jusqu'ici, de l'anarchie occidentale, d'abord urbaine, puis rurale.
A la première seule, plus honorable et plus dangereuse, se rapporte le communisme proprement dit , surtout chez les plébéiens, où réside sa véritable influence. Le positivisme peut d'autant mieux régénérer, an nom du Grand-Être , le prolétariat urbain, que l'aberration s'y borne aux pensées, sans altérer les sentiments. Étendant et systématisant la position du problème social , uniquement représenté jusqu'ici par le communisme , le sacendoce de l'flumantté fera gradvellemeat prévaloir SA solution normale, après avoir manifesté les inconséquences de l'utopie anarchique. Une pleine liberté ne pennetta&t plus aux docteurs subversif de dissimuler le«r impuissance sous la pei-sécution , la religion universelle convaincra Mentôt les
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dignes prolétaires qu'ils ont vicieusement séparé la concentration des matériaux et leur appropriation. Celle-ci constitue toujours la condition de celle-là, surtout envers un trésor périssable , dont la conservation exige des organes spéciaux et responsables 9 qui ne peuvent remplir leur office sans une pleine sécurité 9 seule source d'une digne activité.
Tandis que le communisme urbain exagère la concentration des richesses, Tanarchie rurale, où les sentiments se trouvent autant altérés que les pensées, sinon davantage, pousse à Tindividualisme absolu par le morcellement indéfini de la principale propriété. Le défaut de qualification spéciale, qui fait seul confondre habituellement cette aberration avec Tutopie opposée , cessera bientôt d'après l'essor nécessaire du dernier mode que comportent, en Occident, les tendances subversives, déjà surgies ainsi sous la transition romaine. Cette extrême anarchie trouvera ses propres docteurs parmi les instituteurs primaires, qu'une frivole propagation des éludes scientifiques dispose officiellement à couvrir les sophismes ruraux d'une apparence systématique Mais la conversion des meilleurs communistes au positivisme, surtout parmi les mécaniciens, fournira spontanément de précieux auxiliaires dans la lutte décisive du sacerdoce régénérateur pour la solidarité non moins menacée que la continuité. Je me félicite d'avoir* en développant les écoles vétérinaires , préparé , pendant la seconde phase , l'assistance la plus apte à seconder, sous la troisième , le triomphe des vrais croyants sur l'anarchie rurale.
Quoique le régime doive alors absorber la sollicitude sacerdotale, il la conduira naturellement à compléter la partie abstraite du culte transitoire, en joignant trois fêtes sociales à celle qui suivit les trois solennités morales. Ces célébrations annuelles seront successivement introduites» avec une année d'intervalle, pendant le premier tiers de la phase finale, en
glorifiant d'abord la Presse » puis la Poste ^ enfin la Police.
Malgré sa popularité prépondérante, la première fête ne pouvait auparavant être instituée sans danger, parce que l'office correspondant restait trop équivoque. Destinée surtout au régime final 9 la presse ne mérite la consécration religieuse qu'après une suffisante purification du caractère essentiellement subversif qu'elle développa pendant la révolution occidentale. Il faut que le journalisme et la littérature s'éteignent dans leur principal siège pour que la sociolâtrie puisse dignement glorifier l'institution qui , faisant prévaloir la méditation sur l'entraînement, permet d'organiser la consultation universelle.
Cette célébration disposera le peuple central à fêter l'admirable systématisation alors accomplie envers les communications destinées à développer et consolider l'essor universel de l'écriture. Depuis l'établissement des messagers publics jusqu'à Tavénement de la double télégraphie , le culte positif doit esthétiquement caractériser tous les modes ou degrés d'une institution parallèle à la presse , et non moins liée au principal type de la royauté moderne. Rien ne peut mieux cultiver la sociabilité que Tidéalisation annuelle du concours universel des forces humaines pour développer les entretiens mutuels des membres quelconques de la grande famille.
Suffisamment préparé par ces deux fêtes , l'instinct social sera , dans la troisième, conduit à constater sa régénération décisive, en glorifiant une institution à la fois plus importante et moins appréciée que les précédentes. Quoique le peuple central doive spécialement s'honorer de sa police , ce précieux résultat de la dictature monarchique est mieux jugé jusqu'ici chez les autres occidentaux. Mais les mœurs sociocratiques seront assez élaborées pour que le sacerdoce de l'Humanité puisse alors glorifier l'institution régénérée qui, toujours animée d'un esprit sagement émancipé, protège sans éclat l'existence privée et publique.
Voilà comment, malgré les luttes relatives au régime ^ la sociolâtrie transitoire se complétera, vers le milieu de la génération préparatoire, d'après sept fêtes propres à caractériser le culte abstrait sous l'adoration concrète. Quoique spécialement adaptées à la transition , les quatre dernières peuvent accessoi» rement s'incorporer au système définitif, directement ébauché par les trois premières.
Pour avoir assez caractérisé la politique religieuse de la troisième phase, il me reste à la considérer envers le dehors. Mais ce complément se trouvera surtout apprécié ci-dessous en examinant les modifications spéciales de la transition positive chez les quatre groupes occidentaux, et même parmi les autres types humains. Je dois ici me borner à signaler Tessor successif des deux institutions, Tune normale, l'autre exceptionnelle, qui permettront au pontife universel de systématiser graduellement la propagation spontanée du mouvement central.
La première consiste dans la chevalerie positive , qui convient davantage à la transition, quoiqu'elle ne puisse y devenir aussi régulière que sous le régime final. Elle s'y trouve tellement opportune que son essor décisif a déjà commencé réellement, même à Tinsu de ses coopérateurs. L'infâme persécution émanée du milieu le plus dégradé, fit dignement surgir le subside sacerdotal à titre de patronage collectif envers mon existence personnelle. Bientôt l'extension systématique d'un protectorat spontané fera partout sentir que l'anarchie moderne n'a pas éteint les germes chevaleresques. Plus nécessaire que dans l'état normal envers le sacerdoce positif, le prolétariat occidental, et le sexe affectif, la libre tutelle combinera prochainement ses trois éléments, caractérisés au chapitre précédent.
Il faut, en second lieu, rappeler ici le comité provisoire in« troduit, en 1842, par mon traité fondamental, et dont le corn-
plément termine le discours préliminaire de la eonstruction qae J'achève. Malgré son antériorité didactique, je dois maintenant le placer après la chevalerie, son office historique ne pouvant être assez apprécié que quand le poMtivisme central se dirige surtout au dehors, tandis que celle-ci convient autant au dedans. Néanmoins, ces deux institutions se trouveront spontanément liées, puisque le comité positif émanera des meilleurs chevaliers, quand leur générosité caractéristique sera spécialement assistée d'une prééminence théorique ou pratique.
Tels sont les divers aperçus, spirituels et temporels, qui devaient ici préparer mon cours complémentaire de 1862. sur la transition organique. Je puis maintenant résumer TeBsemble de cette exposition par le contraste décisif entre son.accom- * plissement actuel et son ébauche primitive. Sous Timpulsion généreuse, quoique désordonnée, d*un mouvement républicain, je conçus, en 18^8, d*abord le Gouvernement Préparatoire d*après Tlndication caractéristique de mon cours de 18i:i7, puis rÉcole Positive , enfin le Calendrier Positiviste. Mon discours préliminaire, écrit pendant l'exposition verbale de cette triple institution, offre des traces durables d'une telle marche, entièrement Inverse de celle que je viens de suivre. Or, cette opposition constate la réalité fondamentale^ et même la pleine opportunité , d'une élaboration sociale qui, surgie du présent, devient Tapplication décisive de la construction de Tavenir d'après le passé.
Je dois maintenant compléter mon dernier chapitre en caractérisant d'abord les modifications simultanées de la transition organique chez les quatre éléments occidentaux, puis son extension successive aux populations monothéiques, polythéiques, et fétichiques. Le double complément du mouvement central, quoique ayant précédé le siècle exceptionnel, ne peut devenir décisif que quand l'irrévocable avènement d'une dic-
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tatore systématique aura pleinement développé l'initiative française.
Quoique J'aie dû spécifier l'explication de la transition organique envers le cas fondamental , je Tai toujours représentée comme essentiellement commune à tous les éléments occidentau*X9 suivant la connexité partout sentie au début de la crise finale. On peut maintenant vérifier que chacun des principaux caractères, temporels ou spirituels, propres aux trois degrés successifs du mouvement transitoire convient autant à Tensemble de rOccident qu'au peuple central. Le développement de la liberté spéculative d'après Tabolition du budget théorique, le remplacement de l'armée par la gendarmerie, et ' même Favénement d'un triumvirat systématique, sont également nécessaires partout. Cette identité devient surtout évidente envers la transition spirituelle, oii l'essor du culte historique, rétablissement des écoles positives , et l'ascendant du positivisme sur le communisme , conviennent pareillement à tous les cas occidentaux. Il en est de même pour la décomposition normale des grands États^ qui résume ces deux classes simultanées de transformations successives. Envers les sept pas décisifs, le peuple central se trouve investi, d'après l'ensemble du passé, d'une initiative destinée à dispenser ses quatre voisins de reproduire l'élaboration transitoire, dont ils doivent seulement s'approprier les résultats. Mais, la commune adoption ne devant jamais être passive, il faut maintenant caractériser les modifications spontanées qu'elle offrira partout, et par lesquelles chaque élément perfectionnera spécialement la marche générale.
Dans toutes les extensions du principal mouvement, le sacerdoce régénérateur, assisté du comité positif, s'attachera surtout à concilier deux conditions également importantes : une digne subordination envers l'élaboration centrale; un sage respect
des diversités locales. Il faut que les différences uationales secondent la destination universelle du travail occidental en développant les aptitudes propres à chaque cas. Mais leur essor respectif doit toujours se subordonner à Tinitiative fondamentale^ d'après une libre déférence 5 partout conforme à Tordre de régénération déterminé^ dès le début de ce chapitre, suivant Fensemble du volume précédent
Cette loi représente Télément italien comme devant s'associer le premier au mouvement organique , dont le développement esthétique lui convient spécialement Les dispositions préalables qu'exige une telle destination peuvent d'autant mieux prévaloir qu'elles se bornent à faire assez ressortir les principaux caractères de la situation correspondante, méconnus seulement chez les lettrés. Quoique la population italienne soit plus dégagée qu'aucune autre des mœurs militaires, ses guides spiritueb n'ont Jamais cessé de regretter son antique domination, et même d'en rêver le retour universel. Au lieu d'apprécier sa décomposition politique comme la rapprochant davantage de l'état normal , ils tendent vers une unité, non moins rétrograde qu'anarchique, incompatible avec l'indépendance nécessaire. Mais le positivisme pourra facilement surmonter des aberrations dépourvues de racines populaires, en invoquant directement les instincts universels, plus mal représentés là qu'ailleurs. En délivrant l'Italie du joug extérieur, il y fera partout prévaloir le degré d'indépendance qu'exige l'ensemble des conditions locales. Il y dissipera comme oppressives les agrégations factices, et surtout celles dont le nom multiple indique assez l'hétérogénéité, principalement dans le groupe confus qui rassemble, au nord, cinq États incompatibles.
Un suffisant accomplissement des conditions préliminaires permettra bientôt à la population italienne de renoncer à l'unité partielle pour développer dignement son éminent con-
M2 STSTfcMÊ DE POLITIQUE PO&ITIYE.
cours à rélaboration directe de rharmonie universelle. Sa langue deviendra commune aux nations quelconques^ en vertu de sa prééminence poétique et musicale , socialement pure de toute propagation oppressive. Déjà proclamé par le positivisme, un tel privilège lie directement les âmes italiennes à Tavénement universel de la foi régénératrice, que chacune d'elles peut seconder en substituant Tessor intellectuel et moral à l'agitation politique.
Outre ce commun concours, l'Italie doit spécialement perfectionner la transition organique en fournissant un complément esthétique au culte concret de l'Humanité. Cette participation résultera surtout d'une épopée sans exemple, qui caractérisera l'issue de la révolution occidentale, comme l'incomparable composition de Dante en institua le début. La langue destinée à l'universalité complétera ses titres en achevant ainsi de représenter le mouvement moderne, deri^ère phase de l'immense préparation qui devait graduellement remplacer la théocratie par la sociocratie.
Après un suffisant essor du culte historique, on sentira, surtout en Italie, le besoin de résumer esthétiquement l'ensemble du passé. Cette prévision me détermine à caractériser ici le poëme correspondant, qu'il ne m'appartient pas d'élaborer, mais sur lequel j'ai déjà tenté d'aUirer l'attention publique, pendant le cours oral décrit dans la préface du volume précédent Une telle composition me semble devoir émaner, vers le milieu de la transition organique , de Tun des Italiens dont le génie esthétique aura convenablement subi l'initiation encyclopédique, au sein de l'École Positive.
Idéalisant la philosophie de l'histoire , le poëme de l'humanité caractérisera successivement toutes les phases de la vie préparatoire, prolongée jusqu'à l'avènement de l'état final. L'institution esthétique d'une telle épopée repose sur la crise
cérébrale que j'ai décrite à la fin du premier chapitre du volume précédent, et pendant laquelle, après avoir rapidement descendu Féchelle sociologique, je la remontai lentement. Aind s'accomplit 5 suivant tous lesâges, une double course, équivalente à l'excursion simple de Dante parmi les. divers milieux. Mais un voyage purement statique, et dès lors incapable de retour, ne comportait pas des contrastes comparables à Topposition dynamique entre mes trois mois de descente et mes ' cinq mois d'ascension Outre que mon prochain traité dévoilera les lois subjectives qui fixent à treize le nombre , triplement premier, des chants propres à l'épopée systématique, cette détermination peut ici résulter d'une appréciation sociale.
Le chant préliminaire offre un caractère statique, pour idéaliser l'unité cérébrale, où le désordre se manifeste par la rétrogradation, quand le trouble sympathique altère Tétat synthétique en ramenant de la loi vers la cause. Alors s'accomplit, en trois chants, la descente, mentale et morale, du relatif à l'absolu, d'abord monothéique, puis polythéique, enfin fétichique, en aspirant toujours à l'harmonie complète, sans pouvoir jamais l'obtenir. Dans les huit chants suivants, le cœur et l'esprit remontent graduellement vers l'unité positive, successivement élaborée par le fétichisme, l'astrolâtrie, la théocratie, l'essor spéculatif, le polythéisme social, le monothéisme défensif, la civilbation féodale, et le mouvement moderne. Enfin, le treizième chant idéalise l'existence normale, à la fois affective, contemplative, et pratique, tant collective qu'individuelle. Mais cette conclusion ne doit pas être plus développée , pour ne pas altérer l'épopée, essentiellement dynamique, propre à la transition , en réservant à l'avenir le poëme statique qu'il peut seul susciter.
Par une telle production, le génie italien, sans troubler la digne prééminence qu'il accorde à l'art sur la science , com-
USh SYSTkMK DF POLITIQUE POSITIVE.
plétera sa préparatioo en devenant systématique 9 conformément à son aptitude synthétique, qu'il ne put jusqu'ici développer sufiBsamment. Une élaboration décisive , destinée à faire partout surgir Tenthousiasme qu'exige Tinauguration de la vraie providence, doit, en même temps, procurer à la langue universelle les seules qualités qui lui manquent encore. Voilà comment le positivisme investit aujourd'hui l'élément italien d'une éminente mission, à la fois mentale et sociale, qui concerne autant l'état normal que l'ensemble de la transition finale, pour un ofBice ailleurs impossible. Sous une telle impulsion , la plus esthétique de toutes les populations doit enfin recueillir les meilleurs fruits d'une admirable culture , qui jusqu'ici fut souvent regardée comme excessive , faute d'avoir trouvé sa vraie destination. A mesure que la religion positive fera partout apprécier le caractère , plus poétique que philosophique , de la spiritualité finale , on sentira que les Italiens se trouvent ainsi les mieux disposés à la synthèse par la sympathie.
D'après un sentiment confus de ce privilège, et vu Tintérêt qu'inspire un peuple souvent opprimé mais jamais oppresseur, ses titres au second rang de l'occiden taillé sont mieux reconnus partout que l'initiative de l'élément central. Sauf ces deux premiers cas, le fraternel classement laisse une incertitude ^ que j'ai moi-même éprouvée, et qu'il faut dissiper, parce que sa source, à la fois morale et mentale, ofl're plus de gravité que < ses résultats. Le dogme de l'égalité, voile ordinaire de l'instinct dominateur, n'est pas moins révolutionnaire parmi les peuples que chez les individus : il y détourne davantage du concours habituel Appelés , par l'ensemble des destinées humaines , à dhiger la régénération universelle, les occidentaux doivent d'abord ofl'rir entre eux l'exemple continu d une digne subordination , toujours rapportée h leur commune mission. On peut alors remarquer, comme dans tous les autres cas du classement
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humain , que les plus avancés sont aussi les mieux disposés à seconder Timpubion centrale. Mais celte tendance resterait insuffisante si chaque élément , outre la commune présidence , ne respectait pas la préséance du précédent. Quoique leur participation à la transition organique doive bientôt devenir simultanée, il faut dissiper toute incertitude envers leur hiérarchie, destinée à fournir le type universel des agrégations volontaires, où la liberté prévaut sans égalité.
Trop préoccupé des motifs théoriques et pratiques, mon premier classement plaça Félément espagnol au dernier rang de l'occidentalité. Les considérations morales et sociales m'ont ensuite conduit à le faire déjà remonter au-dessus du couple septentrional , comme avant l'explosion protestante. Cette décision se trouve confirmée par l'admirable disposition du peuple le plus énergique et le plus persévérant à reconnaître dignement la présidence nécessaire de l'élément central. Mais le pontife de l'Humanité , dégagé de toute prévention nationale , ne doit pas accorder une place plus élevée à cette éminente population , quoiqu'elle n'accepte pas la préséance italienne autant que l'initiative française. Outre des souvenirs perturbateurs, cette injustice accessoire résulte surtout d'un noble sentiment des meilleurs titres de rélémont espagnol. Aucun autre cas occidental ne présente autant la digne appréciation , domestique et civique, du sexe affectif, une fraternité toujours conciliée avec la subordination , et l'incorporation spontanée des serviteurs à chaque famille. Néanmoins, ces titres , valides contre les deux éléments septentrionaux , et même envers le peuple central , si sa position n'Interdisait tout parallèle, restent insuffisants vis-à-vis de l'Italie, également douée à cet égard , sauf les antécédents.
En se comparant aux populations protestantes, la nation espagnole se trouve autorisée à proclamer sa supériorité roo-
raie et sociale, Dallement neutralisée par son infériorité théorique et pratique. Le positivisme confirme cette appréciation en représentant les lacunes ibériques comme pouvant être bientôt comblées sous une impulsion convenable, tandis que celles des autres occidentaux exigent une lente et difficile rénovation. Mais ce Jugement ne saurait s'étendre à Fltalie , où , si les mêmes titres restent moins prononcés, cela tient surtout k l'ensemble des antécédents modernes, qui ne purent y développer autant de civisme. Cette faible inégalité se trouve plus que compensée par la prééminence esthétique, combinée avec une irrécusable supériorité théorique et pratique. Sous l'aspect moral et social , l'Espagne doit même reconnaître la préséance de ritalie , pure de toute colonisation , et mieux dégagée des coutumes barbares, en vertu même de son infériorité militaire, résultée du défaut de concentration politique. Bornées , en Italie, aux seuls lettrés, les aberrations relatives à Tunité temporelle ont, en Espagne, plus d'étendue et de consistance, sans que toutefois elles y soient vraiment populaires , puisque les rétrogrades se sont accrédités en les combattant. Néanmoins, la principale altération du caractère ibérique dérive de la colonisation, qui , plus systématique qu'en aucun autre cas, y suscita des dispositions oppressives, encore capables de troubler sa coopération nécessaire à la mission occidentale.
Cet ensemblt^ d'aperçus suffit pour motiver le rang Irrévocable que le positivisme assigne à TEspagne , immédiatement après la France et l'Italie, dans la réorganisation finale de la famille d élite. Je devais surtout insister envers le cas le plus difficile d'un classement qui, comme tout arrangement normal, résumera la comparaison générale des groupes correspondants. Mais la hiérarchie du couple protestant n'exigera ci-dessous qu'une sommaire rectification de l'ordre que j'avais d'abord proclamé.
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Solvant la détermination que je viens d'accomplir, il faut ici caractériser le perfectionnement spécial que l'élément espagnol doit introduire dans Télaboration occidentale, outre la réaction g^énérale qu'il y produira spontanément. Ce propre concours consiste surtout à seconder la transition organique par. la libre incorporation du seul clergé capable de l'assister en Occident.
Quand Tabolition du budget théorique laissera partout surgir les vraies tendances , j'espère pouvoir bientôt rallier au positivisme un centième des prêtres français , maintenant comprimés sous une discipline plus temporelle que spirituelle. Mais je crois devoir alors compter sur un succès plus étendu dans le sacerdoce espagnol , mieux disposé qu'aucun autre à bien apprécier la dégradation universelle du pouvoir spirituel. Un tel clergé ne saurait devenir hostile , ni même rester indifférent , à l'avènement de la seule doctrine capable de relever la dignité sacerdotale, sous des conditions, morales et mentales, qu'il pourrait bientôt remplir.
J*ai toujours regretté de voir s'éteindre l'organisme catholique sans pouvoir utiliser, pour la transition finale, les débris d'une hiérarchie dont la construction exigea tant de temps et d'efforts, trop peu compensés par ses vrais services. Mais, après avoir souvent tenté de la rattacher à la régénération qu'elle a vainement repoussée jusqu'ici , j'ai dû graduellement renoncer à toute transformation du sacerdoce français, dont les chefs sont incapables de remplir les conditions qu'elle exige. Le positivisme n'y pourra jamais recruter que des auxiliaires exceptionnels, quand ils se trouveront assez délivrés du joug épiscopal. Néanmoins, leur assistance deviendra précieuse; car leurs antécédents les disposent à faire mieux prévaloir la morale, comme à respecter davantage la discipline normale, qu'ils sauront dignement concUier avec rinitiation théorique qui leur manque. Il faut étendre la même appréciation an sacerdoce
italien , où toute régénération collective est incompatible avec Tapathie des inférieurs et la corruption des supérieurs , qui ne goûtent rindépendance spirituelle qu'en vue de Télévation temporelle. Quant aux divers clergés protestants, une dégradation civique plus complète, et même une hypocrisie plus systématique y les détournent davantage d'une spiritualité plus hostile à la métaphysique qu'à la théologie. Elle ne peut espérer d'ac-cueil que chez ceux qui, dépourvus de budget ofiBciel^ exercent réellement une autorité religieuse , si la dignité personnelle les préserve des altérations souvent suscitées par les subsides volontaires dans un milieu révolté.
D'après ces exclusions successives, le sacerdoce ibérique reste seul susceptible de seconder le positivisme pour l'ensemble de la transition organique. Il me semble vraiment capable d'accueillir la foi régénératrice quand elle aura sufiOsamment prévalu dans la dictature centrale. Car les chefs y sont restés assez supérieurs à leur corps, et même à leur milieu, pour y diriger une transformation qui consoliderait une autorité déjà compromise sans être éteinte Philosophiquement envisagée, leur suprématie doit graduellement remplacer les études théologiques par l'initiation encyclopédique. Religieusement appréciée, elle peut transformer le culte de la Vierge en adoration de FHumanité.
Mais, quelque normales que soient ces espérances envers le clergé de la péninsule, elles me semblent surtout convenir à l'expansion américaine du double élément ibérique. Le centre romain peut, en Espagne, entraver la régénération du sacerdoce , sinon d'après une prépondérance directe , depuis longtemps éteinte là plus qu'ailleurs, du moins en vertu de l'ascendant indirect que lui conservent les dispositions populaires. Il en est autrement pour l'Amérique, où la papauté n'a jamais prévalu qu'à travers la royauté, seule source réelle de la hiérar-
cbie ecclésiastique. Depuis que les colouies catholiques ont acquis riodépeDdance politique , l'influence romaine s'y trouve naturellement déracinée. Quoique les cliefs temporels y manquent encore de consistance^ ils ont dû spontanément succéder aux attributions ecclésiastiques du gouvernement royal Ces dictateurs précaires doivent , quoique empiriques , mieux respecter rindépendance d'un sacerdoce seul incorporé profondément à de telles populations. Rien ne peut fortement entraver la transformation qu'y comporte , plus que dans la métropole , un clergé dont tous les rangs sont également accessibles à la religion universelle.
Elle y doit d'autant mieux pénétrer qu'elle systématise des tendances qui, partout spontanées, se trouvent là plus prépondérantes, d'après l'ensemble des mœurs correspondantes. La loi positiviste du mariage sacerdotal doit surtout convenir au clergé qu*elle délivre d*un célibat corrupteur sans l'exposer à la dégradation protestante. Tant que la foi consacre une ignoble appréciation du sexe affectif, une contradiction licencieuse peut seule y dispenser les prêtres d'un isolement érigé partout en type de la perfection chrétienne. C'est uniquement au positivisme qu'il appartient d'instituer dignement ces mariages , en faisant prévaloir la vraie théorie de la nature humaine et la liaison normale des deux sexes. Sous ce régime, l'union conjugale sera prescrite au sacerdoce comme une garantie spéciale du perfectionnement moral , au lien d'y dégénérer en concession dégradante aux appétits que la religion doit partout réprimer.
Il suffit d'agrandir cette appréciation pour senthr combien la transition organique se trouvera facilitée dans le milieu résulté de Texpansion américaine , ou même océanienne , du double élément ibérique. Car les dispositions spécialement favorables à Vascendant politique et religieux du positivisme y
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sont autant temporelles que spirituelles. Spontanément préservées du régime parlementaire , même avant que la France en fût délivrée , ces républiques tendront directement vers la sociocratie, aussitôt que les dictatures monocratiques s*y transformeront en triumvirats systématiques. L'armée s*y changera facilement en gendarmerie , quand toute inquiétude d'invasion s'y trouvera définitivement dissipée. Quoique l'abolition du budget théorique y présente de graves difficultés» cette mesure transitoire cesse de convenir dans un milieu préservé des universités et des académies, si la régénération du sacerdoce y garantit normalement la liberté spéculative.
Avant de considérer les deux autres éléments de l'occidentalitéje dois sommairement rectifier mon erreur primitive envers • leur ordre d'avènement à l'état final. Contrairement à l'ensemble du passé, Je plaçai l'Angleterre après l'Allemagne, quoique J'eusse proclamé la supériorité des chefs britanniques, parce que J'attachai trop d'importance à l'altération universellement résultée de l'isolement national. Mais J'ai depuis reconnu que l'élément germanique mérite davantage ces reproches, puisqu'il opprime des occidentaux plus avancés que lui, tandis que la domination anglaise est surtout extérieure à l'Occident et concerne des populations retardées. Sauf l'anomalie relative à Tart proprement dit, la comparaison, pratique, théorique, et poétique, motive une prééminence confirmée par un meilleur essor des mœurs Industrielles. De tous les occidentaux, les Al* lemands sont les moins dégagés du régime militaire et de l'état théologico -métaphysique ; en sorte qu'ils parviendront les derniers an terme général de la révolution moderne, comme l'indiquait leur moindre préparation romaine et féodale.
Cette décision directe peut être indirectement vérifiée d'après l'accueil comparatif de la fol régénératrice, Jusqu'ici méconnue en Allemagne, tandis qu'elle est plus goAtée en Angleterre qu'en
France, dn moins sons Taspect philosophique. Un tel contraste me semble d'autant plus caraclérislique que, pour apprécier le positivisme, les esprits britanniques ont dû noblement surmonter les justes répugnances qu'y suscitait mon premier classement des éléments occidentaux. Quoique la religion de THumanité doive bientôt devenir plus populaire au Sud qu'au Nord, Faccueil que reçoit, en Angleterre, sa base philosophique me parait décisif envers une doctrine d'abord destinée aux âmes d'élite.
Le quatrième élément de FOccidentalité doit, outre son concours général, perfectionner spécialement l'ensemble de la transition organique en lui procurant une régularité qu'elle ne saurait offrir ailleurs. De tous les débris de l'ancienne temporalité, l'aristocratie britannique me semble seule susceptible de se transformer assez pour diriger la régénération correspondante, dès lors préservée des orageuses anomalies qui surgiront dans le reste de l'Ocddent Cet espoir correspond à celui que je viens d'indiquer, envers la spiritualité chrétienne , chez le sacerdoce ibérique , dont la régénération me parait plus difficile et moins préparée.
Pour mieux caractériser cette espérance, il faut spécialement considérer la dernière phase de la transition temporelle, dont les deux autres modes seront facilement accomplis en Angleterre, comme les trois degrés de la transition spirituelle. Quoique le triumvirat positiviste doive, en temps opportun, y prévaloir autant qu'ailleurs, il y peut être préservé de l'anomalie passagère que nécessitent, dans tout le reste de l'Occident, la dégénéralion de l'ancien patriciat et l'insuffisance du nouveau. Si l'aristocratie britannique se modifie convenablemeot, elle évitera le joug transitoire des prolétaires, en obtenant Fincomparable honneur de diriger sans secousses l'élaboration et l'avènement de l'état normal.
Quelque difficile que soit cette transfonMtioQ , elle doit sem*
bler possible en considérant les changements qu*a su déjà subir le plus habile des patriciats surgis depuis le sénat romain. Ayant dignement accepté Tirrévocable avènement de la paix occidentaie, il a radicalement abandonné la politique qu'il avait fondée sur la guerre pour empêcher la propagation nécessaire du mouvement républicain. Il a donc dû se résigner à surmonter convenablement le communisme ou socialisme, dernier état de rinstinct révolutionnaire, et plus dangereux que le jacobinisme tant redouté d'abord. Malgré la confiance exagérée que les régents britanniques accordent aux expédients matériels faute d'une théorie politique , ils ne peuvent se dissimuler qu'une maladie essentiellement cérébrale exige surtout un traitement intellectuel et moral. Trop clairvoyants pour l'attendre du théologisme » dont le déclin constitua la première source du désordre, iis doivent être bientôt conduits à sentir l'aptitude sociale du positivisme, d'après leur appréciation actuelle de sa supériorité philosophique.
Vainement les lettrés anglais tentent-ils, plus qu'ailleurs, de réduire la nouvelle philosophie à son office intellectuel. Ces efforts intéressés, qui ne pourront jamais altérer une synthèse bidivisible, ne sauraient bientôt empêcher les hommes d'État britanniques d'apprécier surtout l'efficacité sociale du positivisme. Quand il aura commencé, chez le peuple central, sa lutte directe envers le communisme, il obtiendra d'eux une attention qu'ils ne peuvent aujourd'hui prévoir. Ils y verront la seule source normale d'une politique capable de prévenir ou de surmonter une crise intérieure qui , laissée à son cours naturel , deviendrait là plus orageuse que partout ailleurs Les conditions que cette régénération exige d'eux ne sauraient leur inspirer aucune répugnance, puisqu'elles consistent surtout à remplacer, envers l'ancienne spiritualité, le système d'hypocrisie par un système de ménagement.
De tels patriciens doivent profondément déplorer la nécessité qui force leur scepticisme de se courber sous un théologisme dégradant , qui leur fait subir la domination de ceux-là même dont ils se croient les régents. La fausse position ainsi résultée du doute ne peut cesser que d'après des convictions vraiment religieuses, qui rendront ces chefs aussi supérieurs à leur milieu par le cœur et le caractère qu'ils le sont déjà par Tesprit Alors ib pourront pleinement développer, à leur éternel honneur, comme à l'immense profit de leur peuple, et même du monde entier, les principaux avantages de leur situation exceptionnelle, que neutralise jusqu'ici l'empirisme stationnaire. Mais , si leur conversion tarde trop, ils se trouveront devancés par l'élite du prolétariat britaDoique > que des études spontanées, bientôt systématisées par le positivisme , disposent à faire irrésistiblement surgir les dignes successeurs de CromwelL Quoique la révolution démocratique ait avorté faute d'une doctrine et d'une situation convenables, elle a laissé, chez les meilleures âmes britanniques, des germes impérissables, déjà voisins d*une pleine maturité. Ni la compression intérieure , ni la diversion extérieure, ne peuvent plus entraver des tendances qui, fondées sur l'ensemble du passé, prévaudraient finalement quand même l'évolution anglaise s'accomplirait isolément Elles doivent bientôt devenir irrésistibles lorsque Tavénement du prolétariat central à la dictature systématique fera partout un digne appel aux sympathies populaires.
Afin d'éviter la révolution démocratique par révolution sociocratique, le patriciat britannique doit autant régénérer sa politique au dehors qu'au dedans. 11 faut d'abord éteindre les derniers symptômes d'une disposition oppressive envers les autres éléments de l'ocddentallté, surtout en faisant cesser l'injurieuse anomalie qui soumet à l'Angleterre une ville d'Andalousie. Je puis d'autant mieux espérer ce prochain témoignage
d'one irrévocable fraternité que^ quand je le prescrivis, au nom de THamamté, dans mon cours public de 1849, un positiviste britannique m'en apprit l'avènement spontané parmi les industriels anglais. Ce précieux indice caractérise le paisible essor de la vraie politique occidentale , que la diplomatie régénérée fera partout prévaloir d'après un noble appel au milieu dominateur. Mais c^est surtout envers les populations extérieures à l'Occident qu'il faut transformer la prépondérance britannique, où les bienfaits spéciaux n'empêchent point de sentir l'oppression générale, même dans les meilleurs cas. Outre que les intérêts matériels ne doivent pas plus prévaloir chez les peuples que parmi les individus, leur légitime satisfaction n'exige nulle part une domination corruptrice , qui tend à perpétuer la guerre au nom de l'industrie. Régénéré par le positivisme, le patriclat anglais deviendra pleinement industriel, et ne fondera que sur un habile emploi de sa richesse une prépondérance extérieure que tous les Occidentaux s'empresseront alors de seconder, pour mieux servir l'Humanité.
Cette sommaire appréciation de la rénovation qu'exige et comporte, tant au dehors qu'au dedans, la politique actuelle de l'élément britannique convient réellement à l'ensemble de sa définition sociologique , et surtout à Tappendice américain. Quoiqu'il ait rompu le lien temporel, il n'a pu détruire la filiation intellectuelle et morale » qui l'enchaîne tellement qu'il y puise jusqu'à ses noms locaux, plus que ne le firent les Arabes en Espagne. Mais, en étendant ainsi l'ensemble des indications précédentes, elles exigent une modification générale , sans laquelle leur application semblerait impraticable;» et pourrait devenir vicieuse.
Le mode propre de colonisation introduit, entre le nord et le sud de l'Amérique, une différence continue, quant aux relations respectives avec les populations principales. Systématisée par
lecathoUcisme et la royauté, la transplantatioD ibérique a conservé Tensenible des antécédents , et luême permis , comme je viens de l'expliquer, un meilleur développement des caractères essentiels. Mais la colonisation britannique, résultée d'un essor individuel auquel le protestantisme servit de consécration, a d'autant plus altéré les traditions sociales qu'elle émana surtout de persécutés et de révoltés. Quoique les deux modes aient été gravement souillés par l'esclavage de la race aiTective , cette monstruosité suscite entre eux un contraste décisif, où l'on apprécie combien l'insuifisance de la discipline spirituelle et temporelle place les protestants au-dessous des catholiques. Reproduite sous les autres aspects, cette diversité rend les Américains britanniques les plus anarchiques des Occidentaux, parce qu'ils ont développé les imperfections et comprimé les qualités du type anglais.
Néanmoins, leur dégénération spéciale ne doit pas empêcher le positivisme d'utiliser les avantages résultés de leur situation pour seconder, à leur manière, l'ensemble de l'élaboration finale, dont la marche temporelle y devient plus facile que partout ailleurs. La principale difficulté s'y rapporte à la transition spirituelle, surtout envers le culte, et même le dogme : le système de commémoration sied mal à des peuples sans antécédents; l'école positive y choque l'ascendant métaphysique, décoré d'un vernis encyclopédique. Mais les sollicitudes relatives au régime y feront bientôt prévalohr une synthèse indivisible ; son assistance contre le communisme fut dignement invoquée par l'éminent Américain dont ma précédente préface déplora la perte prématurée. Déjà la diffusion spontanée du positivisme y confirme vaguement l'indication précise résultée d'un tel appel, pour faire sentir combien les représentants du patriciat britannique peuvent y concourir, avec les avantages qui leur sont propres > k seconder la transition organique. Fré-
ft96 SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.
serves^ faute d'année permanente et de sacerdoce officiel, des illusions empiriques envers les expédients matériels, ces hommes d*État doivent mieux apprécier la maladie occidentale , et se trouvent spécialement disposés à la décomposition nécessaire des agrégations factices.
Mais, à quelque degré que les chefe britanniques puissent être transformés, surtout en Angleterre, le quatrième élément de roccidentalité ne pourra point se régénérer sans exiger, comme les autres, l'intervention exceptionnelle du prolétariat. Si l'avènement politique des travailleurs n'y devient pas transitoirement indispensable, autant qu'ailleurs, pour régénérer les entrepreneurs, les meilleurs patriciens auront au moins besoin de l'assistance plébéienne afin de faire assez prévaloir le pouvoir central L'abolition nécessaire du régime parlementaire dans ^n siège essentiel offrira des difficultés impossibles à surmonter sans l'assistance populaire, seule capable surtout d'éteindre radicalement un système d'hypocrisie inséparable de la constitutionnalité britannique.
Envers le dernier élément de roccidentalité , plus hétérogène qu'aucun autre, il faut d'abord distinguer les deux annexes principales qui le lient sociologiquement au précédent, par l'industrie hollandaise et l'aristocratie suédoise. Ces deux cas se trouvent, malgré leur opposition, rapprochés d'après leur équivalente supériorité, pratique ou civique, sur le milieu germanique et leur égale subordination envers le centre occidental. Si l'ensemble du groupe allemand était au niveau de ces appendices, il mériterait de conserver le rang que je lui fixai d'abord dans l'essor collectif de la famille d'élite. Ils peuvent tous deux influer sur la transition organique au delà de ce que semble annoncer la comparaison matérielle , et de manière à recouvrer la dignité sociale que réclament leurs services et leurs qualités. Devançant la Germanie depuis qu'ils surent no-
blement subir la loi des résidences en instituant leur admirable sol^ et toujours restés les plus purs des Occidentaux au milieu des luttes politiques , les bataves ont mieux développé les mœurs industrielles en évitant davantage leur altération spontanée. Quoique la régénération du patriciat suédois offre moins d'importance occidentale que celle des chefs britanniques, elle présente plus de facilité^ d'après une moindre consistance d*un système d'hypocrisie qui ne s*y lie point à l'isolement national. Aussi purs que les Italiens de toute colonisation, les Scandinaves seraient moralement supérieurs aux Bataves, si ceux-ci, d'ailleurs mieux cultivés, surtout esthétiquement, n'avaient institué leurs colonies plus systématiquement que les Anglais et plus libéralement que les Espagnols.
Il fallait d'abord écarter ces nobles exceptions pour apprécier la transition organique dans le milieu germanique, dont le caractère doit ainsi se trouver moins dissimulé par son hétérogénéité. La préparation finale y convient autant qu'ailleurs, et sa double élaboration y présente plus de difficultés, que compensent mal les avantages spéciaux. Cependant , la digne incorporation du cinquième élément constitue une condition insurmontable dans la reconstruction nécessaire de i'occidentalité, fondement décisif de la régénération universelle.
Quoique la religion positive doive, en Allemagne, trouver plus d'obstacles et moins d'appuis que partout ailleurs, elle y sera surtout entravée par les influences transitoires propres à la révolution moderne. La principale opposition à l'ascendant organique y réside même chez les seuls métaphysiciens; car les légistes y sont, mieux qu'ailleurs, susceptibles d'être utilement associés au mouvement de reconstruction. Mais la maladie ontologique, inhérente au protestantisme, a graduellement acquis, dans le milieu germanique , tant de consistance et d'extension que ce cas d it sasciter le principal triomphe du positivisme.
Parmi tous les occidentaux , les français furent toujours » et sont surtout aujourd'hui , les moins altérés par les littérateurs et les métaphysiciens^ vu la double garantie résultée , sous la dictature royale, des aspirations sociales et des tendances scientifiques. Ces influences y sont moins vicieuses qu'ailleurs, et plus conformes aux dispositions nationales, d'après leur office nécessaire pour la préparation et l'avènement de la crise centrale. L'excellence et la précocité de l'essor poétique ont , en Italie , multiplié les littérateurs, amoindri leur caractère, et popularisé leur ascendant, qui cependant y représente moins les tendances universelles. Un résultat équivalent s'est trouvé produit, en Espagne, d'après l'insuffisance industrielle et scientifique» malgré la dictature monarchique, qui d'ailleurs s'incorpora davantage les légistes. Quoique le milieu britannique repousse les métaphysiciens, l'anglicanisme leur a réellement transféré le budget ecclésiastique, pourvu qu'ils secondent le système d'hypocrisie, auquel la plupart des lettrés anglais, même dissidents, concourent, au moins par le silence, en désertant le prolétariat. Sans leur procurer autant d'importance officielle, la situation germanique leur assure plus d'ascendant spirituel , mais en les rendant plus incapables de représenter les dispositions populaires. Ils n'ont pourtant obtenu qu'une prépondérance équivoque et précaire , également frustrés du revenu légal des lettrés anglais et du subside volontaire de leurs émules américams.
Ce double symptôme indique au positivisme qu'il peut à la fois invoquer les chefs et les masses contre la nébuleuse interposition qui seule l'empêche de pénétrer dans le milieu germanique pour le faire dignement concourir à la transition organique. J'ose assurer que la nouvelle philosophie ne s'y trouve pas moins connue qu'ailleurs, puisque mes premiers travaux y furent, dès 1825, pleinement goûtés des lettrés exceptionnels, outre l'excitation résultée ensuite de l'accueil ba-
lave. Mais les influences qui, dans son propre centre , ont tant retardé Tessor positiviste , Tempêchent encore en Allemagne j malgré les contacts britanniques » neutralisés par la surveillance continue des on^jlogistes. Néanmoins, le développement, intellectuel et social , de la situation occidentale ne tardera point à surmonter ces obstacles spéciaux, en manifestant à la fois l'impuissance des doctrines métaphysiques et le besoin de la vraie religion. Le positivisme deviendra là , plus qu'ailleurs , le défenseur de Tordre et l'organe du progrès, à mesure que la fluctuation entre Fanarchie et la rétrogradation disposera les chefs et les masses à se dégager du joug ontologique, qui seul aggrave les oscillations spontanées.
Outre leur décadence philosophique, les métaphysiciens s'y trouvent déjà discrédités d'après leur inaptitude sociale, spécialement appréciée pendant les agitations démocratiques. S'ils sont justement réprouvés par les gouvernements comme les principaux promoteurs du plus dangereux communisme, les populations doivent leur reprocher de prolonger l'oppression de l'Italie en poussant la Germanie vers un isolement tyrannique. La culture esthétique développe, même à travers le protestantisme^ une telle sympathie ent^ ces deux éléments, que le positivisme fera dignement cesser cette monstrueuse domination, en dégageant le peuple allemand des sophismes pédantocratiques. Ainsi commencera l'appel spécial de la religion universelle au prolétariat germanique, dont l'intervention politique deviendra bientôt aussi nécessaire à Tordre qu'au progrès, comme seule capable de surmonter radicalement les influences subversives. Néanmoins , le positivisme sera d'abord accueUli par les hommes d'état en vertu de son aptitude organique ; car ils se trouvent spontanément garantis de la ténébreuse influence qui détourne le peuple de la foi régénératrice.
Toutes les institutions transitoires qui doivent partout carac-
téiiser réiaboration temporelle de la réorganisation occidentale seront faciiement appréciées en Allemagne ^ quand la religion de mumanité pourra suffisamment y pénétrer. Les principales diflBcultés y concerneront la transition spirituelle, non envers le régime , ni même à l'égard du dogme ^ msffi relativement au culte. On y goûtera bientôt le triumvirat positiviste comme seul garant contre Tinvasion communiste; et TÉcole Positive y remplacera facilement les universités ontologiques. Mais la foi régénératrice devra surmonter de grands obstacles pour instituer le culte du passé dans un milieu trop peu pourvu d'antécédents. Il peut sentir la solidarité , sauf l'exagération résultée de la disposition nationale à confondre le vague avec la profondeur. Quant à la continuité , sa situation historique le détourne de l'apprécier suffisamment , en l'empêchant de remonter collectivement au delà de dix siècles. Presque étranger à l'incorporation romaine, et tardivement soumis à l'initiation catholico-féodale , il n'a pu même recueillir l'élaboration grecque par l'entremise normale , et ne se rattache à la théocratie que d'après une confuse tradition de l'ébauche Scandinave.
Une telle indication se trouve confirmée par le peu d'accueil du calendrier historique en Allemagne, tandis que tout le reste de rOccident commence à goûter cette institution. On ne saurait attribuer ce contraste à Tinsuffisante satisfaction des vanités germaniques; car l'orgueil ibérique n'a pas réclamé contre un tableau dans lequel le troisième élément de l'occidentalité se trouve moins représenté qu'aucun autre. Cette oppositioa résulte surtout des intimes entraves qu'éprouvent , en Germanie, Fesprit et le sentiment historiques , malgré l'essor spécial d'une vaine érudition et des vagues conceptions sur la philosophie de l'histoire.
Mais 9 quelles que soient les difficultés nationales, les réactions mentales et morales suffiront pour développer le culte
coQcret de rHumanilé chez le dernier élément de roccidentailté , même indépendamment de Tinflaence des autres. On peut d'ailleurs compter sur Taptitude spéciale que ce milieu présente envers Tadoralion abstraite , qui doit finalement prévaloir^ et dont rébauche lormale se combinera , pendant la transition^ avec les célébrations historiques. Cette extension décisive du culte occidental se trouve annoncée par Faccueil qu'il reçoit déjà chez les deux appendices germaniques « mieux préparés au système de commémoration^ d après l'ensemble des antécédents bataves et même Scandinaves.
Je suis ainsi conduit à résumer l'appréciation que Je viens d'accomplir envers la transition finale de l'Occident, en instituant une fête propre à caractériser sa terminaison générale. Toute l'élaboration 9 temporelle et spirituelle^ réservée à la dernière génération du siècle exceptionnel^ est surtout destinée à reconstruire, mieux qu'au moyen âge^ la République Occidentale, d'après la foi positive, dominant la métropole humaine. Ce résultat général , garantie décisive de la régénération universelle , doit se manifester en complétant le culte concret de l'Humanité par la solennelle installation de ses meilleurs organes dans le temple central de la déesse des croisades. En restreignant aux cas nécessaires l'usage des dignes cénotaphes, il faut partout obtenir une renonciation fraternelle à la possession nationale des nobles restes, mieux honorés au principal siège de la religion universelle. Quoique Ravenne ait dû refuser le cercueil de Dante à Florence repentante, Paris, purifié de toute domination temporelle , et devenu le centre de la spiritualité finale , obtiendra l'incomparable relique, et successivement les autres trésors qu'il peut seul réunir. Leur pompeux transport dans la sainte cité préparera partout la solennité sans exemple qui caractérisera l'avènement décisif de la foi démontrable dirigeant l'activité pacifique. Si le fondateur
de la Religion de THamanité peut obtenir la longévité de Fontenelle ou de Hobbes^ U complétera sa carrière en inaugurant le culte, abstrait et concret, du Grand-Être , au milieu des députations émanées de tous les éléments occidentaux.
L'accomplissement de la principale transition ayant ainsi terminé le siècle exceptionnel, l'Occident réorganisé pourra, dans la génération suivante , faire graduellement prévaloir ia foi positive , en transportant partout le drapeau de l'avenir humadn. Quoique ce temps doive d'abord sembler InsuflBisant pour l'extension universelle de la religion finale, deux motifs généraux concourent à démontrer qu'un tel succès est conforme à l'ensemble des lois sociologiques.
Irrévocablement ralliés et dignement réglés par la religion de l'Humanité, les Occidentaux exerceront partout une influence décisive, en se dégageant de leurs discordes et se purifiant de leur tyrannie. Car, leur expansion extérieure ayant surgi pendant leur anarchie intérieure, elle n'a pu jusqu'à présent acquérir ni la plénitude ni la dignité qu'elle comporte. D'empiriques tentatives pour obtenir des conversions, non moins illusoires qu'oppressives , se trouvaient d'ailleurs incompatibles avec les dissensions de ceux qui venaient prêcher la religion universelle en se disputant un ascendant plus temporel que spirituel. Mais il en doit être autrement quand une foi vraiment commune, susceptible de prévaloir partout, dirigera l'expansion, intellectuelle et sociale, de l'Occident régénéré, tendant toujours à seconder les convergences spontanées vers l'état normal de l'humanité. Les divers monothéismes s'étant radicalement neutralisés, les populations correspondantes attendent d'une autre source l'universalité qu'ils ont vainement proclamée. Une équivalente disposition prévaut chez les peuples théocratiques, qui, repoussant des sectes éphémères, aspirent spontanément à la foi définitive , résultat général de la prépa-
ration que roccident développe depuis trente siècles. Enfin , les fétichistes accueilleront avec reconnaissance une religion qui^ les délivrant de tentatives tyranniques, consacre leurs croyances comme le berceau nécessaire et le complément normal de la synthèse humaine^
Outre ces tendances spontanées vers Tuniverselle adoption de la solution occidentale , il faut considérer Taptilude du positivisme à rallier les forces dirigeantes avant d'avoir prévalu dans le milieu correspondant. Directement propre à conduire l'ensemble des affaires terrestres^ la religion de l'Humanité n'exige, en chaque cas, que la conversion des chefs, partout disposés maintenant à remplacer des croyances épuisées par la synthèse régénératrice. Quelque vicieux qu'aient été jusqu'ici les contacts des Occidentaux avec les autres branches de la famille universelle^ ils ont empiriquement institué des relations qui^ dignement systématisées, propageront bientôt une solution généralement attendue.
En combinant ces considérations avec les précédentes^ on reconnaîtra qu'une seule génération doit sufiQre au nouvel Occident pour faire partout prévaloir sa foi chez les chefs spirituels et temporels. Le délais beaucoup plus long^. qu'assigne mon discours préliminaire^ concerne l'établissement définitif de la religion universelle dans les milieux populaires. Mais, sans attendre un tel résultat^ qui partout sera tardif, la conversion des âmes d'élite pourra toujours dissiper, de même qu'en Occident, la principale perturbation, uniformément suscitée par l'épuisement des anciennes croyances et l'apparente impossibUité de les remplacer.
Telle est la transition universelle que l'Occident doit diriger, pendant la seconde génération de l'âge normal, comme la France dut présider à la transition occidentale dans la dernière génération du siècle exceptionnel. La prépondérance de Paris
deviendra plos prononcée pour cette nouvelle élaboration qu'envers la précédente , mais avec un caractère différent. Dégagée de tout commandement, la cité des tombes occidentales tendra directement à l'universelle présidence que loi confère la religion de l'Humanité. C'est par l'extension totale du culte concret que le sacerdoce positif y doit instituer l'ensemble de la transition complémentaire , où la politique devra seulement assister la philosophie et la poésie irrévocablement identifiées. Il suffira de développer convenablement les germes islamiques^ poly théiques , et même fétichiques^ que j'ai placés au début du calendrier historique^ et d'introduire graduellement la plupart des fêtes abstraites , à peine ébauchées pendant la transition principale.
Cette indication annonce la décomposition normale de la transition universelle en trois phases successives ^ analogues > sans être égales, à celles de la transition occidentale. Du pohit de vue que j'ai maintenant caractérisé, je regarde une période de sept ans comme pouvant permettre à l'Occident régénéré de réagir suffisamment sur l'Orient roonothéique. Les deux autres phases exigeront chacune treize ans pour affilier convenablement à la 'métropole humaine, d'abord les polythéistes, puis les fétichistes. Mais, malgré la succession nécessairement résultée de leur dépendance, les trois parties de la transition com* plémentaire devront être simultanément élaborées, même pendant la seconde moitié de la transition principale. Avant que celle-ci soit accomplie, les diplomates et les missionnaires auront partout utilisé le cours naturel des événements, pour développer les affinités directes que comporte le positivisme envers chacun des cas humains.
Dans chaque phase de la transition universelle, il faut distinguer trois degrés, analogues à ceux que présente la transition occidentale quand on y condense , autour du peuple cen-
tral, le milieu catholique et le milieu prolestant, sans les subdiviser. Quoique ces trois modes doivent être, comme r ensemble de l'élaboration complémentaire, ébauchés simultanément , les résultats n'y peuvent devenir décisifs que successivement, de même qu'envers l'opération principale. Le classement devant importer davantage quand les cas sont plus distincts, il constitue le nœud essentiel de la diflBculté sociologique qui me reste à surmonter. On ne peut éprouver aucune hésitation envers les trois degrés, monolhéique, polythéique, et fétichique , de la transition uniiprselie. Mais les trois modes propres à chacun d'eux doivent aujourd'hui sembler plus difficiles à classer que les trois cas, central , catholique , et protestant, de la transition occidentale, quoique ceux-ci soient moins tranchés.
Pour la première phase de la transition complémentaire, je n'hésite point à résoudre cette question en représentant la régénération positive comme devant prévaloir d'abord en Turquie, puis en Russie, enfin en Perse. Ce classement, qui, de même qu'en tout autre cas, résume l'ensemble des comparaisons correspondantes, résulte des notions établies, dans le volume précédent, envers le dernier des trois âges intermédiaires entre la théocratie et la sociocfatie. Je n'ai maintenant qu'à systématiser la théorie historique de l'islamisme, ainsi surgie de l'ensemble du passé, surtout moderne.
Quand mon traité fondamental institua la philosophie de rhistoire , elle ne pouvait d'abord être assez précise , ni même assez complète, pour me permettre unesufiisante appréciation du monothéisme oriental. Je dois d'ailleurs avoaer que, à mon insu , je participais alors aux préventions émanées contre lui du milieu catholique, et qui se propagent involontairement chez les esprits les mieux émancipés, sans excepter le grand Diderot. Telle fat la double source du jugement^ radicalement
erroné^ que je portai d'abord sur rinfluence sociale de Tislamisme^ tant à l'est qu'à l'ouest du monde romain. Mais le volume précédent a directement prouvé que je regarde définitivement les deux monotbéismes comme ayant également complété^ chacun à sa manière 5 la préparation humaine. Les deux synthèses transitoires, successivement instituées par Saint-Paul et Mahomet, offrent une équivalente destination; quoique pareillement épuisées, elles sont diversement propres à seconder Tavénement de la religion finale , dignement pressentie chez les meilleurs organes du Grand-Être.
Je conçois les deux systèmes comme respectivement destinés à dominer les deux parties essentielles du monde romain, qui durent élaborer, d'abord l'essor spéculatif, puis le mouvement social. Quoique ralliées au même monothéisme, la seconde fut seule propre à développer l'ébauche fondamentale delà division des deux pouvoirs , qui constitua le but de la concentration théologique et la source de ses caractères dogmatiques. Mais l'avortement socjal du byzantisme, d'après l'ensemble des antécédents grecs, obligea le vrai catholicisme à se qualifier de romain , de manière à faire bientôt pressentir, par un langage contradictoire, l'inanité finale de ses prétentions à Tuniversalité.
Sous l'impulsion d'un tel contraste , déjà sensible pendant la première phase du moyen âge, Mahomet institua le monothéisme des chefs, en consolidant la confusion des deux puissances, comme Saint-Paul avait institué le monothéisme des sujets en les séparant. Tous deux aspirent à régler la vie humaine, d'après l'ensemble des préparations accomplies^ en disciplinant, l'unie commandement, l'autre l'obéissance. Ils convenaient donc aux besoins respectifs de la partie intellectuelle et de la partie sociale du monde incorporé par la domination romaine. Autant les Latins, toujours di$ciplinables>
exigeaient un sacerdoce indépendant^ qui pût faire dignement prévaloir la morale universelle sur les volontés pratiques, autant les Grecs ^ jamais disciplinés^ réclamaient une énergique concentration, que l'islamisme pouvait seul systématiser. Je n'hésite point à regarder les musulmans comme ayant dû succéder aux Romains dans le gouvernement de la population qui, sacrifiée à Tessor intellectuel, ne deviendra capable de se conduire que d'après la régénération positive.
Une telle destination peut seule expliquer Tensemble des caractères^ intellectuels et sociaux , de Tislamisme , instituant un peuple de patriciens, afin de régir, par le monothéisme dominateur^ ceux que le sénat romain absorba sous le polythéisme social. Aussi convenable à Test que le monothéisme défensif l'était à l'ouest, il supposait une population subjuguée, comme l'autre un peuple disciplinable. Mais l'empirique répartition du monde romain ne pouvait éviter de longs conflits, qui durent d'abord émaner de la foi la plus active et la mieux concentrée. L'équilibre ne devint possible que quand lés croisades eurent fait sentir au catholicisme rimpossibilité de surmonter une croyance plus parfaite, et détourné l'islamisme de la conquête occidentale. Dès lors, surgit, avant la fin de la première phase moderne, une transaction, tacite mais décisive, qui régularisa la dernière préparation humaine , en laissant les musulmans compléter leur établissement grec, malgré les invocations byzantines de l'appui latin.
Cet accord spontané marque le vrai début de la diplomatie stationnaire, qu'une étude irrationnelle de la révolution occidentale fait seulement remonter à la décomposition du catholicisme. De plus en plus confirmée par l'ensemble des événements ultérieurs, cette répartition a mieux incorporé les Turcs au système occidental que n'auraient jamais pu l'être les Grecs. Mais^ en dissipant irrévocablement tout espoir respectif d'une
véritable universalité^ ce concours a graduellement manifesté régal épuisement du monothéisme défensif et du monothéisme dominateur^ diversement destinés à préparer le positivisme.
En précisant davantage une telle appréciation, il faut regarder le régime turc comme essentiellement propre à r£urope orientale^ quoique une opinion empirique lui réserve seulement FAsie occidentale. Jusqu'à ce que la transition positive soit assez avancée, on ne saurait pas plus concevoir les Grecs sans les Turcs que les Turcs sans les Grecs ^ d'après l'impuissance des uns à se nourrir et des autres à se gouverner. Mais^ quoique cette théorie rectifie une politique vicieuse ^ dont les méprises sont aujourd'hui senties ^ elle est ici destinée à caractériser le danger et l'impossibilité de prolonger l'existence des deux monothéismes. Non moins incapables de se suffire que de se combiner, malgré la tolérance nécessaire de la foi dominatrice, ils doivent également attendre Tuniversel ascendant de la religion positive, qu'ils concoururent diversement à préparer. Cependant la coopération à la transition organique émanera surtout des Turcs y plus disposés que les Grecs à seconder une doctrine maintenant destinée aux chefs comme l'islamisme, quoiqu'elle sépare mieux les deux pouvoirs que le catholicisme.
Il faut donc concevoir la Turquie commençant, sous l'impulsion occidentale, la transition complémentaire, qui, dans une génération, doit succéder à la transition principale que la France dirige sans autre guide que l'Humanité. Mais la théorie historique de l'islamisme conduit également à terminer par la Perse la transition organique des monothéistes. Car les musulmans de l'est différent radicalement de ceux de l'ouest en ce qu'ils ont nécessairement manqué de la vocation exceptionnelle qui seule convenait à la foi dominatrice pour gouverner des populations incapables de discipline. Faute d'une telle destination, bornée a la partie grecque du monde romain^ Tislamisme
AVENIR HUMAIN. — CHàPITRB CINQUifeME. 509
devint, en Perse ^ à la fois oppressif et subversif ^ de manière à développer ses imperfections naturelles, que les Turcs surent ordinairement éluder. Il est vrai que la mission de gouverner les Grecs semble alors remplacée par une sollicitude plus étendue envers une population sacriûée à Tavénement précoce du monothéisme comme Vautre à Tessor exclusif de rintelligence. Néanmoins, les deux cas ne purent jamais devenir équivalents y VU la dispersion nécessaire qui caractérise les Juifs depuis la chute du polythéisme. La race infortunée manqua, par son aveugle obstination , la seule occasion de rétablir sa nationalité, quand elle rejeta les nobles avances du grand Mahomet, qui pouvait devenir le Messie vainement attendu.
D'après la quinzième loi de la philosophie première, on doit peu s'étonner que j'aie fait ainsi succéder les indications propres aux d'eux modes extrêmes du monothéisme oriental, avant de caractériser la position de la Russie, qui représente l'essor moderne du mode moyen. Quand l'adoption du byzantisme eut neutralisé les Scandinaves orientaux , comme celle du catholicisme avait discipliné les Scandinaves occidentaux, ils durent pourtant conserver des aspirations conquérantes qui n'avaient pu suivre leur cours spontané. Mais, leur monothéisme était autant incapable de susciter l'enthousiasme que d'inspirer la discipline, son dogme étant construit pour diviser les deux pouvoirs, et son régime disposant à les confondre. Ainsi surgit une contradiction radicale, qui doit à la fois dissiper les inquiétudes européennes et concentrer les sollicitudes asiatiques. Les trois modes du monothéisme oriental doivent simultanément subir la loi sociologique qui décomposera spontanément les agrégations factices, même avant que la France ait noblement systématisé cette transformation chez les monothéistes occidentaux. Toutefois, les orages suscités par l'accomplissement empirique d'une telle fatalité seront naturellement plus graves et plus pro-
chains en Russie qu'en Turquie et même en Perse, vu son hétérogénéité plus développée et plus perturbatrice. Pour réparer, autant que possible , les déviations résultées d'un vicieux em pirisme, Tautocratie qui préside à cette confuse agglomératioa doit subordonner sa politique à la position sociologique de la Russie après la Turquie^ mieux affiliée à Toccidentalité.
Mon cours spécial de 1862 sur Tensemble de la transition organique pourra seul développer convenablement les indications précédentes, que je devais ici réduire à Taperçu fondamental, caractérisé par le classement monothéique. Cette première phase de la transition complémentaire permet de commencer l'appréciation des avantages, spirituels et temporels, réservés aux populations retardées, qui marcheront systématiquement vers l'état normal^ spontanément résulté de l'évolution principale. Envers le cas prépondérant, il faut regarder la confusion islamique des deux puissances comme propre à faciliter, chez les Turcs, l'établissement d'une religion d'abord destinée aux classes supérieures. La concentration des richesses y secondera l'avènement du régime sociocratique, préservé des entraves suscitées par l'interposition occidentale de la bourgeoisie entre le patriciat et le prolétariat. Dans le cours annoncé, ces diverses considérations, outre leur destination propre, feront mieux apprécier le mouvement principal, dont les différents cas peuvent, à de moindres degrés, comporter de semblables comparaisons. Introduit pour la dernière phase de la transition centrale, un tel enseignement devient plus nécessaire envers des extensions plus vastes et mieux tranchées. J'y dois surtout renvoyer l'explication des deux derniers cas de la régénération universelle, qui ne peuvent être ici que sommairement caractérisés, quoiqu'ils comportent une intervention plus profonde et plus efficace.
La phase initiale de la transition complémentaire ne peut se
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE CINQUIÈME. 5il
trouver secondée que par Tinfluence occidentale. Mais la seconde comporte , en outre , la réaction des monothéistes déjà régénérés sur les polythéistes qui leur sont spécialement liés. Cette aptitude appartient surtout à rislamisme, qui, systématisant le commandement 9 prescrit la tolérance envers tous les peuples pourvus d'une loi quelconque. Quoique la domination des musulmans ne dût essentiellement convenir qu'au cas grec, leur empire dans rinde fut moins perturbateur que celui des monothéistes occidentaux. Plus aptes à s'incorporer aux populations théocratiques, ils ont^ en cessant d'y prévaloir, conservé des contacts plus favorables à l'avènement de la religion universelle que les rapports avec les passagers britanniques.
Quels que soient les apôtres occidentaux, turcs, et surtout persans, de la foi régénératrice auprès des peuples polythéiques, ils devront toujours en diriger l'introduction d'après un système de fusion dogmatique. Les institutions destinées à faciliter la transition principale concernent seulement le culte et le régime, parce que la préparation intellectuelle , tant négative que positive, y permet l'introduction directe de la croyance fondamentale. Il en est de même envers la première phase de la transition complémentaire , où l'islamisme , d'après la simplicité de sa foi , n'exige aucune modification théorique. Mais, en passant aux théocraties, on reconnaît le besoin de com-s pléter la conception générale de la transition organique en y joignant l'élément intermédiaire. Outre le culte et le régime, qu'il suffisait d'abord de modifier, il faut alors instituer un dogme transitoire, directement propre à transformer le polythéisme en positivisme, sans aucune entremise monothéique.
Pour cela, je dois idéaliser la hiérarchie encyclopédique, après l'avohr suffisamment contractée. Quoique ses deux constitutions ternaires comportent une telle destination , il faut y préférer celle où l'ordre vital institue le lien nécessaire entre
l'ordre matériel et Tordre humain. On est ainsi conduit à concevoir trois Déesses 7 respectivement destinées à représenter la matérialité, la vitalité, l'humanité. Tandis que, sous l'aspect objectif, leur harmonie caractérise l'économie universelle, elle correspond , subjectivement, à la constitution cérébrale. Car, la première classe de phénomènes, vu sa régularité supérieure en vertu d'une plus grande simplicité , rappelle surtout l'intelligence d'après l'ordre , tandis que la seconde indique le progrès par l'activité, la dernière fondant l'union sur l'amour. Tel est le degré normal de concentration qui convient à la synthèse théologique, quand on veut directement développer son aptitude philosophique , sans avoir effectivement en vue son efficacité politique. Le monothéisme, dont la destination fut réellement sociale, opprimait l'intelligence en la vouant aux spéculations vagues, où la diversité des phénomènes ne pouvait jamais se trouver assez représentée. Cette représentation reste même insuffisante quand on réduit le polythéisme à sa constitution binaire, qui ne convient pas mieux aux satisfactions mentales qu'aux besoins moraux. IVlais une triple causalité suffit aux exigences théologiques, puisque l'esprit positif, quoique plus analytique , fait habituellement prévaloir la progression correspondante. En y destinant des déesses au lien de dieux , on consacre la prépondérance normale du sexe affectif, sans choquer les dispositions spontanées, assez indiquées par le genre du mot cause. On peut aisément déterminer le caractère propre à chacune d'elles , et même sa conception esthétique , d'après la nature de ses attributions. Sans altérer leur indépendance, leurs relations doivent idéaliser la subordination réelle, à la fois objective et subjective, suivant la simplicité décroissante et la dignité croissante des phénomènes correspondants.
Cette trinité systématique peut être facilement superposée
aux divers polythéismes, et surtout à celui de ilude» afin d'y préparer rinstaliation finale du positivisme. En procurant aux tendances synthétiques toute la satisfaction que comporte le théologisme , elle fera mieux désirer Tunité , purement subjective, qui résulte de la substitution des lois aux causes ^ quand l'essor positif conduit au seul point de vue universel, inaccessible à l'esprit absolu. Propre à la génération qui suivra celle à laquelle je destinai le culte concret, ce dogme transitoire pourra durer autant que l'exigera la réorganisation des divers entendements, ainsi disposés à la préparation encyclopédique de l'état normal Si, dans l'évolution occidentale, les motifs sociaux n'avaient point exigé le monothéisme, une telle condensation du polythéisme eût été plus favorable à l'avènement de la philosophie définitive. Voilà comment les peuples restés théocratiques peuvent compenser leur retard en accomplissant, mieux que tous les autres théologistes , la transition universelle, d'après l'institution dogmatique qui leur adaptera l'élaboration analytique dont ils attendent l'issue synthétique.
En comparant les divers cas propres à la seconde phase de la transition complémentaire, la théorie sociologique dissipe toute hésitation envers leur classement, où le passé garantit l'avenir. Il se trouve, comme pour la phase précédente, coïncider avec l'ordre de distance matérielle à Toccidentalité. Car le positivisme doit régénérer les polythéistes d'abord dans l'Inde , puis en Chine , enfin au Japon.
Malgré la simultanéité de ces trois éiaborations, soit sous rimpulsion directe des Occidentaux , soit d'après l'entremise musulmane, on ne peut douter que la théocratie la moins altérée ne devienne la mieux accessible à la régénération uni* verselle. Outre mon cours spécial , le volume précédent doit suppléer aux explications incompatibles avec le tableau que J'achève, pour caractériser la secrète disposition des brames
envers la foi qui relèvera leur dignité sociale en perfecUonnint leur constitution morale et mentale. Après avoir ci-dessus proclamé la prochaine agrégation d'une minime partie du clergé catholique au sacerdoce positif^ je puis maintenant annoncer que la caste théocratlque se trouve déjà disposée à fournir, en temps opportun , un meilleur concours. Le positivisme la délivrera de Foppression temporelle que, depuis vingt siècles, elle subit de plus en plus sans perdre jamais le sentiment de la suprématie spirituelle et Tespoir de la voir irrévocablement rétablie. Quoique cette rénovation exige une entière renonciation au commandement , et môme à la richesse , les gardiens systématiques de Tordre humain accepteront aisément une condition prescrite au nom de leur destination sociale et de leur dignité personnelle.
Outre la réorganisation Ultérieure , le positivisme peut seul procurer aux brames régénérés la satisfaction des nobles voeux qu'ib ont toujours formés pour affranchir la patrie théocratlque de toute domination extérieure. Par un digne appel ao milieu britannique , il fera paisiblement cesser un Joug qui , sous des formes illusoires, Inspire , à juste titre, plus d'antipathie que celui des musulmans. Un tel service ayant précédé la principale introduction de la foi régénératrice , elle sera bientôt accueillie d'après le dogme transitoire, institué surtout afin de permettre aux brames positivistes de modifier le milieu théocratique.
Voilà comment la sociocratie doit , au début du siècle prochain, s'incorporer directement les meilleurs conservateurs de la théocratie , en réalisant leurs invincibles aspirations à la religion universelle , par la prépondérance synthétique de la morale. Alors la race spéculative se trouvera partout soumise à la fol régénératrice, dont l'ascendant aura pénétré jusqu'au complément polythéique.
AlfENIR HUIIAm. — CHAPITRE CINQUIÈME. ^ 515
L'infériorité des deux autres cas tbéocratiques ne doit pas être directement attribuée à la diversité de race. Elle résulte surtout de la profonde altération qu'y subit le régime des castes d'après le succès d'une vicieuse tentative avortée dans son propre foyer. Chassé de Tlnde, le bouddhisme prévalut surtout en Chine ^ où l'institution des examens tendit à transformer la théocratie en pédantocratie 9 en réalisant, autant que possible > le rêve des lettrés grecs et de leurs modernes imitateurs.
Une telle dégénération oppose de grands obstacles à l'ascendant , mental et social , d'une religion plus hostile à la métaphysique qu'à la théologie. Mais son introduction en Chine sera surtout secondée par les impulsions pratiques, tandis que, dans l'Inde, elle invoquera les tendances théoriques. En décomposant la caste prépondérante, la révolution bouddhique a secondé l'essor industriel , conforme à la nature de la race active. Il y permet, comme en Occident , le contact dhrect de la foi positive avec la raison populafare. Cependant, même dans ee milieu, la religion de l'Humanité doit d'abord convenhr aux chefs , non-seulement temporels , mais aussi spirituels , pourvu que les conditions locales soient convenablement utilisées. La dégénération métaphysique choque nécessairement les meilleurs mandarins, en s'opposant au digne essor de leur destina- ^ tion sociale. Après avoir surmonté les habitudes empiriques que suscite une vicieuse prépondérance des sollicitudes pratiques, ils accueilleront la seule doctrine qui puisse systématiser l'activité.
D'équivalentes dispositions prévalent mieux parmi les chefs japonais, que l'essor militaire affranchit de la théocratie, comme en Occident,. en évitant la dégénération pédantocratique, essentiellement propre aux Chinois. Je les crois pourtant mokis préparés que ceux-ci pour l'avènement du positivisme , TU le moindre développement de l'existence industrielle. Quoi-
516 SYSTEMS DE POUTIQUE POSITIVE.
que mieux préservés de la métaphysique, ils ont davantage conservé les mœurs théocratiques , qui , plus récemment transformées, s'y manifestent par l'isolement national , rendu plus sensible d'après un contraste habituel avec les émigrations chinoises. C'est donc dans la partie la plus orientale du milieu polythéique que la religion universelle doit trouver le plus d'obstacles. Néanmoins, son génie reiatif y permettra des contacts spéciaux, aussitôt que les chefs japonais distingueront la foi positive des diverses croyances occidentales qui leur inspirent de Justes inquiétudes. La synthèse qui vient normalement séparer les deux puissances convient directement au milieu le plus troublé par leur confusion. Il doit bientôt apprécier l'aptitude du positivisme à systématiser la prépondérance spontanée de l'action sur la contemplation et la subordination continue de l'activité spéciale à la morale universelle.
C'est ainsi que , d'après Tensemble des préparations accomplies, d'abord chez les émancipés, puis parmi les monothéistes, la phase moyenne de la transition complémentaire régénérera le milieu polythéique, qui comprend, avec ses diverses annexes , la moitié de notre espèce. Le mouvement universel de reconstruction , déjà passé de la race spéculative à la race active , n'aura dès lors qu'à s'étendre à la race aftective , sociologiquement caractérisée par la conservation du fétichisme.
Envers cet extrême complément de la transition organique , l'ensemble du volume précédent suffit ici pour indiquer l'aptitude directe du positivisme, sauf les explications réservées à mon cours spécial. Quoique les esprits mal émancipés doivent regarder ce cas comme offrant des difficultés presque insurmontables, les âmes vraiment régénérées peuvent déjà sentir qu'il fournira bientôt le meilleur triomphe de la vraie foi. L^avortement des tentatives monothéiques , et même poly-
théiques , desUnées à modifier les fétichistes , fera mieax ressortir l'aptitude de la synthèse la plus systématique à slDCorporer la plus spontanée.
Toute la difficulté, mentale et morale, de la transition universelle concerne nécessairement le théologisme , puisqu'il doit entièrement s*éteindre. Nais» d'après une théorie sociologique maintenant familière à mes lecteurs, le féticliisme, consacré par le positivisme» peut directement s'y fondre sans obliger Tesprit ni le cœur à de grandes transformations. Début commun de la recherche des causes et de Tétude des lois» le mode spontané de la synthèse fictive n'institue pas la philosophie absolue, qui ne prévaut réellement que quand la causalité devient indirecte Quoique ce second mode soit inévitable dans révolution originale , rinitiation dirigée permet désormais de le franchir, si l'essor mental» individuel ou collectif, est assez systématisé. Car, on détourne aisément de la cause quand on dévoile la loi; ce qui réduit la rectification générale de la logique fétlchique à distinguer suifisamment l'activité d'avec la vie. Sous Faspect moral» le passage est plus facile » puisque le positivisme se borne à systématiser la prépondérance du cœur sur l'esprit» spontanément érigée par le fétichisme en base continue de la synthèse humaine. L'assimilation fictive de l'ordre extérieur à l'ordre humain peut seule permettre à la religion finale de compléter nos conceptions et de développer nos émotions» sans susciter aucun danger chez quiconque apprécie toujours la nature subjective d'une telle institution.
Politiquement envisagée» la régénération positive des peuples fétichiques n'offre pas plus de difficultés que sous l'aspect mental ou moral. Si la théocratie fut d*abord indispensable partout » et si la triple transition mUitaire dut ensuite s'accomplir en Occident, cette marche ne se trouve irrésistiblement motivée qu'envers l'évolution originale^ qui ne pouvait autrement pré*
518 SYSTÈMB DE POLITFQUE POSITITE.
parer l'état final. Mais^ quand il est fnstitaé dans un foyer décisif, son universelle extension n'exige nulle part la reproduction des phases propres au cas fondamental. L'imperfection sociale des fétichistes , relative à Tlnsuffisance de la vie publique , peut être réparée d'après Tavénement direct de Tactivité pacifique réglée par la foi démontrable^ sans aucun préambule théocratttiue ou militaire* Cette fusion systématique de l'état initial dans l'existence finale se trouve tellement préparée qu'elle s'accomplira mieux envers le plus antique fétichisme ^ où la religion universelle n'aura pas même à modifier le sacerdoce le plus transformable.
La dernière phase de la transition complémentaire ofl^e aussi trois cas essentiels, encore rangés suivant leur distance matérielle au centre occidental, en considérant les fétichistes, d'abord en Afrique , puis en Amérique , enfin en Océanle. Mais, comme envers la première phase, le cas moyen ne doit être ici caractérisé qu'après les deux extrêmes, en vertu d'une confusion analogue , et même plus prononcée , entre la tendance intérieure et l'Influence extérieure.
Faisant irrévocablement cesser un prosélytisme Illusoire et perturbateur, le positivisme initiera le principal siège du fétichisme à la seule religion qui puisse pleinement apprécier la race affective et la lier dignement aux deux autres. On achève ici de sentir combien la Turquie doit assister la France dans l'essor systématique de la transition complémentaire. Car les musulmans régénérés seront mieux aptes que les apôtres occidentaux à convertir l'Afrique, surtout centrale, où leurs mœurs permettent un accès plus facile et plus efiicace. Les barrières
* "iibrales d'après lesquelles les principaux foyers fétichiques
complètent sagement leur isolement physique tomberont aussi- ' ' tôtique la rivillsailon centrale y deviendra vraiment assimilable.
• Son aptitude à développer l'existence domestique, principale
satisfaction des Africains, les disposera directement à l'accueillir, quand ils ne redouteront plus des tentatives stupides ou coupables. Préservés des moeurs militaires par TimperfecUon de la vie publique et Tisolement territorial , ils adopteront bientôt une activité pacifique qui doit rester toujours libre et que la religion universelle subordonne au but moral. Dans les cas astrolâtriques, des associations plus étendues et plus régulières faciliteront Tavénement de la foi régénératrice , pourvu que ses apôtres sachent toujours utiliser et respecter le sacerdoce local, mieux disposé qu'aucun autre au positivisme.
Quoique les contacts des Océaniens avec les Occidentaux soient très-postérieurs à ceux des Africains, le défaut d'isolement leur a permis plus d'essor, tandis que l'absence de discipline les a rendus plus perturbateurs. Les peuplades yisitées par Cook sont à peine reconnaissables , et tendent rapidement à s'éteindre sous la dégradation physique et morale, si le posiiïfbme ne soulève à temps Tensembie des esprits émancipés pour y flétrir l'intervention de théologistes quelconques. Mais le sacerdoce de THumanité fera bientôt sentir au public occidental combien des synthèses incompatibles, dont chacune est discréditée dans son propre foyer, se trouvent incapables de propager la civilisation centrale , surtout chez les fétichistes. Outre quç les contacts temporels sont moins perturbateurs , ils s'amélioreront à mesure que ia régénération intérieure détournera de l'expansion extérieure , pendant la décomposition nécessaire du système colonial , déjà commencée chez tous les Occidentaux. Je dois donc espérer que l'ascendant décisif «te la religion universelle préviendra Textinction spontanée des fétichistes océanietts, dès lors associés, au noa du Grand-Être , à la digne exploitation 4a domaine planétaire.
Il me reste seulenieiit à caractériser le cas le plus dittdin de la transition cosq^lémentaire^ ooireqNMklantà la plus grave des
anomalies résultées de la révolution occidentale, en appréciant la régénération positive chez les fétichistes américains. Leur siège suffit pour indiquer la situation, tristement exceptionnelle, de la plupart d'entre eux, issus du principal foyer de la race affective , et monstrueusement transplantés pour réparer d'atroces dépopulations. Quoique le catholicisme ait été le premier organe du crime occidental, son extension et son aggravation doivent être surtout reprochées au protestantisme. Mais le positivisme est apte à réparer, autant que possible, les aberrations théologistes, en faisant apprécier les opprimés et dissipant les sophismes des oppresseurs. Adoptant Taphorisme décisif qui surgit au début de la crise finale, il fera partout sentir combien la régénération occidentale est incompatible avec une telle monstruosité « même chez les peuples restés passifs.
Outre la théorie sociologique des races humaines , la philosophie de l'histoire suffit pour flétrir cette anomalie, directement contraire à la destination normale de Tesclavage, qui ne convient qu'à la soumission du travailleur envers le guerrier. Tandis que Tinstitution antique seconda l'essor respectif du maître et du sujet en les rapprochant , la monstruosité moderne dégrade l'un et l'autre en les séparant. C'est pourquoi la cessation spontanée de la traite suffit pour transformer dignement la première , au lieu que son interdiction systématique n'a fait jusqu^ici qu'aggraver la seconde.
Malgré qu'une telle anomalie ne puisse pas bien finir, le sacerdoce régénérateur disposera l'élite occidentale à faciliter sa terminaison nécessaire, en utilisant et développant le foyer spécial que la race opprimée a courageusement institué. Pour expier le crime qui, depuis trois siècles, souille, indirectement ou directement, l'ensemble de l'Occident, il faut, d'après les indemnités convenables , livrer l'archipel américain aux libres descendants des Africains transplantés. Alors leurs tentatives
AVENIR HUMAIN. — GHAPITRB GINQUIÈIIE. 521
spontanées 5 déjà sensibles an centre libérateur, pour dégager leur fétichisme de l'alliage théologiste» permettront au positivisme de les mieux régénérer que leurs frères océaniens, en utilisant davantage Tinfluence occidentale.
Voilà comment^ après avoir consacré la majeure partie de ce chapitre au cas fondamental de la transition extrême , J'ai caractérisé les treize degrés de son extension successive, aux autres émancipés, chez les divers tbéologistes, et jusqu'aux fétichistes. Ainsi se trouve accomplie, dans tous ses modes essentiels, l'épreuve décisive que devait subir la détermination de l'avenir d'après l'explication du passé , pour constater l'aptitude de la religion universelle à diriger le présent. L'ensemble des affaires terrestres étant ainsi conçu, le règne de l'Humanité se trouve inauguré ; car il coosiste surtout à systématiser une marche inaccessible aux synthèses qui ne pouvaient embrasser qu'une partie du temps et de l'espace.
532 ST9TÈMB DE POUTIQOB POSnTTB.