L'ABBÉ ROUSSEAU
N jeune homme de vingt- trois ans me dit un jour : je vais me détruire. Je lui répondis : faites; la bière, la sépulture et V indifférence sont toutes prêtes. Il me regarda, fut corrigé, et il ne se tua point.
L'Abbé Rousseau (hélas ! je l'ai connu) intéressa par son suicide les âmes sensibles : il était précepteur dans une maison ; il devint amoureux de la demoiselle, sœur de son élève ; il ne pouvait jamais prétendre à l'épouser : comme il avait de la probité et de l'élévation dans l'âme, il éloigna toute idée de séduction, et ne pouvant plus vivre, il se donna la mort. Voici la lettre que l'on trouva à côté de lui, écrite de sa main, et dont j'ai tiré copie.
Lettre de l'abbé Rousseau.
Le contraste inconcevable qui se trouve entre la noblesse de mes sentiments et la bassesse de ma naissance; un amour aussi violent qu'insupportable pour une fille adorable ; la crainte de causer son déshonneur, la nécessité de choisir entre le crime ou la mort, tout m'a déterminé à abandonner la vie. J'étais né pour la vertu ; j'allais être criminel. J'ai préféré mourir.