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Livre IV. — Sur la musique comme architecture

Architecture sonore, a-t-on dit souvent, J'ai longtemps repoussé cette métaphore. C’est le célèbre Eupalinos qui m'y a ramené ; et, de toute façon, il est vrai qu'on ne médite jamais vainement sur cette loi architecturale, qui est de solidité et de durée, autant qu'elle régit tous les arts sans exception. Les œuvres musicales n’ont point de durée par leur matière, mais seulement par l'assemblage, si serré et si plein qu’on n’y voudrait rien changer, et que la penséc n’en vient même pas. Au vrai la puissance d’une composition musicale résulte principalement de ce qu’elle efface à chaque moment la pensée même de changer, d’où l’œuvre apparaît comme durable et comme chose. Par la marche, par la promesse, pat l'annonce sans aucune ambiguïté, on peut dire qu'elle existe toute. D'où l’on conclura que la belle musique s'exprime ellemême et n’exprime rien d’autre. C'est là qu'il faut toujours revenir. Et l’on pourrait aller jusqu’à dire que la musique faible ou manquée, ou laide, comme on dit, est telle seulement parce qu’elle n’assemble pas. La fugue aurait donc toujours raison, pourvu qu'elle assemble.

Maintenant il faut remarquer que ce sont des cris qui sont ainsi assemblés ; d’où l'édifice sonore discipline l’exécutant au plus profond, muscles et sang, et l’auditeur aussi par les mêmes causes ; elle nous touche donc, dans tous les sens de ce beau mot, nous arrête, nous dirige, nous détourne, à la manière d’un monument de pierre, en sorte que la métaphore de l’Eupalinos dit bien qu’elle nous enveloppe, qu'elle a des murs, des portes et des chemins comme le temple. D'où l’on comprend encore une fois qu'elle est œuvre, et d'ouvrier.

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