‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 68 sur 142 · DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE II

concourt à le priver des moyens d'existence qui lui sont nécessaires. Le vice d'un pareil état de choses est tel, qu'il est senti par tout le monde : aussi doutons-nous qu'il soit longtemps maintenu.

La surveillance de la haute police, telle qu'elle est exercée aujourd'hui, est moins utile à la société que funeste aux condamnés libérés. Elle n'aurait que des avantages si, par son influence, la société, informée de la situation réelle de chaque criminel libéré, avait quelque moyen de procurer du travail à ceux qui n'en ont pas, et des secours à ceux qui en ont besoin. Ce moyen , le gouvernement ne pourrait-il pas le trouver dans la fondation de colonies agricoles semblables àcelles qui sont aujourd'hui florissantes en Hollande (1)? Si de telles colonies étaient fondées en France sur les parties encore incultes de notre sol , aucun oisif ne se plaindrait de manquer d'ouvrage sans que le gouvernement pût lui en off'rir; les mendiants, les vagabonds , les pauvres, et tous les condamnés libérés, dont le nombre, toujours croissant, menace incessamment la sécurité des particuliers et même la tranquillité de l'État, trouveraient place dans la colonie, où ils travailleraient à augmenter les richesses du pays.

Peut-être pourrait-on y placer aussi les condamnés à de courtes peines d'emprisonnement. Il y aurait un avantage incontestable à y introduire le plus L;rand nombre de détenus possible. En eff'et, un des principaux avantages des colonies agricoles est de ne point nuire aux industries particulières: elle obvient par conséquent à un des plus grands dangers que présente l'établissement des manufactures dans les prisons (2). Le système des colonies agricoles mérite donc une sérieuse attention de la part des hommes politiques; il semble qu'après en avoir admis le principe, on devrait l'étendre autant que possible, et qu'on pourrait aisément en concilier l'application avec les principes du système pénitentiaire. Enfin , l'établissement des colonies agricoles aurait, entre autres avantages, celui de faire découler d'heureux eifetsde cette surveillance administrative dont presque toutes les conséquences sont funestes; et il ferait ainsi disparaître une des entraves qui nuisent à l'établissement du système pénitentiaire.

(1) V. Note sur les colonies agricoles, pièce n° [\.

(2) V. La note alphabétique s.

Nous avons signalé les difficultés que le système pénitentiaire rencontrerait en France, et nous n'en avons pas déguisé la gravité. Nous ne dissimulerons point que nous voyons de très grands obtacles à l'établissement de ce système parmi nous, tel qu'il existe aux États-Unis, et environné de toutes les circonstances qui l'accompagnent. Novjs sommes cependant loin de penser qu'il n'y ait rien à faire pour l'amélioration de nos prisons.

Nous n'avons jamais eu l'idée que la France put tenter subitement une révolution générale dans son système des prisons, raser les anciens établissements, en bâtir subitement de nouveaux , et consacrer à ce seul objet, dans un seul moment, des sommes énormes pour le partage desquelles se présentent des intérêts d'une autre nature. Mais on peut raisonnablement demander dans le système de nos prisons des réformes progressives; et s'il était vrai qu'il fût impossible de former en France une discipline appuyée sur l'auxiliaire du fouet; s'il était vrai que chez nous l'assistance de l'influence locale manquât au succès de rétablissement, et le secours de la religion aux progrès de la réforme morale, il est certain aussi que, sans adopter dans son intégrité le système des prisons d'Amérique, on pourrait lui emprunter une partie de ses principes et de ses avantages. Ainsi, toute prison nouvelle qui serait construite d'après le système cellulaire aurait sur les prisons actuelles une supériorité incontestable. La séparation des détenus pendant la nuit ferait cesser les communications les plus dangereuses, et détruirait un des éléments les plus actifs de corruption: nous ne pouvons imaginer quelle serait l'objection contre le système cellulaire, si , comme nous sommes fondés à le penser, les prisons construites selon ce système ne coûtent pas plus cher que les autres (1). Nous avons dit qu'il lions semblait difficile de maintenir parmi les condamnes un silence inviolable, sans le secours des châtiments corporels. Cependant ce n'est qu'une opinion de notre part ; et lexemple de Wethersfield , oià depuis plusieurs années on conduit les prisonniers sans les frapper, ne tend-il pas à prouver que ce nioyen rigoureux de discipline n'est pas absolument nécessaire? Il nous semble que la chance du succès vau-

(1) V. La note alphabétique «wi.

Page 1