LES CRIMES ET LE CHATIMENT
« Un jour les crimes enfermés dans les cachots du * Ténarc brisèrent la porte de leur prison, et d'un vol affreux et précipité fondirent sur la terre et se répandirent en foule sur sa large surface. On vit l'herbe jaunir sous leurs pas, les forêts s'embraser, les villes se rerapUr de discordes sanglantes; ils marchaient se tenant tous par la main selon leur coutume ; ils
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marchaient tous ensemble dans une joie horrible et triomphante, quand Tun d'eux tournant la tête aperçut de loin le Châtiment qui^ d^un pied boiteux et la béquille en main, s'était mis à leurs trousses. Ah 1 ah! s'écria avec un grand éclat de rire la troupe infernale. Pauvre dieu écloppé, si tu vas toujours de ce train, tu feras cent fois le tour du globe avant de nous attrapper. — Gourez, courez tant que vous pourrez, repartit le Châtiment^ je serai peut-être fort longtemps sans vous atteindre ; mais quelque agile que soit votre fuite, mauvais sujets, je suis sûr de ne vous point manquer. »
Mais s'il y a des coupables dans cet horrible lieu^ il y a en* core plus de pauvres qui m'arrachent les réflexions suivantes.
Un Lapon, en naissant, a du moins pour apanage un renne; on lui assigne un second renne quand les dents lui percent. Mais je vois des enfants qui viennent au monde sans pouvoir dire avoir une pomme en propriété.
Les bêtes sauvages ont leurs tanières; et tel malheureux, pressé tyranniquement par les lois mêmes^ qui ont fait des propriétés exclusives du moindre pouce de terre ou d'un misérable plancher, n'a pas de quoi reposer sa tête. 11 ne pourra habiter un grenier entr'ouvert que sous le bon plaisir d'un maître superbe ; des propriétaires le pousseront depuis l'extrémité de la ville jusqu'au milieu des champs; tout est pris, tout est envahi.
L'homme, dans nos gouvernements modernes, en recevant son corps de la nature, n'obtient point des lois civiles une place en propre pour y respirer. On lui accorde l'espace d'un tombeau ; mais celle d'un berceau lui est interdite.
Beaucoup d'hommes n'ont^ à la lettre, que leurs bras pour le service du maître à qui ils sont vendus. Qui ne possède rien, est nécessairement l'ennemi de ceux qui possèdent.
Le pauvre n'a presque point de ressources; il faut qu'il soit malade pour qu'on ait soin de lui. On l'enterre pour rien lorsqu'il est mort, parce que son cadavre infecterait. On le recueille lorsqu'il agonise. Ne vaudrait-il pas mieux prévenir sa maladie,
au lieu de ne lui douner des secours que lorsqu'il est près de son terme ?
La foule des nécessiteux augmente chaque jour. Le jeu de ces vastes et dangereuses machines qu'on appelle opérations du ministère, leur rouage dans leur épouTantable frottement écrase toujours et sans pitié la partie la plus faible...
0x1 est le remède à ces maux politiques et anciens ? Les bons esprits s'occupent à le chercher; il ne peut être que le fruit du temps, des réflexions patriotiques, du génie et surtout du cœur des administrateurs. Y a-t-il du mal à les produire, ces idées de réformation? Dans cent idées outrées ou fausses, il s'en trouvera une juste et praticable; alors ne sera-t-on pas dédommagé du prix du volume où elle sera déposée?
Enlèvomcnti*
Je marche tranquillement dans la rue; un jeune homme assez bien mis me précède» Tout à coup quatre estafiers sautent sur lui^ le tiennent à la gorge, l'entraînent, le pressent contre la mm-aille. L'instinct naturel m'ordonne d'aller à son secours ; un ti'anquille témoin me dit froidement : Laissez , ce nest rien, monsieur, c'est un enlèvement de police. On met les menottes au jeune homme, et il disparait.
Je veux entrer dans une petite rue, un homme du guet est en sentinelle. J'aperçois un ramas de populace qui regarde aux fenêtres. Qu'est-ce cela, monsieur? Rien, répond-il, c'est une itentaine de filles publiques qu'on enlève d'un coup de filet ; et les filles, en fontanges de toutes couleurs, défilent, conduites par des soldats du guet, qui les tiennent galamment par la main, le fusil baissé.
11 est onze heures du soir ou cinq heures du matin ; on frappe à votre porte, votre chambre se remplit d'une escouade de sa-