‹ Tableau des catacombes de RomeChapitre 21 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

OBJETS d’ameublement ET DE TOILETTE J VÊTEMENTS ET BIJOUX j INSTRUMENTS DE PROFESSION j LAMPES ET VASES PLACÉS DANS LES CERCUEILS CHRETIENS.

C’est sans doute un des traits les mieux avérés et les plus intéressants du génie de l’antiquité, que l’usage d’orner, et, pour ainsi dire , de meubler la tombe, par la présence même des objets qui servaient à tous les besoins, comme à tous les plaisirs de la vie. Cet usage paraît remonter au berceau même de la civilisation orientale. On en a de nombreux témoignages pour les anciens habitants de la Babylonie et de la Perse, comme pour ceux de l’Égypte. Le peuple juif n’y resta pas étranger. Mais la Grèce et l’Étrurie qui , l’une et l’autre , avaient puisé

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à ces sources profondes de l’Orient les premiers éléments de leur culture religieuse et morale , nous en offrent surtout des exemples , aussi précieux par la nature même des objets qui se rapportent à cette pratique, qu’intéressants par l’art et le travail qui les avaient produits. Sans entrer à cet égard dans des explications qui seraient ici superflues , on peut affirmer que presque tout ce qui tenait chez les anciens au système de la vie commune, se rapportait de même à la sépulture; les vêtements, les armes , \es meubles, les monnaies , les bijoux, les instruments, les vases de toute espèce et de toute matière, les ustensiles sacrés et domestiques , tous les éléments de la viesociale,etjusqu’aux comestibles, se déposaient dans les tombeaux, avec l’intention non équivoque d’y produire, par une sorte d’illusion, grossière, si l’on veut , dans son but et dans ses moyens, mais touchante encore dans ses motifs , une image , une ombre , une apparence de la vie réelle.

En un mot , c’était une espèce de simula-

cre de l’exislence , conçu dans un système de sensualité , et produit au moyen des objets réels , que les anciens cherchaient à produire dans l’asile de la mort. De cette manière , le tombeau , construit et décoré à l’exemple et presque à l’égal des habitations des vivants, devenait, avec les peintures dont il était orné , avec le mobilier dont on le garnissait, une image réduite de la maison. Chacun des morts qu’on y plaçait, y descendait environné des présents et des souvenirs de sa famille : au point qu’elle pouvait croire qu’il s’y trouvait encore, comme dans l’Elysée des poètes, au sein de ses occupations , de ses exercices ou de ses jeux favoris, et sur le théâtre de ses anciennes relations. Les hommes y reposaient avec leurs armes, les femmes avec leurs bijoux, X enfant avec ses hochets , toutes les conditions et tous les états , avec les instruments qui leur étaient propres, avec les meubles qui leur avaient été chers; mais surtout, avec les symboles et les simulacres de la religion, qui, après les avoir charmés ou con-

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soles durant la vie, les protégeait encore dans leur dernier asile. Il y avait là une notion confuse et grossière sans doute de l’immortalité de l’àme , rapportée à une fin toute sensuelle ; mais il y avait là aussi la preuve sensible et palpable de cet instinct de l’homme , qui répugne à l’idée de la destruction de son être , et qui y résiste de toutes les forces de son intelligence.

C’est aussi l’un des spectacles les plus curieux et les plus instructifs, que celui qu’offrit aux premiers explorateurs des Catacombes de Rome l’aspect général de ces sépultures chrétiennes , ornées au dedans et au dehors d’une foule d’objets de toute espèce et de toute matière, à la présence desquels devaient certainement se rattacher des intentions pieuses et des idées symboliques. Devant un pareil fait , la première observation qui se présente à l’esprit du savant et pieux Boldetti, et qui devra frapper tous les lecteurs , c’est qu’en décorant les tombeaux de leurs frères de tant d’objets de pur ornement ou d’usage réel, les chrétiens

n’avaient pu être dirigés que par ce motif d’espérance qui leur faisait considérer le tombeau comme un lieu de passage d’où ils devaient sortir avec toutes les conditions de l’immortalité , et la mort comme un sommeil paisible, au sein duquel il ne pouvait leur être indifférent de se trouver environnés des objets qui leur avaient été chers durant la vie, ou de l’image de ces objets1. C’est d’après cette idée de meubler, d’embellir, et pour ainsi dire d’animer la tombe , en la décorant de peintures, en l’éclairant de lampes, en la remplissant de tout ce qui pouvait en rendre en quelque sorte le séjour moins triste et l’aspect moins sinistre : idée touchante et naïve, qui avait inspiré l’antiquité profane dans l’emploi des mêmes moyens , mais que le Christianisme avait épurée , en la rapportant à un principe plus élevé et en la dégageant de toute vue sensuelle; c’est d’après cette idée seule, que l’on peut s’expliquer le système général de

Boldelti , Osservazioni , etc., p. 495 ,

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décoration des sépultures chrétiennes, et se rendre compte de chacun de ses éléments.

Il ne s’agit pas d’énumérer ici cette foule d’objets matériellement empruntés au paganisme , qui faisaient à l’extérieur , ou même au sein des sépultures chrétiennes , l’office de simples ornements, tels que bijoux de toute espèce , travaux en ivoire , en verre et en métal, médailles, pierres gravées , qu’on a trouvés en tout temps dans ces tombeaux, et qui font des Catacombes chrétiennes une véritable mine d’antiquités. On ne doit voir sans doute , dans l’emploi de ces matériaux profanes, que l’intention de décorer, de distinguer d’une manière quelconque les sépulcres Chrétiens à l’aide des éléments de la civilisation antique, devenus comme autant de trophées du Christianisme. Mais il est bien d’autres objets qui , n’étant pas de pur ornement ou d’une nécessité absolue, expriment certainement des idées symboliques , et dont la connaissance importe beaucoup à l’appréciation sure et complète du génie du Christianisme primitif.

Je suivrai principalement pour guide, dans cette recherche , le docte et pieux antiquaire qui m’a déjà fourni tant de renseignements curieux, Boldetti, ce chanoine de Sainte- Marie in transtevere , qui eut durant plus de trente années la garde des cimetières sacrés de Rome. Il cite en premier lieu les jouets d'enfants , de plusieurs sortes 1 , recueillis en divers endroits des Catacombes et conservés aujourd’hui dans le Musée chrétien du Vatican. Ceux dont il donne le détail et dont on lui doit, à lui-même, la découverte, se trouvaient attachés soit au dedans, soit au dehors de sépultures de jeunes gens des deux sexes. Ce sont d’abord des espèces de marionnettes, ou de poupées , d'ivoire ou d'os , telles qu’il s’en rencontra plusieurs dans le cercueil de Marie, fille de Stiliconet femme de l’empereur Honorius , lequel fut trouvé intact , en 1544, dans le cimetière du Vatican 2. Le

1 Boldetti, Osservazioni , p. 496-7, tav. i, nos 1 , 2, 3, 4.

2 Les témoignages originaux concernant la découverte du tombeau de Marie , ont été recueillis par

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corps de cette jeune princese reposait enveloppé dans de riches tissus d'or, avec beaucoup d'objets, ou meubles de toilette, qui avaient été à son usage, placés dans une cassette d'argent ; de bijoux, d’une valeur conforme à sa haute fortune et d’un travail précieux pour le temps; et, enfin, de poupées d’ivoire, dont la présence ici ne peut s’expliquer que par la coutume antique, suivant laquelle les jeunes filles , à l’époque de leur mariage, consacraient à Vénus les poupées et les autres hochets de leur enfance *. Si ce trait de mœurs chrétiennes , si frappant par son rapport avec l’usage antique , et si remarquable par l’exemple d’une impératrice, n’avait d’autres preuves que la circonstance que je viens de rapporter, on pourrait peutêtre conserver encore quelques doutes sur la valeur queje lui attribue. Mais les nombreux exemples recueillis par Boldetli , de l’emploi de pareils objets dans des sépultures de chré-

l’abbé Cancellieri , dans son savant traité de Secretar. Basilic. Vatican., t. II , p. 995-1000.

1 Pers., Satyr. n, v. 70; ef. Interprelt. ad. h. /.

tiens de tout ordre, n’ont laissé à ce sujet aucune incertitude dans l’esprit de Boldetti luimême, qui a fait graver quatre de ces poupées trouvéesdans descercueils des Catacombes; et avant lui, l’illustre sénateur Florentin Buonarotti, qui avait été dans le cas d’observer plusieurs de ces petites marionnettes en os, provenant aussi de cimetières chrétiens, n’avait pas fait difficulté d’y reconnaître une tradition de la coutume antique.

Il en est de même d’une autre sorte d’objets à l’usage de l’enfance, qui se rencontrent pareillement dans les sépultures chrétiennes des Catacombes : ce sont de petits vases , de terre cuite, qui servaient à recueillir les ètrennes. Boldetti en a publié deux , qui sont précisément de la forme de ceux qui s’employaient dans l’antiquité au même usage; il s’en trouve , au Musée chrétien du Vatican , un troisième, cité par Buonarotti : il a la forme d’une tête humaine , plus sensiblement encore imitée de l’antique. On ne peut s’empêcher , non plus , de reconnaître un emprunt de l’antiquité et un jouet de l’enfance, dans

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de petits masques , composés de plusieurs morceaux , tels qu’on en a recueilli , en ivoire et en terre cuite , dans plusieurs sépultures chrétiennes. Mais l’espèce de jouets antiques qui se rencontrent le plus fréquemment dans les tombeaux , ce sont les clochettes en bronze , dont ils se faisait tant d’usage dans l’antiquité, particulièrement pour l’amusement de l’enfance. A l’appui des nombreux témoignages classiques qui l’attestent 1 , il a été publié plusieurs de ces petites clochettes antiques, tontes provenant de tombeaux grecs ou romains ; de pareils objets , recueillis aussi dans des sépultures chrétiennes , ne peuvent être considérés que comme autant de réminiscences de la tradition antique.

Après les jouets, instruments ou amusements de l’enfance, viennent se placer les bijoux et les meubles de toilette propres à chaque âge, et appartenant aux deux sexes,

1 Lucrel., v. 232; Ârnob., iv, 21 ; vii, 32; voy. Riscari, Ragionamento sopra gli antichi trastulli cle’ Bambini , p. 15, sgg.; Boldetti, Osservazioni , p. 499.

que les Chrétiens, d’accord encore en cela avec la civilisation antique , avaient coutume de déposer dans leurs sépultures. Je rappellerai d’abord l’ usage de s tissus d’or , dont on revêtait les personnages de distinction , usage que nous connaissons déjà par l’exemple de l’impératrice Marie; je puis y ajouter celui de Probus y préfet du prétoire, dont nous possédons encore l’urne sépulcrale, et dont le corps et celui de sa femme , Proba Faltonia , furent trouvés dans cette urne, ouverte pour la première fois sous le pontificat de Nicolas V, enveloppés d’une robe tissue d'or, et couverts de bijoux et d'ornements du meme métal 1 . Et ce n’était pas seulement pour des personnages riches et puissants dans le monde, tels que ceux-là, que l’on suivait cette pratique. Un des plus humbles chrétiens qui eussent été ensevelis dans les Catacombes , à en juger par la simplicité de son épitaphe, Martini in pace, avait été couvert d’un habit tissu d’or %• on ne peut guère

1 Boltari, Pitlure e Scult ., t. I, p. 54.

2 Idem, ibid., l. II, p. 22.

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considérer cette coutume, si contraire à l’humilité chrétienne , et si justement réprouvée à ce titre par le zèle de saint Jérôme 1 , que comme une tradition du paganisme.

Il en était de même des hijoux et de certains meubles de toilette, qu’on est surpris de trouver dans les cercueils chrétiens des Catacombes , comme dans les tombeaux antiques. Tels sont, en premierlieu, les miroirs, meuble d’usage à la fois sacré et domestique , qui figure si souvent , à ce double titre , dans les tombeaux grecs , étrusques et romains. Boldetti en a publié quelques-uns qui provenaient de cimetières chrétiens % sans pouvoir s’expliquer d’une manière satisfaisante la présence d’un pareil meuble dans des cercueilschrétiens: les découvertes faites de nos jours sur le domaine de l’antiquité lui auraient appris que c’était encore là

1 S. Hieronym., in vit. Pauli. : Cur et mortuos vestros avratis obvolvitis vestibvs? *

2 Boldetti, Osservazioni , etc., p. 501.

* Saint Jérôme ne blâme nullement cette coutume comme une tradition du paganisme. ( Editeurs belges.)

DANS LES CERCUEILS CURÉTIENS. SB l

une tradition du paganisme, rapportée à une intention chrétienne. Il est d’ailleurs aussi facile de se rendre compte de cette présence des miroirs que de l’emploi des bijoux, qui eut lieu chez nos premiers chrétiens pour orner la personne des morts. Cet usage est formellement attesté par Buonarotti 1 , et les monuments en font foi. Du nombre de ces bijoux sont les colliers, et surtout les bracelets de diverse sorte , qui se sont rencontrés assez souvent dans les cimetières chrétiens, encore attachés soit au bras, soit au poignet des squelettes. Tels sont aussi les fibules de diverses formes , en métal émaillé ou en ivoire, et les aiguilles de cheveux ( discrimimalia). Une de ces aiguilles , en or, fut trouvée dans le tombeau de l’impératrice Marie. La plupart de celles qui se rencontrent dans les cimetières chrétiens sont en ivoire, et se terminent par une tête de femme, coiffée à lamode romaine du temps, telles que sont les aiguilles qui proviennent en foule des tombeaux grecs et romains de la Campanie.

1 Buonarotti, V etri antichi, p. 170, 188.

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Les peignes d’ivoire ou de buis se rapportent à la même classe de meubles domestiques , comme à la même intention funéraire. Boldetti en a publié trois, parmi ceux qu’il assure avoir été trouvés encore attachés aux sépultures des cimetières 1 ; et l’on sait , par de nombreux témoignages d’écrivains ecclésiastiques 1 2, que les peignes d’ivoire faisaient partie du mobilier sacré de la primitive Eglise , d’après l’usage où étaient les prêtres de peigner leurs cheveux , avant de s’approcher de l’autel. C’est donc. à cet usage chrétien que se rapporte la présence des peignes dans les cercueils des Catacombes , et ce pouvait être aussi une tradition de l’antiquité ; car , indépendamment des bijoux et des meubles de toilette qui viennent d’être indiqués , on a recueilli , dans ces mêmes sépul-

1 Boldetti, Osservazioni , etc., p. 503, lav. ni, n. 22, 23, 24.

2 ApadUvx Cang. Ghssar. med. Latinit.,\. Pecten. V oyez d’ailleurs , sur cet usage ecclésiastique du Peigne, Y Hierolexicon de Macri, au mot Pecten , 1.11, p 191.

lures chrétiennes , d’autres objets dont la présence ne saurait s’y expliquer par des textes ou des usages ecclésiastiques. Ainsi , l’on y a trouvé des perruques de plusieurs sortes, suivant les diverses modes du temps 1 ; et c’est encore Boldetti , témoin lui-même de découvertes de ce genre , opérées dans le cimetière de Sainte- Cyriaque et dans d’autres Catacombes , qui rapporte ce fait curieux , sans en témoigner , du reste , la moindre surprise et sans en paraître scandalisé en aucune façon. Les boucles d’oreilles, les colliers, sont encore au mombre des bijoux de femmes qu’on rencontre dans les cimetières sacrés de Rome , ainsi que les anneaux , qui faisaient partie de la parure des deux sexes. Entre les divers objets qui ne peuvent avoir appartenu qu’à la toilette des femmes , je citerai encore une petite

1 Boldetti, Osservazioni , etc., p. 297 : « E in di- « verse tombe di questo ed al tri cimiterj ho rinve- « nuto cappelli ora disciolti, ora in varj aceoncj « disposti , seconda la diversita degli usi in quei -t tempi. »

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boîte à parfums , trouvée par Boldetti dans le cimetière de Sainte-Priscille . Elle était en bronze , avec le couvercle en chalcédoine entouré d’un cercle d’un métal doré ; sa forme était celle des petites boîtes nommées pyxis, et employées dans l’antiquité au même usage; elle était accompagnée de plusieurs bijoux en ambre , notamment d’une figure de yènie bachique nu et ailé, sculpté en ambre *. On a recueilli enfin , dans ces cimetières , jusqu’à des cure-dents et des cure-oreilles d’ivoire et de métal, et nous avons acquis , par les découvertes de notre âge , la preuve que de pareils objets se déposaient dans les tombeaux antiques ; d’où il suit qu’ils figuraient dans les cercueils chrétiens par un effet de cette persévérance que tout atteste en des habitudes populaires dérivées de l’antiquité , d’ailleurs innocentes en elles-mêmes et faciles à concilier avec le génie du Christianisme.

Mais , en fait d’objets qui faisaient , dans

1V»oü,ax\,Pitture 297-8, tav.i ,n. 3,4,5, 6 et 8.

les sépultures chrétiennes , l’office d’ornements , à un titre quelconque , il n’en est pas de plus nombreux , ni de plus intéressants , que les lampes et les vases ou fragments de vases. Il n’est pas besoin de rappeler ici l’usage si fréquent qui se fît, dans l’antiquité, de ces deux classes de meubles domestiques, à une intention funéraire ; on ne peut guère douter qu’un motif analogue n’ait déterminé les premiers chrétiens dans l’emploi des mêmes objets. Quoiqu’il en soit, il se rencontre , dans les cimetières sacrés de Rome, des lampes , placées de deux manières différentes, qui se rapportent certainement aussi à deux intentions distinctes. Ce sont, d’abord, celles qui , se trouvant insérées dans de petites niches , ou fixées sur des espèces de petites consoles en saillie le long des corridors, ou bien encore suspendues par une chaîne à la voûte des murs des chapelles , ont dû évidemment servir à guider la marche des fidèles , et à éclairer les cérémonies religieuses qui se pratiquaient dans ces souterrains ; et en second lieu, celles qui se prc-

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sentent encore attachées en dehors des tombeaux , quelquefois même déposées dans l’intérieur des sépulcres , avec une intention symbolique , qui ne saurait être révoquée en doute , et qui devait être dérivée cle l’usage suivi dans les funérailles chrétiennes , et attesté par saint Jérôme 1 : Cum alii cereos lampades que, alii choros psallentinm ducerent ; usage qui s’est conservé parmi nous, sous une autre forme , au moyen des cierges allumés dans la cérémonie des obsèques.

Mais revenons aux lampes trouvées dans les Catacombes de Rome , et qui forment un des articles les plus importants du mobilier funéraire de la primitive Église, conséquemment du trésor de l’antiquité ecclésiastique; ces lampes sont pour la plupart de terre cuite, quelques-unes de bronze; il s’en est trouvé aussi à' argent , ou même à' ambre : témoin une petite lampe, de cette matière , recueil-

i Foyez, à ce sujet, Bingham, Origin., 1. xxm, c. ni, §22; Middleton, Antiquit., p. 105; mais surtout Bottari, Pitture e Scult., t. III, p. 67-68, et Boldetti, Osservazioni , etc., p. 524-525.

lie avec d’autres objets et une figurine d ’ambre dans le cimetière de Sainte- P riscille ». Elles sont généralement de cette forme de barque, cymbion, navicella, qui avait eu chez les anciens une signification mystique , appropriée sans peine aux croyances du Christianisme , où la barque était devenue de bonne heure un des symboles les plus populaires , comme représentant l’Eglise ; j’en citerai pourexempleunebelle lampede bronze, en forme de barque , où sont deux personnages , saint Pierre, assis au timon , et saint Paul, debout, à la proue , prêchant l’Évangile , et où le mat porte un cartel contenant l’inscription latine que voici : Dominvs. legem. dat. VALERio. severo. evtropi. vivas : monument ecclésiastique des plus précieux , par la composition , par le sujet et par le travail 1 2. Le plus grand nombre de ces lampes

1 Boldetti, Osservazioni , etc., p. 298, tav. i, n° 7.

2 Cette lampe se voit àla galerie de Florence; elle est gravée dans le recueil des Lucerne antiche de Bellori, p. III, tav. 31 , et dans l’ouvrage de Fog-

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ne sont ornées que de figures d 'animaux divers , et de symboles de toutes sortes , les mêmes qui se rencontrent habituellement gravés sur les pierres sépulcrales, toujours avec la même signification chrétienne, tels que des palmes , des couronnes , des agneaux, des colombes, des poissons, des candélabres. Le plus souvent, elles portent le monogramme du Christ pour tout symbole; quelquefois aussi , l’on y voit des figures telles que celles du Christ assis entre deux anges qui le couronnent, sujet de quelques verres chrétiens, qui se trouve sur une de ces lampes, de terre cuite et de travail grossier, recueillie dans un tombeau antique de Corneto, qui avait été occupé plus tard par les chrétiens x.

gini , de Roman. Itiner. D. Petr., p. 485; voyez l’explication qu’en ont donnée Maffei, Veron. illustr., t. III, p. 59; Mamachi, de’ Costum. de ’ primi Cristiani , 1. i , c. i, § 4 , et en dernier lieu, l’abbé Polidori , salle Immagini dei SS. Pietro e Paolo, p. xxiv, sgg.

1 Celte lampe m’a été donnée par l’antiquaire romain Melch. Fossati, qui l’avait trouvée lui-même

Les vases de verre peints sont au premier rang des objets d’antiquité chrétienne qu’on a recueillis dans les Catacombes. Sans parler de ceux de la forme dite vulgairement lacnj matoire , qui servirent , dans l’opinion commune des antiquaires romains, à recueillir le sang des martyrs , et qui ont acquis à ce litre, sous le nom d'ampolla di sangue , une si grande importance religieuse ; il en est d’autres, en très grand nombre aussi, de la forme de patère ou de soucoupe, qui se plaçaient à l’extérieur du sépulcre, comme objets d’ornement ou comme moyens de reconnaissance. Des vases ou des fragments de vases de ce genre ont été publiés par Fabretti, par Boldetti , par Bottari, par Vettori, surtout par Buonarotti, qui a épuisé, dans l’ex-

en place dans un tombeau de Corneto. V oyez dans le Ballet. delV Instit. archeol., Décembre 1855, p. 177-180, des détails intéressants sur la découverte opérée en 1834, d’un petit cimetière chrétien faisant partie de l’ancienne nécropole étrusque de Vulci , où des lampes étaient placées sur le couvercle ce chaque sarcophage.

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plication de ces précieux monuments, tout ce que l’érudition ecclésiastique fournissait de ressources à son immense savoir 1 ; et, en dernier lieu, par le P. San-Clemente , qui a su ajouter encore au travail de ses devanciers 2. Le Musée chrétien du Vatican renferme un grand nombre de ces verres, provenant du cabinet Carpegna et de celui de Vettori, ou fournis par des découvertes plus récentes. L’opinion la plus probable sur l’usage qu’en faisaient les chrétiens de Rome, est qu’ils avaient servi à la cébration des repas funèbres, ou agapes , laquelle avait lieu , comme nous l’avons vu , dans les Catacombes mêmes. De là, l’inscription qui se lit le plus habituellement sur ces sortes de verres, et

1 Buonarotti, Osservazioni soprci alcuni Frammenti di vasi antichi di vetro ornati di figure , irovati ne’ c imiter j di Roma , Firenze, 1716, in-4°, p. i-xxvii et 1-283, tav. i-xxxi. C’est un chef-d’œuvre d’érudition et de critique , et , sous tous les rapports , un des plus beaux livres de la science moderne.

2 Mus. S. Clément., t. IV, p. 192, sqq.

qui se compose de mots grecs rendus en caractères latins : pie. zeses (bois, vis), ou piete. zesete (buvez, vivez), ou bien de quelque autre formule équivalente et relative au même ordre d’idées, telle que celle-ci : dulcis. anima, vivas, ou bien cette autre : bibe. et. propina ; toutes inscriptions , dont la signification , profane en apparence , doit être prise dans un sens mystique, et rapportée à l’intention de ces repas sacrés.

Les représentations qui ornent le fond de ces vases, et qui sont habituellement gravées sur une feuille d’or , et non peintes , consistent en figures du Christ ou à'apôiïes, quelquefois de saints ou de martyrs, presque toujours accompagnées de leur nom. Ce sont donc là autant d’éléments d’une iconographie chrétienne , qui se sont conservés sur ces monuments d’une nature si fragile, et qui ajoutent encore à l’intérêt qu’ils inspirent comme objets d’antiquité. On y trouve aussi des sujets d’une composition toute profane, qui ne peuvent provenir que de l’art antique, et qui excitent , par cette singularité même, de va-

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