‹ Tableau des églises rurales qui s'écroulentChapitre 2 sur 49 · TABLEAU · texte numérisé non relu

TABLEAU

Qu'est-ce que ce tableau - Une partie de mes dossiers étalés devant le public, une partie des documents qui me sont arrivés de tous les points de la France et sur lesquels j'ai fondé ma campagne : la preuve criante que de toutes parts nos églises rurales s'écroulent.

Pourquoi meurent-elles, ces centaines d'églises?

Les unes, par la méchanceté d'un conseil municipal sectaire qui refuse de rien dépenser et de rien laisser dépenser pour Téglise; les autres, parce que la commune, si grande que soit sa bonne volonté, véritablement est trop pauvre.

Est-il exact, mon tableau : Oui. Est-il complet : Non.

.l'ai vérifié soigneusement chacun des cas qui m'étaient signalés. Mais je suis bien loin d'avoir connu tous les cas, toute l'étendue du désastre. N'oici l'énuméraiion des églises qui, à ma connaissance, à la tin de IQI2, réclament vainement des réparations; voici

ce que je sais des églises qui voudraient vivre et qui, si nul n'intervient, vont mourir.

Je vous cite les églises dont j'ai entendu l'appel. Il y en a d'autres, certainement, tout aussi menacées, dont la plainte ne m'est pas arrivée. Il yen a d'autres enfin qui ont passé cet état où l'on lutte encore, où l'on a la force d'élever une plainte. Combien ne sont déjà plus que des cadavres, et gisent abandonnées des hommes!

Allez dans l'Aube, allez dans l'Yonne. A chaque pas vous y trouverez une grande ruine, dont l'entrée est interdite, comme dangereuse, par arrêté de M. le maire. Le culte a été supprimé ; l'église, démeublée ; le prêtre, chassé. Et c'est la réussite de la vaste conspiration secrètement organisée, toujours niée, toujours poursuivie, qui, pour satisfaire une haine furieuse du catholicisme, veut jeter bas le plus beau trésor de la France.

En outre, marquons-le très fort, dans ce tableau je me suis volontairement borné. Je n'examine pas ici tout le problème de notre architecture religieuse, architecture incomparable, la première du monde et qu'il s'agit de sauver.

Je laisse de côté les belles églises, déjà classées, mais qui, faute d'argent, çà et là, trop souvent — j'en atteste les touristes et les amateurs — périclitent misérablement.

Je laisse de côté nos innombrables chapelles, calvaires, croix de carrefours, croix de cimetières.

Je laisse de côté les églises des villes.

Je m'en tiens aux églises de nos villages, et parnii

elles je parle seulement de ce qui respire toujours, des blessées que je connais et dont je sais qu'on peut les relever et les guérir.

Telle quelle, cette monotone énumération me semble d'une force irrésistible.

il n'y a qu'à la Chambre, au milieu d'hommes de parti — encore faut-il qu'ils soient en séance, car dans les couloirs bien peu me faisaient d'objection — que l'on me demande d'exposer les raisons qui nous font aimer les églises. Partout ailleurs on les aime pour plus de raisons que nous n'en saurions dire. Là-dessus, chacun a son expérience propre. Et la seule vue du champ de bataille apporte son enseignement.

Cet enseignement prend toute sa force si l'on connaît les détails du combat et dans quels misérables guet-apens les victimes sont tombées.

Il est des communes où l'église s'écroule, où les catholiques s'offrent à faire les dépenses et où leur offre est brutalement écartée.

Il en est d'autres où l'Etat voudrait accourir au secours, otire le classement, et où cette intervention salutaire est rejeiée.

11 y a des communes pour repousser les fidèles qui disent : « Laissez-nous sauver notre maison de prières », et sourdes à l'administration des Beaux-Arts qui dit : « Laissez-nous sauver un chef-d'œuvre d'architecture ». Oui, il y a de ces municipalités qui veulent l'etfondrement de leur propriété — pour rien, par haine du Christ.

O Bouffandeau, vous voulez détruire la croyance dans les cœurs. Eh bien I ce n'est pas en détruisant les églises que vous atteindrez votre but. Quand vous les aurez toutes renversées, ce n'est pas la foi

que vous aurez jetée par terre, mais un sublime témoignage du génie de notre nation.

Entre beaucoup d'exemples de ce détestable sectarisme, j'ai cité à la tribune le cas de l'épicier de Bornel. Il est magnifiquement représentatif. Les fidèles et les inspecteurs des Beaux-Arts voulaient sauver l'église de Bornel. Un groupe de contribuables (M. Lequesne et ses amis) offrait dix mille francs pour restaurer Téglise si on la classait» Le rapport, favorable au classement, fut rédigé par M. Acher, architecte à Beauvais ; l'inspecteur général, M. Selmersheim, l'approuva, ainsi que la Commission des monuments historiques. Mais un épicier, forte tête du cru, avait demandé la désaffectation de l'église. La commune a refusé et l'argent des catholiques et le classement de l'État.

Quelques jours après mon discours à la Chambre (du 2 5 novembre 19 12) où j'avais raconté brièvement cette histoire, un matin, M. Boufîandeau s'est écrié depuis son banc :

— L'épicier de Bornel, c'est un mythe! il n'a jamais existé.

— Mais si! mais si! lui disais-je.

Et le minisire d'accourir :

— Nous n'avons pas trouvé trace d'un épicier dans nos cartons.

Cette lacune est très explicable, monsieur le Ministre. Chaque fois qu'un épicier est maire, c'est en cette dernière qualité qu'il entre en relations avec vos bureaux... Mais vous, monsieur Boufifandeau, quel intérêt aviez-vous à méconnaître l'existence de votre compatriote? Je vous comprends, je vous excuse. C'était délicatesse du cœur, c'était la dé marche d'un digne his qui ne veut pas étaler en public la nudité de son père spirituel...

Nous n'avons pas les devoirs de M. Bouffandeau. Profitons-en. Ecartons le manteau deNoé; dévoi-

Ions l'épicier. Il s'appelait Nicolas Daix, en son vivant maire de Bornel. Le Journal de Méru et X Impartial de l'Oise nous le décrivent avec agrément : (c Qui n'a connu dans notre région l'épicier-maire, disent-ils? Qui ne se rappelle ce vieillard actif, bien que marchant assez péniblement, appuvé sur son bâton, le buste incliné de côté, la tête en avant. Homme très poli, très affable, très empressé, très sociable, voulant contenter tout le monde chose impossible, ajoute très sagement le Journal de Méru), mais excessivement sensible aux honneurs et se laissant prendre à la flatterie. »

M. Nicolas Daix, bon radical et radical-socialiste, fit voter la désaffectation de l'église "et rêvait de la démolir. « Mes amis, disait-il à ses administrés, si vous voulez être enterrés à l'église, dépèchez-vous de mourir, "car on va bientôt la jeter bas. » Ce qui était encore la façon la plus radicale d'en empêcher le classement.

Le pauvre M. Daix est mort. Avant l'église. Pai.>c à ses cendres! Mais il se survit en de nombreux exemplaires qui lui ressemblent comme des frères. Il y a beaucoup de Nicolas Daix à la tête des communes qui composent ce tableau. Mais que de communes aussi qui, administrées par le maire le plus sage et le plus équitable, voient leur église se détériorer tous les jours, à leur grande tristesse et parce que le manque de ressources ne leur permet pas d'v porter remède! Que chacun, sur ce tableau, fasse de bonne foi sa méditation, et chacun s'assurera que notre législation est insuffisante et qu'il faut obtenir des Chambres qu'elles la révisent et l'amcliorcni.

PAROISSES

RÉPARATIONS DEMANDÉES

1 1 1 DIOCÈSE D'AGEN (Lot-et-Garonne)

12 églises

DIOCÈSE D'AIRE (Landes)

Prêche

Escalans

Labatut

Bassercles

600 [Réparations nécessaires poui

9^6 assurer la conservation de 2-000 [ ces églises.

5oo \

Ozourt.

Gibret

Gastes

Clèdes

i.5oo

DIOCÈSE D'AJACCIO (Corse)

Bise

Toiture, sacristie et clocher.

Voûtes, toitures, charpente,

San-Martino-di-Lota ..

mur.

Poggio-Mezzana

Voiàtes, clocher.

San-Gavino

200 francs par an pour la cons-

truction d'un clocher.

Prunelli-di-Casacconi .

i.5oo

Toiture.

Murato

Charpente, clocher.

Toiture, voûte, mur (classement

Santa-Reparata

de l'église demandé).

Levie

Réfection complète.

Mela-di-Tallaiio

Toiture, voûte, corniche.

yoûte, toiture.

Toiture, sacristie, clocher.

Santa-Lucia-di-Tallanc.

Casalabriva

Achèvement du clocher néces-

saire pour la solidité de l'édi-

fice et du portail.

Gatti-di-Vivario

Mur de fondation, charpente.

Bocognano

Toiture, charpente, voûte.

Giuncaggio

Murs latéraux, charpente, toiture.

PAROISSES

RÉPARATIONS DEMANDÉES

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