Pie V lui donna ce titre
JEAN DE BOLOGNE
Vecchietti. Tacca, qui s’y trouvait aussi et qui avait commencé le buste du maître, écrivait que celui-ci « gardait la chambre et se voyait l’objet « des soins les plus affectueux ».
Le sculpteur était entouré, à ses derniers moments, de son neveu, un fils de sa sœur qu’il avait fait venir de Flandre, et de ses fidèles élèves, Tacca, Partigiani A. Susini, Mocchi, Pagani, Mora, qu'il s’était attachés autant par son extrême bonté que par sa puissante maîtrise.
Ainsi se termina la vie du dernier grand sculpteur de la Renaissance, après avoir peuplé de statues et de groupes son pays d’adoption. Esprit accueillant et affable, sa libéralité n’avait d’égale que sa loyauté.
Bien que parvenu à la fortune (la statue de Cosme lui fut payée 12.000 écus d’honoraires) l’argent n’avait nulle puissance sur lui. L’amour de l’art et la dignité professionnelles l’emportaient, dans son âme, sur toute autre considération. Son seul désir fut d’arriver à être un second Michel- Ange, comme le disait Fortuna au duc d’Urbin, et de « se tourner tout entier vers la gloire ». Il ne connut ni envie mesquine ni sotte jalousie, à la façon de ses contemporains, Bandini ou Cellini. Et il dut sourire des précautions prises,
jadis,, par Pontormo travaillant à Florence, pendant sept années, en la chapelle S. Lorenzo, sans permettre, même à ses amis, de jeter un coup d'œil sur l’œuvre qu'il créait !
A une époque où les passions les plus violentes sont perpétuellement en ébullition dans les cœurs d’artiste, Jean de Bologne eut de rares qualités morales. Cet homme, droit et loyal, releva le niveau de l’art, et prolongea jusqu’au commencement du xviie siècle la Renaissance dont il fut le suprême manifestant. Ses traits nous ont été conservés par un buste de Pierre de Francheville, selon les uns, de P. Tacca selon les autres, et qu’on voit au musée du Louvre (sculpture de la Renaissance).
Ce buste montre Jean de Bologne le front complètement dénudé et barré de rides ; le nez est très fort, la moustache tombante, la barbe longue et inculte, le regard sans éclat. L’expression est morne, l’aspect est celui d’un vieillard indifférent. Le tout manque de vie. — Nous pouvons craindre de n’avoir devant les yeux qu’une image bien affaiblie de Bologna. Les bustes trahissent souvent les traits de leur modèle, tout comme les traducteurs le texte transcrit !
Un autre portrait, une peinture, œuvre prétendue de Jacopo Bassano, conservée égale-
JEAN DE BOLOGNE
ment au Louvre, représente Bologna à un âge moins avancé, et l’on ne peut nier une certaine ressemblance entre ce tableau et le buste dont nous venons de parler.
Le 14 août 1608, Jean Bologne était inhumé à l’Annunziata de Florence, dans la chapelle de la Madona del Soccorso, reconstruite et décorée à ses frais. L’épitaphe de sa tombe rappelait ses qualités d’architecte, de sculpteur, sa vertu, ses mœurs et sa piété L
Il léguait aux Servites 500 florins pour une messe de fondation perpétuelle ; instituait P. Tacca usufruitier de sa maison, de son atelier et de ses meubles et lui donnait la tutelle de son arrièrepetit-neveu, un Jean Seneca 2 qu’il instituait son héritier universel, à charge de prendre les noms et les armes du défunt.
Il assurait 300 écus à la sœur de Jean en cas de mariage L
1. « Jean de Bologne, Belge, noble, protégé des princes de « Médicis, chevalier de la milice du Christ, célèbre comme « architecte et comme sculpteur, recommandable par sa vertu, « ses mœurs et sa piété, a élevé cette chapelle à Dieu et cette « sépulture pour lui-même et pour les Belges qui cultivent les « mêmes arts, l’an de N. -Seigneur, 1599. ».
2. Le père de ce Jean Seneca, Wallon de naissance, était mort. Sa mère, née Defrein ou Defresne, et fille de la sœur de Bologna, s’était remariée à Douai.
3. Voir Appendice II la liste des œuvres perdues de Jean de Bologne.