PRISE D'HABIT
He triomphe sur les vanités du monde est revêtu d'une ^ pompe mondaine ; on pare la jeune fille de tout ce qu'on peut trouver de plus riche, de plus somptueux ; elle est coiffée comme une actrice; on veut qu'elle paraisse avec tous ses attraits : elle se montre à la chapelle grillée, et c'est un spectacle pour tous les assistants. Le sermon de la vêture est prononcé par un orateur choisi ; il y fait /<r>^ danser toutes les figures de sa réthorique. La postulante a un parrain qui tient un gros cierge allumé à la main, et une marraine armée aussi d'un cierge. Les cheveux de la victime tombent bientôt sous le ciseau ; les vêtements brillants disparaissent ; on couche la professe et tout de son long, sous un drap mortuaire ; la religieuse perd jusqu'à son nom.
Je sais que dans l'ennui du cloître il faut se distraire quelquefois ; je ne doute pas que toutes ces cérémonies n'amusent fort les recluses.
Il est un sens mystique pour le voile, pour les cierges . allumés. J'ai vu deux postulantes prononcer leurs vœux, l'une à seize ans, et l'autre à dix-sept ; c'est l'âge qu'à marqué le concile de trente, et ce décret du concile a prévalu longtemps. Les Papes, afin que ces corps qui leur sont entièrement dévoués ne manquassent pas de sujets, se sont opposés à plusieurs évêques qui proposèrent Y âge de dix- huit ans, et même à ceux de France qui voulaient qu'on reculât jusqu'à ving-cinq. Diverses ordonnances n'ont pas eu le courage d'atteindre ce point fixe et précis.
J'observai la contenance des jeunes victimes ; elles se lièrent par un serment indissoluble, ne soupçonnant pas dans un âge si tendre les passions qui devaient s'éveiller dans leur sein quelques années après. Quand je vis ces beaux yeux cachés sous un voile, cette belle gorge sous une guimpe, ces beaux cheveux à terre, qui n'orneraient plus
Il8 TABLEAU DE PARIS
une tête si douce et si noble ; quand j'entendis les mots qui tuaient sa liberté, ce don si précieux immolé dans un instant, je me dis : Ah ! pourquoi la nature a-t-elle enrichi de tant d'appas et de grâces un corps souple et jeune, pour qu'il entre ainsi tout vivant dans le tombeau ?
Saint Paul dit qu'il est malhonnête à la femme d'être rasée, et l'on coupe les cheveux à la vierge qui entre dans le monastère.
Tl faudrait un volume pour exposer les différentes cérémonies que les habitantes des monastères ont imaginées, soit par superstition, soit par ennui. Le vœu d'obéissance est joint au serment de clôture ; ces religieuses chanteront le service en langue inconnue. Jamais rien de plus bizarre n'a existé chez aucun peuple, que d'obliger des religieuses à ne point entendre l'office de l'église qu'elles sont obligées de réciter ; mais un archevêque de Bourges, dans un catéchisme imprimé en 1694, donne des raisons qu'on n'imaginerait pas, et que je vais transcrire : « Les reli- « gieuses (dit l'archevêque de Bourges) doivent se réunir « aux créatures muettes qui louent Dieu par un langage « qu'elles n'entendent pas. Elles doivent être bien aises, « par un esprit de pénitence, d'ignorer les choses dont « elles devraient être le plus instruites ; c'est assez que leurs « lèvres louent Dieu. Elles doivent se soumettre avec « humilité à l'ignorance des langues, dont la confusion « est le juste châtiment de l'orgueil de ceux qui avaient « entrepris la tour de Babel. Une religieuse doit s'ima- « giner qu'elle est un instrumenT^e^lnusic|^^éT que les « paroles que le Saint-Esprit lui met dans la bouche, sont « comme le souffle qui anime les orgues dont on se sert à « l'église >>
Que ne trouve-t-on pas dans lés livres et dans le raison-
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ENCLOS DES CHARTREUX Iig