‹ Tableau de ParisChapitre 203 sur 257 · II · texte numérisé non relu

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Ainsi, le 2' arrondissement, l'un des plus riches de Paris, mais celui peut-être qui renferme le plus de prostituées de tous les étages et la population masculine la plus dissipée, contenait 5 commissionnaires sur 23 : il était le second quant au nombre des articles engagés, le premier quant à l’importance des avances ; sa moyenne était la plus forte de toutes, 2 \ fr.; le 4e partageait avec lui cette triste supériorité, qu’il doit surtout à la proximité du Palais-Royal, car l'un de ses bureaux situé rue Saint-Honoré, à quelques pas delà place, voyait la moyenne de ses prêts s’élever à 26 fi1., tandis que la moyenne générale rie l'arrondissement n’est (pie de 14 fr.; le 3e arrondissement se rapprochait des deux (pie nous venons de citer. Le 2e arrondissement qui était le second quant au chiffre des avances et le premier quant au nombre des articles, était le 5e composé de quartiers populeux : mais sa moyenne n était que de 12 fr. , moitié de celle du 2e; ses trois bureaux, d’ailleurs situés à une grande distance les uns des autres, desservent une partie du 6° arrondissement, qui n'en possède qu’un seul, et le haut du 3° arrondissement. Le l,r n’avait qu’un bureau, mais situé rue du Dauphin, entre les Tuileries et la rue Saint-Honoré, et dont la moyenne atteignait le chiffre de 22 fr.

Les deux bureaux du I Ie et l’unique du 16% très- 1 rapprochés tous les trois, doivent leur importance a

28 C par la ponte.

MH-. TVP. UK F1RM1N DIDOT, 48, RUE JACOB

la clientèle des étudiants en droit et en médecine. Leur moyenne est de 13 et 12, tandis que celles des 9° et 12% dont les commissionnaires sont placés à peu de distance, ne s'élèvent qu’à 10 et à 7. Les 7e et 8e arrondissements, dont les moyennes ne dépassent pas 7 et 9, sont exclusivement habités par des populations ouvrières.

L’examen des opérations faites par les commissionnaires, et annuellement publiées, confirme les indications de ce tableau. Les moyennes les plus fortes appartiennent toujours aux bureaux des rues du Dauphin, Richelieu, Neuve-des-Petits-Champs, Neuve-de- Montmorency, Feydeau, Geoffroy-Marie, Saint-Honoré , Montmartre. La rue de Coudé , quartier des Écoles , maintient son chiffre : c’est-à-dire que les quartiers riches prennent de 43 à 50 pour 100 des avances totales faites par les commissionnaires, tandis que le chef-lieu et la succursale , dont les moyennes étaient, en 1 8 40, de 37 et A3, et sont tombées, en 1831, à 23 et 31, par suite du resserrement des affaires, font plus spécialement les prêts commerciaux que l’on ne peut guère évaluer à moins de 12 à 1 ,300,000 fr.

Il est vivement à regretter que le relevé des engagements par profession n’indique que le nombre des prêts, sans mentionner le chiffre des avances. Si ce document eut été ainsi complété, nous saurions exactement quelle part prend le commerce dans les secours fournis par le mont-de-piété à la population parisienne.

Nous avons exprimé notre opinion sur l’illégalité de l’existence des commissionnaires : nous avons dit comment, par suite de la faiblesse et des préoccupations fiscales du conseil d’administration, de simples intermédiaires ils étaient devenus prêteurs sur gages pour leur propre compte : nous devons maintenant, pour mettre les lecteurs à même de se former une opinion sur l’utilité de ces agents, faire connaître les charges que leur intervention impose au public.

Le mont-de-piété prête à ceux qui s’adressent directement à lui, au taux de 9 pour 100 par an, 3/4 par mois : seulement l’intérêt du premier mois est toujours exigible, et le décompte s’établit ensuite par quinzaine; enfin le minimum des droits perçus est de 5 cent, sauf ces exceptions, l'intérêt est donc proportionnel à la durée du prêt. Le droit de prisée de 1/2 pour 100 est invariable et pèse uniformément sur l’emprunteur quelle que soit cette durée : mais il n’est pas exigé des prêts inférieurs à 6 fr. De plus, si on laisse vendre le gage, il y a un droit de vente, autrefois de 3 pour 100, réduit aujourd’hui à 3 1/2, payé par l’acheteur en sus du prix d’adjudication. Ainsi l’emprunteur qui retire son nantissement n’a à payer qu’un intérêt de 3/4 pour 100 pour le premier mois, et de 3/8 par chaque quinzaine écoulée depuis l’engagement, plus un droit fixe de 12 pour 100.

Un prêt direct de 3 fr. pour un an coûte 27 c. : par forcement, 30; d’un jour à douze, la rétribution proportionnelle formerait une fraction insaisissable; pour le mois elle serait de 2 c. 2/10, pour 2 mois de 4 c. 4/10; par la fixation d’un minimum d'intérêt, le droit est le même dans ces limites de durée et se trou\e poi te a •> c. , d varie ensuite entre ces deux chiffres extrêmes 5 à 30.

Un prêt de 10 fr. pour l’année entière se paye 93c., soit 90 c. pour l’intérêt, 5 c. pour le droit de prisée. Si le nantissement est retiré avant la fin du premier mois, l’ensemble des droits et de 10c., attendu l’abandon fait par l’administration des centimes excédents, il varient ensuite entre ces deux limites 40 et 93. Mais il n’en est pas ainsi avec les commissionnaires. Tandis que les intérêts payés au mont-depiété sont proportionnels, il a été alloué à ces agents des dioits fixes de 2 pour 100 par engagement et renouvellement, 4 pour 100 par dégagement, I pour 400 pour le recouvrement des bonis.

Ainsi, les 3 fr. avancés pour moins d’un mois rapportent à 1 administration 5 c., et au commissionnaire 10; pour cette somme de 40 fr. prêtée par le mont-de-piété pour le même délai, l’emprunteur

qui ne paye à l’administration que 10 c., en paye 30 au commissionnaire qui fait la double opération d’engager et de dégager. C’est un intérêt de 7 fr. 20 c. par an pour 10 fr., soit 72 pour 100. Si l’objet, est retiré avant l’expiration des vingt-quatre heures, avant, par conséquent, d’avoir été transporté au grand bureau, et c’est le cas de trente à soixante mille prêts par année , le commissionnaire même , en ne percevant que les 2 pour 100 de l’engagement, touche un droit égal à 00 pour 100 par mois, soit 730 pour 100 par an.

Moins le temps pendant lequel le nantissement reste en dépôt est prolongé, plus le droit est élevé : or il est à remarquer que la promptitude des retraits, la succession habituelle du dépôt et du dégagement du même objet sont, à quelques exceptions près, les signes caractérist iques d’une prof onde misère ou d’une urgence tout aussi respectable. L’ouvrier qui chôme ou attend sa paye de la semaine, le colporteur, l’étalagiste trop pauvres pour acheter la charge de leur éventaire ou de la charrette à bras qu'ils traînent derrière eux , le petit industriel qui ne possède pas la matière première nécessaire à la confection d’une commande, metten t en gage un effet presque toujours indispensable, qu’ils s’empressent de retirer aussitôt qu’une rentrée le leur permet. L’homme qui jouit d’une petite aisance a seul la faculté d’engager de l’argenterie , des bijoux, des vêtements de rechange dont il peut se passer plus ou moins longtemps. Il existe des malheureux dont les effets les plus nécessaires sont ainsi successivement engagés et dégagés tous les mois , toutes les semaines. Ceux d’entre eux qui, par la situation de leur domicile ou l’assiduité que réclament leurs travaux , sont dans l’impuissance de s’adresser à l’administration, se trouvent donc grevés d’une surcharge, au profit des commissionnaires, de 3 pour 400 par chaque double opération : s’ils engagent tous les mois, c’est 36 pour 100 par an, s’ils font cette triste opération toutes les semaines, c’est 156 pour 400. — L’argent qu’ils viennent réclamer est, pour beaucoup, un instrument de travail. Y a-t-il de l'humanité, de la justice à le leur faire payer à un taux aussi exorbitant , faute par l’administration d’avoir des bureaux où ils puissent, sans un déplacement trop onéreux, sans une attente trop prolongée, s'adresser directement à elle ? Or une partie des quartiers les plus pauvres de Paris sont dans cette situation, et forcés d’employer l’entremise des commissionnaires.

En 1851, les diverses commissions perçues par les 21 commissionnaires en activité ont produit une somme totale de 314,006 fr. 25 c., non compris l’intérêt des excédants de leurs avances. Un d’entre eux n'a touché que 2,512 fr. ; deux autres ont reçu 8 à 9,000 fr.; pour 13, la rémunération a varié de 10,000 à 48,000 fr.; trois ont vu leur part s’élever à 27,751 fr., 31,665 fr., 38,075. En 1847, le total des commissions s’est élevé a 444,730 fr., et avec l’intérêt perçu par eux sur l’excédant de leurs avances à 504,000 fr. environ ; ils étaient alors 23 : le plus faible a reçu, non compris les intérêts des avances . 12,928 fr., le plus fort, 38,839 fr.

Avant 1840, la possibilité du remplacement des commissionnaires par les bureaux auxiliaires pouvait être mise en doute. On proclamait que le public avait dans la discrétion et l’obligeance de ces agents des motifs de préférence; qu’il n’aurait pas la même confiance dans les employés de l’administration; que ceux-ci n’offrent pas d’ailleurs autant de garantie, et que leur négligence entraînerait pour le mont-depiété des pertes de toute espèce; que d’ailleurs l'organisation de ces bureaux entraînerait des dépenses hors de proportion avec les produits, et qu’il en résulterait une diminution sensible dans les bénéfices. Ainsi, quelques-unes de ces objections étaient puisées dans l'intérêt prétendu des emprunteurs, les autres dans cette habitude de faire du mont-de-piété une source de revenus, au lieu de le considérer, ainsi qu’il convient, comme une institution à la fois de crédit et de charité, dont les frais, à la charge du public,

doivent être allégés le plus possible, et avant tout.

L’expérience a fait justice de ces craintes plus ou moins réelles.

Les deux bureaux auxiliaires établis en 1839 et 1840, rues de la Pépinière et de la Montagne Sainte-Geneviève, ont complètement répondu aux espérances qui avaient déterminé leur création. Le chiffre de leurs engagements pour 1851 n’est surpassé ou égalé que par 4 des 21 bureaux de commissionnaires, dont deux sont placés dans une situation que l'on peut dire exceptionnelle. L’un de ces bureaux a avancé 530,000 fr., somme inférieure à celle de 8 bureaux privés, supérieure de beaucoup à celle des 13 autres. L’autre a avancé 1,032,000 fr., et n’est dépassé que par les deux bureaux signalés ci-dessus. Si on prend l’ensemble en articles des engagements, renouvellements et dégagements reunis, les bureaux auxiliaires ne sont inférieurs qu’à un seul bureau privé.

La confiance du public n’a donc pas fait défaut aux employés de l’administration ; et il s’est adressé de préférence, comme il était naturel de le supposer, là où il payait moins cher. Ces résultats ont été obtenus sans diminution sensible dans les opérations faites par le chef lieu et la succursale, le déplacement des emprunteurs ayant eu lieu presqu’au seul détriment des commissionnaires.

D'après un rapport adressé, en 4843, au conseil d’administration par une commission prise dans son sein, les autres objections n’auraient pas plus de valeur. Dès cette époque, les bureaux auxiliaires, loin d’être une charge pour le mont-de-piété, présentaient, pour 1842, un excédant de recettes sur les dépenses qui a dû s’accroître avec les opérations; or cette augmentation de 1851 , comparativement à 1842, est de 18 p. 400, et elle a été beaucoup plus forte de 1843 à 1847.

Le même rapport établit que les indemnités réglées pour avaries ou pertes d’effets engagés dans ces bureaux, ont été sans aucune importance.

Ce travail avait pour objet de discuter l’utilité de l’ouverture de trois nouveaux bureaux auxiliaires, proposée par le directeur : les chiffres, les raisonnements étaient tous en faveur du projet, ou du moins de la création d’un troisième bureau comme complément d’essai, et cependant aucun ne fut établi.

Nous terminerons ce qui est relatif aux commissionnaires par 1 indication de la part proportionnelle de leurs opérations. Prenons pour point de départ 1840, peu après l’ouverture des deux bureaux :

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