L'ORTHOGRAPHE PUBLIQUE
Elle est extrêmement vicieuse sur les enseignes, les écriteaux et dans les autres inscriptions des boutiques ; là l'ignorance est gravée en lettres d'or.
Peut-être serait-il à propos de suivre l'idée d'un personnage de Molière, et de créer sérieusement un censeur qui rectifiât ces fautes grossières.
Le peuple s'accoutumerait à respecter l'orthographe, et la langue n'y perdrait pas. Il est important que cette langue qui est devenue celle de l'Europe, ne souffre aucune altération, surtout dans ses principaux signes ; car à la longue le peuple qui fait loi quant à l'idiome, peut corrompre une langue et lui substituer un jargon misérable.
L'ignorance produit quelquefois des rapports bizarres, et dont on s'amuse, parce que les riens ont droit avant tout d'intéresser le Parisien. Un nommé Ledru a fait sa fortune avec l'inscription de son enseigne, laquelle portait : Ledru pose des sonnettes dans le cul- de- sac. L'écrivain, perché sur sa haute échelle, avait mis un gros point après le mot cul, et avait rejeté de sac à l'autre ligne, ce. qui parut facétieux ; et tout le monde voulut employer le sieur Ledru, qui posait desjsonnettes dans le cul. Il n'en fallut pas davantage pour lui attirer la vogue.
Tout Paris a vu un chirurgien, près de la place Maubert, faire graver sur son tableau : Un tel, reçu à Si. Corne, oculiste pour les yeux.
Mais ce qui est bien pis que des fautes d'orthographe ou des expressions ridicules, c'est l'impudence de certains polissons qui barbouillent nos blanches murailles de figures indécentes et de mots obscènes. La police, qui fait enlever les boues et les ordures, devrait faire effacer en même temps ces turpitudes ; car ce n'est pas assez que le tombereau des immondices nettoie la ville, il ne faut pas encore que l'œil de nos femmes et de nos filles, en sortant de chez elles,