‹ Tableau de la littérature française, 1800-1815 (volume 3)Chapitre 2 sur 58 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

le principe d'autorité eut perdu toute mesure, les contraintes d'un goût trop exclusif et d'une orthodoxie trop étroite n'empêchèrent pas non plus l'esprit nouveau de s'essayer dans l'ombre, par des escarmouches d'avant-garde, à la grande bataille dont le dénoûment devait être une Révolution. Tels furent, entre autres éclaireurs, Saint-Évremond et Bayle, Fontenelle et Lamotte, qui, par un scepticisme furtif ou d'innocents paradoxes, annonçaient la venue de Voltaire. Mais en revanche, on vit aussi, dans leur voisinage, Louis Racine et Jean-Baptiste Rousseau, Vertot et Rolhn pratiquer dévotement le culte des traditions délaissées. A l'heure où les hostilités s'ouvrirent de toutes parts contre l'ordre ancien, ses exemples se continuaient donc dans la piété de quelques disciples obstinément fidèles à ses doctrines.

A plus forte raison l'an 1800 ne fut-il pas témoin d'un brusque changement à vue. Car la crise qui venait d'inaugurer un monde sur les ruines d'un autre n'avait pu produire encore ses conséquences littéraires. Elle ne réussit qu'à remuer plus de passions que d'idées, et à supprimer toute fine culture. I Aussi, après une violente dispersion , les intelligences ! n'eurent-elles rien de plus pressé que de retourner à leurs habitudes de la veille. Se rappelant sa première pente, le fleuve débordé rentra dans son lit, et

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