‹ Système de politique positive (volume 4)Chapitre 25 sur 26 · STATIQUE SOCIALE. — CONCLUSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

STATIQUE SOCIALE. — CONCLUSION GÉNÉRALE

foyers moins avancés utiliseront encore mieux la connaissance de la loi commune, pour accélérer et faciliter leur avènement respectif à Tétat normal.

Une telle virilité ne peut ainsi devenir assez caractéristique que d'après une double construction philosophique, ou plutôt religieuse. Il faut d'abord déterminer le type fondamental de Texistence humaine, et ensuite son essor nécessaire. L'ensemble de ce volume ayant rempli le première condition , le suivant doit satisfaire à l'autre.

Gomme base normale de cette double construction, j'ai préalablement établi la théorie générale de l'unité humaine et de sa lente préparation. D'après un tel début, j'ai directement fondé Tétude positive de notre existence élémentaire, en appréciant d'abord l'activité qui la domine, puis les liens domestiques qui la constituent, et enfin le langage qui permet son extension. J'ai pu dès lors systématiser le tableau abstrait de Tordre humain, en caractérisant successivement la structure du grand organisme, son existence complète, et même les limites de ses modifications quelconques.

L'ensemble de cette élaboration statique peut être utilement résumé par la seule histoire du terme fondamental, vu l'aptitude nécessaire du langage à refléter toute notre nature. Il suffit de comparer les deux acceptions générales du mot ordre^ qui toujours signifie à la fois commandement et arrangement. Tant que dura notre initiation, destinée plutôt à développer nos diverses forces qu'à les régler, le commandement prévalut sur l'arrangement, qui ne pouvait même surgir autrement, faute d'une base extérieure. Notre constitution adulte se caractérise, au contraire, par la prépondérance de l'arrangement, qui, directement fondé d'après son type objectif, exige seulement l'intervention secondaire du commandement, pour compléter nos décisions pratiques. Ainsi, le contraste général entre la

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synthèse absolue et la synthèse relative peut être assez représenté d'après le simple renversement de la subordination mu* tuelle propre aux deux sens d'un même nom. En effet, oette inversion spontanée résume la substitution décisive des lois aux causes, et annonce notre tendance croissante à faire pré-* valoir la discipline spirituelle sur la temporelle.

Cette appréciation fondamentale de Tordre humain semble d'abord sufSre pour systématiser notre destinée^ qui. consiste toujours à se rapprocher davantage d'un tel type. Mais Fensemble de ce volume est aussi propre à manifester l'insuffisance que la nécessité d'une pareille détermination. Car, il laisse toujours indéterminés le mode et le temps qui conviennent à Tavénement de cet ordre fondamental dont il caractérise pourtant la préparation inévitable. La meilleure théorie statique ne suffît donc jamais pour guider la pratique sociale» quoiqu'elle y soit constamment indispensable. Son usage exclusif, du même trop prépondérant, nous exposerait presque toujours à de graves perturbations, en donnant à nos tendances politiques un caractère trop absolu et une marche trop vague.

On peut se former une juste idée générale de ce double dan« ger d'après ime comparaison mathématique, qui représente aussi le véritable office de cette première moitié du travail sociologique. Car, ce guide statique équivaut, envers les phénomènes sociaux, à l'ensemble de types rectiUgnes sur lesquels un géomètre fonde l'étude de chaque courbe, surtout en déterminant ses asymptotes. Quand une ligne a beaucoup d'asymptotes, comme le permet souvent une équation fort simple, leur connaissance totale fournit d'abord de précieuses lumières envers sa figure générale, dont une telle construction offre une approximation ! indispensable. Mais cette ébaudie rectiligne ne peut jamais dispenser d'une étude directe et spéciale de l'orbite curviligne, où elle laisse toujours indécises

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beaucoup d'importantes questions. Il en serait bien plus ainsi si la politique voulait systématiser directement sa marche d'après la seule sociologie statique, qui ne peut lui. fournir qu'un vaste groupe d'asymptotes, nécessairement communes à une foule de routes très-diflérentesy entre lesquelles il &ut pourtant choisir.

Ce choix définitif, l'unique guide immédiat de notre pratique sociale, appartient exclusivement à la sociologie dynamique. Quoiqu'elle doive toujours étudier le progrès comme le simple développement de l'ordre déjà défini, cette appréciation plus précise peut seule nous apprendre quels sont, à chaque époque, les pas praticables vers un tel type, et quelle marche convient à leur accomplissement. Outre qu'elle édaircit et consolide la notion de l'état normal, elle institue Tunique voie qui puisse nous préserver à la fois de la rétrogradation et de l'anarchie, entre lesquelles nous laisserait toujours osciller la conception statique, où le temps n'entre jamais. Autant je devais d'abord écarter ce dernier élément théorique, sous peine, comme en mécanique, de [ne pouvoir construire aucune loi générale, autant il doit maintenant prévaloir, pour instituer la relation finale entre l'abstrait et le concret.

Parmi les nombreux exemples que l'histoire peut fournir des dangereuses illusions propres à l'emploi des notions statiques sans leur complément dynamique, il convient ici d'indiquer l'immense aberration de tous les grands hommes de l'antiquité envers la préparation réservée au moyen âge. Au premier chapitre de ce volume, j'ai déjà noté combien les meilleures âmes s'étaient longtemps méprises en repoussant le catholi* cisme naissant, qui leur semblait écarter directement l'humanité du noble but social que les derniers siècles venaient de leur révéler. Or, il faut ici reconnaître qu'une telle erreur, alors inévitable, résultait surtout de l'absence totale de con-

ceptions dynamiques d'après lesquelles on pût apprécier les premiers pas essentiels qu'exigeait ce type statique. Depuis Scipion et César jusqu'à Trajan et Constantin, les penseurs et les hommes d'État sentirent de plus en plus que l'ensemble du mouvement romain poussait à faire prévaloir les notions positives sur les croyances théologiques ou métaphysiques et l'activité industrielle sur la vie guerrière. Faute d'une étude assez précise de la marche humaine, ils méconnurent entièrement la nécessité de la transition monothéique et féodale. Les meilleurs d'entre eux furent ainsi conduits trop souvent à souiller leurs noms par d'atroces persécutions envers les vrais promoteurs spontanés du noble régime qu'ils ne cessaient de poursuivre d'après un type trop abstrait.

Un tel exemple indique assez combien il importe de construire maintenant la dynamique sociale, sans laquelle la raison moderne pourrait aussi se laisser entraîner à un pareil enjambement de quinze siècles dans notre marche générale. U est vrai que la conception même de Tordre normal constate d^à, dans ce volume statique, l'approche nécessaire de son véritable avènement; puisque notre imagination ne peut jamais devancer beaucoup la réalité, surtout envers un tel spectacle. Mais cette confiance générale ne saurait aucunement dispenser mon volume dynamique de démontrer spécialement cette opportunité actuelle, afin que mon volume pratique construise ensuite la foi imiverselle qui systématisera l'essor humain.

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