‹ Système national d'économie politiqueChapitre 4 sur 56 · LIVRE QUATRIÈME. — la politique · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. — la politique

Chapitre I. — La Suprématie insulaire et les Puissances continentales. — Les États-Unis et la France. . 487

— II. — La Suprématie insulaire et TAssociation doua-

nière allemande 508

— III. — La Politique continentale 528

— IV. — La Politique commerciale de la nation alle-

mande 543

(pour la seconde édition.)

Lorsque, il y a quelques années, j'ai publié pour la première fois la traduction du Système national, une préface de quelque étendue était nécessaire pour préparer mes compatriotes à la lecture d'un ouvrage étranger. Aujourd'hui que cet ouvrage a déjà acquis droit de bourgeoisie parmi nous, la seconde édition semble n'avoir pas besoin d'un introducteur. Je me bornerai donc ici à quelques courtes observations.

Les circonstances dans lesquelles paraît cette seconde édition sont bien différentes de celles dans lesquelles a paru la première. En 1851, la question du commerce international ne présentait guère, dans ce pays-ci, qu'un intérêt théorique; d'autres questions, beaucoup plus graves, l'avaient refoulée sur F arrière-plan. Aujourd'hui elle a repris toute son importance ; en présence de l'éventualité de changements considérables dans la législation des douanes, elle préoccupe un grand nombre d'esprits.

Un tel moment n'est peut-être pas inopportun pour une nouvelle édition de l'ouvrage le plus remarquable

de notre siècle sur cette grande question du commerce international.

Le Système national d'économie politique est, dans son ensemble, la théorie de la vraie liberté du commerce en même temps que celle de la protection utile.

La protection y est sans doute plus accusée que la liberté. Lorsque, de l'autre côté du détroit, le libre échange allait se produire avec le double prestige du talent et du succès, il convenait qu'une protestation énergique contre son exagération révolutionnaire éclatât sur le continent. Mais, en dernière analyse, le Système national n'a rien d'exclusif; c'est une doctrine de conciliation, qui fait la part de l'un et de l'autre principe, qui condamne seulement la domination absolue d'un principe unique.

Le Système national a fait de la théorie d'Adam Smith, théorie qui n'est autre chose que la négation de la protection douanière, une réfutation péremptoire et définitive. Il établit sur des bases rationnelles le système protecteur, que la force des choses et le bon sens public avaient soutenu, mais auquel avait manqué jusque-là une suffisante élaboration scientifique. Il en restreint, d'ailleurs, plutôt qu'il n'en élargit le domaine ; et loin de le perpétuer, il assigne un terme à son existence, en promettant son héritage à la liberté.

Il n'enseigne point une doctrine illibérale et rétrograde. Il fournit des arguments à de sages réformes tout aussi bien qu'aux résistances que doivent provoquer d'imprudentes innovations. Tous les grands faits de la réforme commerciale de l'Angleterre ont été annoncés et justifiés d'avance dans le Système national-^ et ce sont ses principes qui ont présidé à celle de l'Autriche. Ceux qui li-

NOUVELLE PRÉFACE DU TRADUCTEUR. Xf

ront ce livre avec fruit ne cesseront d'avoir devant les yeux la liberté comme un grand but ; seulement ils ne partageront pas Tengouemcnt impatient et aveugle de certains partisans de la liberté, et, l'esprit libre de préjugés, ils n'emprunteront leur opinion sur la politique commerciale de leur pays qu'à l'étude attentive de ses besoins et de ses intérêts.

Le Système national a, depuis sa publication, acquis une nouvelle autorité par la justesse des prévisions qu'il contient. Non-seulement, comme nous le disions tout à l'heure, les principales mesures de la réforme commerciale anglaise s'y trouvent annoncées, mais les résultats considérables de ces mesures y sont aussi prédits clairement. Sur beaucoup d'autres faits abondent des pressentiments, dont la réalisation atteste l'exactitude de la doctrine autant que la sagacité de l'auteur.

On se ferait, du reste, de cet ouvrage une idée imparfaite, si l'on n'y voyait qu'une monographie, une large monographie d'un vaste sujet. Les titres de Frédéric List, comme économiste, ne consistent pas uniquement à avoir détruit les fondements de la liberté illimitée du commerce. Il a touché plus ou moins à diverses parties de la science, laissant partout sa forte empreinte. A l'occasion delà question du commerce international, d'autres questions se sont offertes à son esprit, et il les a traitées avec force et originalité. Quelques libre-échangistes, obligés de reconnaître, dans le domaine de la pratique, les rares services de cet homme actif, et dévoué, ont contesté son mérite sur le terrain de la théorie. 11 importe donc de signaler ici brièvement ses titres scientifiques, indépendamment de la vérité de sa doctrine commerciale.

List a mis en relief l'idée de nationalité, qui avait été, non pas seulement négligée, mais écartée par ses prédécesseurs, accoutumés à spéculer sur un genre humain idéal, et non sur le genre humain tel qu'il existe avec les nations inégalement avancées qui le composent. Un progrès notable a été ainsi acquis à la science positive de l'économie politique.

List a fait ressortir l'étroite connexité qui rattache les phénomènes économiques aux phénomènes politiques, et, par suite, rapproché, sans les confondre, deux sciences entre lesquelles un excès d'abstraction avait placé un abîme.

List, en justifiant la protection douanière comme assurant à la nation qui s'en sert avec discernement un accroissement permanent de ses forces productives au prix d'un sacrifice temporaire de valeurs échangeables, a démontré que la véritable richesse des nations consiste moins dans la masse de ces valeurs échangeables que dans le degré de développement des forces productives, et en particulier des forces morales.

List, reprenant le grand principe de la division du travail, ou, comme il le définit plus exactement, de l'association dans le travail, l'a étendu de la sphère étroite d'une fabrique à l'ensemble des industries d'une nation, et a retracé d'une manière saisissante la solidarité qui unit les unes aux autres, sur un même territoire, les occupations les plus diverses, ainsi que l'équihbre qui doit exister entre elles pour créer la prospérité nationale.

List a appliqué le même principe aux travaux de tout l'univers tels qu'ils se sont organisés depuis la découverte du nouveau monde et surtout depuis son affranchisse-

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