PARIS
TVP. DE FJRM1N DIDOT, RUE JACOB, 56,
20 C. par la poste
Le jour'de l’an. — L'embuscade.
possible à Paris. Toutes les jeunes tilles qui se livrent dans les magasins de modes, ou dans d’autres ouverts à leur talent, aux travaux de l’aiguille, ne reçoivent qu un salaire insuffisant pour leur fournir le strict nécessaire ; celles même qui parviennent au grade envié de demoiselles de comptoir, ne peuvent guère, avec 20 ou 25 francs par mois, s’entretenir dans la toilette qu’exige leur position. Il faut donc leur supposer à toutes des ressources étrangères, soit la protection du père ou d’un frère, soit celle d’un mari, soit... hélas ! cette dernière supposition , que chacun divine, est trop souvent la plus vraie. Et plaignez ces pauvres filles!
Il fait froid, il fait nuit; la pauvre ouvrière vient de quitter sa vieille mère endormie, et, sans feu, à la clarté du jour renaissant, elle reprend la tâche, qui semble s'allonger sous ses doigts. Le travail de nuit, à la lueur douteuse de la chandelle, ou au demi-jour du matin, a rougi ses yeux, que peut-être l’on trouverait bien brillants, s’ils notaient entourés d’un cercle noir, creusé par la veille et les privations ; la misère, de son ongle crochu, effleure déjà sa joue défleurie : comment ne pas succomber à la première attaque, au premier reflet des joies défendues?
Ah ! pour juger là coupable, l’on doit tenir compte de la faim , hôtesse assidue de ce foyer sans feu; de l'indigence, dont la main est marquée sur les misérables meubles, sur ces vêtements inutilement réparés, et de l’ardeur de cette jeunesse, qui fermente et qui bouillonne au son lointain et séduisant du monde et de ses plaisirs.
A part l’analogie de la pauvreté, qui leur est commune, la vie de l’artiste diffère essentiellement de
celle de l’ouvrier. L’un aspire à la gloire et à l’opulence ; l’autre ne demande qu’une aisance bien fru¬
gale, que du pain pour ses vieux jours. Celui-ci travaille sans relâche, sachant que chaque instant amène sa tâche et chaque tâche son salaire ; celui-là ne se livre à la muse, que par boutades et fciiltive avec délices le farniente inspirateur. L’inférieur de l’artiste se ressent des inégalités de son existence; confiné, comme son voisin l’ouvrier, dans un réduit étroit et surbaissé, il ne sait pas l’art de tirer de cet emplacement le meilleur parti possible, et il y entasse les objets disparates et inutiles, sans prendre garde à la disette des meubles les pltis indispensables. Au lieu de s’occuper dë ses aliments et de combiner la nourriture la plus saine qui soit en rapport avec ses ressources, il admet à la lettre l’intervention de la Providence qui donne la pâttiffe aux petits des oiseaux, et il s’en remet absolument à ses soins.
Il existe un usage tifiivetsèllemeht répandu, auquel on obéit mieux qü’âüx ibis les plus sacrées, et que les tribus divëfsès dont il à été question jusqu’ici Suivent àiec la plus méritante exactifudë. C’ëst l’dëàge des étrefines. A l’appTO'Chë dit premier janvier, Paris prend d’ordinaire Unë physionomie nouvelle : partoht apparaissent les pantins, les chetaux de bois, les coffrets, les nécessaires; les vitrines, sur toute leur étendue, sont peuplées de poupées aux minois âgaçànts, de diables à l’air rébarbatif, et de soldats de plomb alignés au cordeau : les boutiques des confiseurs, surtout, rivalisent de luxe, et se livrent, à l’envi, au plaisir de tenter les passants. D’autre part, domestiques, portiers, gens à gages redoublent de prévenances; les enfants deviennent tout à coup sages, studieux, appliqués et dociles.
Visite au grand-papa.
La surprise.
Voici en effet, pour les parents et pour les maîtres, le douzième mois de l’année qui arrive à l’échéance;
il faut payer son tribut au premier janvier. Malheur à vous, père de famille, qui comptez une postérité
nombreuse, et dont les parents, amis et alliés, forment une tribu digne des tribus bibliques! Hâtez-vous :