‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 25 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION I

dangereuses, et ne leur laisse des rapports sociaux que ce qu'ils ontd'inoffensif.

Mais ici se présente contre ce système une autre objection grave : les partisans de la prison de Philadelphie disent que la prétention de réduire à un silence absolu un grand nombre de malfaiteurs rassemblés est une véritable chimère, et que cette impossibilité ruine de fond en comble le système dont le silence est l'unique fondement (1).

Nous pensons qu'il y a beaucoup d'exagération dans ce reproche. Assurément on ne peut admettre l'existence d'une discipline poussée à un tel degré de perfection, qu'elle garantisse l'observation rigoureuse du silence parmi un grand nombre d'individus réunis, que leur intérêt et leurs passions excitent à communiquer ensemble. On peut dire cependant que si , dans les prisons d'Auburn , de Singsing, de Boston et de Wethersfield , le silence n'est pas toujours strictement observé , les cas d'infraction sont si rares qu'ils sont peu dangereux.

Admis, comme nous l'avons été , dans l'intérieur de ces divers établissements, et y venant à toute heure du jour sans être accompagnés de personne, visitant tour à tour les cellules, les ateliers, la chapelle et les cours, nous n'avons jamais pu surprendre un détenu proférant une seule parole; et cependant nous avons consacré quelquefois des semaines entières à l'observation do la même prison.

Il existe à Auburn une disposition de lieu qui facilite singulièrement la découverte de toutes les contraventions à la discipline. Chacun des ateliers où travaillent les détenus est environné d'une galerie de laquelle on peut les voir sans être vu d'eux. Nous avons souvent, à la faveur de cette galerie, épié la conduite des prisonniers, que nous n'avons pas trouvés en défaut une seule fois. Il y a d'ailleurs un fait qui prouve mieux qu'aucun autre jusqu'à quel point le silence

(1) Voyez LeUre de Livingston à Roberts Vaux, 1828, p. 7 et 8. Il existe certainement des exemples qui prouvent Pobsei'vation du silence dans quelques cas : cela est si vrai que, dans chacune des prisons dont Texamen nous occupe, il y a eu des punitions infligées à ceux qui ont été surpris en faute sur ce point ; on doit ajouter qu'un certain nombre de contraventions reste toujours inconnu. Mais la question n'est pas de savoir s'il y a quelques infractions ; ces infractions sont-elles de nature à détruire Tordre de l'établissement et l\ empêcher la réforme des détenus? Tel est le point à examiner.

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est maintenu par cette discipline ; c'est ce qui se passe à Singsitig. Les détenus de cette prison sont occupés à extraire de la pierre dans des carrières situées hors de l'enceinte du pénitetjcier; de telle sorte que 900 criminels, surveillés par 30 gardiens seulement, travaillent en liberté, au milieu d'une campagne ouverte, sans qu'aucune chaîne charge leurs pieds ni leurs mains. Il est clair que la vie des gardiens appartiendrait aux détenus, si la force matérielle suffisait à ces derniers ; mais la force morale leur manque. Et pourquoi ces 900 malfaiteurs réunis sont-ils moins forts que les 50 individus qui les commandent? C'est que les gardiens communiquent librement entre eux, concertent leurs efforts, et ont la toutepuissance de l'association, tandis que les condamnés, séparés les uns des autres par le silence, ont, malgré leur force numérique, toute la faiblesse de l'isolement. Supposez un instant que les détenus aient la moindre facilité de communication, aussitôt l'ordre est renversé : la réunion de leurs intelligences, opérée par la parole, leur a appris le secret de leur force, et leur première infraction à la loi du silence détruit la discipline tout entière.

L'ord re admi rable qui règne à Singsing, et que le silence seul peut maintenir, prouve donc que le silence y est observé [q).

Nous venons d'exposer les principes généraux sur lesquels reposent les systèmes d'Auburn et de Philadelphie : maintenant comment ces principes sont-ils mis en action? comment et par qui les établissements pénitentiaires sont-ils administrés? quel est l'ordre intérieur et le régime de chaque jour? c'est ce que nous exposerons dans la section suivante.

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