‹ Tableau de la littérature française, 1800-1815 (volume 3)Chapitre 4 sur 58 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

n'a pas cessé de nous rendre présents. La poésie surtout, qui avait émigré dans la prose, ne nous offre que des talents distingués, mais secondaires, ou de pâles ombres dont le souffle s'épuisait à ranimer les cendres de foyers éteints. Les meilleurs subirent les influences d'un despotisme qui paralysa toute initiative, soit par ses coups de force, soit par le zèle d'un patronage trop intéressé pour être vraiment libéral. Quant aux événements tragiques dont retentissait l'Europe, leur douloureuse grandeur sembla stupéfier la Muse oppressée par une émotion qui la réduisit au silence. On avait bien sans doute conservé le goût de la forme ; mais la plupart ne la recherchaient que pour eUe-même, sans lui donner d'autre soutien que de froides réminiscences. En un mot, le ciel étant devenu d'airain, toutes les sources languirent. Mais, en un pays tel que le nôtre, il ne faut jamais désespérer de l'avenir ; et cette indigence passagère recouvrait le travail des forces créatrices qui, dans un sol généreux, allaient se réveiller au premier rayon de soleil. Or, sous l'Empire même, l'éclipsé ne fut que partielle, comme l'attestent des lueurs de bon augure, qui plus d'une fois percèrent le sombre

nuage.

Ces symptômes de vie latente nous ont surtout préoccupé; et voilà pourquoi nous avons été plus

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