‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 58 sur 120 · OPÉRATIONS DB8 ARMÉES BK ESPAGNE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DB8 ARMÉES BK ESPAGNE

Les alliés passent le Duero (10 mai iSi3). — Passent l'Ebre (17 juin).— Batâille de Vittoria (ai). — Combat de Zubiri (i S juillet).— Secours de Saiot-Sébaslieu (a7 juillet). — Prise de Saint-Sébastien (3i aool). — De Pampelune (3 1 octobre). — Combhts sur la Nive (9-1 3 décembre).— Evacuation du royaume de Valence (7 juillet).— Combat au col d'Ordal (1 1 et 1 3 septembre).— Combat de Pont de Molins.

Pendant que les Anglais et leur* alliés se disposaient, dans les Camps qu'ils avaient pris à la fin de la campagne précédente, à la-

ver l'affront que leurs armes avaient essuyé devant le château de Burgos, les désastres de Moscou détruisirent toutes les chances do succès qui restaient aux Français dans la Péninsule. La jeune garde, la cavalerie, Soult lui-même partirent pour le nord de l'Allemagne. Joseph prit en personne le commandement de l'armée dont Jourdan était encore major-général et qui se trouva réduite à 712,000 hommes.

Wellington, au contraire, pouvait lancer en avant : au cenlrc 60,000 Anglo-Portugais; à droite et à gauche, dans Léon et la Nouvelle-Castille, 4o,ooo Espagnols, non compris les guérillas. On n'avait pas eu, en 1808, déplus graves motifs pour se replier sur l'Èbre ; mais le vain désir de conserver dans Madrid une ombre de royauté retint l'armée en colonne allongée depuis les Pyrénées jusqu'au Tage. Wellington était assez nombreux pour saper ses échelons par leur base et pour mener brusquement à (in cette dernière campagne. Vers le milieu de mai , lorsque la longue inaction des Français l'eût enfin convaincu qu'ils étaient réduits à la défensive, il déboucha par Salamanque en même temps que sou aile gauche, franchissant le Duero près de la frontière portugaise , ouvrit la communication avec les Galiciens, et se dirigea vers Zamora et Toro. Ce mouvement de flanc était irrésistible : les divisions françaises , évacuant à la hâte Salamanque, Madrid, Vallailolid, cherchèrent à faire halte à Burgos. Mais Wellington, appuyant toujours à gauche, traversa Paltncia pour s'étendre sur la Pisuerga. On craignit d'être prévenu sur l'Èbre ; on fit sauter ce fort de glorieux souvenir, et l'on se forma en demi-cercle, l'aile droite sous Foy ( 1 a ,000) en Biscaye , le centre de Miranda-dc-Ebro à Pancorbo (45,ooo) sous Joseph en personne; la gauche sous Clause! (1 5,ooo) à Logrono.

Cette ligne était à-peu-près la même qu'on avait prise, il y avait quatre ans. En s'y renfermant, dès les premiers jours de l'année, on eût eu le temps de s'y fortifier et de ia rendre d'un accès difficile. Mais, pressé comme on Tétait , on laissa un point vulnérable que Wellington saisit d emblée. Il fit suivre par son aile droite le gros de l'armée française, puis prenant son centre et sa gauche, il les jeta au-delà de l'Ebre par Saint-Martin et Fuentès-dc-Arenas, et s'établit dans l'ouverture entre Joseph et Foy. Après quoi , se mettant en bataille la droite au fleuve, la gauche au chcmiii qui conduit de Vittoria à Bilbao, il ébranla ses colonnes. 11 fallut reculer encore. On avait une position indiquée par la nature des lieux : c'est le prolongement des Pyrénées qui passe entre Vittoria et Mondragon et que traverse le col de Salinas. Là, on eût bravé les efforts de l'armée victorieuse. On crut mieux faire en conservant Vittoria , nœud des routes qui pouvaient ramener les deux ailes sur

le centre; on les rappela et Ton se mit sous les armes au risque de perdre la retraite sur Bayonnc.

Les dispositions de détail ne furent pas mieux conçues que l'idée générale. Les deux armées étaient séparées par une chaîne de collines au pied de laquelle coule la Zadora. C?:t aflluent de l'Ebre coupe, à Arganzon où il forme un long défile, la grande route qu'il côtoie ensuite jusqu'à sa source. On prit son cours pour front de bataille, d'où il résulte qu'on s'é» tendit démesurément parallèlement à la ligne de retraite, de sorte qu'il su ftù;ait de perdre du terrain pour être refoulé sur la route de Pampe- \u\v\ Cette éventualité n'avait au reste rien de décisif, mais on la ren» dit désastreuse en adossant le parc et l'immense parc de voitures à un marais qui ne laissait pour leur écoulement qu'une longue et étroite chaussée.

Le feu s'ouvrit à l'avautagc des alliés; leur aile droite força le défilé d' Arganzon, pénétra dans le champ de bataille, resserra les Français sur Vittoria non sans les mettre en désordre. En môme temps, le centre passa la Zadora, dont on avait négligé de détruire les ponts; et la gauche, abordant vivement les hauteurs, poussa jusqu'à la route do Bayonne. L'ascendant leur était acquis sur tous les points, et leur nombre, ôtant à Joseph l'espoir de rétablir le combat de manière à s'ouvrir le col de Salinas , on fut dans la nécessité de se retirer sur Pampclune. Au moment où commençait l'évacuation des convois dans une direction à laquello on eût dû se préparer d'avance, une voiture renversée obstrua la digue et causa la plus effroyable confusion. Les troupes s'échappèrent et ne furent même pas poursuivies; mais 1 20 canons, 4000 caissons, le trésor do l'armée, i5oo voitures, transportant la fortune des familles espagnoles compromises, furent la proie des vainqueurs. On perdit, en outre, 7 à 8000 hommes tués ou prisonniers. L'armée, sans s'arrêter à Pampelune, se hâta de passer les Pyrénées. Clausel arriva le soir même de la bataille à Vittoria, où douze heures plus tôt sa présence eût été décisive; il rebroussa chemin précipitamment et se rendit à Saragosse d'où il gagna la frontière. Foy se fit jour, l'épée à la main, par Tolosa et Irun.

L'évacuation de l'Espagne , la présence de l'armée victorieuse sur la Bidassoa au moment où l'on allait traiter à Prague de la paix du monde, eurent une influence incontestable sur la détermination des souverains du nord. Napoléon en fut ému; il nomma Soult général en chef, il disposa en sa faveur de 5ooo conscrits, il lui prescrivit de ne rien négliger pour rentrer dans ce royaume qui lui échappait au moment où son abandon volontaire eût permis de disposer de 20,000 vieux soldats pour la défense de la France.

Cependant les alliés se déployèrent sur la frontière, prirent le fort do

Pancorbo , assiégèrent Saint - Sébastien et bloquèrent Pampelunc. Aussitôt arrive, Soult prépara un grand mouvement offensif, dans le but de tournar la ligne de la Bidassoa et de dégager ces deux places. Il prit pour point de départ Saint-Jean-Picd-de-Port, d'où deux chemins, qui se croisent à Zubin, conduisent à Pampeluue. Tandis quesa réserve manœuvrait sur la basse Bidassoa , deux colonnes s'avaucèrent par les deux chemins, etDrouet, débouchant parMoya s engagea dans des cols moins accessibles pour tourner par la gauche les postes qu'on allait aborder. Ceux-ci, d abord surpris, perdirent du monde et plièrent, mais à Zubiri, où, par la disposition du terrain , ils se trouvaient concentrés, ils tinrent ferme. De tous points les renforts survinrcnl,Wcllington lui-même accourut. Cependant les Français n'arrivèrent point ensemble. Drouet n'était pas en ligne et la combinaison était déjouée quand Soult ordonna l'attaque. Les alliés, rangés derrière une chaîne de rochers à pic , résistèrent victorieusement et lui firent essuyer de telles pertes qu'il se mit en retraite sans attendre Drouet. Celui-ci parut trop tard et ne put que se replier à son tour. Les alliés poursuivirent jusqu'à la frontière l'armée que cette malheureuse incursion avait affaiblie de 8000 hommes.

Une seconde tentative, pour secourir directement Saint-Sébastien, n'eut pas plus de succès. Le maréchal eut la douleur de voir les deux places capituler, de perdre, à la suite de sanglans combats, les lignes de la Bidassoa et de la Nive. A la fin de l'année 181 3, au moment ou 400,000 coalisés pesaient sur la frontière du nord, celle des Pyrénées-Occidentales était envahie jusqu'à l'Adour par 100,000 Anglais, Espagnols et Portugais.

Dans le royaume de Valence les alliés restèrent inactifs jusqu'au mois d'avril 181 3, époque à laquelle ils firent une sortie générale pour prendre part à l'offensive dont les alliés s'emparaient sur tous les points. Après de légers combats livrés à Iécla , Biar et Castalla, les deux armées reconnurent qu'elles n'auraient point de prise l'une «ur l'autre. Les Anglais alors s'embarquèrent pour surprendre Taragonc, relevés à Alicante par i5,ooo Espagnols amenés de l'intérieur par le duc d'El-Parque. On espérait attaquer par ses deux extrémités le maréchal Suchct qui sortit de Barcelone à la rencontre de l'ennemi. Lorsqu'il arriva sous Taragone , les Anglais s'étant emparés du col de Balaguer, resserraient vivement la garnison; ils n'osèrent point lui tenir tête et, à son approche, ils remontèrent, non sans perte, sur leurs vaisseaux. Maître de la place il la démantela. Cependant ses licutenans repoussèrent des bords du Xucar les généraux espagnols et à son retour sur le Llobregat , il eût repris l'offensive avec un succès décisif, si quelques échecs essuyés dans la haute Catalogne ne l'eus-

sent forcé de rentrer à Barcelone. En évacuant le royaume de Valence il laissa 12,000 hommes dans les places de Peniscola, Dénia, Tortose, Lcrida et Mequinenza. Les Anglo-Espagnols le suivirent; mais leur avant-garde (5ooo), s'étant fait écraser au col d'Onlal , ils furent tenus eu échec. Cependant le cours des évènemens força le maréchal de se rapprocher de la frontière et de porter le quartier général à Girone. Après un mois d'inaction , les alliés attaquèrent sans succès le pont de Molins; mais il fallut envoyer 10,000 hommes à Lyon, s'affaiblir pour laisser garnison à Hostalrich et à Girone. Le reste de l'armée se replia alors sur Figuèrcs.

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