‹ Tabagisme et dénicotinisationChapitre 15 sur 17 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Dénicotinisation

La Régie Française a mis en vente en 1907, sous le nom de « Caporal doux » un tabac dans lequel la proportion de nicotine a été abaïssée à 1,2 ,/° environ, grâce à une fermentation poussée plus avant. Les Allemands de leur côté faisaient des cigares dits « #icotinfret » mais qui, d’après les recherches de A. Pictet, renferment encore 0,77 à 0,79 ./° de nicotine.

Enfin le D' Parant, de Genève, a décrit un procédé capable d’abaisser la teneur du tabac en alcaloïde à 0,25 ou 0,50 ,/°, proportion négligeable dans la pratique: le principe est fort simple et l'application du procédé est facile : on enlève au tabac par lavage son jus et sa nicotine, on précipite la nicotine dans ce liquide au moyen d'une solution de tannin et on filtre ; il suflit de reverser le liquide filtré sur le tabac qu'on a arrosé dans l’intervalle avec une teinture aromatique dont le D' Parant garde le secret.

Nous passerons sous silence une foule de procédés

no

de dénicotinisation qui sont fort bien décrits dans la thèse de G. Prieur et nous en arrivons tout de suite à la question des résultats obtenus. Nous avons surtout expérimenté ces tabacs au point de vue de leur toxicité absolue.

M. Lesieur a fait connaître, en janvier 1908, ses recherches « sur la toxicité expérimentale de quelques tabacs » et nous les avons continuées sous sa direction, en utilisant comparativement le scaferlati ordinaire, le caporal doux et le tabac désintoxiqué par le procédé Parant.

Nous avons cherché, au début, à nous mettre à l'abri des causes d’erreur résultant de la coagulation et de l’anisotonie, en employant l'extrait de têtes de sangsues et le sérum artificiel; mais nous avons, dans la suite, reconnu l'inutilité de ces précautions.

Nous avons fait chez le lapin l'injection intra-veineuse de macérations à 20 ,/° ou de solutions de fumée à 10 ,/, à raison de 1 centimètre cube par kilog et par minute,

jusqu’à mort de l’animal.

1° Scaferlati ordinaire.

Lapin n° : 3.000 gr., macération + 90 °/, extrait de sangsues = mort avec 40 cc. (soit 4 cc. de macération).

Lapin n° 2, 2.455 gr. macération pure, — mort avec 2 cc. 5.

Lapin n° 5, 2.700 gr. — = — Lapin n° 4, 2.450 gr., solution de fumée = mort avec 47 cc.

2° Caporal doux.

Lapin n° 5, 3,450 gr. macération + 90 °/, d'extrait de sangsues — mort avec 160 cc. (soit 16 cc. de macération).

Lapin n° 6, 2.650 gr., macération pure — mort avec 9 cc.

Lapin n° 7, 2.310 gr,, — — mort avec 10 CC.

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3° Tabac Parant.

Lapin n° 8, 3,000 gr., macération + 90 °/, d'extrait de sangsues = sur” vie avec 200 cc.

Lapin n° 9, 3.050 gr., macération pure = survie avec 35 cc.

Lapin n° 10, 2.640 gr., — mort avec 70 cc.

Lapin n° 11, 1.840 gr., — — mort avec 80 cc.

Lapin n° 12, 3.050 gr., macération à 20 */, additionnée de 5 gr. °/, de tannin — mort avec I10 CC.

Lapin n° 13, 1.155 gr., macération à 20 °/, — mort avec 115 cc.

Bapin'n° 14, 2,135 gf., — — pas d’accident avec 50 cc. Lapin n° 15, 1.150 gr., — —=) mort AVeC-NI52CC: Lapin n° 16, 3.050 gr., — — mort avec 100 CC.

Lapin n° 17. 2.370 gr., solution de fumée. On arrête l’injection à 200 cc.

L'animal meurt 15 minutes après.

Les symptômes observés ont toujours été les mêmes que ceux qui sont produits par les tabacs complets, toute question de dose étant mise à part, bien entendu; peut-être pourrait-on dire, si l’on voulait trouver une différence, que la phase convulsive est moins accentuée avec les tabacs caporal doux et Parant.

Chez le chien nous avons fait l'injection de macéra-

tions à 20 °/, dans la veine saphëne.

Ghiensnere 18 k. 500, scaferlati ordinaire, mort avec 16-cc. Chien n° 2, 6 k. caporal doux mort avec 14 CC. @Ghien nos; Nue Parant mort aveC 112 CC.

Nous avons essayé avec les cobayes, de comparer les atmosphères de fumée obtenues avec les trois sortes de tabacs ; or, tandis qu’il suffisait de 2 à 4 gr. de scaferlati pour mettre les animaux sur le flanc, nous n'avons obtenu que de la dyspnée avec des doses de 8 à 12 gr. de tabac Parant,

Les goujons nous ont donné des résultats analogues à ceux des lapins.

Goujon n° 1 (petit) macération de scaferlati ordinaire à 20 */,, de préparation récente, ajoutée goutte à goutte à raison de 1 cc. par minute dans les 500 cc. d’eau du cristallisoir — mort avec 20 cc. de macération.

Goujon n° 2 (gros), scaferlati 20 °/, = mort avec 10 cc.

Goujon n° 3 (petit), caporal doux — mort avec 30 cc.

Goujon n° 4 (gros), caporal doux de préparation ancienne (15 jours) avec 13 cc., mort apparente, mais l'animal s’est complètement ranimé dans l’eau pure.

Goujon n° 5 (moyen) Parant de préparation ancienne (15 jours) concentré par évaporation — mort avec 60 cc.

Goujon n° 6 (moyen) Parant de préparation récente — mort à 8o cc.

Goujon n° 7 (gros) — — — mort A0 CC.

Les chiffres ci-dessus sont faciles à interprêter : si

nous prenons le scaferlati ordinaire pour unité, nous

obtenons une série de rapports, variables suivant la méthode empioyée et dont il nous faut encore prendre la moyenne; elle est comparativement de :

1 pour le scaferlati ordinaire ; 3 pour le caporal doux ; 18 pour le tabac Parant;

Ce qui équivaut à dire que le caporal doux est trois fois moins toxique et le Parant 18 fois moins que le scaferlati ordinaire.

Ces chiffres, qui de prime abord peuvent paraître exagérés, n'ont du reste rien d’absolu ; mais ils nous permettent de serrer de plus près le problème de l’intoxication tabagique. En effet, si la nicotine est le véritable agent du tabagisme, nous n’obtiendrons plus, avec les tabacs qui en sont privés, les lésions expéri-

mentales habituelles.

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C'est ce qui a été vérifié par divers auteurs, entre autres Ball (o7) et M. Lesieur, qui n'ont pas obtenu de lésions aortiques chez le lapin après l'emploi, prolongé pendant plusieurs mois, des tabacs caporal doux et surtout Parant. Ces expériences ne sont pourtant pas suffisantes encore pour qu’on puisse en tirer des conclusions définitives, d'autant plus que MM. Guillain et Gy affirment avoir observé des lésions très nettes chez un de leurs animaux traité par un tabac dénicotinisé (probablement du caporal doux).

Nous ne voulons cependant pas terminer ce travail sans faire quelques remarques d'ensemble : Nous avons vu d'abord que le tabac complet et la nicotine ont, en clinique comme en expérimentation, des effets comparables tant au point de vue des accidents aigus que du tabagisme chronique.

Nous venons de constater maintenant que la toxicité des tabacs décroît parallèlement à la diminution de leur teneur en nicotine.

D'autre part il a été démontré par des expériences comparatives que ni l’oxyde de carbone, ni l'acide cyanbhydrique, ni même les bases pyridiques (Gébrowsky) ne doivent être incriminés dans l'intoxication tabagique.

Or nous demandons si l'infime proportion de nicotine qui subsiste dans le tabac Parant est suflisante pour expliquer les phénomènes aigüs qui accompagnent son emploi ; et n'y aurait-il pas dans l'intoxication tabagique une dichotomie à faire? n'y trouverait-on pas, comme dans la question des alcools, deux éléments distincts : la nicotine, l'agent essentiel et le vrai

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danger ; les essences qui seraient ces produits mal CONNUS contribuant à donner au tabac son arôme, qui seraient aussi ces principes, présents dans tous les tabacs, même (et peut-être surtout) les dénicotinisés, et auxquels Gébrowsky attribue des effets paralysants. et une grande influence sur la nutrition générale ?

CONCEUSIONS

1° Le tabac porte ses effets nocifs sur tout l'organisme ; mais il les localise avec prédilection sur

l'appareil circulatoire.

2° Si, dans la majorité des cas, les accidents du tabagisme se bornent à de simples troubles fonctionnels, capables de cesser plus ou moins rapidement après la suppression du toxique, nous croyons que celui-ci est susceptible de produire, dans un certain nombre de cas, des lésions organiques persistantes et notamment l'athérome de l'aorte et des scléroses viscérales.

3° On peut provoquer expérimentalement ces altératons chez l'animal -par l'emploi du tabac sous toutes ses formes et en utilisant diverses méthodes; il faut seulement que les doses soient suflisantes et fréquemment répétées.

Il faut cependant tenir compte, dans l'interprétation des résultats, des ‘prédispositions individuelles et des causes adjuvantes provenant de l’âge, de la race ou du mode d'alimentation des animaux.

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