‹ Système national d'économie politiqueChapitre 27 sur 56 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'industrie manufacturière et l'intérêt agricole.

Si la protection en faveur des manufactures indigènes portait préjudice aux consommateurs de produits fabriqués et ne servait qu'à enrichir les fabricants, les propriétaires fonciers et les agriculteurs, qui constituent parmi ces consommateurs la classe la plus nombreuse et la plus importante, seraient particulièrement atteints. Mais on peut établir que cette classe retire des manufactures de plus grands avantages que les fabricants eux-mêmes; car les manufactures créent une demande pour une plus grande variété et pour une plus grande quantité de produits ruraux, augmentent la valeur échangeable de ces produits, et permettent à l'agriculteur de tirer un meilleur parti de sa terre et de son travail- Il s'ensuit une hausse de la rente territoriale, des profits et des salaires, et l'accroissement de la rente et des capitaux a pour conséquence l'accroissement de la valeur échangeable de la terre et du travail.

La valeur échangeable des biens de campagne n'est pas autre chose que leur rente capitalisée ; elle dépend, d'une part, du montant et de la valeur de la rente, de Tautre, de la masse de capitaux et moraux et matériels qui se trouvent dans le pays.

Tout progrès individuel et social, tout développement de la force productive du pays en général, mais surtout l'établissement des manufactures, augmente la rente en quantité, tout en la diminuant en quotité. Dans un pays agricole peu cultivé et médiocrement peuplé, en Pologne par exemple, la rente s'élève à la moitié ou au tiers du produit brut ; dans un pays avancé, populeux et riche, par exemple en Angleterre,

elle n'atteint que le quart ou le cinquième. Toutefois le montant de la plus petite part est infiniment plus considérable que celui de la plus grande, surtout en argent et plus encore en objets fabriqués; car le cinquième des 25 boisseaux (environ 9 hectolitres) (1), qui forment, en Angleterre, la moyenne du produit brut en froment, est de 5 boisseaux (1 hectol. 80), et le tiers des 9 boisseaux (3 hectol. 27), moyenne de la Pologne, n'est que de 3 (1 hectol. 09) ; de plus les 5 boisseaux en Angleterre valent moyennement de 25 à 30 schellings (de 31 fr. 25 <î. à 37 fr. 50 c ) (2), et les trois boisseaux en Pologne valent au plus de 8 à 9 schellings (de lOfr, à 11 fr. 25 c.); enfin les objets manufacturés en Angleterre coûtent moitié moins qu'en Pologne, et, par conséquent, le propriétaire anglais peut, avec sa renie de 30 schellings, acheter 10 aunes de drap, tandis que le propriétaire polonais, avec ses 10 schellings de rente, n'en peut acheter que 2. Le premier, avec le cinquième du produit brut, est donc trois fois mieux partagé comme propriétaire louchant une rente, et cinq fois mieux comme consommateur d'objets manufacturés, que le second avec le tiers. Quant aux fermiers et aux ouvriers de l'agriculture, leur condition est aussi infiniment meilleure en Angleterre qu'en Pologne, même comme consommateurs d'objets manufacturés. En effet, sur un produit de 25 boisseaux, en Angleterre, il reste 20 boisseaux pour semences, labours, salaires et profils ; or, si l'on prend pour ces deux derniers éléments la moitié, soit 10 boisseaux (3 hectol. 63), la valeur moyenne de cette moitié sera de 60 schellings (75 fr.), et, à 3 schellings l'aune, représentera 20 aunes de drap ; en Pologne, au contraire, un produit brut de 9 boisseaux ne laissera que 6 boisseaux pour semences, labours, profits et salaires, et, si l'on prend de même pour les profits et les salaires la moitié, soit 3 boisseaux (1 hectol. 09), celte part ne vaut que 10 à 1 2 schellings (1 2 fr, 50 c. à 15 fr.) et ne représente que 2 aunes et demie de drap.

(I) Le boisseau anglais =36 litres, 344. Xj Le schelling- = l fr. 25 c.

La rente est un des principaux moyens de placement des capitaux matériels. La valeur s'en règle, par conséquent, sur la masse des capitaux qui se trouvent dans le pays, et sur les rapports entre l'ofire et la demande. L'abondance des capitaux que le commerce extérieur et intérieur réunit dans une nation manufacturière, le faible taux de l'intérêt et celte circonstance que, chez un peuple manufacturier et commerçant, un grand nombre d'individus enrichis cherchent constamment à placer dans la terre leur excédant de capital matériel, élèvent chez un pareil peuple le prix d'une même quantité de rente territoriale beaucoup au-dessus de ce qu'elle est dans un pays purement agricole. En Pologne la rente de la terre se vend 10 ou 20 fois, en Angleterre 30 ou 40 fois son montant.

De même que la valeur en argent de la rente de la terre est plus élevée chez la nation manufacturière et coinmerçante que chez la nation agricole, la valeur en argent des terres est aussi plus considérable. A égale fertilité naturelle, la valeur des terres est 10 ou 20 fois plus élevée en Angleterre qu'en Pologne.

Cette influence des manufactures sur la rente, et, par suite, sur la valeur échangeable de la terre, Adam Smith la signale, à la fin du ii^ chapitre de son premier livre, mais seulement en passant et sans mettre convenablement en lumière l'immense importance des manufactures à cet égard. Il distingue dans cet endroit les causes qui agissent directement sur l'élévation de la rente, telles que les améliorations agricoles et l'augmentation du bétail en quantité et en valeur échangeable, d'avec les causes dont l'opération est indirecte, et il range les manufactures parmi ces dernières. Ainsi les manufactures, qui sont la cause principale de V élévation de la rente ainsi que de la valeur de la terre, sont mises par lui sur l'arrière-plan, de manière à être à peine aperçues, tandis que les améliorations foncières et T accroissement du bétail, qui sont en majeure partie Teffet des manufactures et du commerce que celles-ci font naître, leur sont préférées, ou du moins opposées comme causes principales. Adam Smith

et ses disciples n'ont pas compris, à beaucoup près, toute l'importance des manufactures sous ce rapport.

Nous avons fait la remarque que, sous l'influence des manufactures et du commerce qui s'y rattache, à égale fertilité naturelle, la valeur des terres était en Angleterre dix ou vingt fois plus élevée qu'en Pologne. Si nous comparons le montant total de la production et du capital manufacturier de l'Angleterre à celui de sa production et de son capital agricoles, nous trouvons que la plus grande partie de la richesse du pays consiste surtout dans la valeur de la propriété foncière.

Mac Queen trace le tableau suivant de la richesse et du revenu de l'Angleterre (1).

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