C. Pentagonus
C, Opuntia , etc.
de sortir de renceinte dés villes , pour reconnaître cetî^ constitution atmosphériqué si redoutable à l’homme. Dans les jardins qui sont àu milieu des cités, si le nom^ bre des plantes, la singularité de leur port , la variété de leur feuillage , la beauté de leurs fleurs , l’arôme et la saveur de leurs produits attirent l’admiration du voyageur européen , peut-il oublier que les principes qui donnent à la végétation tant de vigueur et d’activité ^ sont les memes qui font naître les épidémies américaines ^ Ici l’art des àrrosemens , le choix du soi et des expositions , la taille , la greffe et les engraià sont deS procédés , sinon inconnus , du moins inusités ; rinéuriô tropicale abandonne à la najure le soin de ses productions; et tous ces végétaux divers, réunis dans un même lieu , prospèrent par l’unique protection du climat ^ presque sans aucun secours de la main des hommes.
Si les regards parcœrent l’horizon des campagnes ^ c’est la canne à sucre, qui est un roseau des marais, qu’on voit couvrir, de ses fourrés épais, le sol de la région la moins élevée des Antilles. Au plus haut sommet des collines , la plante dont on distingue les dernières cultures , c’est le riz, cette graminée des bords inondés, qui trouve dans l’atmosphère de l’Archipel, l’eau que dans d’autres contrées ses racines demandent à la terre Enfin , sur la cîme des montagnes sont des forêts entièrement formées de végétaux congénères de ceux qui , dans notre climat^ n’habitent que les prairie» humide^ ou le bord des eaux. Mais ici , ce ne sont point de faibles plantes herbacées, ce sont des monocotylédo-
nés (1) qui 5 en conservant rorganisation èt le port d0 la classe dont elle font partie , atteignent la hauteur des espèces arborescentes. On ne peut ^ sans les avoir' vues , se faire une juste i lée de ces forêts aériennes qui s’élèvent sur les orles des anciens volcans , à 5,000 pieds au - dessus de l’Atlantique équatoriale ^ d’où se projettent les pyramides de porphyre dont elles occupent les sommets nébuleux. En herborisant dans ces lieux que je ne puis décrire, j’oubliais les dangers de la fièvre jaune , qui , seul de tous les miens , m’avait épargné ; j’oubliais même la vipère ferde-lance qui , dans ces fourrés inextricables , pouvait m’atteindre à chaque pas (a\
Quoiqu’il n’y ait aucune parité entre l’action que le climat exerce sur l’espèce humaine , et celle qu’il a sur le règne végétal , on peut cependant observer dans la constitution des habitans des Antilles , combien les effets de l’humidité atmosphérique l’emportent , par
(î) Notamment ; canna indica , C, angustifoUa , L, Costus spicatiis , Sw.
Alpinia mceniosa , A. occidentalis .
Uracontium pertusum , L.
Caîcidlum arhorescens , Persoon, lieliconia carihœa^ H. hijiai ^ etc., etc.
(2,) Quelques fraginens de l’exploration géologique et botanique de ces hautes régions , ont été déjà soumis , par l’auteur, à l’Académie Royale des Sciences de l’Institut, et à la Société Philomatique • ils sont accompagnés de cartes, vues et coupes orthographiques des volcans éteints de PArchipel.
î,eur influence , sur ceux que produit la haute température de l’atmosphère. Tandis que les habitans des contrées de l’ancien monde situées sous une latitude correspondante, éprouvent, avec l’excès de la débilité des forces musculaires , la puissance de l’action du système nerveux , ceux de l’Archipel des Antilles soumis à un climat différent , reçoivent de l’empire qu’il exerce un tempérament éminemment lymphatique.
Les causes premières de cette constitution sont Fhu-^ ,midité atmosphérique produite par l’évaporation continuelle de l’Océan équatorial d’où s’élèvent les Antilles , par la transpiration des forêts qui couvrent les montagnes , par les exhalaisons des marais où les végétaux infusés attendent le dernier degré de leur décomposition , par toutes les eaux extravasées qui saturent l’air de gaz malfaisans , et rappellent au voyageur les rives du Phase , si bien décrites par Hippocrate.
Les causes secondaires qui favorisent cette constitution , sont : un sommeil fréquent et prolongé , l’excès -de l’usage des bains , l’abus des boissons délayantes ^ des alimens froids etpesans, sur-tout des farineux nonfermentés , des fruits , des comestibles non-azotés ? enfin l’inertie où l’ame est tenue habituellement , par le défaut d’évènemens ou de travaux de l’esprit qui entretiennent son activité.
Soumis egalement à toutes ces causes, les indigènes del Archipel offraient depuis fOrénoque jusqu’à Saint- .Domingue , la compîexion qu’on observe actuellement ; dans les habitans des Antilles , quelle que soit leur race originaire. Un séjour humide, la respiration d’un air
marécageux , une nourriture prêsqu entièrement végé^ taie , une vie sans activité morale , produisaient alors y comme à présent , une constitution lymphatique eii rapport direct avec celle du climat, et en opposition avec celle des Asiatiques qui vivent dans j les régions brûlantes situées sous le prolongement oriental des memes parallèles. Ces effets et leurs causes n ont pu être méconnus que parce que la physiologie n’a rien encore recueilli d’exact et de positif sur l’influence du climat de l’Archipel , et sur les changemens qu’il apporte dans le degré de tension des solides , la consistance des fluides , leurs rapports et leur action récipro- 'que générale et particulière. C’est sans doute à ce défaut -des documens qu’auraient dû fournir les voyageurs , qu’il faut attribuer les opinions conjecturales répandues sur ce sujet. Tefie est , par exemple , cette assertion sur le tempérament des habitans des Antilles , qu’on a prétendu être bilieux et sanguin. L’observation réfuté complètement les preuves qu’on a voulu tirer de quelques faits , pour appuyer cette hypothèse. La nuance jaune du teint des créoles , qu’on attribue à la prédominence de la bile , est simplement l’effet de l’action du soleil sur l’épiderme ; et les individus qui ne sont point exposés à cette action, par leur genre de vie , ont la peau très-blanche , ce qu’on peut sur- tout remarquer dans les femmes. C’est avec «aussi peu de fondement . qn’on a prétendu que les Européens qui vont s’établir entre les tropiques , étant sanguins et bilieux , leur postérité doit participer à leur tempérament : comme si le climat n’altérait pas d’abord et bientôt ne détruisait
pas la constitution la plus énergique ; et comme s’il îi était pas prouvé par la grande mortalité des Européens qui arrivent aux Antilles que l’influence de ce ciel nouveau est tellement puissante qu’il faut ou mourir Où changer de constitution. La nature des maladies de l’Archipel n’est point la preuve du tempérament sanguin de ses habitans , puisque pour les faire naître , il suffit d’un état de pléthore relatif qui est étranger à cette même espèce de tempérament. La prédominance du système nerveux n’est pas mieux prouvée par les dispositions convulsivês qu’on observe dans les affections pathologiques. La propriété d’une atmosphère chaude est bien de donner de la tension aux fibres , et de les rendre irritables ; mais l’union de l’humidité à la chaleur produit un effet contraire y et l’on doit attribuer ces crises spasmodiques à ce surcroît d’irritabilité qu’acquièrent par fois les tempéramens lymphatiques , et qui leur fait prendre l’apparence des tempéramens bilieux et mélancoliques. On sait que ces dispositions convulsives sont l’apanage de l’enfance^ et cependant cet âge est celui où l’homme éprouve le moins l’empire du système nerveux. Il en est ainsi des femmes dont le tempérament est généralement lymphatique ; le genre d’irritabilité auquel elles sont soumises , paraît analogue à celui qu’on observe dans les dernières classés zoologiques ; ses crises ont lieu souvent sans la participation des causes morales , partant sans action dé Fencéphale , et conséquemment , sans aucune influencé du système nerveux ; puisqu’il rapporte à
ce centre commun tous les ébranlemens qu’il éprouve;
La constitution la plus générale parmi les individu» blancs des deux sexes peut être exprimée parles termes suivans : débilité des systèmes moteur et sensitif , prédominance relative du système viscéral , défaut d’équilibre dans Faction des organes qui forment l’ensemble des fonctions vitales , tissu cellulaire lâche et médiocrement contractile J peau incolore , altérée fréquemment par des desquammations ; cheveux blonds , châtains ou cendrés, rarement bruns, presque jamais noirs ^ le plus souvent très-fournis et très-longs ; visage ovale , pommettes proéminentes , yeux bleus, grands et beaux , poitrine étroite , clavicules saillantes , mouvemens faciles , flexibilité étonnante des extrémités du corps , taille haute , droite et élancée.
Si Ton compare ces nuances légères aux grandes altérations qu’éprouvent les quadrupèdes de l’Europe , transportés aux Antilles , on trouve une preuve nouvelle de la résistance que l’espèce humaine oppose à Faction des climats. Cependant, il convient d’observer qu’ici, cette résistance est secondée
Par le peu d’antiquité des premiers établissemens des familles européennes dans les Antilles ;
. a®. Par l’introduction des usages , des coutumes et des mœurs de l’Europe ;
3°. Par la proscription que le climat semble faire de tous les individus dont la constitution vicieuse ou les habitudes intempérantes pourraient contribuer à la dégénération de la race européenne ;
4®. Et enfin, par le nombte des filles qui, dans les
naissances , étant plus considérable que celui des garçons, donne lieu à des alliances avec les Européens , et conséquemment à un renouvellement perpétuel de la population blanche.
La réunion de toutes ces causes contribue puissamment à la conservation des caractères physiologiques de la race européenne sous un ciel si différent de celui où elle a pris son origine ; et ton peut dire avec exactitude que les effets qu’on observe sont seulement ceux de l’influence journalière et immédiate du climat.
Dan§ la généralité des nègres habitant les Antilles , et provenant directement ou originairement de la partie occidentale de l’Afrique , située sous la meme latitude que l’Archipel, les caractères physiologiques peuvent être exprimés dans les termes suivans : constitution variée , lymphatique dans les nègres créoles, bilieuse dans les bossales ; puissance musculaire et sensitive très-bornée , angle facial singulièrement aigu , yeux noirs , grands et bien ouverts , nez épaté , narines larges , bouche béante , lèvres tombantes, épaisses, d’un rouge brun ou noiiâtre, fendillées profondément, dents très-belles, front bas, figure ronde, cheveux lanugineux , courts et entortillés , barbe de même nature, rare, implantée par touffe comme les cheveux, peau noire , tirant , avec diverses variétés , sur le cuivré et le cendré , et offrant une teinte qui diffère' selon lés parties du corps, la manière de vivre des individus, et sur-tout l’état de leur santé.
Les principales modifications qu’éprouvent ces caractères, portent en général sur l’étendue du sinus
de l’angle facial, la nuance du noir de la peau, la hauteur de la taille, la rigueur de la constitution et le défaut d’expression plus ou moins absolu de l’ensemble des traits. Leur degré d’intensité et leurs modifications varient par l’âge , le sexe^ le tempérament, les travaux, le régime alimentaire, les mœurs des individus et principalement par l’influence de la situation topographique des îl^ qu’ils habitent et des contrées dont ils proviennent originairement.
9^. Des vents dominans et de leurs effets sur les corps organisés, >
Quoique l’humidité de Fatmosphère des Antilles^ soit toujours très-grande , quels que soient les vents régnans, son intensité varie cependant d’après leur direction.
Le vent du Nord qui, en traversant l’Atlantique, équatoriale , adoucit l’âpreté qu’il avait contractéÉ^ sous les hautes latitudes , en conserve pourtant assez pour paraître sec et froid , quand il atteint les rivages^ de l’Archipel. 11 souffle pendant les mois de novembre y décembre , janvier et février; il fait tomber quelquefois le mercure du thermomètre au Néauinurien^. 69*^ de , tandis qu’il fixe l’aiguille de l’hygromètre entre le 60.^ et le 70.® degré pendant les heures de, la journée où la brise produit, par sa force et sa vélocité , le dernier terme de la sécheresse relative du climat. Sa domination est marquée par des maladies qui , telles que les rhumes épidémiques, les coqueluches,
les affections catarrhales et rhumatismales , se répandent uniquement parmi les nègres et les créoles , et ne s’étendent point jusqu’aux européens que le climat n’a pas encore adoptés : ceux-ci ne sont généralement soumis aux effets de cette constitution atmosphérique que lorsqu'ils commencent à cesser de craindre les dangers auxquels celle de l’hivernage les expose pendant les premières années de leur séjour, aux Antilles.
Le vent du Sud est chaud et humide; il souffle pendant les mois de juillet^ août, septembre et octobre , mais avec moins de force et de continuité que ceux du nord et de Test. Il fait monter le thermomètre au 28" de ü., de .F. , et cause presque toujours une telle abondance de vapeurs dans 1 atmosphère que 1 horizon demeure voilé par une sorte de brume, et que l’hygromètre reste stationnaire au terme de l’humidité radicale ou à peu de degrés audessus. Son influence est toujours dangereuse et maligne, ce qu’il faut attribuer sans doute à ce qu’il est chargé des exhalaisons des marais de Sainte-Lucie ou même de ceux que forment les eaux de l’Orénoque qui, à l’époque où il domine, s’élèvent de 3g â 41 pieds et inondent une étendue de pays de plus de ^00 lieues de l’est à l’ouest (x). Comme le Khamsin de 1 Egypte , qui ramène périodiquement la peste , il semble, à la Martinique et à la Guadeloupe, favoriser la propagation de la fièvre jaune ; et , pendant
(i) Voyez Depons ^ Lareysse , etc.
la funeste irruption de 1 802 , j’observai constamment que 1 épidémie se répandait avec plus de force , et que ses ravages étaient plus affreux toutes les fois que le vent soufflait du Sud, ce qui arriva fréquemment.
Le vent d Est , dont la domination a principalement pour époque les mois de mars, avril, mai et juin, participe généralement des propriétés du vent du nord dont il se rapproche plus ou moins par sa direction ; cependant , il souffle avec moins de force et de rapidité , et il n est ni aussi sec ni aussi froid , quoiqu en traversant l’Atlantique , il perde , avant- d’at- ■ teindre le rivage des Antilles, une partie de la cha-' leur qu il avait acquise par la réfraction des sables' vitreux des déserts de l’Afrique. Dans ce passage , à travers une mer dont la largeur excède 1200 lieues , l’intensité de son calorique est continuellement atténuée; car les eaux qui sont en contact avec ses courans inferieurs ne peuvent leur communiquer la chaleur qu’elles en ont reçue, puisque, cessant d’exister' comme fluide aussitôt qu’elles ont atteint le degré de' la vaporisation, elles laissent les eaux du fond se por- ' ter à leur place, à la superficie de l’Atlantique, et absorber une nouvelle quantité du calorique de l’atmosphère. Si l’on compare les observations météorologiques faites par Golhery dans les contrées de l’Afrique situées sous un parallèle identique , il en résulte que cette absorption, ou autrement la perte du ca-' lorique qu’éprouve le vent d’est en traversant l’Atlantique équatoriale, est de plus de six degrés Méau~
mur iens. VenàMïl sa domination , le vent d'est établit dans i’ Archipel une constitution tempérée rarement troublée par des perturbations atmosphéricpes ; c/est la plus favorable à la santé des créoles et des Européens acclimatés, à qui nuisent également les brises froides et carabinées du Nord, et les vents chauds et orageux du sud.
Lé vent à' Ouest est celui de tous qui est le plus rare. Il est aussi le moins constant dans sa durée , et il est remarquable que dans ses variations, il s’éloigne toujours beaucoup plus du nord que du sud. Aussi participe-t-il dans ses propriétés , de celle des courans d’air provenant dç ce dernier point de l’horizon. Gomme eux il pousse vers les îles de l’Archipel une brume blanchâtre accompagnée d’une odeur de varec , et ses bourrasques orageuses sont aussi entrecoupées de calmes plats.
Il est essentiel d observer que les périodes qu’on vient d’assigner à la domination des principaux vents peuvent être strictement réduites à deux. Pendant la pi'emière , qui forme ce qu on appelle la saison sèche , et qui dure depuis le mois de novembre jusqu’à celui d’avril , les vents soufflént de l’hémisphère boréal , en passant successivement du nord vers l’est. Pendant la seconde , qui constitue la saison humide , et qui dure depuis le mois de mai jusqu’à celui d’octobre , les vents soufflent de l’hémisphère austral , et varient entre l’est et l’ouest en passant par le sud. ,
Les vents d’est , dont la domination s’étend sur l’une et l’autre saisons , soufflent pendant environ les trois quarts de l’année ; néanmoins ils ne régnent , avec
constance dans l’atmosphère , que pendant les deux derniers mois de la première période et les deux premiers de la seconde. Ce sont eux qui portent le nom de vents alisésj et dont la cause doit être rangée y quoiqu’on en ait dit et écrit, parmi les questions de physique qui laissent le moins de certitude. La direction de leurs courans, qui parcourent avec quelque déviation des lignes parallèles à l’équateur , a fait penser à quelques physiciens que l'action astronomique qu’éprouve l’Océan, s’étendait également sur l’atmosphère; â'Alemben a appuyé cette opinion par de nombreux et savans calculs dans sa Dissertation qui , en 1746 , remporta le prix proposé par l’Académie de Berlin. D autres, considérant la régularité de ces vents et leur prodigieuse accélération qui leur fait parcourir 1800 pieds par minute, ont cru ne pouvoir trouver le moteur d’effets si puissans que dans le mouvement de rotation de la terre par lequel chacun des points situés sous l’équateur parcourt 238 toises par seconde. L’observation est loin de démontrer la certitude de ces conjectures , une cause générale et permanente semble devoir pro-i duire des effets également permanens ; or, il est irréfragable que si les vents alisés varient moins que les autres, ils éprouvent cependant, outre une déviation qui dans la mer caraïbe git entre le N. E. et l’E. N- E. , de grandes et nombreuses irrégularités qu’on ne peut attribuer à la proximité des terres. On sait a ce sujet ce qui arriva au célèbre La Pérouse en novembre et décembre 1786, sur la mer la plus vaste du globe. L’Océan Atlantique ne fournit pas moins d’exemples qui
prouvent que souvent, pendant plusieurs mois consécutifs, les vents sont variables entre les tropiques, même lorsqu’aucun relief ne peut produire de réaction assez forte pour les faire dévier de leur direction oïdinaire. En i8i^ , pendant les mois de novembre et décembre , précisément à l’époque à laquelle la domination des vents d’est est le mieux établie , les bâtimens français qui se rendaient aux colonies de la Martinique et de la Guadeloupe , trouvèrent constamment des vents de l’hémisphère austral, et ce ne fut qu’à 1 atterage qu ils rencontrèrent enfin les brises alisées.
Il est vraisemblable , mais cette opinion quoique généralement adoptée est pourtant susceptible d’objections , que le soleil en s élevant sur l’horizon et répandant une quantité de calorique qu’augmente la réfraction des terres insulaires et continentales , raréfie l’air des couches inférieures de l’atmosphère, et lui permet, en diminuant sa densité , de s’élever vers la région supérieure ; c est delà qu’il se dirige vers le pôle , mu par Timpulsion que lui donnent des contre-courans plus frais , qui , partis des zones tempérées , affluent en -dessous vers l’équateur pour remplir l’espèce de vuide produit par cette dilatation. Ces coyrans éprouvent un accroissement progressif de force et de vélocité, depuis neuf à dix heures du matin, jusques vers deux à trois heures après midi ; leur intensité de force et de vitesse diminue ensuite à mesure que le soleil s’abaisse vers l’horizon ; et les nuits ne sont troublées que par quelques bourrasques qui ont leur cause accidentelle dans la situation locale de l’atmosphère.
On conçoit en effet que pendant l’absence du soleil , les parties intégrantes de l air reprenant le pouvoir de se condenser , cette action qui est progressive, ne comporte guères de perturbations violentes , quoiqu'elles pivaduisent fréquemment des pluies nocturnes abondantes , ou tout au moins une très-forte humidité.
io.° De la Pression atmosphériques
Quoique le degré plus ou moins grand de cette humidité dépendent de la direction des vents , il n’en est cependant point des Antilles comme de la plupart des contrées continentales, où il ne tombe de pluie que lorsque les courans d’air viennent de certains points de l’horizon, qui sont en général presque toujours les mêmes. A la Martinique, ainsi qu’en Angleterre , et vraisemblablementdans toutes les îles qui, par l'élévation de leur massif minéralogique, ou par son étendue, exercent quelque influence sur l’atmosphère , il pleut , quel que soit le vent régnant. Il y a lieu de penser que l’excessive humidité qui résulte de cette influence et cet état de saturation dans lequel est presque continuellement l’atmosphère de l’Archipel , rendent beaucoup moindre que dans nos climats la pesanteur spécifique de l’air , et conséquemment sa pression. Saussure a reconnu que la présence de feau, qui est passée à l’état vaporeux, augmente l’élasticité de l’air ; et que, par exemple, à une température de i5“ Réaumuriens , la quantité de vapeurs capable de saturer fair atmospliérique, lui fait soutenir une pression de 37 pouces 6 lignes de mercure, au lieu de 27 pouces auxquels il faisait auparavant
équilibre. Les expériences intéressantes qui ont donné ces résultats , d’où il faut conclure qu’une atmosphère sèche est plus pesante qu’une atmosphère humide , mériteraient d’étretentées aux Antilles, etproduiraient sans doute des observations aussi précieuses pour les progrès de la science en général , que pour ses applications les plus utiles. En attendant qu’à l’imitation des explorateurs savans et justement célèbres de l’Egypte et de l’Amérique méridionale , ceux qui parcourent des contrées éloignées donnent au lieu des circonstances oiseuses ou romanesques de leurs voyages , des résultats positifs tirés d’exj)ériénces multipliées et faites avec soin, on peut assurer ici que les hauteurs du baromètre, observées pendant pr|ès de trois ans au Fort-Royal de la Martinique , concourent à confirmer les inductions de Saussure sur la diminution de pression et l’accroissement d’élasticité que reçoit l’air atmosphérique , par l’effet des vapeurs dont il est saturé.
Un baromètre dont le tube avait été chauffé, et dont le mercure ayant une hauteur de ^8 pouces 2. lignes au-dessus des eaux moyennes de la baie du Fort-Royâl, avait été purifié au feu afin d’en chasser l'air totalement, ce à quoi j’avais réussi, puisque l’extrémité supérieure de la colonne qu’il formait présentait une forme convexe quand il était ascendant , n*a jamais excédé 28 pouces 4 îigpes, dans \q maximiun de son élévation pendant les années 1807 et 1808 , et quoiqu’il fut suspendu à quelques pieds seulement au-des- < sus du niveau de la mer. Son minimum fut, dans le cours de cette période , de 37 pouces lo lignes et de-
liiie , ce qui donne seulement une différence de 5 lig. et demie entre sa moindre et sa plus grande hauteur. Cette variation est presque la même que celle qu’on trouve portée dans un Mémoire imprimé en 1797 à la Guadeloupe , et où il est dit que dans cette île l’échelle que parcourt le mercure du baromètre est de cinq lignes.
J’ai expérimenté , contradictoirement à une assertion qu’on trouve dans ce mémoire , où il est avancé que les indications barométriques sont sans rapport avec Fétat du temps :
1.^ Que la colonne dé mercure s’abaisse pendant la pluie , d’une quantité qui varie de deux à trois lignes au plus.
Qu’elle est ascendante aussitôt que la pluie a cessé J et qu’alors la surface de son extrémité supérieure devient convexe.
3. ° Quelle éprouve aux approches de l’ouragan une dépression subite et considérable , la plus grande qui ait lieu entre les tropiques.
4. ® Que loin d’être stationnaire , comme quelques personnes Font présumé , en observant négligemment la courte échelle qu’elle parcourt , elle est soumise à des variations qui paraissent régulières et périodiques. Chaque jour ^ depuis neuf heures du matin jusqu’à deux heures , elle s’abaisse d’une quantité dont le maximum est d’environ deux lignes; l’après-midi, elle remonte jüsques vers le soir ; alors elle commence à descendre de nouveau , et elle éprouve vers la fin de la nuit une ascensioi\ qui se prolonge long-temps après le lever du soleil.
Ces phases sont précisément inverses de celles qui semblent avoir lieu flans le Midi de la France , où Duc-la- Chapelle a observé que le baromètre se trouve ascendant à sept heures du matin , descendant à deux heures et demie de l’après-midi , et ascendant vers dix ou onze heures dn soir. — Elles diffèrent aussi d’époques avec pelles qu’éprouve l’atmosphère de l’Amérique méridionale , où , d’après M. le Baron de Humboldt ^ le mercure descend depuis neuf heures du matin jusqu’à quatre heures du soir, monte depuis quatre heures j’usqu à onze heures , descend depuis onze heures jusqu’à quatre heures trente minutes du matin , et remonte enfin depuis quatre heures trente minutes jusqu’à neuf heures.
En comparant avec les variations du baromètre dans l’Archipel, où elles se bornent à 5 lignes ou 5 lignes et demi (i) , celles qu’il éprouve, à Péter s bourg, où elles s’étendent jysqu’à 3 pouces ; et à Paris , où elles sont au moins égales à deux, on obtient pour résultat la différence de pression de l’atmosphère de ces divers lieux», Cette différence, qui doit être l’origine d’une foule de phénomènes physiques, n’est pas seulement prouvée aux Antilles par la stagnation et le peu de hauteur du mercure du baromètre , elle l’est encore par l’inertie des marées. Leur élévation ordinaire n’excède pas i5 à
(i) A Saint-Domingue , d’après l’observation de mon respectable ami Nloreau»S aint-‘ NLerry , l’échelle que parcourt la colonne barométrique est de cinq lignes. — T. I ^ p. 522.
i8 pouces ; elle se réduit meme à moins à l’époque des solstices , et pendant les équinoxes elle est tout au plus de 3 pieds.
II.® Des raz-de-marée J des tremhlemens de terre^ et de r ouragan.
Les eaux de l’Atlantique ne restent cependant pas immuablement renfermées dans leurs limiles ; elles en sortent quelquefois , et causent des inondations désastreuses en s’élevant à une hauteur considérable. On désigne aux Antilles, sous le nom de raz-de-marée , cette agitation des flots , cette impulsion qui les pousse vers le rivage, enfin cette sorte de tempête sourde, quoique violente , qui semble indépendante des vents , du moins dans les lieux où elle exerce ses ravages , et où la tranquillité de l’atmosphère contraste assez ordinairement avec la fureur de l’Océan. — L’élévation des eaux , et leur force d’impulsion qui , entraînant les navires , maigî é toutes leurs ancres et la bonté des mouillages , les jettent sur les rochers de la côte , paraît être l’effet dune pression atmosphérique qu’on attribue vulgairement à l’action de la lune , d apres quelques rapports de temps dont la certitude a besoin d etre constatée. Il ne se passe point d’annees qu il n y ait plusieurs de ces espèces de tempêtes , principalement dans la saison de riiivernage.
Quoique les raz-de-marée aient souvent lieu pendant un temps calme , il arrive plus fréquemment qu ils accompagnent les orages , les coups de vents, et ces tempêtes redoutables qu on nomme ouragans , et qiu sont
rangés justement parmi les plus affreuses calamités des Antilles. Tout ce que la* nature a de phénomènes effrayans et destr ucteurs , se réunit pour former ce terrible fléau. L’obscurité la plus profonde se répand sur Thorizon , et voile la clarté du jour. Les vents qui soufflent de toutes parts renversent les édifices , ‘déracinent les arbres , arrachent les moissons, et font succéder en un instant la désolation à la fertilité , et la famine à l’abondance. Les rivières grossies par des pluies diluviales, descendent des montagnes , comme des cataractes , et couvrent les campagnes de leurs eaux ; l’Atlantique , dont les vagues battent avec fureur les rochers des rivages , s’élève et semble près d’engloutir les îles qui se sont jadis élancées de son sein. Au milieu de ces désastres , les oscillations du sol annoncent presque toujours , dans ces momens d’effroi, que les feux souterrains qui ont projeté l’Archipel , conservent encore , dans les cavernes de sa base , leur redoutable activité.
Le souvenir de leruption récente qui a eu lieu à Saint-Vincent , et le désastre de Cumana , renversé de fond en comble par le tremblement de terre de i8i3 , ajoutent à l’épouvante que répand ce dernier phénomène dans les Antilles ; cependant, à la Martinique et à la Guadeloupe , il se réduit ordinairement à une ou deux secousses dont souvent on ne s’aperçoit que pay le bruit que font dans fiotérieur des maisons les choses mal-assujetties. Ou cite, néanmoins quelques tremblemeus de terre qui., de nos jours, ont lézardé des murs, abattu des cheminées, ou fait rouler dansles vallons d’énormes blocs de basaltes suspendus sur le versant
des collines y ou au sommet des escarpe mens des rivages. Ces effets bornés ne rassurent point les babitansde FArchipel ^ dont l’effroi est entretenu par ia tradition des désastres du Port-Royal de la Jamaïque , du Portau-Prince de Saint-Domingue^ et par le récit des éyénemens contemporains arrivés à Cumana, en 1797 et en 18
On assure que la corrélation qifon observe frequemment dans les tremblemens de terre des diverses parties de FArchipel, s'étend d'un côté à la Terre-Ferme^ et de Fautre aux Etats-Unis * et M. de V olney nous apprend que de iS^iS à 1782 on acompte i54 tremblemens de terre dans les contrées situées entre FOcéan et les monts Alléghaniens. Ces phénomènes sont encore plus multipliés aux Antilles : à la Guadeloupe , suivant l’observation de Happel’-Lachenaie , il y en
eut:
En J 797 ,. • . i - • .. . é • -5
En 1798 8
En 1799 ............ 4
En 1 800 5
En 1801 21
A la Martinique , suivant ma propre observation , il y en eut :
En 1802 ..3
En i8o3 2
En î 804 . . . . 4
En i8o5 . • * ^
En 1806 . . . 1
En 1807 . • . . • ô
En 1808 ...•.... ••♦•2
En 1809
En 1810
L’année dernière ( 1 8 1 6) il y en a eu deux dans la même île : l’un le 3 juillet , et l’autre le i5 juillet. Ce dernier , qui s’est formé de deux secousses , est le plus violent qu’on ait ressenti depuis un demi-siècle.
Les tremblemens de terre désastreux dont on a conservé le souvenir dan« l’Archipel ^ ont eu lieu aux époques suivantes :
i658. Les secousses durèrent près de deux heures.
169a, le 7 juin. Destruction du Port-Royal de la Jamaïque , et de trois villes de la Province de Quito , au Pérou .
1704. A la Jamaïque.
1751. Destructiondu Port-au-Prince à St.-Domingue.
1755. Le jour de la destruction de Lisbonne , tremblement de terre à Antique , à la Barbade , à Boston , etc.
1757. A la Barbade.
1770. Destruction du Port au^ Prince.
1778 et 1779. ACumana.
1 787. A la Martinique , le a3 j uillet,
"1 788. A Sainte-Lucie.
1791. A Cuba, où beaucoup de personnes périrent.
1797. A Cumana ; presque toutes les maisons de pierres furent détruites.
1799* A Cumana.
1802. La meme ville éprouva trois tremblemens de terre.
1812. A Kingston de la Jamaïque.
1812. Le 26 mars. 4,5 00 maisons et 19 églises de Cumana furent renversées ; il périt cinq à six mille personnes.
1812. Le 3o avril. Eruption du volcan de Saint-Vincent. Les cendres et les ponces qu’il lança obscurcirent Tair ^ et tombèrent en abondance à la Barbade , à la Martinique et à la Guadeloupe.
On a souvent attribué dans l’Archipel , aux tremblemens de terre qu’on y éprouve , des épidémies meurtrières qui se sont répandues à des époques concordantes , avec celles .des convulsions du sol. Cette opinion populaire n’est pas sans quelque fondement : la salubrité de l’atmosphère peut être altérée par les gaz pernicieux , dont l’expansion produit les oscillations de la teire, et dont le dégagement a lieu par les grandes fissures qui divisent le massif minéralogique des montagnes. Néanmoins pour ajouter foi à ce fait , il faudrait des observations moins vagues et moins incertaines que celles qui ^ jusqu’à présent, en ont été données pour preuves.
La seule calamité qu’on puisse comparer aux tremblemens de terre , l’ouragan , renouvelle ses ravages dans l’Archipel moins fréquemment, mais d’une manière plus funeste. Les plus grands désastres qu’il ait causés ont eu lieu aux époques suivantes ^ dont la corrélation est susceptible d’offrir peut-être quelques don-
nées utiles à la théorie des phénomènes qui composent cet affreux fléaü.
i65a. Il y eut trois ouragans cette année, à la Martinique et Saint-Christophe.
i65y. Il y en eut deux à la Martinique et à la Guadeloupe.
i6g4 > i3 octobre. A la Barbade.
1695. Le raz de la marée renverse 200 maisons du quai de Saint-Pierre.
1722. A la Jamaïque et dans les Grandes -Antilles.
1744. Le Port- Royal de la Jamaïque est détruit par Touragan.
lySi.
1765, septembre. A la Martinique, à la Guadeloupe, etc. .
1766, i3 août.
1772, premier septembre. Dans toutes les Iles du Vent.
1775, ^o juillet et 26 août.
1776 , 5 septembre. Il est accompagné de tremblement de terre.
1780, 3o septembre. A la Dominique.
10 octobre. A la Martinique, à la Barbade et îa Jamaïque.
/ 1784, 3o juillet. Aux Petites- Ai>tilles et à la Jamaïque.
1785, 3i août. A la Barbade, la Guadeloupe , Saint- Domingue.
1788, 14 août. A la Martinique.
1792, premier août. Dans les Antilles septentrionales, sur-tout à Antiques.
1793, 12 et i3 août. A Saint-Christophe , Saint Eustache, Saint-Thomas.
i8i3, 23 juillet. A la Martinique , la Dominique, etc.
1816 , 16 septembre. A la Martinique.
11 résulte de ce tableau que, dans l’espace de 174 ans, il y a eu 29 ouragans remarquables par les désastres qu’ils ont produits dans l’Archipel.
On observe :
I®. Qu’ils sont bien plus rapprochés dans le commencement de cette période que vers la fin , puisqu’on en compte 7 de 1643 à i656, dans un espace de 14 ans , tandis que dans celui de 28 ans, depuis 1788 jusqu’en 1816, il n’y en a eu que cinq , dont trois seulement ont ravagé la Martinique ;
2®. Que c’est vers la fin de Thivernage que les ouragans ont ordinairement lieu , et que leur puissance destructive ne s’est jamais fait sentir avant la fin de juillet, ni après le commencement d’octobre ;
3^* Et enfin , que nonobstant que la disette et la misère qu’ils causent , aient quelquefois fait naître des maladies épidémiques , une opinion populaire leur attribue la propriété de sanifier fatmosphère. En 1802, lors de l’irruption funeste de la fièvre jaune parmi les Européens nouvellement arrivés , on prétendit que l’ex-
tréme malignité de la maladie ainsi cpe son caractère épidémique et contagieux avaient principalement leur origine dans la longue péiiode qui s’était écoulée , depuis 1788^ dans une sorte de stagnation de i’atmosplière qu’aucun ouragan n’avait troublée. En 1814^ circonstances ont semblé appuyer cette conjecture, et peut-être n’est-ce qu’à l’influence de ce phénomène qui avait eu lieu l’année précédente, que fut entièrement due la santé des troupes nouvellement arrivées dans la même île , et qu’un concours de causes actives et puissantes, exposa long-temps à l’action des agens d’où naissent les maladies tropicales/ La théorie est d’accord avec les faits pour justifier l’opinion populaire, puisque, outre la pioduction d’oxigène qui a lieu pendant les tempêtes, et dont l’effet est d’affaiblir ou de neutraliser les émanations pernicieuses j on sait que les perturbations violentes, qu’éprouvent les forêts humides , les bois marécageux et les vallées les plus profondes , doivent en dégager les gaz délétères. Peut-être faut-il ajouter encore à ces causes de la salubrité de l’atmosphère, après l’ouragan, l’action du fluide électrique qui s’y produit alors ou sy condense d’une manière extraordinaire. Des témoins oculaires, dignes de foi, assurent que telle est son abondance dans cette crise de k nature, qu’il apparaît une foule d'étincelles électriques qu’on distingue aisément jusqu’à six à sept pieds du sol, à la lueur fugiti'fe qu’elles jettent d’instant en instant dans l’obscurité de la nuit et de la tempête.
12,^ Des Phénomènes de ^Electricité.
Cest seulement dans cette eireonstance que le^ couches inférieures de l’atmosphère manifestent la présence de ce fluide; on ne put en condenser une assez grande quantité, On 1787, à la Martinique , pour obtenir le moindre effet de plusieurs instrumens dont on se servit pour une longue suite d’expériences. Cependant, en 1801/ on a expérimenté, à la Guadeloupe , que la machine électrique avait quelque action , pendant 127 jours , sur le nombre de ceux de l’année toute entière; on a observé que l’hygromètre de Saussure indiquait d’une manière constante si l’humidité de l’atmosphère permettait de condenser assez de fluide électrique pour produire des effets sensibles.
Dans la haute région des montagnes , l’humidité a moins de puissance sur les phénomènes dépendant de l’électricité ; il faut sans doute en chercher la cause dans la vélocité des courans d air , et dans 1 in- , fluence géologique que les pitons aigus et isoles des Antilles exercent sur les nuages ou se forme la foudre. Pendant Thivetoage , qui est la saison des perturbations violentes de l’atmosphère , le tonnerre se fait entendra assez fréquemment, et part presque toujours de ces foyers électriques. En 1807, il y eut 33 jours dans l’année pendant lesquels il gronda à la Martinique , et en 1808 il y en eut /\5. A la Guadeloupe-, il y en eut, en 1797, 3i ; en 1798, en 1799? ^5; en i8oo, 5a; en 1801, 38; ce qui donne le nombre Zj pour terme moyen.
A moins d’un orage dirigé vers les Antilles par les Vents du sud, c’est presque toujours autour des sommets des montagnes que se forment les nuages qui portent la foudre, et fréquemment dans la saison de 1 hivernage on en voit sortir des éclairs pendant plusieurs heures consécutives. Les nuées qui versent sur leur passage des ondées rapides et fécondantes ou des pluies diluviales et destructives , y prennent également leur origine ; et c’est sur les vapeurs qui s en détachent que se dessinent les arcs-en-ciel solaires et lunaires, et ces grands cercles lumineux dont le disque de la lune parait souvent environné. Le séjour de ces hauts sommets offrirait sans doute , pour récompense , au physicien patient et courageux , des sujets d’expérience et d’observation du plus vif intérêt, dans la série nombreuse et la variété des météores auxquels donnent journellement naissance l’élévation , la structure et le gissement des montagnes de l’Archipel des Antilles.
i5." Des Phénomènes chimiques produits par V action du climat sur les corps inorganiques , les composes artificiels et les matières inertes.
Les phénomènes chimiques produits par la puissance que le climat des Antilles exerce sur les corps inorganisés et sur les substances inertes appropriées aux besoins des hommes , ont pour cause, les uns la chaleur et les autres l’humidité.
On doit rapporter aux effets de l’humidité :
ï.° L’oxidation rapide ^t profonde des métaux dort
les molécules ayant une moindre adhérence^, par Faction forte et constante du calorique de l’atmosphère ^ se combinent promptement avec Foxigène de Fair et de Feau ; ce qui leur fait perdre leur éclat , leur dureté et leurs autres propriétés métalliques. Cette oxidation ne permet que rarement l’emploi des ustensiles de cuivre , et elle nécessite le remplacement très-fréquent de ceux en fer.
La décomposition des substances fossiles, nonseulement par Feffet de la pénétration profonde de l’humidité qui tend à désaggréger leurs élémens , mais encore par Foxidation de leurs parties ferrugineusés qui est suivie de la perte de leurs couleurs , ainsi que de leur propriété magnétique , et d’où résulte bientôt leur réduction en produits terreux ou arénacés.
3.^ L’état de déliquescence des sels , et notamment du sel marin , qui est rarement sous une forme concrète et réguhère.
La prompte détérioration de la poudre à canon.
5P L’abaissement du ton ordinaire des instrumens à cordes et leur dissonnance remarquable sur-tout dans les harpes et les forté-pianos , où elle résulte de la variation rapide du degré de tension des cordes ;
6.° Le défaut de ténacité des substances qu’on emploie pour coller ;
J P Le peu de durée des couleurs, en général et surtout de celles qui sont tendres ou mélangées ;
8.^ L’altération très- fréquente du tissu des étoffes, dont on ne prend pas un soin constant, particulièrement de la toile , qui se pique d’une multitude de taches noires ineffaçables ;
g.® La moisissure des cuirs , des papiers , etc.;