OU CALCAIRE DE TRANSITION
La plupart des roches qui composent ce groupe, ont de si grands rapports de toutes les sortes avec celles qui terminent les terrains abyssiques , elles s'y lient si intimement , qu'il ne m*est pas possible , tant d'après ce que j'ai vu , que d'après ce- qu'en disent les géognostes, de distinguer clairement le calcaire carbonifère et le grès rouge ancien des terrains abys* siques, du calcaire compacte métallifère et du pséphite accompagnant les porphyres, qui forment les parties les plus supérieures du terrain hémilysien.
La Hste des roches fait voir clairement que le calcaire est dominant. Les géognostes ne placent au milieu d'elles que quelques anagénites,.psammite8, quarzites et phyllades des autres groupes; mais alors elles y sont subordonnées. Néanmoins cette introduction des roches des autres groupes suffit pour rendre les limites de celui-ci tout-à-fait incertaines.
Comme ce groupe renferme plus de roches homogènes que d'hétérogènes, il présente d'une manière très -sensible y daas la texture de ses calcaires, l'empreinte du double mode de formation , par voie cl^imique et par voie de sédiment.
Sa stratification est nette et puissante , quelquefois peu dérangée , et par conséquent presque horizontale. Il forme des montagnes à lui seul ; mais elles sont en général peu élevées.
1 C'est- à- dire, abondant en rochet càlcuiret, Bergkalk' Formation, KircKfiT.; Mountain limeUoney Géol. angl.
au plus huit centa mètres ' , et ce sont aussi plut6t des plateaux élevés que de véritables montagnes.
Ce groupe renferme des métaux et quelques minéraux saliformes, qui y sont plutôt disposés en amas, en druses ou en veines, qu'en véritables filons: c'est le gite le plus ordinaire du fluorite, de la galène, de la blende : c'est ce qui lui a fait donner par les géologues anglois le nom de calcaire mé" tallifère.
Il renferme aussi beaucoup de matière charbonneuse et bilumineuse, et ses roches calcaires répandent souvent, par le choc ou par le frottement, une odeur désagréable, soit de gaz hydrogène sulfuré , soit de- bitume : toutes circonstances qui concourent à le confondre avec le calcaire carbonifère de la classe précédente.
Mais c'est par ses débris organiques qu'il se distingue de tous les autres terrains et même des autres groupes des terrains hémilysiens. C'est eelui qui renferme le plus de pétrifications et qui renferme même presque toutes les*pétrificalions de cette classe. Nous en donnons l'énumération au tableau n.^ 18, en indiquant les roches où quelques espèces se trouvent plus particulièrement.
I • Le Calcaike compacte sxtbiamellaire eî métallifère est généralement gris foncé , quelquefois presque noir; les facettes lamellaires dont il se montre rempli , indiquent presque toujours la place des tiges ou articulations de crinoïdes , dont ce calcaire semble être pétri (les Écaussines, près Mons).
II contient souvent aussi du bitume ou même du charbon disséminé et comme fondu dans sa masse; alors il est noir et presque toujours fétide.
1 II n'est nullement prouvé que les montagnes calcaires des Pjrënëes) de deux mille mètres d'éleTation , et qu'on regarde comme de traiiti-> lion, appartitnnent à cette- classe de terrain.
294 TKAR. H^MIL. C ALC ARBUX^'-
2. La DoLOMiE, qui l'accompagne ou même le remplace, par« ticipe presque toujours de ses qualités (Matlock en Derbyshire)*
Elle offre toutes les circonstances qui semblent propres à cette roche, des cavités tapissées de cristaux de dolomie rhomboïdale, une istratiB cation à peine discernable, remplacée par une division presque verticale , assez irréguliére.
3. Des Spilttes et Porphtkes, roches cristallisées, massives, d'origine plutonique , et dont nous parlerons à leur lieu , accompagnent ce groupe , s'introduisent dans $e8 masses en amas droits ou couchés , ou en recouvremens , et semblent s'identifier complètement avec lui, en enveloppant les débris d'encrines caractéristiques de ce groupe (telle est la spilite zoo tique du Harz).
Le Jaspe et le Silex corné , noirâtre, passant au Phtanfie, sont les variétés de quarz subordonnées à ce calcaire. Cessilex renferment aussi les encrines ( environs de Liège , de Hamm) et les trifobites (Amérique septentrionale), qui appartiens nent à cette période géognostique.
On indique , comme appartenant à ce groupe des terrains hémilysiens, la roche calcaréo-quarzeuse et micacée de l'axe de la chaine des Apennins , que j'ai désignée sous le nom de Magigno solide et de Macigno compacte. L'absence de toute pétrification dans la partie de ces roches qu'on rapporte aux terrains hémilysiens , m'empêche d'émettre aucune opinion sur ce rapprochement qui néanmoins me paroît douteux.
Exemples du groupe calcjreux.
France. On peut citer, comme exemples authentiques de ce groupe , aux environs de Chalonne et d'Angers (Maine-et- Loire), le lieu dit les Fourneaux ^ où se trouvent un calcaire compacte , fin , blanc , schistoïde , et un calcaire sublamel^ laire, noirâtre, avec les caryophyllies, et les cristaux de calcaire spathique et de fluorite bleu j qu'il renferme presque
TBAE. BÛUIL. CALCAREUX. 2^5
toujours. •— Dans le Cotentin , Montchatou , près Coutances ^ remarquable par ses évomphales et ses caryophyllies;NéhoU) prés de Valogne, connu par ses trilobites, ses spirifères et ses caryophyllies. — Juigné et Sablé, dans le département de la Sarthe : les caryophyllies , les productus striatus et les orthocératites semblables à celles de Westrogothie, se trouvent réunis dans un calcaire saccaroïde, quelquefois rougeàtre.' r— Dans le Bas - Boulonnois , ,un calcaire tantôt blanc, tantôt noirâtre , avec des productus et des caryophyllies. ( Rozet.) - IsLEs Britanniques. £n Westmoreland il y a un macigno compacte qui a beaucoup de ressemblance avec celui des environs de Florence; il est accompagné de calp et d'un calcaire sublamellaire rempli de caryophyllies. (Bakeweix.) . Dudley , dans le Worceslershire. Cest le type du calcaire des terrains hémilysiens, celui auquel les trilobites donnent le caractère zoologique que nous regardons jusqu*à présent comme un caractère presque absolu de ces terrains. L'association de certaines térébratules, de turbinoHes et de caryophyllies, de retepora semblables à ceux de Suède et à ceux des terrains précédens , établit entre ces terrains la plus grande analogie. On sait que le Shropshire, le Devonshire et plusieurs parties du pays dp Galles, présentent le même terrain , avec des roches et des espèces de trilobites plus oi» moins différentes.
Belgique et Pays-Bas. Le groupe calcareux est ici prédominant. Les marbres noirs et noirâtres sublamellaires des Écaussines près Mons, des environs de Namur, de Gemmapes; les calcaires grisâtres sublamellaires d'Argenteau, de Chokîer et de Viset, près de Liège et de Huy , sont riches en productus ^ spîri/er, évomphales, caryophyllies, etc.
Allemagne. Le Harz présente tous les groupes des terrains
1 C'est à M. Allou, ingënieur des mines, qae je dois U coimoîssaBce de cet eieonple.
2Ç^6 TERE. HàMIL. CALCA&EUX*
hémilysiens. La marche que j'ai adoptée me forcera donc de citer cette terre classique à chacun de ces groupes; siais en même temps elle confirmera la généralité de leur ordre de superposition. Ainsi les calcaires compactes fins d*Altenau, schistoïdes et carbonifères de Schulenberg, ferrugineux et passant au spilite zoo tique du Polsterberg , sublamellaires et k encrinites de Schulenberg , sublamellaires gris, remplis de caryophyllies, dastrées, etc. 9. des environs de Grund; les calcaires marbres et lamellaires, grisâtres, rougeàtres', renfermant des lits de minerai de fer accompagné de jaspe ferrugineux (Eisenkiesel)^ de Lerbach, Kamschlacken , Rubeland, près de Blankenburg, Polsterberg, etc., sont des exemples' frappans du groupe calcareux supérieur aux autres groupes. Italie. Calcaire compacte un , schiste marneux et macigno solide et compacte, dans diverses parties des Apennins, no* tamment aux environs de Florence, de Fiumalbo dans le Modénois, à Pietra-Mala , à la Rochetta dans le golfe de la Spezzia , où il est accompagné de jaspe et recouvert par des ophiolites. Il n'a pas montré assez de pétrification caractéristique pour que Tépoque de ce terrain puisse être regardée comme parfaitement déterminée.^
1 Cef exemples sont pris des faits que j'ai tus et des ëchantillons que j'ai rassembles moi-même sur les lieux , mais surtout d'une collection très'Complète, étiquetée de la manière la plus instructire, et que je dois à la bienveillance de M. Hausmann. J'ai donc lieu d'espérer qn'appnj^ d'une telle autorité, j'aurai commis peu d'erreurs.
a M. Boui, en admettant cette position (dichter Kalk ohne Peirt' fakten , mit mergeligen Grauwacken. Ligurien, Toscana. — S^n, Dartl,, 1827, page i5o), contribuoit à diminuer beaucoup mon incertitude; mais ill'augmente ensuite, et fait voir qu'elle n'est pas sans fundemeot, lorsqu'il rapporte les mêmes roches et les mômes lieux à Tëpoque du grès bigarré, en les citant comme il suit (page 16a: Pietra serenéi 0t forte Toscana; macigno des Italiens, et la Toscane, p. i63 et i65). Or ces roches, que j'ai vues en place, dont je possède de nombreux
TBftB. R^MII.. CAlCAaEUX* ^^f
On peut présumer que le calcaire marbre de Porto-Venere , sur le cap occidental du golfe de la Spezzia, appartient aussi aux terrains hémilysiens.
Scandinavie. Les exemples de ce groupe y sont aussi nombreux que remarquables par leur caractère et leur position. Il faut néanmoins les distinguer en deux sortes.
1 •'' Les calcaires blanchâtres , sublamellaires ou compactes £ns, et les calcaires compactes noirs qui renferment des lits ou des nodules de silex corné, et très-rarement des pétrifications, qui sont ordinairement des entroques; quelques-uns ont une structure à peine stratifiée, et présentent, comme les terrains agalysiens, auxquels ils passent, 'de l'^pidote, des grenats, etc. — A Swangstrand , entre Drammen et Christiania. — A Rotangen , dans le golfe, de Drammen. — A Vettakullen, près Christiania. Celui-ci est sublamellaire; il renferme des nodules épidotiques, et est cependant clairement et même horizontalement stratifié. -—Dans le même lieu, à Tyfbolms- Udden, et dans tous les environs de Christiania, le calcaire est noir , coinpacte , schistoïde , composé d'assises innombrables, alternant avec des phtanites, et enveloppant une multitude de nodu^es ovoïdes d'un autre calcaire, qui y sont disposées en lits interrompus, mais parallèles à la stratification.
2.*^ Les calcaires compactes communs, tantôt noirs, même charbonneux, tantôt grisâtres ou rougeâtres, clairement stratifiés, alternant avec des schistes marneux et des silex cornés, et renfermant les corps organisés fossiles des terrains hémilysiens, formant, en Norwége, le sol de Malmoën, de Malmoè'-Kalven et de plusieurs autres fies et plages du golfe
échantillons, recueillis avec MM. Targionni, Nesti et lé comte Bardiy sont bien celles que j'ai décrites minéralogiquement et dësignëes sous les noms de macigno solide et compacte ^ alternant^ avec le calcaire compacte Qn^pietra colomhina, dichter gr^uer Kalk de M' BovÉ.
S98 TBAA. HiMZI. CALCABBUX»
de Christiania, de Porsgrund en Tellemark , deStor-oën dans le TUrifiord.
En Suède, dans l'Ile de Gothland, dans la Westrogothie près de Motala, de LinkOping, à Leaby près de Falktfping, au MOseberg , et à Vesterplana au pied du KinnekuUe, en Westrogothie , etc. • .
• Russie. A Koschelewa, près Tzarskoê-Ssélo, non loin de Saint-Pétersbourg. C'est une glauconie sublamellaire, qui renferme, outre Vasaphus cornigerus, d'autres trilobites trèssavamment décrits par M. de Rasoumowski et par M* Stche* gloff, et les terébratules,spirifères, échinosphéritea quicarac* térisent partout les terrains hémiljsiens.
Ami^riqoe skptbntrionale. États-Unis. On retrouve aur les bords du lac Champlain le calcaire carbonifère, avec une coquille turbinée, discoïde, que M. Lesueur a nommée maclurite, et que je regarde comme voisine des évomphales de Sowerby; au sud du lac Ontario un calcaire sublamellaire grisâtre avec entroques, spirifères et orthocératites $ dans les collines près d'Hudson, un semblable calcaire, quelquefois noir , carbonifère et renfermant des trilobites ; et dans lo monts Catskill, état de New- York, ce même calcaire, accompagné d'un grès ferrugineux comme au Harz, pétri de spirifères, de productus, d' entroques, et renfermant, comme en Norwége , des ampullaires , des favosites , dea calymènes.
1 On pense bien qu'il y a bien d'autres lieux que ceux que je viens de citer comme exemple des groupes calcareux des terrains bémiljsiens; mais j'ai choisi particulièrement ceux que j'ai eu occasion de visiter. Je compte en donner une description plus détaillée, accompagnée de coupes propres à faire connoîtrc des terrains si remarquables, mais déjà si bien connus par les travaux de M. de Bucb, et surtout par les travaux beaucoup plus récens d'un naturaliste du paya , M. Keiiau.
TBft&» Bl^MIfti rilAGKEKIBUX. ^99