‹ Tableau de ParisChapitre 127 sur 154 · PARURES · texte numérisé non relu

PARURES

UN diamant est beau par lui-même ; l'artiste Je taille, le polit, le façonne ; il jette alors un éclat plus vif : telle est la femme. Rien ne la touche plus vivement que la parure ; rien ne lui est plus cher que de réparer le tort des années ; rien ne la flatte plus enfin, que ce qui peut suppléer à ce qui lui manque du côté de la fraîcheur et de la beauté du teint.

Nous connaissons par l'histoire les cinq cents ânesses qui suivaient partout l'impératrice Poppée, pour fournir abondamment à ses bains de lait et à ses cosmétiques. Nous savons que la reine Cléopâtre rehaussait l'éclat de ses charmes par les soins de la parure la plus étudiée, et qu'elle enchaîna de cette manière le premier et le second des humains, César et Antoine. Nous n'ignorons pas que la reine Bérénice avait de si beaux cheveux qu'ils donnèrent leur nom à une constellation céleste. Nous avons lu que Sémiramis apaisa une sédition furieuse, en s' arrachant tout à coup de sa toilette, et se montrant sur son balcon le sein découvert et dans le désordre d'une femme à moitié déshabillée.

On ne nous a pas laissé ignorer toute la coquetterie de la belle Hélène, qui alluma tant de feux, et qui occasionna une guerre qui, fameuse après trente siècles, retentit encore dans l'univers ; on nous a instruits que Jézabel, mangée par les chiens, mettait du rouge : mais les poètes anciens, quoique grands descripteurs, ne nous ont point représenté les modes de ces temps éloignés avec assez de vérité pour que nous puissions nous en former une juste idée.

Je sais qu'une Bacchante échevelée, le thyrse en main, le front couronné de lierre, peut paraître aussi belle qu'une marquise coiffée en vergettejje sais que les tuniques des dames Romaines pouvaient avoir les grâces des robes

ouvertes des Européennes modernes ; je sais que leurs sandales ont pu recevoir l'élégance de nos souliers exhaussés et mignons ; mais enfin qu'en coûtait-il de nous donner la description de leur coiffure, de ses accessoires, de ses variations, et de son ensemble brillant ? Pourquoi les écrivains n'ont-ils pas parlé de l'arrangement des cheveux ? Pourquoi ont-ils négligé de nous faire connaître la base de l'admirable édifice, où il commençait, où il finissait ?

(Où plaçait-on la topaze et la perle ? De quelle manière les fleurs étaient-elles entrelacées, etc. Qui les a donc empêchés de peindre la sphère mouvante des modes ?... Ah ! je le sens moi-même, en voulant ici prendre le pinceau ; c'est qu'il est impossible de peindre cet art, le plus vaste, le plus inépuisable, le plus indépendant des règles communes. Il faut avoir la beauté donnant à son miroir le dernier coup d'œil de satisfaction, et puis admirer et se taire.

En effet, si je pouvais représenter une toque accompagnée 1 de deux attentions prodigieuses, un bonnet à la Gertrude, à la Henri IV, un bonnet aux navets, un bonnet aux cerises, un bonnet à la fanfan ; puis parler du bonnet artiste, des sentiments repliés, de V esclavage brisé ; j'aurais beau représenter le grattoir diamanté, le peigne en pierreries, faire pencher la physionomie, offrir les cordelières d'un goût inconnu. Je ne tracerais que des mots ; et Homère lui-même, avec son génie, a eu plus tôt fait de peindre le bouclier d'Achille, que la coiffure d'Hélène.

Taisons-nous donc, et envoyons à l'opéra l'étranger jaloux de connaître les modifications de nos modes brillantes ; qu'il les contemple sur la tête de nos femmes, et non dans une froide et inintelligible description.

Au commencement de ce siècle, les femmes portaient sur une belle gorge à découvert, des croix et des petits saintesprits de diamants. Un prédicateur s'écriait en chaire : ah, bon Dieu ! peut-on plus mal placer la croix qui représente la mortification, et le Saint-Esprit auteur de toutes bonnes pensées î

La couleur générale, au moment que j'écris, est dos et

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