‹ Système de sténographie [microforme]Chapitre 1 sur 15 · OBSERVATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

EL, Sténographie est l’art de recueillir et de fixer sur le papicr, au moyen de signes abréviatifs, les discours prononcés. Cette définition indique d’abord l’étendue de son utilité, et sert à faire comprendre que ce n’est point un art frivole, et de pur agrément. Son ancienneté suffirait pour en démontrer les avantages, si on pouvait les contester. La Sténographie était pratiquée chez les anciens, et servit dès lors À recueillir et conserver les sublimes discou's de tant d’Orateurs illustres. (iceron, qui avait dans la personne de Tiron, son affranchi, un excellent Sténographe, fesait ainsi prendre note de tout ce qui se disait au Forum et au Sénat. Cet art était encouragé, enseigné dans les écoles publiques, et fesait partie de l'éducation de Ceux qui se distinaient aux lettres ou aux affaires.

Chez les modernes la Sténographie est bien différente de ce qu’elle était chez les anciens: après bien des modifications et des perfectionnemens, elle est enfin devenue un art régulier. Le système de Taylor, écrivain Anglais qu’on peut véritablement appeler le créateur de cet aït, en a invariablement fixé les principes ; son mérite est de Pavoir simplifié, en évitant l’emploi des traits parasites, la surabondarce des formes, le trop grand prolongement des lignes, leur irrégularité et surtout leur isolement ou séparation. Ce n’était pas un léger inconvénient que de se surcharger la mémoire d’une multitude infinie de signes et d’hiéroglyphes, outre que la complication et l'obscurité des règles ne servaient qu’à décourager l’étudiant, et à ralentir la main du Sténographe. La méthode de Taylor, n’admettant jamais que des signes simples et faciles à tracer, n’offre à la mémoire que des caractères qui s’y classent facilement et ne s’en effacent jamais; aussi son Alphabet Sténographique est-il devenu universel.

La méthode de Taylor a été heureusement adaptée à la langue Française par Bertin, et perfectionnée pour l’Anglais par M. Dubhertis. C’est d’après les idées de ces excellens Sténographes, que le présent système de Sténographie a été rédigé.

La plupart de ceux qui sont étrangers à cet art semblent disposés à croire qu’il y a autant de caractères que de “nots dans la langue, et, s’effrayant de ce nombre prodigieux de signes, prennent de l’éloignement pour la Sténographie. C’est une erreur dont ils doivent revenir.

Les mots de notre Stérographie se forment avec les lettres es ièrcs

lières d’un Alphabet constant, uniforme comme celui de l'écriture usuelle. Elles diffèrent des leitres communes par la supériorité qu’elles ont sur elles, c’est-à-dire, en ce qu’elles sont plus simples, plus promptement tracées et plus faciles à joindre, n’ayant aucun de ces déliés ou liaisons superflues et sans expression qu’exigent les lettres communes. Les caractères s’unissent et s’enlacent sans d’autres traits que ceux qui sont matériellement nécessaires pour former la lettre elle-même. A moins d’ôter tout-à-fait à l’écriture sa forme corporelle, il n’est pas possible de porter plus loin la réduction des caractères. Au moyen de cette écriture, l’œil peut saisir d’un seul coup la substance de plusieurs pages du ‘T'ype usuel, et la main, tracer plus de choses en une heure qu’en huit par le procédé ordinaire. Cet art merveilleux expliqué, il ne paraîtra plus alors prodigieux qu’on ait pu enfermer toute l’Iliade d’Homère dans une coquille de noix.

On croit peut-être qu’il faut beaucoup d’étude et de temps pour acavérir des connaissances même ordinaires dans l’art de la Sténograça On se trompe. Quelques heures au plus de méditation suffisent pour la théorie. Quant à la pratique, qui est la principale partie dans cet urt, nous déclarons que cet exercice est digne des premières heures de la journée, et qu’il est difficile de se rendre un meilleur comte de ses loisirs. Nous ne craignons pas d’assurer qu'à moins de deux mois d’une application raisonnable on peut s’y rendre passablement habile,

Les livres élémentaires sur la Sténographie étant peu communs dans ce pays, du moins pour le Français, ou ceux que nous possédons étant trop simphifiés, ou presque inintelligibles, nous avons cru que nous pourrions contribuer à rendre cet art plus familier à nos concitoyens, en publiant le système actuel. Son avantage est de s’appliquer indifféremment, avec quelques modifications près, aux deux langues, le Français et l'Anglais. Considérant le grand nombre d’excellens systèmes anglais qu’il est facile de se procurer à Québec, nous nous serions abstenus de rendre notre système applicable à l’Anglais, si nous n’avions observé que le Sténographe Canadien, partout exposé à entendre parler les deux langues, trouverait beaucoup d’avantage à étudier un système unifcrme, applicable à Pune et à l’autre. D'ailleurs ayant suivi celui de Taÿlo:, perfectionné par M. Duhertis pour l’Anglais, et le même adapté par Bertin à la langue Française, il n’a pas fallu lui faire subir des modifications bien considérables pour n’en faire qu’un seul, propre aux deux langues. En sorte que l’étudiant n’a que les mêmes règles à apprendre, et la même pratique à acquérir, soit qu’il veuille écrire lune ou lautre langue. Toute la différence setrouve dans quelques terminaisons et dans la signification intrinsèque des lettres isolées.

Il n’est pas nécessaire d'en dire bien long pour faire comprendre tous les #vantages de Part, dont ce traité est destiné à faire connaitre jes principes. Ce doit être pour les gens riches une récréation instructive, une art d’amusement, le complément de leur éducation. Pour les personnes qui embrassent l’étude des lois ou des sciences abstraites, la Sténographie doit faire une branche d’étude très intéressante. Elle fournit aux unes la faculté de recueillir d’une manière exacte

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exacte ét expéditive les argumens de leurs adversaires, les sentences prononcées par les Juges, les réponses des accusés aux interrogatoires, la déposition €:s témoins, et les prononcés des Jurés ; aux autres, le moyen de suivre de la plume les leçons des meilleurs professeurs. Qu'on juge d’après cela quelle serait son utilité dans les conférences iittéraires, philosophiques et théologiques de nos colléges ? Elle convient à toutes les classes de la société : au voyageur, pour rédiger ses mémoires et ses observations ; aux publicistes, qui recourent aux bibliothèques publiques pour y fuire des extraits ; à tous ceux qui ont occasion de se trouver dans les assemblées publiques, pour s’emparer, avec quelques traits de crayon, de ce qui s’y dit de plus piquant.

Mais c’est surtout dans les assemblées délibératives, que la Sténographie devient d’une importance telle qu'elle y acquière presque un caractère sacré, Le Sténographe y est chargé de recueillir toutes les paroles du Mandataire éloquent, qui plaide pour la liberté des peuples et l’assurance de leurs droits. Par son ministère, rien de ce qui peut être utile à la patrie n’est perdu ; chaque sentiment patriotique vient se placer sur son livre, pour être transmis ensuite à toute une nation. C’est un flambeau qui fait découvrir les sentimens les plus cachés et fournit aux citoyens ‘e moyen de juger ieurs mandataires sur chacune de leurs paroles. Plus dune fois peut-être la Sténographie, cette surveillante infatigable, a-t-elle retenu au poste du devoir un citoyen

Chancelant.

Si t:ls sont les services de cet art, il serait à souhaiter que l'étude s’en introduisit dans nôs institutions publiques. Qui n’ambitionnerait de connaître un procédé qui rend la main rivale de la voix, et lui fait, pour ainsi dire, devancer la pensée? D’ailleurs l’hal ‘‘ude de sténographier fortifie beaucoup la mémoire, en l’exerçant sans cesse, soit à retenir les expressions de Porateur, soit à suppléer les lettres omises ou contractées. Mais c’est principalement le jugement qu’elle développe : c’est à la tois une école de raisonnement, d’éloquence et de style. À force de suivre de près les idées des autres, vous vous accoutumez à réfléchir, à saisir et à anaiyser la substance d’un discours, et de ces matières étrangères vous enrichissez votre propre fonds. Vous vous trouvez à la fin capable de concevoir une longue suite d'idées sur un même sujet, sans effort et sanstravail. Îly a plus, vous avez eu occasion de vous former à l’art de parler, en len- ‘tendant sans cesse pratiquer aux autres ; et comme il vous faut ensuite remettre au ne*, et arrondir les phrases morcelées d’un orateur trop rapide, la tête pleine de ses idées, vous devenez écrivain, sans vous en appercevoir, et l'expression se présente plus vîte que la main ne peut la tracer.

Nous terminerons l’énumération des avantages de la stérographie, en assurant qu’elle peut rendre les plus grands services au commerce de Pamitié, et devenir d’une grande importance dans les négociations secrètes. Ce serait bien aussi un moyen de réduire beaucoup les frais énormes de poste d’un continent à l’autre. |

On se plaindra peut-être de la difficulté qu'il y a d’abord à lire les monogrammes Sténographiques ; mais un peu d’attention et se

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tude, nous pouvons l’assurer, feront disparaitre cette difficulté, et ren dront la lecture de cette espèce d’écriture plus rapide qu'aucune. Il eût été facile par une plus grande multiplicité de signes de soulager l'intelligence, mais c’eût été aux dépens de la mémoire ; et cet organe étant ee aisé à fatiguer que les facultés mentales, il est bien plus simple de mettre en action le jugement, dont les opérations sont plus promptes et plus dociles. La suppression des voyelles médiantes ne doit nullement affaiblir la confiance de l’étudiant dans la bonté de notre méthode : les consonnes, ainsi que les marques initiales et terminatives d’un mot, avec laide du sens qui précède et qui suit, suppléent aisément à leur omission. J.J. Rousseau a dit: ‘‘ Il serait aisé de faire, avec les seules consonnes, une langue fort claire par écrit.” En effet, est-il quelqu’un qui, voyant dans lécriture ordinaire dscpln mdr, puisse hésiter à lire discipline militaire ?

Plusieurs pensent, mais à tort, qu’au moyen des procédés sténographiques, on peut tout au plus prendre la substance d’un discours, saisir seulement les principales idées d’un orateur. Supposant que ce fût le cas, ce werait beaucoup de gagné déjà. Mais il ne faut pas autant d'exercice qu’on le pense généralement, pour pouvoir saisir, je ne dis pas toutes les idées, mais toutes les expressions d’un orateur, et cela sans trop d'effort. Il n’est pas rare que de nos jours des discours publics soient recueillis par les sténographes même mot-à-mot ; et un peu d'expérience nous a démontré qu’en cela il n’y a pas de prodige.

Ainsi donc sous tous les rapports, on est forcé de convenir que la sténographie est une connaissance utile et agréable, et qui doit faire le complément d’une éducation soignée. Mais elle n’en doit pas être le début : elle demande des connaissances préliminaires, une imagination cultivée, du goût pour lapplication, et surtout une connaissance profonde de la langue et de l’art d’écrire ; du moins pour être un excellent sténographe. Le temps n’est pas loin, nous osons le dire, où cet art sera la marque d’une bonne éducation. Ainsi donc nous nous flattons que notre système, au moyen cuquel un élève intelligent pourra s’instruire seul, sera accueilli avec empressement, sil est jugé valoir quelque chose ; et que la sténographie formera bientôt une des branches importantes des études enseignées dens nos institue ions publiques.

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