CHAPITRE V
S'il y aun art pour faire des garçons ou des filles.
La nature a fait tant d’impressions sur les hommes par la loi qu’elle a imprimée dans le cœur, qu’en dépit d’eux ils ont une envie secrète de se perpétuer. Cette passion est extrême dans quelques personnes ; et il s’en est vu qui n’ont rien épargné pour avoir des successeurs , principalement du sexe le plus noble. L’art qui enseigne ce secret ne saurait être trop estimé , puisque c’est souvent de là que dépendent le bonheur des Etats et la tranquillité des familles.
Avant que de découvrir les règles de cet art, et de dire ce que lexpérience m’a fourni sur cette matière , il me semble qu’il faut auparavant expliquer de quelle manière s’engendrent les garçons et les filles, afin de faire les remarques plus exactes
pour les règles que l’on en doit établir, et pour fortifier en même temps mon opinion sur la formation de l’homme , que j’ai exposée au chapitre 4 de la troisième partie. |
J'avoue que la question est grande , par laquelle on demande s’it y a un art pour faire des garçons ou des filles, et qu’elle est peut-être la plus difficile qui soit dans la médecine: je crois néanmoins : qu’elle deviendra aisée à comprendre et à décider , si l’on veut entrer dans ma pensée , qui explique assez probablement , si je ne me trompe , l’origine et les progrès de la génération. Ce n’est pas qu’il n’y ait de grandes difficultés ici, aussi bien qu'ailleurs ; mais il me semble qu’il y a plus de vraisemblance dans cette opinion que dans toute autre,
Tout le monde ciemeure d'accord qu’à parler en. général , le tempérament des hommes est fort différent de celui des ferimes ; que les hommessont plus chauds et plus secs ; qu’ils ont une chair plus resserrée, une peau plus rude, des membres plus forts et plus robusies, un esprit plus pénétrant ; qu’ils vivent d’alisens plus durs, plus chauds et plus secs, et que léur exercice est souvent plus violent. Les femmes, au contraire, sont plus humides et plus froides, c’est-à-dire, moins chaudes, moins sèches ; elles ont une chair plus mollette, plus délicate et plus polie, un esprit plus aisé ; elles usent d’alimens plus froids et humides ; enfin elles sont presque toujours dans Poisiveté.
Si la nature des hommes et des femmes est de la sorte, il est certain que les uns et fes autres ont puisé cette nature et leur inclination , qui est com-
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“ me un effet inséparable ; qu’ils l'ont puisée , dis-je, dans {es flancs de ieurs mères, lorsqu'elles leur auront fourni la première matière dont ils sont composés.
Pour expliquer cette pense, on doit se ressouvenir de ce que j'ai dit ailleurs , et réiléchir un peu sur les principes de notre formation.
Dans une femme féconde, les cornes de la matrice sont remplies de semence qui se change en petites boules grosses à-peu-près comme des petits pois, lesquelles sont rangées dans leurs petites cellules, comme le sont, en quelque façon, les œufs dans l’ovaire d’une poule : donc il naît plusieurs enfans quand la semence de l’homme en a touché plusieurs. La boule que la semence de l’homme a rentiue féconde , conserve parmi ses liqueurs le germe d’un enfant qui, d’abord sans doute ,- est moindre qu’un ciron , et qui à été formé, si c’est un garçon, d’une matière chaude, sèche et épaisse , pleine de feu et d’esprits, avec des pores resserrés et des parties pressées. Mais si c’est une fille, là matière en est moins chaude , plus humide et plus délicate , les parties en sont plus déliées , et les pores plus ouverts et plus polis. Elle ne contient pas tant de feu , et il n’y a pas une si grande abondance d’esprits : si bien que la différence de l’un et de lautre sexe ne vient que de la diversité des substances des semencesdu père et de la mère , de leurs qualités premières , et de celles que l’on appelle de la matière. Entre ces deux dispositions de la semence féconde de la femme , il y En à une troisième qui tient le milieu , et
qui a son projet extrêmement tempéré dans toutes sortes de manières: si bien qu’il naîtrait de là un hermaphrodite, s’il n’était déterminé pour un garçon ou pour une fille par.l’ame de l’homme et par l’activité de la semence, comme nous Île verrons Ci-après dans une dissertation particulière.
-. Hercule, sinous en croyons les poètes, était si robuste, qu’il n’engendra presque point &’enfans qui ne fussent mâles ; et entre soixante-douze qu’il fit, ilues”y trouva qu’une seule fille. Mais, sans m’arrêter à ce qui pourrait paraître fabuleux ; je trouve dans l’Ecriture, que Gédéon , qui fat Pun. des princes du peuple hébreu, était d’un tempérament si chaud et si actif, qu’il engendra soixante-onze enfans mâles, sans qu’il soit parlé d'aucune fille.
Lorsque la matrice reçoit la semence de l'homme , et que ses cornes, par une vertu particulière, attirent cette humeur pour la communiquer à la semence de la femme , qui a de la disposition à recevoir une impression subite par l’activité de la matière spiritueuse de l’homme , alors l’ame et les esprits de cette matière agissante servent de principe subalterne à tout ce bel ouvrage. Si ces principes trouvent une boule où il y ait un germe de garcon , M8 lui donnent de la fécondité , en faisant fermenter toutes les petites parties de l’humeur qui y est renfermée ; ils pénètrent et excitent ce petit projet que l'intelligence de la mère avait commencé à former. Mais si l’ame et les esprits qui sont enveloppés dans la semence de l’homme touchent et rendent féconde une autre boule qui ait des dispositions à
faire une fille, la semence de l’homme y fera les mêmes impressions, puisque souvent elle est indifférente à toute sorte de sexe, ainsi que nous l’avons prouvé ailleurs.
Les inclinations secrètes qui nous sont naturelles, découvrent infailliblement les principes de la génération de l’un et de l’autre sexe ; car, si je puis raisonner des causes par leurs effets, il me sera permis de dire que , comme les hommes sont naturellement robustes , et ou’avec cela ils ont un appétit naturel à vivre d’alimens chauds et secs, à s'occuper incessamment , et à se donner de la peine à la guerre et aux grandes affaires, on doit conclure que leurs principes sont plus forts et plus grossiers que ceux dont les femmes sont faites ; il s’en trouve peu qui haïssent le vin , et qui rejettent les choses qui leur piquent la langue. Les femmes, au contraire, sont naturellement délicates , et leur inclination , pour parler en général , ne se porte guère au travail ; elles usent , par une coutume naturelle , d’alimens froids et humides , qui sont proportionnés à leur tempérament ; et il ne s’en est guère vu qui n’aimassent avec passion et le lait et les fruits ; la nature leur demandant, par un appétit secret, de quoi faire subsister toutes leurs parties par des choses qui leur sont proportionnées.
Les principes de l’homme et de la femme sont donc fort différens, puisque lun et l’autre ont des inclinations si opposées. Le principe de l’un est plus chaud, plus sec, et plus resserré; et le prinéipe de l’autre, plus froid, plus humide et plus mollet. |
L'expérience nous fait connaître cette vérité :
ear une femme grosse d’un garçon sera ordinaire ment plus vermeil'e , se portera beaucoup mieux que si elle Pétait d’une fille : la chaleur d’un garçon échauffe et excite la mère ; au lieu qu’une tille , par sa froideur , augmente le froid et l’humide de son tempérament, ce qui la rend valétudinaire et malade pendant toute sa grossesse.
S'il se rencontre quelquefois des femmes qui soient d’un terspérament plus chaud que quelques hommes, on n’en doit pas imputer la çause à la nature, mais aux humeurs de la mère qui les a portées dans ses flancs , au lait de la nourrice qui les a allaïtées , à l’exercice et aux alimens chauds dont elles ont usé pendant leur vie,