‹ Tableau élémentaire des relations politiques et diplomatiques du PortugalChapitre 1 sur 26 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Chaque nation doit défendre son territoire, son commerce , ses sujets, son honneur : de là résultent nécessairement des relations avec les autres états, et c’est la politique qui, au moyen de la diplomatie, est chargée d’entretenir ces relations.

Flassan. Discours prélim. à l'hisl.gén. delà diplom. franç.

{^uand on examine bien la diplomatie, on voit clairement que toule étude des écrits politicjues et même toute pratique dans les différens emplois de la carrière diplomatique, ne peuvent donner la base primitive des connaissances nécessaires à l’importante science de négocier, si, avec ces connaissances, on n’acquiert pas aussi la plus profonde instruction des actes politiques, de leurs relations avec la statistique physique et morale de chaque puissance avec laquelle on se lie, et de l’histoire de ses négociations. Convaincu de cette importante vérité, j’ai entrepris la tache difficile dont je vais donner une idée dans cette introduction à l’ouvrage que j’ai intitulé , Tableau Élémentaire de nos relations extérieures.

J’ai vu que vouloir pénétrer dans les ténèbres des six premières périodes qui ont précédé la fondation de la monarchie portugaise, était un travail qui intéresserait davantage l’érudition que notre Droit public externe. Les affaires et les

différents politiques étaient à cette époque plutôt décidés à la pointe de l’épée que par des stipulations diplomatiques. Aussi n’avons-nous rencontré de ces sortes de stipulations qu’aux époques suivantes :

i°, Celle où ceî pays, connu sous le nom de Lusitanie, était habité par différens peuples qui tous avaient leurs lois et leurs usages particuliers.

2°, Lorsque ce même pays a été conquis par les Carthaginois.

3°, Quand il est passé sous la domination des Romains.

4°, Quand les Àlans, les Suèves et les Yisigoths en ont pris possession.

5°, Lorsqu’il est tombé au pouvoir des Sarrazins.

6°, Depuis que le comte Don Henri est entré en Portugal^ jusqu’aux Cortès de Lamego.

Nous tâcherons de montrer quelles étaient alors les vertus héroïques et militaires de nos ancêtres, vertus qui ont éclaté malgré la barbarie et la grossièreté de ces temps. Nous prouverons qu’ils ne souffrirent jamais le joug d’un chef, qu’il ne fût de leur nation; qu’ils protestèrent solennellement contre la violence des Tyriens, des Celtes et des Carthaginois; que lorsque ces nations attaquaient l’indépendance d’autres peuples bien plus nombreux que ceux de la Lusitanie, elles n’osaient pas en faire autant à ceux-ci, redoutant leur extrême valeur; qu’ils se défendirent plus d’un siècle et demi contre les terribles et victorieuses légions romaines; qu’il régna la plus grande harmonie et la plus grande liberté dans les élections des Apimans, des Yiriate, des Sertorius et des Tantame. Nous ferons connaître les crimes et la perfidie d’un Sulpice Galba, les craintes que le Sénat romain éprouvait de la valeur et de la vengeance des Lusitaniens, l'adresse et les ruses d’un Marcus Yitellius, et la défaite totale de son armée-

par Viriate; les différentes batailles données sur les rives du Tage, et surtout auprès du Mont de Vénus, où Paulitius céda, en tremblant, au courage invincible des Lusitaniens; que le champ d’Ourique, depuis si justement célèbre, où Claudius Unimanus perdit la vie, avait été déjà arrosé du sang romain, et jonché de cadavres de cette superbe nation; que plus d’une fois les Lusitaniens arrachèrent les étendards, les aigles , et les autres insignes de guerre aux légions romaines ; que leurs escadrons firent fuir le consul Caius Nigidus, et baisser l’orgueil à Q. F. Maximus Æmilianus, en prenant d’assaut, devant ses yeux, deux de ses plus fortes places ; que les intrépides peuples du nord, qui s’élevèrent sur les ruines de l’empire romain ne purent subjuguer la Lusitanie que par des moyens doux, ou par la ruse ; que nos ancêtres aidèrent de leur valeur les rois de Léon à secouer le joug cruel des barbares sectateurs de la loi de Mahomet, et que plus tard, guidés par la politique, ils arborèrent leurs pavillons glorieux sur le patrimoine des Sésostris et des Ptolomée.

Quant à ces époques reculées de notre histoire, elles ne nous offrent de documens qui puissent mériter l’attention de l’écrivain diplomatique, que les traités suivans :

i°, Le traité de paix entre les Lusitaniens et les Carthaginois, commandés par Ilanon, en vertu duquel huit mille des premiers passèrent dans l’armée carthaginoise de la Sicile.

2°, Le traité que Viriate célébra avec les R.omains.

3°, Celui de la composition faite par Tantame, chef des Lusitaniens, avec les mêmes Romains.

4°, Le traité de paix, appelé J alla , entre les Lusitaniens et Jules César.

5°, Le traité du partage des Espagnes, entre les Alans^ les Vandales et les Suèves.

6», Le traité d’alliance entre les Lusitaniens et les Suèves.

Par la connaissance de cette intéressante partie de notre ancienne histoire politique et militaire, on verra non-seulement de quelle manière nous traitaient les écrivains de cette superbe nation, qui appelait alors toutes les autres nations barbares, mais aussi que notre indépendance était déjà établie bien long-temps avant la glorieuse fondation de notre monarchie, comme Appien, un des meilleurs historiens romains, le dit en ces termes: Lus itctni pars alla Hispanorum

suis la gibus viventium .

Des écrivains, tant nationaux qu’étrangers, ont déjà assez rapporté ce que nous avons été, et ce que nous avons fait avant et depuis l’établissement de notre monarchie, pour que la connaissance de notre histoire et de nos relations puisse manquer de faire une partie des études de tout homme instruit. En effet, qui pourrait contester nos découvertes, et les services que nous rendîmes à la navigation et à l’Europe entière, en arrêtant, par nos efforts inouïs et nos actions héroïques dans l’Inde, le débordement de la puissance musulmane prête à l’envahir? qui pourrait nier que nous montrâmes à cette même Europe étonnée un monde jusqu’alors inconnu? que nous fûmes les premiers à lui en ouvrir la route, en lui faisant connaître les productions de tant de climats, le caractère et la situation de tant de peuples divers? que nous fîmes oublier la mesquine, mais arrogante supériorité maritime des Phéniciens ? que l’Adriatique se couvrit de deuil , lorsqu’elle nous vit maîtres de la mer Rouge et dictant des lois à l’Egypte, à l’Arabie et à la Perse? que noire idiome a été presque une langue universelle? enfin, que les plus grands potentats de l’Asie se disputaient à qui seraient nos tributaires?

Mais si le monde entier connaît ces vérités et les justes

titres de la gloire portugaise, il ignore cependant la partie de notre histoire qui contribue le plus à augmenter cette gloire , à légitimer plusieurs de nos établissemens et possessions, à démontrer les causes de nos opérations militaires , à éclairer les vues politiques et commerciales du Portugal sur les expéditions de l’Afrique, les conquêtes de l Asie, les colonies de l’Amérique, et les motifs et les progrès de nos liaisons politiques avec les différentes puissances européennes. Cette partie, la plus intéressante de l’histoire d’une nation , est restée parmi nous dans le plus coupable oubli.

L’amour que je consacre à mon Roi et à ma patrie, et le désir que j’ai de pouvoir leur être utile, m’ont donné des forces, peut-être téméraires, en entreprenant l’honorable, mais pénible tâche de publier l’histoire de nos relations extérieures avec les différentes nations de l’Europe. Je n’ignore pas que, malgré l’assiduité de mon travail, pendant l’espace déplus de quatorze ans , il ne doive exister des fautes innombrables dans un ouvrage tel que celui-ci. Les principales peuvent sans doute être attribuées à mon peu de capacité pour une entreprise aussi difficile; quelques-unes à des circonstances dont l’exposition serait étrangère à notre sujet; d’autres, enfin, au manque de chroniques anciennes , qui eussent pu nous donner des notices exactes, manque dont s’est déjà plaint notre chroniste Fernam Lopes, en ces termes : « C’est » grand dommage que la plupart des auteurs aient oublié de » faire mention des choses les plus curieuses de notre histoire , » parlant d’ailleurs d’événemens douteux et bien peu inté- » ressans. » Et rien encore ne peut donner une meilleure idée de cette pénurie, que ce que rapporte l’auteur de l’Essai historique sur l'origine et les progrès des Mathématiques en Portugal, p. 3i. «En effet, dit-il , il est digne de regret que la plu- » part des historiens, sans faire aucun ras de ce qui regarde

IO

» les progrès de l'esprit humain, se soient contentés de nous » détailler ( au lieu des faits qui intéresseraient la raison, la » morale et la politique), les uns les prouesses et les faits » d’armes de nos ancêtres , et les autres leurs longues , incer- » taines et presque toujours inutiles généalogies , nous mettant » par ce moyen dans la nécessité de traiter l’histoire plutôt » par des conjectures qu’autrement , etc. »

Ce vice était un résultat naturel de l’ignorance du moyen âge, dans lequel les sciences prirent la fuite à l’aspect des peuplades barbares du nord , et les écrivains mêmes, qui vinrent après cette tempête, s’unissant à rimmeur belliqueuse de l’époque, accordaient tout à la force, et rien à la raison ni à la justice. Ils decrirent les batailles sans rien dire sur la politique.

Outre ces défauts de nos anciens écrivains, le Portugal a éprouvé en différentes occasion de très-grandes pertes en documens historiques; la première a été causée par le vol, commis l’année i5i4, dans le monastère de Sainte-Croix de Coimbre , des chroniques commencées par Pierre Alfarde, prieur du susdit monastère, comme le témoigne l’ordonnance du Roi don Alphonse, premier Roi de Portugal, passée le i3 janvier ii45, afin qu’il écrivît, en qualité de premier chro^* niste du royaume, l’histoire du Portugal avec la plus exacte vérité, travail qui a été continué par ses successeurs jusqu’en 1 4S0, époque à laquelle elles furent volées. La seconde perte bien plus considérable encore, a été celle-ci : Le Roi Alphonse Y, désirant que les actions brillantes et les faits héroïques de la nation portugaise fussent rappelés par une plume habile et expérimentée, lit venir à cet effet, de l’Italie, le père .1 liste Baldino , qui s’en occupa jusqu’à sa nomination à l’évêché de Ceuta, en l’année r477? mais le Roi étant mort en 1487, et quelque temps après l’évêque, on n’a pu trouver non-seulement ce qu’il avait composé, mais encore, tons les

documens et mémoires provenant des archives du royaume, et qui lui avait été confiés par ordre du Roi.

Dans la tour du Tombo, ou archives du royaume, il existe un certificat qui prouve que pendant le gouvernement usurpateur des Philippes, on envoya, des memes archives à la tour de Simancas, en Espagne, neuf grandes caisses de livres et papiers de la plus haute importance , et formant une collection rare et précieuse. L’abbé de Sever , dans sa bibliothèque lusitanienne , parle d’innombrables travaux historiques de plusieurs auteurs nationaux, qui, 11’ayant jamais été imprimés, ont été entièrement perdus. Quelles pertes n’avons pas éprouvées par le terrible tremblement de terre de 170$, et par l’incendie des plus précieuses bibliothèques du royaume!

Connaître donc les relations politiques du Portugal, depuis le commencement de la monarchie jusqu’à présent, assembler les diplômes qui leur servirent de base, voilà, malgré tant d’obstacles, le travail que j’ai entrepris. Mais comme un ouvrage tel que celui-ci est non-seulement de la nature de ceux que Bacon appelle fils du temps, et qu’il dépend aussi de l’extraction et de la classification d’innombrables documens, j’ai été obligé d’entrer d’un pas mesuré dans ce difficile et tortueux labyrinthe, afin de ne pas tomber dans les erreurs de système que les critiques remarquent dans ceux qui m’ont précédé. Pour cette raison j’ai fait l’examen le plus strict de toutes les chroniques et écrits nationaux qui ont jamais paru, comme le lecteur pourra le voir dans la table des auteurs consultés , que je mettrai à la fin de cet ouvrage; j’ai examiné de meme toutes les chroniques d’Espagne qui ont existé pendant huit siècles, l’histoire de France, depuis Grégoire de Tours jusqu’à Bertrand de Motheville, et en général l’histoire de toutes les monarchies européennes. J’ai également examiné les mémoires politiques et les dépêches

diplomatiques qui ont été publiées jusqu’ici dans l’Europe, et l’histoire des Congrès qui ont eu lieu depuis le traité de Vervins. J’ai rassemblé toutes les pièces et documens inédits les plus intéressans que j’ai pu trouver : i°, dans la précieuse collection des manuscrits de la Couronne; 2°, dans la bibliothèque de la sérénissime Maison de l’Infantado ; 3°, dans la bibliothèque royale de Rio Janeiro ; 4P, dans les riches archives de la tour du Tombo ; 5°, dans la belle collection du couvent de Jésus; 6°, dans la très-importante bibliothèque de Saint-Vincent de Fora ; 70, dans la bibliothèque publique de Lisbonne; 8°, dans la collection de manuscrits des Biaisons des comtes da Ponte, da Cunha, das Galveas, dans celle du marquis de Pombal , et dans celle de J. P. Bezerra; 90, dans les archives de France; io°, dans l’admirable collection de la bibliothèque royale de Paris; enfin, dans les bibliothèques et archives de plusieurs particuliers, qui m’ont communiqué de la manière la plus franche tout ce qu’ils possédaient. L’importance d’une semblable collection est trop positive pour qu’il soit nécessaire de la démontrer. Dans l’ancienne Grèce, qui fut le berceau des arts, dans la patrie des Euclides, des Périclès, des Homère, etc., où les sciences florissaient , les peuples solennisaient la célébration de leurs traités par les fêtes les plus brillantes et les plus somptueuses, comme le rapporte, dans sa savante dissertation préliminaire , M. Dumont, vol. ier de son Corps Universel Diplomatique du Droit des gens.

IjCS anciens gravaient leurs traités sur des colonnes de marbre , afin qu’ils ne puissent s’effacer de leur mémoire, ainsi que les actes solennels qu’ils avaient célébrés avec les autres nations; et par ces moyens nous conservons encore quelquesuns de ces traités, malgré les ravages du temps et toutes les révolutions civiles. Cet usage , de graver les traités sur des

colonnes de marbre, des planches de fer, ou autres métaux, a existé long- temps parmi les Grecs et les Romains, et c’était aussi leur manière d’écrire l’histoire. Ces rnonuraens étaient exposés dans les lieux publics, à la vue de tout le monde; de sorte que chaque nation avait devant les yeux, d’une manière indestructible , ses archives publiques. D’autres fois les traités se gardaient dans les temples et lieux sacrés comme les Juifs le pratiquaient (i). Le temple de Delphe (2), celui de Minerve à Athènes (3 J, ceux d’Apollon, de Yesla, et le Capitole à Rome (4) : voilà où les Grecs et les Romains déposaient les leurs, en les consacrant à la Divinité ^5); ils y mettaient également ceux des limites de l’empire (6), les alliances, et enfin tous les actes qu'ils considéraient comme étant les bases de la tranquillité publique.

Les traités composent la partie la plus intéressante de l’histoire des nations; on y découvre l’origine des événemens qu’elles éprouvèrent dans tous les siècles; on y trouve les documens les plus authentiques scellés du sceau des monarques de chaque nation, les droits et la considération qu’elles se sont acquis, et ceux dont elles jouissent encore dans les autres états.

Ce qui , dans l’antiquité, donnait lieu à la célébration des traités et conventions, varie beaucoup; mais j’en citerai quelques exemples :

(1) 10 , io. — 25.

(2) Pausinias in Bcolicis.

(5) Wincher, Collect. Archiv.

(4) Eccard.

(5) Mémoires de l’Académie des Inscriptions, tome 8, pag. 260. — Tacit. Annal. , liv. 4-

(6) Tit.-Liv. Dec . 2 , liv.

i°, Les traités qui regardaient ia Religion, ceux de la juridiction d’un temple, du droit d’asile, de la liberté de conscience, etc.

2°, Traités de simple amitié.

3°, Traités d’amitié et d’alliance.

4°, Traités d’alliance offensive et défensive ou défensive seulement.

5°, Traités d’alliance égale et inégale.

6°, Confédération perpétuelle de plusieurs peuples.

7°, Conseils perpétuels établis entre certains alliés.

i>°, Décrets de ces différens corps.

9°, Traités entre les alliés pour le commandement des armées.

io°, Traités pour le choix du général en chef.

ii°, Traités des colonies entre ceux qui la composaient, ou avec les habitans du pays dans lequel elles allaient s’établir.

i2°, Traités pour terminer quelque discussion.

i3°, Traités sur la decision des juges arbitres.

i4°, Traités par le sort.

i5°, Traités par des négociations.

169, Traités décidés par un combat -singulier, et d’autres lois par plusieurs combattans choisis parmi les deux partis.

170, Traités décidés par le combat d’animaux contre d’autres animaux.

180, Traités sur les limites, ou au sujet de quelque ville ou pays dont la propriété était contestée.

190, Traités par lesquels on stipulait qu’une seule ville, appartenait en partie à plusieurs princes.

20°, Traités de commerce.

2i°, Traites d’amitié entre deux et plusieurs peuples.

22°, Traités par lesquels on offrait le droit de citoyen à

des étrangers , qu’ils fussent de simples particuliers, des grands, des princes, ou même quelquefois des souverains.

2 3°, Traités d’hospitalité entre des rois ou des peuples.

240, Traités où se stipulait la liberté des mariages entre deux nations.

25°, Traités de vente , de cessation , ou de donation de quelque ville ou pays.

26°, Traités pour le passage ou la retraite d’une armée.

270, Traités par lesquels il était permis à un Roi ou à un peuple de recevoir les réfugiés venant d’un autre pays.

28°, Traités pour rendre un ou plusieurs individus.

290, Traités pour l’entrevue des chefs de deux peuples ou de deux armées.

3o°, Traités pour regler le temps et le lieu du combat.

3i°, Traités par lesquels il était permis d’enterrer les morts.

32°, Traités pour les otages.

33°, Traités pour la délivrance , échange et la remise des prisonniers.

3/j°, Traités de trêves, de courte ou de longue durée, de 3o, 4o, 5o, et quelquefois de 100 ans.

35°, Traités de capitulation ou de composition.

36°, Traités de paix décisifs ou illimités.

37°, Traités pour les tributs de différentes espèces.

38°, Traités des privilèges accordés ou confirmés à des villes ou à des nations dépendantes ou indépendantes.

39°, Traités entre les grands d’un royaume pour élire un roi dans les monarchies électives.

4o°, Traités entre les prétendans à la succession d’un royaume.

410, Traités de division et de partage d’un royaume par consentement mutuel.

4^0, Traités d’association à la couronne, avec la condition de régner chacun à son tour ou ensemble.

43°, Traités par lesquels on change de royaume.

44°, Traités faits avec des rebelles.

45°, Traités entre un roi et ses sujets.

4b°, Traités entre deux ou plusieurs partis pendant les guerres civiles.

47°, Traités par lesquels un roi légitime était forcé d’abdiquer le gouvernement.

4&°, Traités par lesquels on rétablissait un souverain dépouillé de ses états.

49°, Traités par lesquels les grands d’un royaume prenaient la direction des affaires.

5o°, Traités proprement dits secrets , etc. 4

Voilà les principaux sujets pour lesquels l’histoire diplomatique et politique des peuples , tant anciens que modernes, nous apprend qu’on faisait des traités.

Aujourd’hui, il n’y a plus besoin, comme dans l’antiquité, de célébrer un traité ou une convention dans chacune de ces circonstances. Un traité des modernes comprend, dans ses différens articles , plusieurs de ceux que je viens de citer; également, quelques-uns de ces traités et conventions s’arrangent maintenant par le moyen de négociations entre les ministres, ou représentans des différentes cours étrangères; d’autres ont fini avec l’introduction du christianisme , et avec la chute de l’empire romain, tels que les traités par le sort ( N0 14 ), ceux du combat entre deux ou plusieurs individus ( N° 16 ), etc.

Pour l’intelligence de ce tableau élémentaire , je dirai quelques mots sur la forme adoptée dans les temps modernes pour les traités, sur le pouvoir de les célébrer, sur leurs différences , etc.

Un traité est un pacte fait par les pouvoirs suprêmes d’un pays, pour un espace de temps limité ou illimité, ayant toujours pour objet l’utilité publique. Les pactes qui ont pour but des affaires transitoires se nomment conventions ou concordes provisoires. Ce genre de pactes est conclu ordinairement dans son exécution , et les traités reçoivent une exécution successive. Les traités publics ne peuvent être faits que par les pouvoirs suprêmes des états, c’est-à-dire, par les souverains, qui contractent au nom de la nation : par cette raison , quelques publicistes prétendent que les conventions faites entre les souverains , pour leurs affaires particulières, ne sont point des traités publics; mais le souverain qui, comme parmi nous, a le pouvoir absolu, peut sans doute traiter par cette forme, et ses contrats lient la nation 'i).

Les souverains traitent aussi par la voie de leurs procureurs ou délégués, revêtus de pouvoirs suflisans , et à qui on donne le nom de plénipotentiaires. Les droits ou pouvoirs de ces procureurs ne doivent pas surpasser les ordres et les instructions qui leur ont été conférées, dont ils ne doivent pas s’écarter, et par conséquent tout ce qu’ils promettent, hors les articles exprimés dans leur commission, doit être conditionnel ; mais, si leurs pouvoirs sont illimités, alors, selon toutes les règles, leurs commettans doivent se soumettre à tout ce qu’ils feront. Pour éviter tous les dangers et difficultés qui peuvent résulter de l’abus des pouvoirs trop étendus, les princes se sont réservés la ratification de tout ce que leurs ministres ont conclu en leur nom. Sur les traités d’alliance, ou d’autres, leur dissolution ou ré-

(x) Il y a quelques exceptions quant au pouvoir de faire des traités, tels que ceux célébrés par les piinces de l’ancienne Confédération Germanique, leg Suisses, etc.

novation, et ies assurances données pour leur observation; sur la manière de terminer les différents entre les nations, sur la guerre , sa déclaration , etc. ; sur la neutralité des troupes dans les pays neutres ; sur les droits pendant la guerre; acquisitions par les armes, conquêtes et diverses conventions qu’on célèbre sur le rétablissement de la paix , et les ambassades pendant la guerre; sur l’exécution des traités de paix , leur observation ou rupture ; sur les droits d’ambassade , ses prérogatives et ses immunités ; sur les différens ministres publics, etc. Le lecteur pourra consulter, avec fruit, Wattel, Grotius, Puffendorf, de Réal, Mably, Robinet, Wecfort, Barbeirac, Wolf, Hobbs, et plusieurs autres.

La connaissance des anciens traités est surtout essentielle pour la science de la diplomatie. Il y a des individus qui, n’approfondissant pas assez cette matière, ou d’autres qui, étant ennemis déclarés de toute application sérieuse, appelleront cette étude, peut-être, une érudition peu nécessaire. Ces personnes ignorent complètement que tout homme qui veut connaître à fond l’histoire de son pays , pourra trouver, dans un ouvrage comme celui-ci , les monumens les plus certains de l’authenticité de l’histoire ; elles ignorent que la connaissance des anciens traités et différens diplômes sert même à purger les écrits des meilleurs historiens des erreurs de dates que l’on y rencontre souvent, et à expliquer plusieurs difficultés chronologiques, vu que chaque puissance date ses traités de différentes manières.

Les traités avec la France se trouvent datés non- seulement de l’ère chrétienne, mais aussi de l’année du règne du roi qui les a signés. La même chose se trouve dans nos traités avec le Saint-Sicge, où il y a l’année du pontificat du Pape siégeant, date que d’autres puissances ont l’usage d’ajouter à la leur.

Les géographes peuvent tirer aussi de grands avantages

d’un tel ouvrage , en entrant dans la connaissance des noms divers qui ont été donnés, dans les temps les plus recules, aux villes, montagnes, rivières, etc., et des changemens qu’ils ont éprouvés. Surtout pour nous un semblable secours offre le plus grand intérêt par l’ignorance des changemens, et les différentes dénominations que la géographie de Portugal a subies depuis le temps de son occupation par les Romains; enfin, la connaissance des anciens traités est indispensable, sans contredit, pour tous les diplomates.

Comment aurait-on pu célébrer les traités du i3 janvier 1760, du 12 février 1761 et du 11 octobre 1777, entre le Portugal et l’Espagne, avec les articles séparés et secrets de ce dernier, sans connaître parfaitement le traité de Tordesillas du 7 juin 1 jg5 , la bulle du pape Alexandre VI, sur la division des conquêtes, du 4 mai *493; le traité de paix et de concorde entre le roi Jean II de Portugal et ie Roi et la Reine catholiques, Ferdinand et Isabelle, fait dans le même lieu, jour et année; l’écrit de Saragosse du 22 avril 1023, célébré entre le roi Jean III de Portugal et l’empereur Charles- Quint ; le traité provisoire de Lisbonne, du 7 mai 1681, entre Pierre II , alors régent du Portugal , et Charles II , Roi catholique ?

Comment aurait-on pu former le traité du ier mars 1778, sans une exacte et parfaite connaissance des anciens traités qui eurent lieu entre le Portugal et l’Espagne, dans le temps des Rois Don Emmanuel et Don Sébastien avec Charles Ier et Philippe II, puisqu’on les y renouvelle et qu’on les explique, ainsi que l’article 25 du traité du i3 janvier 1750, dans les termes stipulés dans l’article 22 du ier octobre 1777, où sont amplifiés et ratifiés les articles 17 et 18 du traité d’Utrecht de i7i5, ainsi que l’article séparé, dépendant des articles 3 et 4 de celui du i3 février 1668 , et qui a été garanti

par la Grande-Bretagne, dans lequel on fait aussi mention de ceux célébrés entre l’Espagne et l’Angleterre, le r 5 novembre 1820, et le 28 mai 1667 , qui ont été egalement communiqués au Portugal ?

Dans le traité définitif, fait à Paris, le 10 février 1763, où nous fûmes partie contractante (1), on verra spécifié, qu’il eut pour base et pour fondement les traités de Westphalie, de 1648; de Madrid, entre l’Espagne et la Grande-Bretagne, de 1667 et 1670; de Nimègue, de 1678 et 1679; de B.yswick, de 1 G 9 7 ; d’Utrecht , de 1 7 1 3 ; de Bade, de 1714? la triple alliance de La Haye, de 1717; la quadruple alliance en 1718; le traité de paix de Vienne, de 1788; le traité définitif d’Aix-la-Chapelle, de 1748; celui de Madrid, entre l’Espagne et l’Angleterre, de ij5o; ainsi que le traité entre 1 Espagne et le Portugal, du i3 février 1668, du 6 février .1715, du 12 février 1761, et celui du 11 avril 1713, entre la France et le Portugal, avec les garanties de la Grande-Bretagne , lesquels traités y ont été tous renouvelés. Je pourrais encore citer d’innombrables exemples pour convaincre ceux qui, n’ayant aucune connaissance des négociations , ignorent entièrement la nécessité où les ministres se trouvent d’approfondir tous les traités et les actes anciens, étude sans laquelle ils ne pourront jamais connaître le droit public externe de leur nation.

Qui pourra ne pas admirer, connaissant à fond la diplomatie, l’histoire des anciens traités, écrite par l’érudit et savant Barbeirac (2)?

(1) Je possède toutes les négociations de ce traité, en 8 vol. Ms., et qui font partie du Corps diplomatique portugais.

(2) Histoire des anciensTraitès , ou recueil historique et chronologique des traités conservés dans les auteurs grecs et latins, et autres monumens de l’antiquité , depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’empereur Charlemagne.

Qui n’admirera pas l’étonnant travail de la compilation de Rymer? Les critiques mêmes admirent et louent les précieux travaux de l’abbé Mably , dans son Droit public fondé sur les traités ; l’histoire des traités de paix, par M. Koch , 1 histoire des traités de paix après celui de Yervins, quoiqu’elles ne fassent mention que d’époques très-rapprochées, laissant les différentes altérations des formules diplomatiques ensevelies dans le plus profond oubli, de manière que les •commençans, dans l’étude de la politique , croiront que les relations et transactions entre les différens états , ainsi que les fondemens de la science de la diplomatie, n’avaient pas existé avant la paix de Westphalie, ce qui n’arrive pas aux compilateurs graves et profondément instruits, qui remontent à l’origine des gouvernemens réguliers.

Les préambules même des documens sont souvent de la plus grande utilité, non-seulement parce qu’ils font connaître plusieurs circonstances importantes, mais parce qu’ils enseignent la manière diplomatique de faire les conventions dans le temps que l’acte fut célébré; on a encore connu leur utilité dans les négociations de Ryswick, où, par la connaissance des préambules des anciens traités, particulièrement de ceux de Breda, les plénipotentiaires britanniques réfutèrent les doutes de ceux de France sur les titres que s’arrogeaient les rois d’Angleterre.

Ces différens titres, dont quelques monarques font usage dans les préambules des traités, sont quelquefois simplement honorifiques. Tous les traités de paix , d’alliance, du neutralité, de trêve, de commerce, de limites, de propositions de mariage, de cessation de territoire, de changement, de donations, font partie de ma collection; toutes les négociations^ ambassades et missions envoyées et reçues par les rois de Portugal , leurs motifs , leurs réponses et leurs conséquences;

les ratifications des actes, les capitulations et manifestes; les armistices, les traités pour rendre les prisonniers, les rebelles, etc.; en un mot, tous les actes célébrés entre le Portugal et les différentes puissances de l’Europe , en y comprenant ceux qui ont été contractés dans les autres états, tant en Amérique qu’en Afrique et en Asie, qui appartiennent ou qui appartenaient aux domaines de la couronne de Portugal. Les testamens des rois ne sont pas d’une moindre importance dans un ouvrage comme celui-ci, parce que, malgré qu’ils ne soient regardés ordinairement comme des documens diplomatiques , on y trouve cependant parfois des choses qui intéressent extrêmement la diplomatie. Tels sont les testamens où les rois règlent la succession du trône, ou d’autres qui ont la plus étroite liaison avec le droit public externe de la nation. Pour cette raison, dans cet ouvrage, j’en ai mis quelques-uns qui contenaient ces particularités: en quoi j’ai suivi l’exemple de Don Joseph d’Abreo e Bertodano qui a fait la même chose dans sa collection des traités d’Espagne.

Je parle aussi de quelques donations internes, qui font mention des clauses , qui ont une relation immédiate avec le droit public externe, comme par exemple, la charte par laquelle le roi Don Alphonse ÏII donne à l’infant Don Alphonse, les châteaux de Marvam et d’autres villes et lieux, et où il lui accorde la permission, ainsi qu’à ses successeurs, de faire la guerre ou la paix avec le roi de Portugal, dans le cas où il l’exciterait à cela par de mauvais traitemens, en leur laissant la liberté de former des alliances avec d’autres princes étrangers pour défendre leurs droits.

J’ai ajouté aussi à cette collection tous les écrits, lois, privilèges et autres diplômes qui, en conséquence des traité.1ou conventions particulières entre les différentes cours, ont été faits en faveur des étrangers. J’ai suivi en cela l’exemple

de Marions , réfléchissant que le négociateur ne peut se passer de cette connaissance. Si cela était nécessaire, je pourrais produire mille exemples : je recommanderai seulement de faire attention à la dépêche de M. Wilt écrivant au ministre de Hollande à Paris, de La Haye, le 6 octobre 1661 , où il fait plusieurs citations des privilèges dont les Hollandais jouissaient depuis long-temps en ce pays.

Comment Don François Innocencio , aurait-il pu former l’article 12 du traité de 1778, entre le Portugal et l’Espagne, où il est question de faire une collection de privilèges dont avaient joui les deux nations , du temps du roi Don Sébastien; comment l’aurait-il fait, ainsi que le comte de Florida Blanca , s’ils avaient ignoré ces privilèges? Les correspondances réciproques entre les Rois de Portugal et les autres souverains, dont quelques-unes vont jusqu’au i5me siècle, et qui sont de la plus haute importance, forment aussi partie de cette vaste collection. C’était alors la manière de négocier; il n’y avait pas encore des résidences fixes de ministres ordinaires en chaque cour : cet usage n’a été introduit que vers le i6me siècle.

Ce genre de pièces n’est pas moins important dans la diplomatie ancienne, et sa connaissance est aussi nécessaire au bon diplomate, que celle des mémoires et de toutes les négociations modernes , surtout depuis la paix de Munster.

Les bulles et tous autres brevets apostoliques qui ont été obtenus par le moyen de négociations diplomatiques, doivent, ajuste titre, faire partie de cet ouvrage, ainsi que l’histoire de ces négociations.

Quand l’Académie des Sciences de Lisbonne proposa , dans son programme de i8i5, de faire une table chronologique des diplômes et autres documens publics concernant le Portugal, depuis la restauration des Espagnes du joug des Maures

jusqu’à l’année i6o3 exclusivement, et déjà imprimés dans des ouvrages nationaux ou étrangers, je pouvais dès-lors offrir à l’Académie non-seulement une table systématique d’une quantité de nos docnmens politiques, mais aussi plusieurs autres que j’avais recueillis et classes pour mon étude particulière; mais j’ai formé, dès ce temps, le dessein de publier un ouvrage bien plus intéressant pour le Portugal, que celui proposé dans le programme de l’Académie, puisque le sien ne devait traiter que de docnmens publics concernant l’histoire du Portugal , déjà imprimés dans des ouvrages nationaux ou étrangers, et que le mien contiendrait non- seulement tout ce qui avait été publié, mais encore une quantité de docnmens des plus intéressans qui n’avaient jamais vu le jour: tels, par exemple, les suivans que j’avais déjà rassemblés : Les négociations qui précédèrent le traité de paix entre le Roi Don Alphonse Y et le duc de Bretagne, célébré le a 3 août 1476, les négociations du baron d’Alvito avec les plénipotentiaires d’Espagne , en l’année i479> lesquelles ont donné lieu au traité du 6 mars 1480; toutes les négociations sur les Terceiras de Moura , sous les règnes de Don Alphonse Y et Don Jean II, qui n’ont été connues d’aucun de nos chronistes; les lettres de créances , instructions, chapitres, conventions et traités sur cette importante négociation, si célèbre dans l’histoire delà diplomatie portugaise; toute la mission ou ambassade de Pierre Correia d’Atouguia , sous le règne du Roi Don Emmanuel; la mission de François Zuzarte en Angleterre , négociation à laquelle a

servi de base son instruction du 5 avril i5o5 ; la correspon-

dance officielle de l’évèque de Ceuta , Don Fr. Henri, négociation qui a été fondée sur les instructions du Roi Don Emmanuel , du 4 décembre 1006; toute la correspondance d’Alvaro Aunes, ministre du même souverain en Savoye, à

dater du 5 novembre iûai; la correspondance ministérielle du Roi Don Jean III avec Balthazar de Faria, son ministre à Rome, depuis le 20 janvier iÛ23, où il lui donne ses instructions; toutes les correspondances du même monarque avec Braz d’Alvide, son ministre en France , à commencer de l’année i546; les négociations de Laurent Pires de Tavora, à Rome, en Allemagne et en Castille, dans l’année i5Ô2; 1 ambassade de Duarte d’Almeida, qui commença le 24 mai i553; outre plusieurs volumes manuscrits de négociations postérieures aux Philippes. Ainsi donc , ce qui m’a excité à ce travail a été non-seulement le susdit programme et la quantité de documens précieux que nous possédions inédits, mais encore la considération que toutes les nations de l’Europe , excepté le Portugal, avaient fait imprimer leurs documens politiques, et possédaient des ouvrages de diplomatie, comme je vais tâcher d’en donner sommairement une idée.

Page 1