‹ Tableau des catacombes de RomeChapitre 23 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

PORTRAITS DU CHRIST, DE LA VIERGE, DES APOTRES J FIGURES DE SAINTS ET DE MARTYRS QUI SE TROU¬ VENT SUR DIVERS MONUMENTS DES CATACOMBES , PARTICULIÈREMENT SUR LES PEINTURES ET SUR LES VASES DE VERRE.

C’est un point qui doit être admis en toute sécurité, que, dans les premiers siècles de l’Église, les chrétiens, ennemis de l’idolâtrie et de tout ce qui avait servi à ses succès, cultivèrent trop peu par eux-mêmes les arts du dessin, pour posséder des portraits authentiques du Christ , de .la Vierge et des apôtres. Sans parler ici de Y image d’Édesse, longtemps honorée d’un culte public à Constantinople, ni de celle de sainte Véronique, encore aujourd’hui révérée au Vatican:, ni de quelques autres images semblabes, telles

PORTRAITS

que le Sacré Voile cle Turin, ou le Sancta Sanctorum de Saint- Jean-deLatran 1 , images qui n’ont jamais dû être considérées comme des œuvres d’art, d’après la manière même dont on les supposait produites , et qui ne sauraient conséquemment être comprises dans notre examen ; sans parler encore moins de tant d’autres portraits d’un genre différent, attribués à Nicodème ou à saint Lue 2 3 , monuments d’une pieuse fraude et d’une innocente crédulité , qui méritenffà peine de figurer dans l’histoire de l’art, et qui ne comptent aujourd’hui que pour bien peu de chose dans le trésor de |l’Église ; il paraît

1 Consultez, à ce sujet, l’ouvrage du P. Marangoni , Storia dell’ antichissimo oratorio o cappella cli San Lorenzo nel P atriarchio Lateranense comunemente appellato , Sancta Sanctorum, Roma,

3 Les savants se disputent sur la vérité et la fausseté de ces images de saint Luc : les plus modérés avouent que s’il est difficile de prouver invinciblement leur réalité, il est difficile aussi de prouver leur fausseté. ( Editeurs belges.)

ET FIGURES

avéré que les premières images du Christ, qui circulèrent dans les mains des fidèles, au plus tôt vers le m° siècle de notre ère, étaient des portraits de convention , probablement d’origine gnostique. C’est ce qui résulte du témoignage de saint Augustin, dans son livre de la Trinité , où il déclare qu’on ne possédait aucune image réelle du Christ, et où il parle des innombrables variétés de physionomie introduites dans des prétendus portraits du Christ, qui s’exécutaient de son temps 1 . Et quant h l’origine gnostique de ces portraits 2 , c’est aussi ce qui sem-

1 S. Augustin., de Trinit 1. vin, c. 4 et 5, Oper., t. III : Quâ fuerit iile (Christus) facie nos penitus ignoramus.... nam et ipsius Dominicæ faciès carnis innumerabilium cogitationum diversitate vaiuatvr et fingitvr; quæ tamen una erat, quæcumque erat.

2 II n’est nullement prouvé que les images de Jésus- Christ aient une origine gnostique. Saint Augustin, à l’endroit allégué, raconte simplement que Marcellina (comme M. Raoul le rapporte plus bas) affiliée à la secte de Carpocrate, exposait à Rome les images de Jésus et de saint Paul avec celles d’Homère et de

PORTRAITS

ble prouvé par le témoignage du même docteur, d’accord en cela avec d’autres textes historiques I. Il nous est resté plusieurs pierres gravées , de travail gnostique , qui offrent la tète idéale du Christ , une entre autres accompagnée de son nom en grec et dont le dessin se rapproche de la figure n° -4 2 : il suffira de celle-là pour donner une idée de toutes les autres , et pour me dispenser de m’étendre davantage sur ce sujet.

Du moment que la victoire du Christianisme sur les habitudes et les traditions de la société païenne parut à-peu-près accomplie, ils s’opéra, dans l’opinion des chefs de l’Église, jusque-là si contraire aux arts d’imi-

Pythagore : il ne suit nullement de là que les gnosliques aient fait les premières images de Jésus-Christ.

[Editeurs belges. )

1 S. Augustin., de Hœresib., c. vu ; cf. Ael. Lamprid., in Alexandr. Sever § 29. Voyez mon Discours sur les types de l’Art du Christianisme, p. 15-24.

2 Cette pierre fait partie de fancienne collection Lajard, maintenant possédée par mon respectable ami, M. le marquis de Fortia d'Urban.

ET FIGURES

tation , un adoucissement qui mérite d’être signalé. Déjà, du temps de Constantin, nous voyons la princesse Constantia , sœur de cet empereur, demander à Eusèbe, évêque de Césarée , de lui procurer un portrait du Sauveur 1 ; ce seul trait prouve, et que ces sortes d’images étaient encore très-rares, et que Tusage n’en était pas condamné par l’Église , puisqu’une princesse, si renommée pour sa piété, s’adressait à un évêque afin de satisfaire un pareil désir. Dès ce moment aussi , le type de la figure du Christ avait été fixé, d’une manière qui ne reçut plus de modifications notables, si ce n’est celles qui pouvaient provenir de l’impéritie de l’artiste. Or, c’est dans les Catacombes de Rome que se trouve la plus ancienne des images du Christ, due à un pinceau chrétien, que le tempsnous aitconservée, à ma connaissance; c’est celle qui se voit à la voûte d’une chapelle du cimetière de Saint -Calixte , et que j’ai fait reproduire

1 La Lettre d’Eusèbe à Constantin se trouve dans le Recueil des Conciles de Labbe, t. YII, colonn. 493 , sqq.

PORTR\ITS

d’après l’estampe de Bottari 1 , parmi les planches jointes à cet ouvrage 2. Le Sauveur des hommes s’y montre avec ce visage de forme ovale légèrement allongée , cette physionomie grave , douce et mélancolique , cette barbe courte et rare, ces cheveux séparés sur le milieu du front en deux longues tresses qui retombent sur les épaules , tel , à bien peu de chose près , qu’il apparaît sur plusieurs sarcophages du cimetière du Vatican , dont le style et le travail appartiennent au siècle de Julien 3 4. Une autre image du Christ qui offre les mêmes traits, mais d’une exécution bien moins heureuse , se retrouve dans une chapelle du cimetière de Saint-P ontian 4; une peinture toute semblable avait été découverte dans le cimetière de Saint - Calixte ,

1 Botlari, Pitture e Scult. , t. II, tav. lxx, p. 42.

2 Voyez la planche n» 4.

3 Bottari, Pitture, t. I, tav. xxi-xxv ; voyez Siclder, iiber die Entslehung der christlichen Knnst , clans V Almanach aus Rom, 1810, p. 179-180.

4 Idem, ihid., t. I, tav. xuii.

ET FIGURES

par Boldetti, qui eut le chagrin de la voir périr sous ses yeux, et en quelque sorte entre ses mains, en essayant de la faire enlever de la muraille En nous attachant à la première de ces images, qui est certainement la plus ancienne et la meilleure , nous sommes à peu près sûrs d’y trouver le type de la figure du Christ, tel qu’il avait été fixé d’abord dans le sein de l’Église grecque , et adopté par les fidèles d’Occident, du ive au ve siècle de notre ère ; tel qu’il se reproduit invariablement , à partir de cette époque , sur tous les monuments de l’art chrétien, de la période byzantine, dans les miniatures des manuscrits, comme sur les verres peints des Catacombes, et comme dans les mosaïques des plus anciennes basiliques de Rome 1 2; tel, enfin, qu’il s’est transmis, par une tradition

1 Boldetti, Osservazioni } etc., p. 21 et 64.

2 Telles que celle de la Basilica Siciniana (S. Andrea in Barbara ), gravée dans l’ouvrage de Ciampini, veter. Monim } t. I, tab. lxxvi, p. 245. Foyez-e n d’autres, ibid., t. II, tav. xxvn, t. III,

PORTRAITS

hiératique , qui tenait du sentiment religieux, autant que de l’impuissance de l’art, jusqu’aux jours de la renaissance et jusqu’au siècle de Giotto *.

Les mêmes observations s’appliquent à la figure de la Vierge , dont il n’existait pas non plus de portrait authentique , du temps de saint Augustin 2, mais dont on ne tarda pas à posséder un type idéal, réalisé par des mains chrétiennes , d’une manière aussi satisfaisante que pouvait le comporter l’état de l’art à cette époque. Le sentiment de l’honnêteté, qui brillait dans ces images de la Vierge, au témoignage de saint Ambroise 3, prouve qu’à défaut d’une effigie réelle de la

tav. xiii, xiv, xxx; et dans VHist. de l’Art, de d’Àgincourt , Peint., pl. xvi , 1 , 2, 5.

1 Sickler, Almanach aus Rom, laf. ii, n°s 5 et 6.

2 S. Augustin., de Trinitat., 1. vm, c. 8, t. III, colonn. 870 : Neque enim novimus faciem V irginis Mariœ.

3 S. Arabros., de Virgin., I. ii, c. 2 : Ut ipsa corporis faciès simulaerum fuerit mentis, figvra

PROBITATIS.

ET FIG 1RES

mère de Dieu, l’art chrétien avait su y reproduire la physionomie de son âme, et cette beauté 'physique, symbole de la perfection morale, qu’il n’était pas possible de ne pas attribuer à la Vierge divine. C’est aussi ce caractère qui se retrouve , autant que le comportent l’inhabileté des artistes et la médiocrité des travaux , dans certaines peintures des Catacombes, ou la Vierge est représentée, assise avec X Enfant-Dieu sur ses genoux, tantôt en pied 1 , tantôt en demi-figure 2 3 * , toujours d’une manière qui paraît conforme à un type hiératique. Dans ce groupe de la Viergej Mère, tenant sur ses genoux X Enfant-Dieu , qui résumait si admirablement, même sous j sa forme la plus imparfaite, telle que nous la présentent de nombreux verres peints des Catacombes 5 , tout ce qu’il y avait de sublime et de touchant dans le mystère du Christianisme, la Vierge apparaît toujours

1 Botlari , Pitture e Scult., t. III, tav. clxxx.

2 Idem, ibid., t. III, tav. cliii, i; etcLXxxi,i.

3 Un de ces verres est publié par Boldetti, Osser-

vazioni, etc., p. 202. tav. 7, n° 21.

PORTRAITS

voilée, avec Ions les traits d’une jeunesse charmante et d’une pureté divine. Telle on la voit, notamment sur un de ces sarcophages du musée du Vatican *, dont le style et le travail annoncent la meilleure époque de l’art chrétien. La manière dont le groupe en question est figuré sur les monuments des Catacombes , peintures , bas-reliefs , vases de verre, la plupart antérieurs au iv8 siècle de notre ère, conséquemment aussi au concile d'Éphèse de l’an 48 I , qui fixa définitivement sa forme hiératique % suffît pour prouver qu’il existait déjà , dans les premiers siècles du Christianisme, un modèle de la figure de la Vierge, sinon consacré par l’autorité sacerdotale , du moins généralement adopté parmi les fidèles ; ce trait de l’iconographie chrétienne , ainsi constaté par les monuments mêmes tirés des Catacombes de Rome, suffit pour détruire les allégations d’auteurs pro-

1 Bottari, Pitture c Scult., t. I, tav. xxxviu.

2 Voyez mon Discours sur les types de l’Art du Christianisme, p. 54.

ET FIGURES

testants, tels que Basnage 1 , qui ont soutenu qu’on n’avait commencé à représenter la Vierge qu’après le concile d’Éphèse; et cela, faute d’avoir connu ces monuments d’antiquité chrétienne qui établissent le contraire.

Nous sommes plus heureux, quant aux images des deux apôtres qui , dès les premiers temps aussi, excitèrent au plus haut degré l'intérêt et la vénération des fidèles. Placés vis-à-vis de personnages qui avaient appartenu à l’humanité, et dont la vie entière s’était passée dans le monde, les artistes chrétiens s’exercèrent plus librement sur des figures d’hommes en qui ils ne voyaient que leurs semblables, malgré leur éminente sainteté, tandis qu’en représentant le Christ et la Vierge , le seul effort d’atteindre à l’image de la divinité accablait l’impuissance de leur talent. Il dut donc exister de bonne heure , parmi les chrétiens de l’Asie-Mineure , des

1 Basnage, Histoire de l’Eglise, 1. xix, c. i, § 1 j 1. xx, c. tii , § 7 et 10.

PORTRAITS

portraits de saint Paul et de saint Pierre. C’est une notion qui nous est positivement acquise, du moins pour le premier de ces deux apôtres, par le témoignage de saint Augustin dans un passage de son traité sur les Hérésies T, où il est dit qu’une femme, Marcellina, affiliée à la secte de Carpocrate , exposait, dans l’espèce de petite église gnostique qu’elle dirigeait à Rome , les images de Jésus et de saint Paul avec celles d'Homère et de Pythagore. De la même source gnostique dérivèrent sans doute les autres portraits des apôtres qui circulaient au 111e siècle entre les mains des fidèles ; si l’on n’aime mieux admettre qu’ils procédassent directement de mains orthodoxes; en les considérant toutefois, et en toute hypothèse , comme des portraits de convention , adoptés par la piété des fidèles, plutôt que comme des images réelles exécutées d’après la nature vivante. C’est seulement

1 S. Augustin., in Genes., c. 22; voyez sur ce passage de saint Augustin les observations du savant cardinal Borgia, dans son docte et curieux traité de Confess. Vatic., p. exxiv.

ET FIGURES

en effet de cette manière, que peuvent se concilier des textes de ce même saint Augustin, qui semblent contradictoires, lorsqu’il assure, par exemple, dans un de ses écrits, qu 'il ri existait point de son temps de portraits des apôtres; et lorsqu’ailleurs il parle d 'images du Christ et des apôtres qui s’offraient de toutes parts à la contemplation des fidèles, sur les murs peints des églises *. Dans le premier cas, il s’agit de portraits réelsetauthentiques, qui n’avaient pu être exécutés dans le premier âge de l’Eglise, mais à défaut desquels le sentiment religieux n’avait pas tardé à produire un type idéal, bientôt admis par la piété et consacré par la tradition ; et c’est sans

1 S. Augustin., de Consens. Evanqel., 1. i,c. 16 : Quôd plvribvs locis simul eos (Apostolos) cum ülo (Christo) pictos vidèrent.... in pictis parietibvs. Ce passage, rapporté aussi par le cardinal Borgia , de Confess. V atic., p. cxxv , suffirait seul pour détruire toutes les allégations, d’ailleurs si contraires a la vérité historique, que les écrivains protestants se sont permis d’élever contre l’existence des images peintes dans les églises du premier âge du ChrtS' tianisme.

PORTRAITS

doute de ce modèle que les copies se trouvaient déjà si multipliées, du temps de saint Augustin et de l’aveu même de ce grand docteur. Nous en avons encore la preuve dans un passage célèbre de Y Histoire ecclésiastique d’Eusèbe, où il est fait mention des portraits de saint Paul et de saint Pierre, exécutés en peinture, qui existaient de son temps 1 : ce ne pouvaient être que des images conformes à un modèle accrédité ; car, dès cette époque, letypedecesportraits si chers àl’Église, devait avoir été fixé de manière à ne plus permettre à la main de l’artiste où à la piété du chrétien de s’égarer à la recherche de combinaisons nouvelles : sans doute, parce que cette œuvre de l’imitation , quelque imparfaite quelle pût être, avait déjà reçu le sceau de l’autorité sacerdotale 2.

Sans attacher plus d’importance qu’il ne convient au trait de la vision de Constantin , rapporté d’après les Actes de saint Sylves-

1 Euseb., HistGr. Ecoles. ,\. vii, c. 18.

2 L’auteur revient à son idée favorite, qui n’a aucun

fondement. ( Editeurs belges.)

ET FIGURES

Ire 1 2 , dans une Lettre du pape Hadrien Ier 2, concernant ces deux figures d’apôtres que l’empereur avait vues en songe, et qu’il reconnut dans leurs portraits, quand le pape saint Sylvestre les mit sous ses yeux; et sans vouloir non plus rien diminuer de l’autorité de ce témoignage, on doit inférer d’un pareil trait qu’il existait dès lors, dans le trésor de l’Église , un modèle consacré pour la figure de chacun des deux apôtres. Il est certain , d’ailleurs, que le portrait de saint Paul, connu de saint Ambroise, passait pour avoir été transmis au siècle de ce grand docteur par une tradition non interrompue; et telle était encore l’opinion de saint Jean-Chrysos-

1 Sur l’authenticité de ces Actes, rédigés d’abord en grec, et, à ce qu’on croit, par Eusèbe, Fuhrmann, de Baptism. Constantin., t. II , p.68, sqq.; puis , traduits en latin et abrégés , voyez la discussion savante et lumineuse à laquelle s’est livré l’abbé Polidori , Suite Immagini dei SS. Pietro e Paolo , p. xliv-liii.

2 Hadrian. I Epistol. ad lmp. Constant, et Iren., Concil. Nie. II , Act. ir, dans les Ad. Concil ., t. IV, eolonn. 81-82.

PORTRAITS

tôme, dont on raconte qu’il avait toujours près de lui un de ces portraits de saint Paul , en lisant ses épîtres , afin de pouvoir fixer alternativement son regard et sa pensée sur le texte et sur l’image de l’écrivain sacré *.

Mais ce qui prouve encore mieux à quel point ces portraits des apôtres , à quelque époque qu’en eût été exécuté le type primitif, étaient répandus dans les mains des fidèles dès le ive siècle de notre ère , c’est la certitude acquise que la peinture, employée par le pape saint Sylvestre , dans la circonstance indiquée plus haut, et conservée dans les archives du Vatican 1 2 3, servit de modèle pour toutes les images qui la reproduisirent dans le cours des âges suivants, tant en peinture qu’en mosaïque, depuis celles de la basilique

1 Ces deux faits sont cités par Buonarotti , flétri

antichi 7 p. 75.

3 Sur cet ancien portrait , voyez les témoignages recueillis par Foggini, de Roman. D. Pétri Itiner § xx ; Borgia, de Confess. Vatic., p. cxxv-cxxvii; Garampi, de Numm. an/. Bencdict., III, p. 110-125

ET FIGURES

Liberiana et de Saint-Paul hors-des-Murs , exécutées dans la première moitié du ve siècle, sous Xyste III et sous Léon 1er (440 et 443), jusqu’à celles de Sainte-Marie in Domnica, de Sainte-Praxède et de Sainte-Cécile l, qui datent du commencement du ixe siècle, sous le pontificat de Pascal Ier. Ce qui justifie encore cette tradition , c’est l’usage qui s’était établi, dès le siècle de saint Jérome, d’orner les vases de verre peints de l’image des deux apôtres 2 : car le témoignage du saint docteur est formel sur ce point ; et les nombreux fragments de vases de verre, avec les portraits de saint Pierre et de saint Paul, qui ont été trouvés à diverses reprises dans les Catacombes de Rome, suffiraient seuls pour constater ce trait d’archéologie chrétienne. Plusieurs de ces verres chrétiens ont

1 Ces mosaïques ont été décrites ou publiées par Ciampini, veter. Monim., t. I, p. 196 et 252, t. II, tab. xliv , xrvu et lu.

2 S. Hieronym., Comment, in lib. Jon., c. iv : Et rêvera in ipsis vasculorum cucurbitis..,, soient Apostolorum imagines adumbrari.

PORTRAITS

été publiés par Buonarotti 1 ; d’autres ont été recueillis plus tard aux mêmes lieux par Boldetti 2 ; d’autres enfin ont été ajoutés ou reproduits d’une manière plus exacte par Bottari 3 ; et dans le nombre de ces verres peints , j’en ai choisi un qui pourra donner à mes lecteurs une idée de ces précieux monuments d’iconographie chrétienne 4. Il représente les deux apôtres 5, assis vis-à-vis l’un de l’autre, saint Pierre, à droite, comme il est presque toujours figuré , faisant de la main droite un geste de bénédiction, qui convient à sa qualité de chef de l’Église ; saint Paul, à gauche , dans l’attitude de la

1 Buonarotti, V etri cintichi , tav. x, xi, xti, xm, xiv, xv, xvi, p. 75, scjq.

2 Boldetti, Osservazioni , etc., p. 191, 192, 193, 194,197,201,202,212.

3 Bottari , Pitture e Scult .. t. III, tav. clxxxxvii, clxxxxviii. Il se trouve encore deux de ces portraits sur verre dans Fontanini, ad Anastas. Biblioth., t. II, p. 247, et un troisième dans Mamachi , Origin. et A ntiquit. Christ., t. II, p. 322.

4 Ce verre est tiré du recueil de Bottari, t. III, tav. clxxxxvii , n. 2.

5 Voyez la planche 6('.

ET FIGURES

prédication , qui n’est pas moins propre au caractère de sa mission; l’un et l’autre, du reste, avec un volume pour tout attribut, conséquemment, sans le glaive et sans les clefs , attributs dont l’invention et l’emploi ne datent que d’une époque assez récente 1 . Entre eux, est placée une couronne, symbole de la récompense divine promise à la perfection chrétienne ; et cette couronne renferme le monogramme du Christ. Les noms rETRvs et pavlvs, qui accompagnent les deux figures, ne permettent pas de les méconnaître ; et l’on retrouve aussi sur ce verre, malgré l’imperfection du travail , quelquesuns des linéaments qui avaient été appropriés , dès le principe , à ces deux figures chrétiennes. Saint Paul y apparaît avec le front dépouillé de cheveux , avec le nez droit et allongé, qui constituaient, aux yeux des païens eux mêmes, les deux principaux traits de sa figure a. Saint Pierre s’y montre de

1 Buonarotti, Vetr. antich., p. 99.

2 Voyez mon Discours sur les types de l’Art du Christianisme , p. 44, 2.

PORTRAITS

même avec cette touffe de cheveux sur le haut du front , qui dut former de bonne heure aussi l’un des éléments conventionnels de son image : d’où l’on voit que les artistes, char* gés d’exécuter de pareils travaux , suivaient un modèle consacré , en reproduisant toujours le même type.

En fait de peintures proprement dites, représentant la figure en pied des deux apôtres , qui se trouvent dans les Catacombes de Rome , je citerai particulièrement celle d’une chapelle du cimetière de Sainte-Pris cille, où saint Paul apparaît debout, les deux mains étendues , dans l’attitude de la prédication , vêtu d’une manière qui convient à ses longs voyages , avec cette espèce d’auréole autour de la tête appelée nimbe , qui ne se montre que rarement sur les monuments chrétiens antérieurs au cinquième siècle , et avec l’inscription pavlvs pastor apostolvs, qui suffirait, à défaut de tout autre indice , pour le faire reconnaître dans cette peinture, publiée d’abord parBoldetti , et reproduite avec plus d’exactitude par

ET FfGURES.

Boltari x. Je citerai encore les peintures d’un oratoire chrétien, pratique au vne siècle dans une des salles abandonnées des Thermes de Titus , et découvert en 1812. Sur un des murs de cet oratoire , la figure en pied du Christ, de grandeur naturelle , était placée entre celles des deux apôtres , saint Pierre et saint Paul, l’un et l’autre encore sans aucun attribut. Malheureusement , cette peinture , trop superficielle , se détacha de la muraille presque aussitôt quelle fut découverte , et il n’en reste plus qu’une description faite par un témoin oculaire 1 2.

S’il entrait dans le plan de notre travail de faire connaître toutes les peintures , soit sur mur , soit sur verre , qui appartiennent à l’iconographie chrétienne , et qui se sont trouvées dans les Catacombes de Rome, il est encore plus d’un portrait de saint et de

1 Boldetti, Osservazioni , etc., p. 298; Bottari , Pilture e Scult., t. III , tav. clxvt.

2 Guattani, Memor. Enciclop., t. I, p. 159; Caviere Esquiline disegn. ed illustr. da Ant.de Romanis, p. 20-21 .

PORTRAITS

martyr que j’aurais à signaler à l’intérêt de nos lecteurs. De ce nombre , je citerais la figure de quatre martyrs, recevant la couronne des mains du Christ, figuré en buste, dans la partie supérieure du tableau , et celles des SS. Marcellin , Pollion et Pierre, l’un desquels tient la couronne du martyre, d’une main cachée sous son vêtement 1 ; mais ces peintures, du cimetière de Saint-Pontian , doivent avoir été exécutées sous le pontificat d’Hadrien Ier, vers la fin du vme siècle, et conséquemment , elles s’éloignent de l’époque du Christianisme primitif , ainsi qu’on le reconnaît sans peine à tons les caractères du style et de l’exécution. La figure de sainte Cyriaque , debou t , dans l’attitude de \a prière 2 ; celles de sainte Priscille 3 , et d’une sainte inconnue 4 , tirées des cimetières de Sainte- Cyriaque , de Sainte- Priscille et de Sainte-Agnès , appartiennent à une

1 Bottari, Pitture eScidt., t. I, tav. xlv, xlvi.

2 Idem, ibid , t. II, tav. cxxx.

3 Idem, ibid., t. III, tav. clxxx.

4 Idem, ibid., t. III, tav. clïii.

ET FIGURES

plus haute antiquité ; l’exécution en est d’un mérite supérieur , et, sous ce rapport, elles ont aussi plus d’intérêt. En fait de personnages peints sur les verres , que le mérite d’une vie sainte , joint à celui d’une mort héroïque , a fait inscrire dans les fastes de l’Eglise , je citerais particulièrement saint E tienne , saint Cyprien, saint Laurent , sainte Agnès ,dont l’image se reproduit le plus souvent, celles des deux derniers surtout , sur les verres peints des Catacombes 1 ; mais il suffit des indications qui ont été données jusqu’ici , pour mettre nos lecteurs en état d’apprécier quel riche trésor d’antiquités chrétiennes nous ont conservé les cimetières sacrés de Rome , j’aurai rempli suffisamment l’objet que je me suis proposé dans ce Tableau des Catacombes de Rome ; si j’ai pu leur inspirer le désir d’approfondir par euxmémesune foule dequestions archéologiques, liées aux plus graves sujets de l’histoire du

1 Buonarotti, Feiri anlich., lav. xvn , 1; xx, xvi , 2 ; xxix , 2 ; xiv, 1 5 xvm , 2 et 5 5 xxi , 1 .

Page 1