‹ Systême silurien du centre de la BohêmeChapitre 353 sur 469 · lacerata · texte numérisé non relu

lacerata

j 0. Keyserlingi.

I 0. subterarmata.

En même temps nous constatons, que le nombre des segmens thoraciques, dans ce type, varie de 9 à 10. ( Notice prélim. et Nouv. Trilob.)

1846. Le Profr. Geinitz donne les caractères du. genre Odontopleura et décrit 2 espèces: 0. ovata, 0. elliptica. (Grundr. d. Verstein. p. 238.)

1846. Le Profr. Pictet énumère les Odontopleura, qu’il considère comme identiques avec Ceraurus, Green. ( Traité élém. de Pal. IV. p. 68.)

1846. Le Profr. Beyrich analyse d’une manière très-lucide les principaux traits caractéristiques des Odontopleura, dans la conformation de la tête, des segmens thoraciques et du pygidium. Il décrit et figure 2 des espèces déjà connues : 0. ovata Emmr. 0. mutica Emmr, Celle qu’il figure et décrit comme Od. Brightii, n’est pas l’espèce à laquelle ce nom a “été donné par Sir Rod. Murchison. Il ajoute aussi trois espèces savoir: 0. inermis, 0. cornuta et 0. vesiculosa. La première, dont il ne connaissait que des fragmens, est notre Acid. (Od.) Buchi, publiée peu auparavant. Il assimile la glabelle de notre Acid. Od. mira, à celle de Od. cornuta des grès de Môsseberg; identité qui n’est pas encore hors de doute. Enfin, Od. vesiculosa est aussi une des espèces de Bohême, mises au jour par nos recherches, et qui fait partie du groupe de Acid. Verneuili. (Uni. üb. Trilob. II. St. p. 16. PL III.)

1846. Marie Rouault annonce, sous le nom de Polyeres Bufrénoyi, des fragmens provenant de la Bretagne, et que nous avons récemment reconnus, comme appartenant à notre espèce, Acid. Buchi. (Bull. Soc. géol. France. 2e Sér. IV. p. 320.)

1847- M. Corda distribue dans trois genres différens les Trilobites de Bohême considérés par nous comme Odontopleura. Son genre Selenopeltis est décrit avec 4 espèces; Odontopleura avec o 4 et Trapelocera avec 5. L’indépendance de ces trois genres et celle des 45 noms spécifiques seront discutées ci-après. (Prodrom)

1848. J. Hall décrit et figure, sous les noms : Acidaspis Trentonensis et Acid, spiniger, deux espèces provenant de la division inférieure du système Silurien, aux Etats-Unis d’Amérique. (. Palaeont . of New York I. p. 240. PL 34. fig. 4 — 5.)

1848- Le Profr. Phillips et J. W. Salter décrivent et figurent la tête de Acid. Brightii, à laquelle ils associent divers fragmens dont l’identité spécifique ne paraît pas hors de doute. (Mem. geol. Surv. Vol. II. p. I. p. 348. PL IX. fig. 6.) En même temps, ces savans figurent, sous le nom de . Acid, bispinosus M’Coy, deux formes qui nous semblent différer entr’elles par leur conformation. L’une, (PL IX. fig. 4.) paraît très-analogue au fragment nommé Acid, bispinosa M’Coy; l’autre (Pl. IX. fig. 5.) en serait complètement indépendante.

1850- Le Proff. MacCoy, dans sa classification des Trilobites Britanniques, se borne à énumérer Acidaspis = Odontopleura, parmi les genres formant sa famille des Paradoxinae. (Ann. and May. Nat. Hist, Ser. 2. Vol. IV. p. 401.)

GENRE ACIDASPIS. MÜRCHISON.

1850. Les DDrs. Sandberger décrivent et figurent sans le nommer, un fragment qui leur paraît appartenir au genre Odontopleura. fVerst. d. Rliein. Sch. Syst. Nass. I. Liefg. p. 24. PI. II. fig. 5.)

Un diagramme construit d’après la tête de Acid. Prevosti, (au bas de la PL 59) combiné avec les explications de la même planche, servira à distinguer tous les élémens de la tête des Acidaspis, que nous allons mentionner.

Caractères génériques.

Aucun genre, à l’exception des Lichas, ne présente dans la tête des traits aussi compliqués que ceux des Acidaspis. Ces traits peuvent cependant se ramener aisément aux élémens dont se compose la tête des autres Trilobites. C’est ce qu’a déjà indiqué M. le Prof'. Beyrich, et

s’il n’a pas développé tous les détails de la conformation, comme nous allons essayer de le

faire, en rectifiant quelques unes de ses observations, c’est parceque les matériaux à sa disposition étaient très-retreints.

Les rapports de longueur et de largeur nous permettent de distinguer, dans plusieurs espèces, la forme longue et la forme large, représentées par un ovale plus ou moins alongé.

La tête des Acidaspis est généralement peu développée en longueur, tandisque sa largeur

paraît très-grande en comparaison. Elle n’occupe jamais plus du tiers, et quelquefois seulement le cinquième de la longueur totale du corps. Elle est toujours beaucoup plus grande que le pygidium, qui n’excède pas un cinquième de la même étendue.

Le bombement transversal de la tête est variable, et parfois très-considérable, surtout à cause de la grande inclinaison des joues mobiles. Sa courbure longitudinale présente un caractère particulier, en ce que le contour postérieur ou contigu au thorax, est toujours plus ou moins fortement coudé, et parfois reployé à angle droit par rapport à l’ensemble .de la surface céphalique. Cette circonstance contribue un peu à faire paraître ,1a tête très-courte.

La figure du contour général de la tête est tantôt analogue à un trapèze, tantôt à une devni-ellipse, dont le grand axe serait placé transversalement, et dont la surface serait tronquée vers le thorax.

Au premier aspect, la tête d’une Acidaspis paraît présenter un si grand nombre de compartimens, qu’on n’y reconnaît pas la trilobation habituelle. Cette division fondamentale existe cependant, mais elle est moins apparente que d’autres traits accessoires et particuliers à ce genre. Cela provient principalement, de ce que les sillons dorsaux sont peu marqués dans la plupart des espèces, tandisqu’il existe toujours, sur la surface de la glabelle, deux autres sillons longitudinaux, plus rapprochés de l’axe, et ordinairement plus prononcés que les premiers. Nous les nommerons faux sillons. Ils sont très-reconnaissables, car ils limitent, de chaque côté, le compartiment médian ou corps central de la glabelle, constamment très-apparent, et qu’on serait tenté de prendre pour la glabelle entière. Ces faux sillons résultent simplement de la réunion, par l’extrémité intérieure, des sillons latéraux de cette partie de la tête. Une jonction analogue, quoique moins compliquée, s’opère entre les sillons latéraux des Lichas (PI. 28) et on en trouve aussi la trace, sous une forme plus simple, entre les sillons moyen et postérieur de diverses Calymene (PI. 19). Les sillons latéraux, dans les Acidaspis, sont au nombre de deux à trois, de chaque côté de la glabelle. Dans la plupart des espèces, le sillon antérieur n’est pas marqué; dans quelques unes, il est représenté par un trait si faible et si court, qu’il peut aisément échapper à l’observation, ce qui a fait croire à M. Beyrich qu’il n’existait pas. On le reconnaît aisément dans Acid, primordiale (PI. 37) dans Acid. Verneuili (PI. 58) et dans d’autres espèces Nous ajouterons, qu’il n’est pas même constant sur les individus d’une seule et même forme; les uns en étant pourvus et les autres dépourvus, peut-être suivant l’âge, peut-être uniquement selon l’état de conservation, ou la conformation particulière. Lorsqu’il est perceptible, il est placé très-près du front, et dirigé presque transversalement, sur les bords du lobe frontal ou partie

évasée du corps médian de la glabelle. Le sillon moyen est toujours marqué par un trait creux, incliné à 45° sur l’axe, et parfois très-profond sur une petite étendue. Ce trait détermine ordinairement l’évasement du corps médian de la glabelle, que nous appèlerons brièvement, le lobe frontal, très-prononcé dans beaucoup d’espèces, telles que Acid. Leonhardi. (PL 37.) Par son extrémité interne, le sillon moyen se courbe parallèlement à l’axe, en diminuant quelquefois de profondeur, pour aller joindre le sillon postérieur. Il forme ainsi la première partie du faux sillon. Par son extrémité antérieure et externe, au contraire, le sillon moyen se courbe un peu en dehors pour se joindre au sillon dorsal, qui aboutit- toujours en ce point, quel que soit son cours.

Le sillon postérieur est analogue au sillon moyen et présente, comme lui, un trait principal, profond, incliné de même, et prolongé aussi par les deux bouts, en diminuant de profondeur. Du côté intérieur, il forme la seconde partie du faux sillon, jusqu’à la rencontre du sillon occipital. Du côté extérieur, il se bifurque souvent, en deux petites branches peu prononcées, allant rejoindre le sillon dorsal. La branche antérieure arrondit le lobe moyen et l’autre, le lobe postérieur. Quelquefois, une seule de ces deux branches est distincte, et parfois aussi, l’une et l’autre disparaissent totalement avec le sillon postérieur, comme dans Acid. Keijserlingi. (PI. 36) Les sillons moyen et postérieur sont à peu-près également espacés sur la longueur de la- glabelle. Cependant, le lobe postérieur est habituellement le plus grand. Sa forme, comme celle du lobe moyen, est celle d’un gros tubercule, ovalaire, plu^ ou moins arrondi, limité à l’extérieur par une faible dépression, qui est le sillon dorsal. Le relief de ces lobes tuberculi formes varie beaucoup dans une même espèce, suivant l’âge des individus.

Le sillon dorsal, quoique moins apparent que les faux sillons, est toujours marqué, dans toutes les espèces que nous avons observées. On peut le reconnaître aisément sur quelques unes, telles que Acid. Keyserlingi, Ac. Buchi , (PI. 36) où il se trouve dans le prolongement immédiat du sillon dorsal thoracique. Dans Acid. Verneuili, (PL 38) et autres formes, il est indiqué vers l’arrière et disparaît presque sur le reste de la surface céphalique. Dans tous les cas, on peut cependant le reconnaître, dans la dépression longitudinale, qui borde immédiatement, du côté externe, les lobes moyen et postérieur, décrits ci-dessus. Son cours peut toujours se déterminer, au moins par deux points extrêmes, savoir: à l’arrière, le sommet de l’angle rentrant, plus ou moins profond, qui se trouve sur le bord occipital, et à l’avant, l’extrémité déjà signalée, du sillon moyen de la glabelle.

Il est important de ne pas confondre le sillon dorsal, avec une rainure parallèle, tracée sur la joue fixe, et que nous signalons ci-après, sous le nom de rainure du filet oculaire.

Le sillon occipital est constamment indiqué, à la base du corps médian de la glabelle, mais sa profondeur ne paraît pas toujours bien définie, parceque sa surface se confond parfois avec la partie médiane de l’anneau occipital. Au contraire, les extrémités de ce sillon sont très-distinctes, et elles offrent diverses apparences, qui méritent d’être bien remarquées. ■ — 1. Dans certaines espèces, telles que Acid, truncata (PL 59.) Acid. Leonhardi, Acid. Buchi, Acid, primordialis et Acid, minuta, (PL 37) Acid. Iloernesi et Acid. Dormitzeri (PL 36) on voit le sillon occipital se prolonger simplement derrière le lobe postérieur de la glabelle, qu’il limite comme à l’ordinaire, dans la plupart des Trilobites. — 2. Dans d’autres espèces, telles que, Acid. Prevosti (PL 59), Acid. Verneuili et Acid, vesiculosa (PL 38) l’extrémité du sillon occipital se bifurque au droit du faux sillon de la glabelle. L’une des branches résultant de cette bifurcation se dirige transversalement, comme dans le cas précédent, et elle détermine le lobe postérieur de la glabelle. L’autre branche s’infléchit brusquement vers l’arrière, suivant la direction du faux sillon, c. à. d. presque parallèlement à l’axe. Comme elle prend beaucoup de largeur et de profondeur, elle coupe l’extrémité de l’anneau occipital, qui figure alors un lobe isolé, enflé, arrondi, dans la même ligne que les deux lobes de la glabelle, quoique moindre que ceux-ci.

L’anneau occipital est toujours développé, et sa partie médiane est plus ou moins projetée

GENRE ACIDASPIS MURCHISON.

vers le thorax. Sa surface, tantôt déprimée, tantôt enflée, se confond quelquefois, comme nous venons de le dire, avec celle du sillon qui le précède. Il se bifurque souvent en arrière par deux pointes et il porte un tubercule médian, comme dans Acid. Verneuili (PI. 38.) Acid. Prevosti (PI. 3 9). Dans d’autres espèces, la fourche reste, et le tubercule disparaît, comme dans Acid, mira (PI. 39). On voit aussi l’anneau occipital se prolonger en une seule pointe, comme dans Acid. Grayi (PI. 39). Enfin, il nous présente une forme analogue à celle des autres Trilobites, dans Acid. Leonhardi (PL 37) &c.

La grande suture des Acidaspis a son sommet invariablement placé sur l’arête marginale du front, mais ses branches faciales varient notablement dans le cours de leur partie antérieure. Entre l’oeil et le bord frontal, chacune décrit une ligne courbe ou droite, tantôt plus ou moins inclinée par rapport à l’axe, tantôt parallèle à celui-ci. Nous voyons la limite extrême de (inclinaison, dans Acid, mira (PL 39), où elle atteint 4 5°, tandisque dans Acid. Hoernesi (Pl. 38), la suture, dans cette partie, est parallèle à l’axe. Diverses espèces nous montrent des variations comprises entre ces deux limites. Nous remarquons, en général, que les espèces dont la suture est inclinée par rapport à l’axe , ont deux pointes développées à chaque plèvre, tandisque nous ne trouvons que la pointe du bourrelet bien prononcée, dans les espèces qui ont la branche antérieure de la suture parallèle à l’axe. Cette observation, si elle se confirme, pourra fournir un bon moyen pour grouper les espèces déjà nombreuses de ce genre. La partie postérieure des branches est plus constante dans son cours, bien qu’elle varie avec la position de l’oeil. A partir de cet organe, elle se dirige suivant une ligne presque droite, plus ou moins inclinée vers (arrière, et quelquefois parallèle au sillon postérieur de la joue. Elle se courbe brusquement, pour aboutir près de (angle gênai, dont elle laisse toujours la pointe en dehors. Selon que cette pointe est plus ou moins développée, (intersection de la suture avec le bord postérieur se trouve plus ou moins rejetée vers l’axe. Acid. Keyserlingi (PL 36) nous présente le cas extrême de cette répulsion vers (intérieur. La suture des Acidaspis est d’ordinaire très-reconnaissable, parcequ’elle est tracée, le plus souvent, sur une saillie filiforme, résultant du relèvement du test sur ses deux bords, comme dans divers Bronteus et Cypliaspis.

Par une singulière anomalie, il existe des Acidaspis privées de la grande suture. Nous avons constaté ce fait dans Acid. Verneuili et Acid, vesiculosa, formant un groupe particulier, d’ailleurs si intimément uni aux autres espèces, qu’il est impossible de les séparer génériquement. D’après les principes que nous avons exposés dans nos études générales, nous ne pensons pas qu’une différence de cette nature, lorsque tous les autres caractères restent constans, doive nécessiter la fondation d’un nouveau genre.

Nous n’avons pas occasion d’observer sur nos espèces les sutures de jonction jumelles décrites et figurées par Lovén dans Acid. ( Ceraur .) crenala. Elles unissent le sommet de la grande suture avec la suture hypostomale et elles déterminent une pièce rostrale, ou doublure sous-frontale , indépendante.

L’oeil des Acidaspis varie notablement dans sa forme et sa position. — 1. Nous trouvons la forme conoide tronquée, dans Acid. Roemeri (PL 3 9.); — 2. la forme annuloide, dans Acid. Buchi (PL 3 6); — 3. la forme ovoide, sessile, dans Acid. Hoernesi (PL 38); — 4. la forme ovoide pédonculée, dans Acid, mira (PL 39); — 5. la forme panoramique, dans Acid. Verneuili (PL 3 — 3 8.) De plus, il existe beaucoup d’autres apparences intermédiaires entre celles que nous indiquons. La position de (oeil est sujette à moins de variations. Dans la presque totalité des espèces pourvues de suture faciale, cet organe est situé près du bord postérieur de la tête, vis à vis, ou un peu en avant du sillon occipital, et à mi-distance entre (axe et le bord latéral. Par contraste, les espèces privées de suture portent (oeil à un point presque également éloigné du contour frontal et du bord postérieur. Comme pour montrer la liaison générique entre ces deux combinaisons^ Acid. Buclii et Acid. Prevosti, quoique possédant une suture faciale, ont (oeil placé comme les espèces qui sont dépourvues de ce joint, c. à d. vis-à-vis le centre de la tête.

La surface visuelle est ordinairement couverte d’une cornée lisse , qui permet de voir au dessous une fine réticulation. Dans le cas où cette cornée est partiellement enlevée, nous aper-

cevons le relief des lentilles, toujours très nombreuses, très petites, et disposées en fdes obliques. Le lobe palpébral varie de forme, suivant celle de l’oeil. Il est horizontal, semi-circulaire, dans l’oeil annulaire; il s’incline et s’alonge déplus en plus, dans la forme ovoide, pédonculée, où il atteint son maximum de longueur. Tant qu’il existe une suture, nous le trouvons nettement isolé par elle, de la surface visuelle. Lorsque la suture manque, comme dans Acid. Verncuili, il est soudé à la paroi réticulée, dont il ne se distingue que par l’aspect de sa superficie, granulée dans ce groupe.

La joue fixe se compose, comme dans tous les Trilobites, de toute la surface comprise entre les sillons dorsaux et la suture faciale. Cette partie de l’enveloppe céphalique est ordinairement insignifiante, dans les autres genres, mais dans Aciduspis, elle fournit de très-bons caractères spécifiques; circonstance qui nous induit à lui accorder plus d’attention. La joue fixe figure une surface en équerre, d’angle variable, suivant le cours de la suture. L’une des branches de cette équerre est transverse et longe le thorax; l’autre parallèle à l’axe, s’étend le long du sillon dorsal. Le sommet de l’angle plus ou moins ouvert, formé par les deux branches, est occupé par l’oeil. La branche longeant le thorax est celle qui constitue le bord et le sillon postérieurs. Elle est sujette à peu de variations, qui se réduisent à celle de la largeur et profondeur de ce sillon, et à l’ampleur du bord qui l’accompagne. La branche de la joue fixe, en avant de l’oeil, a une surface à peu-près quadrangulaire et elle subit diverses modifications, que nous ne pouvons indiquer, qu’en analysant les élémens dont elle se compose. Us sont au nombre de quatre. — 1. Le plus apparent et le plus constant d’entr’eux est un filet, que nous nommons, filet oculaire, parceque partant du lobe frontal, il se dirige vers l’oeil qu’il atteint toujours. Sa courbure varie suivant les espèces, ainsi que sa largeur et son relief. Il forme une sorte de diagonale, dans la figure quadrangulaire qui nous occupe. — 2. Entre le filet oculaire et le sillon dorsal, il reste un espace en forme de triangle, souvent curviligne, et que nous nommons triangle interne de la joue fixe. — 3. Le filet oculaire est séparé de ce triangle par un petit sillon, que nous appelons rainure du filet oculaire. — 4. En dehors du même filet, on trouve un autre espace triangulaire dont le sommet est près de l’oeil, et la base au bord frontal. Nous le désignerons par le nom de bande extérieure du filet oculaire. Cette petite surface est très-aisée à distinguer, par exemple dans Acid. Leonliardi (PL 37) car elle donne lieu à une fossette triangulaire, plus ou moins profonde, entre les trois élémens en relief dont elle est entourée, savoir: Le filet oculaire, le bord frontal toujours redressé, et enfin, le bord aussi relevé, le long de la suture faciale. (Voir le diagramme PL 39 fig. 57).

Dans toutes les espèces, on reconnaît le filet oculaire et sa rainure intérieure, ayant l’un et l’autre une existence constante, non seulement sur le test, mais aussi presque toujours, sur le moule intérieur. Les deux autres élémens de la joue fixe subissent au contraire de nombreuses variations, fournissant de très-bons caractères spécifiques. Ainsi, le triangle interne, dans Acid, mira (PL 39) est très-développé, tandisque la bande extérieure n’existe presque pas, et la fossette triangulaire disparait avec elle. Dans Acid. Leonliardi (PL 3 7), au contraire , cette fossette a une très-grande dimension, à cause du développement de la bande extérieure, et dans ce cas, le triangle interne est réduit à une surface linéaire, mais cependant distincte et un peu enflée, entre le sillon dorsal et la rainure du filet. Parfois, ce triangle disparaît entièrement comme dans Acid, truncala et Acid. Roemeri (PL 3 9). Alors, le sillon dorsal se confond dans toute sa longueur, avec la rainure du filet. Entre les variations extrêmes que nous indiquons, il en existe beaucoup d’autres, car presque chaque espèce est caractérisée par une combinaison particulière des élémens que nous venons de définir.

La joue mobile des Aciduspis est presque constamment très-inclinée. Sa surface, souvent comparable à un quart de cône, est bordée par un limbe épais, plus ou moins penché vers l’extérieur, et donnant naissance à une pointe génale, toujours très-développée. L’arête externe du limhe porte une série d’épines, dont la longueur croît progressivement, à partir du front vers l’arrière. Leur direction, leur forme et leur étendue, sont au contraire très-variées, suivant les espèces. Elles manquent dans Acid. Buchi. La largeur maximum de la joue mobile est habituellement près du thorax, comme dans la plupart des Trilobites. Quelques espèces, telles que

GENRE ACIDASPIS MURCHISON.

Acid. Buclii, Verneuili et vesiculosa , font exception à cette règle. Leur joue mobile se dilate vers l’avant et se rétrécit vers l’arrière; ce qui donne à la tête l’apparence d’un trapèze renversé, dont la petite base se trouve au bord thoracique.

L’hypostôme présente, en général, une forme quadrangulaire, plus ou moins alongée, ou transverse. Le corps central, peu bombé, porte deux fortes impressions latérales, dont la position, la direction et l’étendue varient suivant les espèces. Il est limité vers le front, par une ligne droite, sans aucune apparence du limbe existant sur les 3 autres côtés. Il s’arrondit vers l’extrémité voisine de la bouche. Comme trait caractéristique, nous remarquons, que les bords latéraux et le bord buccal au lieu d’être ployés en arrière du corps central, vers la cavité céphalique, sont presque constamment relevés et saillans vers le dehors. Ils sont séparés du corps central par une forte rainure. Les bords latéraux présentent quelquefois une expansion ou aile, vers le milieu, tandisque le bord buccal est au contraire un peu échancré, dans quelques espèces. Nous avons reconnu et figuré l’hypostôme de 9 de nos Acidaspis de Bohême, montrant tous la plus grande harmonie dans leur conformation.

9 ou 10 segmens au thorax^ suivant les espèces. Ce dernier nombre se trouve beaucoup moins souvent que le premier. Ainsi, sur 15 Acidaspis de Bohême, dont le thorax, est complètement connu, 11 ont 9 segmens et 4 seulement en portent 10. Nous montrerons, ci-après, le rapport qui existe entre ces chiffres et la distribution verticale. — Une seule de nos espèces, Acid. Boemeri, nous permet d’observer le développement successif des segmens thoraciques, à partir de 6 jusqu’à 9. Les premiers âges nous sont encore inconnus.

L’axe, toujours bien déterminé et saillant, est composé d’anneaux, dont les extrémités se projettent en avant, et sont souvent un peu enflées. Sa largeur ne dépasse guères le tiers de la largeur totale, et varie peu dans la longueur du corps. Les anneaux portent un genou articulaire beaucoup plus développé que dans la plupart des autres genres, et dont la surface égale celle de l’anneau lui-même, (voir p. 2 02.)

Les plèvres suivent le type à bourrelet. Leur surface, horizontale, se coude à peine vers l’extrémité. Le bourrelet toujours plus ou moins arqué, concave vers l’arrière, prend naissance au bord postérieur de la plèvre, près du sillon dorsal. Sa largeur et son relief sont variables, mais son profil transverse est le plus souvent un demi-cercle. Il se tuméfie habituellement vers le bout externe^ duquel naît une pointe creuse, cylindroide, oblique au corps, souvent trèslongue, et qui est la pointe principale de la plèvre.

La bande postérieure est peu importante et remplit uniquement la concavité de l’arc formé par le bourrelet. La bande antérieure, plus développée, donne naissance, dans certaines espèces, à une pointe analogue à celle du bourrelet, mais plus courte, comme dans Acid. Dufrénoyi (PI. 3 8) et dans Acid, mira (PI. 3 9). Parfois elle se termine par un pointe rudimentaire, comme dans Acid. Leonhardi (PI. 3 7). Quelquefois une troisième pointe apparaît entre les deux que nous venons d’indiquer, comme dans Acid. mira.

Lorsque la bande antérieure de la plèvre est très-large, comme dans Acid, mira , elle porte un bourrelet secondaire, toujours très-inférieur en relief au bourrelet principal. Ces deux carènes, lorsqu’elles coexistent, sont séparées par une rainure.

La direction des pointes pleurales varie d’une extrémité à l’autre du thorax. Celles du premier segment sont quelquefois un peu arquées vers l’avant, comme dans Acid, mira (PI. 39) ou Acid. Verneuili (PI 38). Habituellement, elles s’inclinent vers l’arrière, sous une direction qui tend successivement à devenir parallèle à l’axe, dans les dernières plèvres. Dans Acid. Buchi, elles sont toutes parallèles, inclinées à 45°, par rapport à la direction du corps.

Le pygidium, toujours très-petit, a, le plus souvent, la forme d’un segment de cercle. L’axe est saillant sur les lobes latéraux, qui sont habituellement horizontaux. Il porte de un à trois segmens distincts, mais le plus souvent deux. Chaque lobe latéral ne parait composé que de 2

à 3 segmens, dont un seul, le premier, conserve la trace de ses élémens principaux. Il n’existe, le long du bord thoracique, aucune demi-côte articulaire, comparable à celle des genres qui suivent le type de la plèvre à sillon. Il y a seulement juxtaposition, sans imbrication, entre le thorax et le pygidium des Acidaspis. Du premier anneau part, de chaque côté, un bourrelet analogue à celui des plèvres thoraciques. Il donne naissance à une pointe, que nous nommons pointe principale, à cause de ses dimensions relatives. D’autres pointes que nous appelons secondaires, sont diversement distribuées sur le contour extérieur, soit entre les pointes principales, soit en dehors de celles-ci. Le nombre de ces pointes secondaires varie dans la même espèce. Ainsi, dans Acid. Keyserlingi (PI. 3 6.) nous en trouvons de quatre jusqu’à dix entre les pointes principales, suivant les individus. Dans Acid. Prevosli (PI. 3 9) nous en comptons 3, 4, 5 ou 6, dans le même intervalle, mais le chiffre 4 paraît être normal dans cette espèce, d’après sa grande fréquence relativement aux autres, qui sont exceptionnels. Les pointes secondaires manquent complètement dans une seule espèce, Acid. Buclii. (PL 36.)

La doublure du pygidium paraît s’étendre à peine vers l’intérieur. Toutes les pointes sont creuses. Leur longueur, toujours très-grande, leur espacement, leur largeur et leur direction fournissent souvent de bons caractères spécifiques.

Le test des Acidaspis est fréquemment conservé, surtout dans les calcaires. Son épaisseur, qui ne dépasse pas ordinairement un quart de millimètre , devient presque double dans Acid. Verneuili, et quelques autres formes. La surface de la tête présente comme ornement, tantôt une granulation fine et serrée, tantôt des grains isolés, qui, dans quelques espèces, deviennent des tubercules spiniformes. Les plus forts de ces tubercules figurent souvent des rangées sub-régulières, parallèles, sur la glabelle, comme dans Acid, mira, Verneuili, resiculosa , Dufrénoyi fyc. La granulation s’étend quelquefois sur l’axe, dans toute son étendue, mais rarement sur les plèvres et les côtés du pygidium. Un grand nombre d’espèces présente deux tubercules, souvent spiniformes, symétriquement placés sur le haut de l’a-xe. Les bourrelets des plèvres sont ornés de quelques tubercules isolés, le plus souvent aussi prolongés en épines, et dont le nombre et la disposition sont constans dans une même espèce. , La surface des pointes est souvent granulée. Dansée, mira, Ac. Verneuili, Ac. Keyserlingi Src. . elle est ornée d’épines, symétriquement disposées sur les deux côtés, ou bien disséminées sur toute la surface cylindroide.

La faculté d’enroulement est constatée pour diverses espèces, telles que Acid. Leonhardi , et Acid. Verneuili &>c. On sait que Acid, crenata de Suède se présente aussi fréquemment enroulée. Acid. Trentonensis a été figurée dans cet état, par J. Hall (Pal. of N. York. I. PI. 64.)

Dimensions. Les espèces de la plus petite taille ont de 10 à 12 mm. de longueur, comme Acid, minuta. La limite opposée nous est offerte par Acid. Buchi, dont nous possédons un individu de forme longue, ayant 120 mm. de longueur, non compris les pointes. La largeur varie ordinairement, entre la moitié et les trois quarts de la dimension longitudinale.

Distribution verticale et horizontale.

Le genre Acidaspis n’est pas représenté dans la Faune primordiale de Bohême. Il apparaît dans notre étage des quartzites D , c. à d. dans la Faune seconde de notre division inférieure. Il est donc contemporain des genres: Asaphus , Dalmanites, Trinucleus, Illaenus, Ampyx Src. H a existé beaucoup plus longtemps que la plupart d’entr’eux, car il traverse les trois étages calcaires de notre division supérieure, où son développement a été incomparablement plus grand que dans la division inférieure. Il se propage aussi dans le système Dévonien des régions Rhénanes. Le tableau suivant indique le nombre des espèces appartenant à chacun de nos étages. Il devrait être augmenté d’une nouvelle forme récemment découverte dans une des colonies, Etage D; ce qui porte le total à 30.

GENRE ACIDASPIS. MURCHISON.

Divis. Silurienne

infér. |j supérieure.

Division 1 inférieure . J Espèces de l’étage des quartzites D. .

/ id. de l’étage Cale0, inférieur E. .

\ id. communes entre E — F. .

Division supérieure . 1 id. de l’étage Calce. moyen F. .

i id. communes entre F — G. .

1 id. de l'étage Calce. supérieur G. .

totaux ....

à déduire les espèces communes entre divers étages, ci . . .

totaux des espèces distinctes .

Somme totale en Bohême .

Si l’on voulait associer deux à deux ceux des fragmens isolés, qui se trouvent dans un même étage , tête et pygidium , on pourrait opérer une réduction de 2 unités. Il resterait donc au moins 27 espèces indépendantes, en Bohême. — Il existe, dans notre bassin, un rapport remarquable, entre la hauteur géologique occupée par les diverses espèces d 'Acidaspis, et le nombre de leurs segmens. Ce nombre, considéré dans l’ensemble du thorax et du pygidium, paraît diminuer d’une unité, lorsqu’on compare les limites opposées de la période d'existence du genre. — Parmi les 29 espèces que nous allons décrire, il n’y en a que 14 dont nous connaissons à la fois le thorax et le pygidium. (Voir le tableau de la classification des Acidaspis, ci-après.) Ce seraient donc les seules sur lesquelles nous puissions ét’endre, en ce moment, nos considérations. Cependant, nous croyons que des analogies très-prononcées nous autorisent à faire entrer dans nos chiffres les trois espèces suivantes : — 1 . Ac. tremenda dont le pygidium manque, et dont le thorax porte 10 segmens. — - 2. Ac. vesiculosa, dont le thorax inconnu nous paraît devoir être composé de 10 segmens, comme celui de Ac. Verneuili, avec laquelle elle offre les plus grandes affinités. — 3. Ac. Geinïtziana ayant un pygidium à 3 segmens, nous en admettons 9 au thorax, incomplètement connu, car nous n’avons aucun exemple de la combinaison (10 + 3). Après l’addition de ces trois espèces, le nombre des formes connues par le thorax et le pygidium est de 4 dans la division inférieure et de 13 dans la division supérieure; c. à d. en somme, 17. Le tableau suivant indique, à gauche, les trois combinaisons observées dans le chiffre des segmens, répartis d’une manière variable, entre le thorax et le pygidium. Les deux colonnes à. droite montrent le nombre des espèces qui représentent chacune de ces trois combinaisons, dans nos deux divisions.

Espèces possédant:

Divis. Silurienne

infér.

supér.

au thorax . . 10 segmens )

Sect. 1.

au pygidium . 2 id. [ • •

au thorax . . 9 segmens

Sect. 11.

au pygidium . 3 id.

au thorax . . 9 segmens

Sect. III.

au pygidium . 2 id.

Comparant les chiffres de ce tableau, avec les nombres 4- et 13 qui expriment le total des espèces dont nous connaissons à la fois le thorax et le pygidium, dans chaque division, nous en déduirons les résultats numériques suivans :

Divis. Silurienne

infér.

super.

Dans le nombre total des espèces connues par le .

thorax et le pygidium :

les espèces de la Sect. I. (10 + 2) entrent pour

les espèces de la Sect. II. (9 + 3) .

les espèces de la Sect. III. (9 + 2) .

Les rapports inscrits dans ce tableau nous semblent montrer assez clairement, que l’un des segmens des Acidaspis tendait à s’évanouir, durant la période d’existence de ce genre en Bohême. Cette tendance paraîtrait encore bien plus grande, si nous faisions entrer dans nos calculs la totalité des formes spécifiques de la division supérieure. Comme la Bohême fournit, à elle seule, la grande majorité des espèces connues, le fait que nous constatons doit toujours dominer les résultats des observations analogues, faites dans d’autres contrées, sur un petit nombre de Trilobites de ce genre, lors même que ces résultats offriraient quelque divergence. Ainsi, en Suède, nous connaissons 3 espèces. Acid, centrina, la seule qui appartienne à la division inférieure, présente la combinaison (9 + 2). Parmi les deux espèces de la division supérieure, Acid, crenata reproduit les mêmes chiffres, tandisque l’autre forme, non nommée, offre les nombres (10+2). Il y aurait donc jusqu’ici peu d’harmonie, sous* ce rapport, entre la Suède et la Bohême, puisque la seüle espèce connue à 10 segmens, dans la première contrée, apparaît dans la division supérieure. En Amérique, au contraire, Acid. Trentonensis, reproduisant la combinaison (10 + 2), appartient à la division inférieure, et concorde avec nos observations en Bohême. Nous trouvons une autre confirmation dans ce fait, que la seule espèce Dévonienne complète, Acid, elliptica, Burm. présente la combinaison (9 + 2) comme la plupart des espèces de la division Silurienne supérieure. Il est impossible, pour le moment, d’étendre plus loin ces comparaisons, car nous avons à peu-près passé en revue toutes les Acidaspis dont le thorax est connu. Les deux espèces, Acid, ovata et A. mutica, conformées suivant la formule (9 + 2) ne peuvent nous fournir aucun argument, parcequ’elles proviennent de blocs erratiques, dont l’origine est incertaine.

Nous avons déjà signalé (p. 297) le fait relatif à la disparition d’un segment dans les Acidaspis, et nous y attachons d’autant plus d’importance, qu’il n’est pas isolé. Nous avons constaté une réduction analogue, et souvent bien plus considérable, dans le thorax de deux autres genres, également cités dans nos études générales, savoir : Cyphaspis et Proetus (p. 304). Depuis lors, nous avons étendu la même observation au genre Phillipsia (p. 478) et elle se présentera aussi à l’occasion des Cheirurus. Ces faits sont d’ailleurs en harmonie avec la diminution successive du nombre des segmens thoraciques, dans l’ensemble de la tribu Trilobitique, considérée dans toute, la période de son existence (p. 509). On ne doit pas cependant perdre de vue, que certains genres, tels que Bronteus et Illaenus, semblent indiquer une évolution en sens contraire, le nombre de leurs segmens paraissant augmenter, entre les limites de leur durée.

La diffusion horizontale des Acidaspis, dans notre, bassin, nous donne lieu d’observer, que certaines espèces sont comme cantonnées dans des espaces très-restreints , hors desquels on ne trouve plus leur trace. Telles sont, par exemple, Acid, propinqua, Dormitzeri, Roemeri, truncata, tricornis dfc. Quelques formes sont, au contraire, répandues plus ou moins sur toute la surface de l’étage ou de la formation à laquelle elles appartiennent. Ainsi, Acid. Buchi est un fossile'

GENRE ACIDASPIS MURCHISON.

très-caractéristique pour notre étage D, comme Acid. Prevosti, Acid, mira et Acid. Verneuili pour i’élage E. Chacune des espèces, même les plus disséminées, a d'ailleurs sa résidence principale, que nous avons pu découvrir pour quelques unes d’entr’elles. Il faut aussi remarquer, que les formes indiquées dans le texte, comme provenant d’une même localité , y caractérisent ordinairement des couches placées à des hauteurs assez différentes dans un même étage. Bien qu’on trouve à diverses hauteurs, les déhris mêlés de plusieurs espèces, chacune prédomine à son tour, dans un strate déterminé, de nature pétrographique particulière.

Le plus grand nombre des Acidaspis connues appartient à la Bohême; cependant le lecteur a pu remarquer, en parcourant notre aperçu historique, que ce genre important est représenté dans la plupart des régions Siluriennes.

1. En Angleterre, nous avons récemment reconnu, dans les belles collections de M. M. Fletcher et Gray, à Dudley, environ 7 formes distinctes de Acidaspis, la plupart d’après des fragmens, et par conséquent ce chiffre peut se réduire dans l’avenir. Toutes ces formes, parmi lesquelles nous comptons le type du genre, Acid. Brighti, caractérisent l’étage de Wenlock, c. à d. la base de la division supérieure. Nous n'avons connaissance d’aucune Acidaspis, dans la division inférieure de cette contrée.

2. En Irlande, Acid, bispinosus a été signalé par le Profr. Mac Coy, dans les calcaires de Chair-Kildare, représentant le groupe de Llandeilo, dont la Faune correspond à la Faune seconde de Bohême.

3. En Suède , Ac. centrina et Ac. cornuta paraissent appartenir à. la division inférieure, tandisque Ac. crenala et une espèce non nommée de Gothland, caractérisent la base de la division supérieure. Nous rapportons aussi à la même hauteur les 2 espèces provenant des blocs erratiques : Ac. ovata et Ac. mutica, mais uniquement par analogie.

4. En Franconie, le genre Acidaspis est représenté par une tête, que nous avons récemment reconnue dans la collection du Cle. Münster, sous le nom' de Trin.? gibbosus. Nous la considérons comme située à la base de la division Silurienne supérieure.

5. En France, on connaît Acid. Buchi , associée avec d’autres fossiles de notre Faune seconde, dans la division inférieure. Le genre Acidaspis n’a pas été encore observé dans la division supérieure de cette région.

En Russie, en Norwège, en Espagne et en Portugal, aucune Acidaspis n’a été signalée, à notre connaissance.

6. Les formations Dévoniennes des contrées Rhénanes ont fourni Acid, elliptica, provenant de l’Eifel, et des fragmens d’une autre (?) espèce, recueillis par les DD. Sandberger, dans le duché de Nassau.

7. En Amérique, J. Hall a décrit Ac. Trentonensis et Ac. spiniger, caractérisant la division Silurienne inférieure. Il indique l’existence d’autres formes congénères, dans la même Faune, et aussi dans la division supérieure; mais il ne les énumère pas. (Pal. of N. York. I. p. 226. J

La distribution géographique des Acidaspis, considérée dans l’ensemble du monde Silurien, nous donne lieu de remarquer, que le groupe de Acid. Verneuili a apparu en Irlande, durant le dépôt des formations de la division inférieure, tandisqu’il ne s’est manifesté en Angleterre et en Bohême , qu’à la base de la division supérieure. Ce groupe est représenté en Irlande, par Acul. bispinosus M’Coy, provenant du calcaire de Chair-Kildare, appartenant à l’étage de Llandeilo. Les formes analogues se trouvent à Dudley, en Angleterre, dans l’étage de Wenlock, et en Bohême dans nos étages E — F. Ce fait, indiquant la direction de la diffusion, est parfaitement en harmonie avec les autres observations que nous avons faites au sujet de Calym. Baylei (p. 574), de divers autres Trilobites, des Graptolites, et de plusieurs classes de fossiles paléozoiques. (Voir Graptol. de Bohême, p. 32.)

Le développement maximum du genre Acidaspis a eu lieu dans les formations qui constituent

la base de la division Silurienne supérieure, c. à d. à l’époque, où la Tribu des Trilobites considérée dans son ensemble, a été représentée par le plus grand nombre de formes coexistantes. A partir de ce maximum, nous remarquons, surtout en Bohême, une décroissance rapide, dans les deux sens, c. à d. en descendant ou en montant, dans la série des formations. Le tableau suivant indique le chiffre des espèces signalées dans chaque étage. Il est bien entendu, que nous ne prétendons pas identifier absolument les étages des diverses régions Siluriennes, dont nous admettons approximativement la correspondance, avec ceux de notre terrain.

Tableau

de la distribution des Acidaspis.

Div.

Silurienne

Système

Dévonien

infér.

supérieure

1 Bohême ....

1 Angleterre . .

1 Irlande ....

J Suède .

Espèces connues en ( (blocs erratiques)

1 Franconie ....

1 France .

f Contrées Rhénanes .

1 Amérique, Etats-Unis

Ces chiffres suffisent pour montrer la loi de distribution. Pour avoir le nombre absolu des espèces, il faudrait réduire de 3, la somme des formes de Bohême, dans la division supérieure, d’après les indications du tableau (p. 701). Il existe aussi des 'Acidaspis communes à diverses régions, comme Acid. Buchi, qui se trouve en France et en Bohême. C’est la seule identité, que l’état de nos connaissances nous permet de constater en 'ce moment.

Dans tous les cas, les espèces des Acidaspis sont tellement nombreuses et la hauteur verticale qu’elles occupent est tellement étendue, que ce genre doit être considéré comme l’un des plus importans de toute la tribu des Trilobites.

Rapports et différences,

La conformation de toutes les parties du corps est si particulière et si caractérisée dans les Acidaspis, qu’elle nous permet à peine de saisir quelques analogies éloignées avec d’autres genres. Nous avons déjà signalé celle qui est relative aux faux sillons, dans la tête des Lichas et des Calymcne. Nous n’en saurions présenter de plus remarquables. Le nombre à peu-près constant de 2 segmens, au pygidium des Acidaspis, rappèle un des caractères distinctifs des genres constituant la Faune primordiale de Bohême. Cette affinité est plus que contrebalancée, par le nombre des segmens thoraciques, relativement plus petit, et surtout par la forme de la plèvre à bourrelet, dont le type apparaît seulement avec Acidaspis, dans la Faune seconde.

Les deux genres établis par M. Corda, sous les noms: Selenopedtis e t Trapelocera, rentrent dans les rangs des Acidaspis. Par suite du principe adopté dans le Prodrome, pour les divisions principales de la Tribu Trilobitique, suivant- que le contour du pygidium est orné ou dépourvu de pointes, les deux types que nous venons de nommer, malgré les plus puissantes affinités qui les unissent, se trouvent placés presque aux extrémités opposées de toute la série des familles.

I. Sdenopeltis se distinguerait des Acidaspis — Odontopleura, selon M. Corda: — 1. par. la suture faciale; — 2. le nombre des segmens thoraciques; — 3. le contour du pygidium dépourvu de pointes; — 4. la forme de l’hypostôme.

GENRE ACIDASPIS. MURCHISON

Ces divers moyens de distinction sont fondés sur autant d'erreurs d'observation. — ■ 1. Un coup d’oeii jeté sur nos planches 36 à 39 convaincra le lecteur, que la suture faciale dans Selen. — Acid. Buchi suit exactement le même cours que dans les autres espèces congénères. — • 2. M. Corda n’a compté que 8 segmens au thorax, faute de bons exemplaires, qui peuvent seuls montrer le 9me. Nous avions d’abord commis la même erreur, en décrivant Od Buchi, ( Not . prél. p. 28). Nous l’avons rectifiée avant l’impression du Prodrôme. (Nouv. Trilob. p. 12.) M. Corda n’a pas eu égard à notre observation. — • 3. Le contour du pygidium est, il est vrai, constamment dépourvu dans Acid. Buchi , des pointes secondaires, qu’on trouve dans toutes les autres espèces; mais il porte les pointes principales, qui, étant caduques, ne se voient pas sur la plupart des exemplaires. Elles ont donc échappé aux yeux de M. Corda, qui n’avait, à sa disposition que des matériaux très-restreints. — 4. L’hypostôme, .exactement figuré dans le Prodrome, (PL I. fig. 2.) porte tous les traits génériques qui caractérisent cette pièce dans les Acidaspis , comme on peut le voir aisément, en parcourant nos planches. Si cette analogie n’est pas aussi évidente dans les planches de M. Corda, c’est pareeque ce savant a fortement outré les formes de l'hypostôme de Od. mira. (PL VII. fig. 78. a) C’est sans doute par distraction, que le même auteur rapproche les Selenopeltis des Paradoxides, par le contour uni de l’hypostôme, car il figure lui-même l’hypostôme de Par. latus , avec trois échancrures au bord buccal. (PL III. fig. 15. a ) Il n’existe donc en réalité, aucune des différences sur lesquelles le genre Selenopeltis avait été fondé, (voir Prodrom. p. 33 — 34) Ainsi, Acid. Buchi, prise pour type de ce genre, et. reproduite sous 4 noms spécifiques par M. Corda, reste dans les rangs où nous, l’avons d’abord placée. Le Prof. Bevrich, en décrivant, quelques fragmens de ce Trilobite, sous le nom de Odont. inermis , avait compris, comme nous, sa nature générique. (Unt. üb. Tril. II. St. p. 20. PL III. fi, g. 2)

II. Trapelocera est séparée des Odontopleura — Acidaspis , par M. Corda, en raison de deux .caractères distinctifs, savoir: — 1. Le cours de la suture faciale. — 2. La position des yeux plus en avant.

1. En ce qui touche la suture faciale, son cours admis dans le texte du Prodrôme et figuré sur la tête de Trop. Hoernesi (PL VII. fi, g. 79.) est fondé sur une erreur, car cette suture n’existe pas. Nous avons partagé cette erreur, dans l’origine, ainsi que le témoigne notre description de Odont. Verneuili. (Not. prél. p. 58) A cette époque, nous admettions que la suture était indiquée par la ligne en relief tracée sur !a tête. Depuis lors, nous avons reconnu que cette ligne est le filet oculaire, indépendant, quoique voisin de la suture, même lorsque celle-ci coexiste. Dans le groupe érigé en genre Irapelocera, elle n’existe pas réellement. — 2. La position des yeux vers le milieu des joues, c. à d. beaucoup plus en avant que dans la plupart des autres Acidaspis, ne serait pas un. caractère générique de valeur suffisante, lors même qu’il serait sans autre exemple, dans ce genre, car on est habitué à voir varier souvent la situation de ces organes, dans d’autres types, tels que Phacops, Dalmania, Asaphus, Spc. Nous trouvons d’ailleurs, parmi les Odontopleura, reconnues comme telles par M. Corda, Od. Prevosti, qui porte les yeux placés à peu-près comme dans les espèces dites Trapelocera. (voir PI. 59.) 11 en est de même dans Acid. Buchi, dont nous venons de parler. (PI. 36 — 37.) — Le genre Trapelocera ne saurait donc maintenir son indépendance.

Classification des Acidaspis.

Le nombre variable des segmens, soit au thorax, soit au pygidium, nous semble fournir le moyen le plus simple de grouper les espèces. Cette méthode laissera hors de nos sections, les têtes ou pygidium isolés, mais le temps remédiera à cet inconvénient. Les élémens de ces deux parties du corps sont si uniformes dans toute l’étendue du genre, qu’il serait .très-peu aisé pour nous, d’y saisir les bases de groupes bien distincts, excepté la relation indiquée ci-dessus (p. 697) entre la direction de la suture faciale, et les pointes pleurales. L’emploi de ces caractères ne donnerait pas des coupes plus satisfaisantes que celles que présente le tableau suivant.

Tableau clu groupement des Actdaspis.

Espèces.

, en en 0

Divis.

Silurienne

Groupes.

infér.

supérieure

1 primordialis.

Barr. PI. 37. ....

Ent.

Sect. I.

2 Keyserlingi.

Barr. PI. 56 .

Eut,

i thor. 10 segm.

avec suture faciale. |

5 tremenda.

* Trentonensis.

Barr. PL 37 .

Hall. Pal. N. York. PI. 64.

T. thor.

Ent.

, . (Gothland) inédite .

Ent.

sans suture j faciale. I

4 Verneuili.

Barr. PL 58 .

Bnt.

S vesiculosa.

Beyr. PL 38 .

Sect. II.

sans pointes i

1 secondaires

6 Buchi.

Barr. PL 36—37. . . .

Ent.

i I thor. 9 segm. j

pyg- 3 »

! au pygidium.

1 avec pointes secondaires

il 12 » 1

7 Leonhardi.

8 Hoernesi.

Barr. PL 37 .

Barr. PL 38 .

Ent.

Ent.

9 Geinitziana.

Cord. PL 59. . ■ ■ .

au pygidium.

10 Iloemeri.

Barr. PL 59 .

Ent.

11 Dormitzeri.

Cord. PL 58 .

Ent.

Ht

12 minuta.

Barr. PL 37 .

Ent.

15 pectinifera.

Barr. PL 59. .* . . .

Ent.

| 1 seule

14 derelicta.

Barr. PJ. 37 .

Sect. III.

Ipointe, très-(

15 ruderalis.

Cord. PL 57 .

thor.

i thor. 9 segm. j

développée,

16 propinqua.

Barr. PL 39 .

Ent.

/ à l’extrémité

I * centrina.

Daim. Arsberatt. 1828.

Ent.

) pyg- 1 "

1 il » i

.de la plèvre. 1

* elliptica.

Burm. Org. d. Tril. PL 1. fig. 4.

Ent.

* crenata.

Emmr. Lovén. Ofvers. 1845.

* rnutica.

Emmr. Beyrich. üb. Tril. IL

Ent.

17 mira.

Barr. PL 39 .

Ent.

2 pointes

i 18 Prevosti.

Barr. PL 39: ....

Ent.

développées

19 Dufrénoyi.

Barr. PL 38 .

Ent.

à 1 extrémité \ de la plèvre.

* ovata.

Emmr. Beyrich. üb. Tril. II.

20 Portlocki.

Cord. PL 38 .

21 tricornis.

Barr. PL 37 .

22 solitaria.

Barr. PL 37 .

1 23 lacera ta.

Barr. PL 59 .

124 truncata.

Cord. PL 59. . .

125 subterarmata.

Barr. PL 59 .

/26 radiata.

Goldf. PL 59 .

Sect. IV. (provisoire.)

27 monstrosa.

Barr. PL 57 .

Espèces dont le thorax est

\28 Laportii.

Cord. PL 59 .

inconnu.

j29 Grayi.

Barr. PL 59 .

I * Brightii.

Murch. Sil. Syst. PL 14.

' * Brightii.

Beyr. (non Murch.)

* cornuta.

Beyr. üb. Tril. 11. St.

* bispinosa.

M Coy. Syn. Sil. fosss. irel.

* gibbosa.

Münst. Beytr. III. PL V.

Syst.

Dévonien.

GENRE ACID AS PIS. MURCIIISON.

On voit par ce tableau, que nous établissons parmi les Acidaspis trois sections, d’après les trois combinaisons déjà indiquées, (10+2) — (9+5) — (9+2), des segmens du thorax et du pygidium. Nous rassemblons dans une quatrième section provisoire, toutes les espèces dont le thorax est inconnu, ou incomplet. Nos trois premières sections, bien que fondées sur les faits, ne nous semblent pas avoir une égale valeur. La première et la troisième sont très-tranchées, tandisque la seconde doit être plutôt considérée comme formant un passage entre les deux autres. Nous sommes induit à cette opinion par ce fait, que le 3: segment n’est pas constamment bien marqué, dans le pygidium de tous les individus de la seconde section, quoique plusieurs d’entr’eux nous le montrent très-apparent. Nous ne saurions affirmer, que cette ^variation soit uniquement en rapport avec l’àge. Dans tous les cas, nous croyons reconnaître là, une de ces transitions si fréquentes, entre les êtres diversifiés par la nature.

Page 1