ACTE PREMIER
Le grand nombre des sots t'assure le succès'... Acheter l'amour en flacon comme une purge! Eh ! c'est de quoi tenter nos moutons de Panurge, Et je promets, Mondor, à ton docte élixir,
— Faute d'autre vertu — celle de t'enrichir!.. .
Mais y croire!., et par tous les saints! j'y voudrais croire,
11 remet la fiole sur la table.
Et qu'on me pût mener comme un autre à la foire! Mais non! Il n'est pas d'eaux si merveilleuses! — non! Des philtres? je n'en sais qu'un seul, digne du nom. Et qui. comme le tien, se débite en bouteilles! S'il ne nous promet pas d'aussi belles merveilles, Si l'amour ne naît pas de sou divin fumet, Du moins il est sincère, et tient ce qu'il promet! Il n'est pas celui-là, l'œuvre des Esculapesl
— Dieu nous l'a donné.. Sur les ceps, il croit par grappes, Blondes selon la vigne, ou brunes; le soleil
Le caresse de son regard le plus vermeil, La rosée a pour lui des larmes d'amoureuse. Et la terre, au travers de sa croûte pierreuse, Comme le pélican, fouillant son flanc sacré, Verse son sang à boire à l'enfant préféré! Quand le pressoir aura foulé les grappes mûres, Et le philtre vieilli dans les caves obscures. Mets la barrique en perce, et s'il est établi Que l'amour ne se peut commander... bois l'oubli !
Il passe nO 1.
MONDOR, hausse les épaules, se lève et appelle. Nicaise nO 2 contemple Tabaria à l'extrême gauche, et tarde à prendre la corbeille... Mondor lui donne tui coup de pied.
Nicaise! aide-nous!
NICAISE, se retournant.
Ouais !
MONDOR
Tu protestes?
NICA.ISE
Pour cause !
12 TAU A Kl N
MONDOR Quoi ! quand ton compagnon...
NICAISE
De lui, c'est autre chose.
De lui, je le veux bien ! mais que vous me frappiez ? Nenni, maître! Il est coups de pieds et coups de pieds.
Ils remoatODt daas la baraque. Mondor emportant ses livres et sa cornue Nicatse le panier de fioles. — Vu temps. — Francisquine hésite, elle va pour suivre Mondor. Tabarin fait quelques pas nn-devant d elle et l'arrête au pied de l'escalier.