‹ Tableau général de la province de Saint-Paul: Extrait d'un voyage dans les provinces de SaintChapitre 2 sur 3 · TABLEAU ABREGE · texte numérisé non relu

TABLEAU ABREGE

DE

LA PROVINCB DE SAIHT-PAOL.

S 1^. — Histoire.

Le Portugais Pedro Alvares Cabral s'était embarqué à Lisbonne, en Tannée 1500, pour se rendre dans les Indes orientales ; des vents contraires le portèrent vers Fouest, et le Brésil fut découvert.

Alors le roi de Portugal était entièrement occupé des conquêtes que ses généraux avaient faites dans les Indes, et que ses successeurs devaient bientôt perdre ; il négligea le Brésil, qui, pendant deux siècles, versa sur son pays d'immenses richesses.

La côte septentrionale du Brésil fut cependant explorée,

et quelques particuliers y formèrent des établissements ;

quant à celle qui s'étend de la baie de Tous les Saints au

Rio de la Plata, on la connaissait à peine. Le roi Jean III

voulut enfin assurer les droits que le Portugal croyait avoir

sur ce pays, et il chargea Martim Affonso de Souza d'^en

prendre complètement possession . Il ne pouvait faire un meilleur choix : c'était, dit un historien , le courtisan le plus vertueux, le plus sage des conseillers, le plus habile des généraux.

Martim Affonso sortit de Lisbonne à la fin de Tannée 1530, et, le 50 d'avril (1) 1531, il entra dans la baie de Rio de Janeiro, que les indigènes appelaient Ganobarà ou Nithoy. Comme les Tamoyos, Indiens méfiants et belliqueux, ne lui permirent pas de s'y établir, il continua son voyage jusqu'au Rio de la Plata ; puis , retournant vers le nord, il entra, le 20 janvier 1532, dans une baie qui, protégée par deux iles très-voisines de la terre ferme, présente le meilleur mouillage de toute cette côte. Il avait reçu de son souverain l'ordre de former une colonie dans le sud du Brésil; ce fut ce parage qu'il choisit, et il jeta dans l'ile de S. Vincent les fondements de la ville du même nom. Tels furent les commencements de la capitainerie de S. Vicente, dont l'histoire se lie à celle de presque tout le Brésil, et qui plus tard a été appelée capitainerie de S. Paul.

C'est à tort que l'on a représenté comme un vil ramas de bandits lès premiers habitants de la colonie nouvelle : parm! les compagnons de Martim Affonso se trouvaient même de nobles hommes du Portugal et de l'ile de Madère ; mais tous devaient naturellement participer aux vices aussi bien qu'aux qualités brillantes de leur époque ;

(1) Toasles historiens disent que Martini Affonso entra, le l"*" jantiet, dans la baie de Rio de Janeiro ; mais le journal de la narigation de ttt homme illustre (Diario da navigaçao, etc.), dû à son frère Pero Lopes de Souza, et publié avec des notes savantes par Francisco Âdolfo de Varnhagen, prouve suffisamment que cette date est erronée.

ils étaient ce que furent, vers le milieu du xvi* siècle, les dutres Portugais. A une foi vive» mais peu éclairée , à une générosité poussée jusqu'à 1-imprévoyance , ils joignaient un esprit entreprenant et aventureux, une grande in* trépidité, beaucoup d'orgueil et d'audace, Tamour de la renommée, le désir d'acquérir des richesses pour les répandre et pour briller, surtout une rudesse de mœurs contre laquelle luttait en vain Tineffable douceur du christianisme. Aucun peuple européen n'était, à la même époque, exempt de cette rudesse, et, si lesPaulistes F ont conservée plus longtemps, c'est qu'ils l'entretenaient sans cesse par leurs courses gigantesques dans les déserts et les chasses qu'ils firent aux Indiens pendant un si grand nombre d'années.

Lorsque Martim Affonso aborda dans l'ile de S. Vincent, cette partie du Brésil appartenait aux pacifiques Tndiens-Guaianazes, qui habitaient le plateau situé au nord de la chaîne maritime , mais qui , à une certaine époque de l'année, descendaient sur le littoral pour y chercher des huîtres et d'autres coquillages.

Au moment où les Portugais entraient dans la baie, des indigènes habitants du plateau péchaient sur la côte. Effrayés de la grandeur des navires européens, ils prirent la fuite , et racontèrent dans leur aidée qu'ils venaient de voir des pirogues qui étaient aux leurs ce que les arbres les plus élevés des forêts sont aux herbes les plus humbles des campoSf que des hommes d'une couleur blanche en étaient sortis et paraissaient vouloir s'établir dans le pays et s'y fortifier.

Le chef de ces Indiens jugea que la conduite des hommes blancs était une insulte , et donna avis de ce qui

se passait à tous les caciques du voisinage. II s'empressa surtout d'eu faire part à Tebtreça, qui commandait aux habitants des campos de Piratininga, et à qui toute la nation- des Guaianazes portait on grand respect, parce qu'aucun chef n'était plus puissant ni meilleur guerrier.

Martim Affonso n'était pas le premier Européen qui fût descendu sur cette côte. Parmi les Guaianazes vivait depuis longtemps un Portugais , probablement échappé à quelque naufrage et à qui Tebyreça avait donné sa fille pour épouse. Cet homme, appelé JoÂo Ramalho, n'ayant jamais vu de navire appartenant à sa nation aborder dans ces parages, crut que ceux que l'on annonçait y avaient été jetés par une tempête, en se rendant aux Indes orientales. Plein de compassion pour le triste sort qu'il supposait être celui de ses compatriotes , il parvint à faire partager ce sentiment à son beau-père, et à lui persuader que, s'il accueillait les Portugais comme des amis, il en résulterait pour lui de grands avantages. Tebyreça , accompagné de son gendre, se mit en marche pour S. Vincent avec trois cents hommes de flèches. Lorsque Joâo Ramalho eut aperçu les Portugais, il éleva la voix, se fit entendre de loin dans sa langue maternelle , et assura ses compatriotes que les Guaianazes ne venaient point en ennemis. Les deux peuples se rapprochèrent , firent alliance contre les tribus indiennes qui auraient voulu troubler leur repos, et en signe de réjouissance les Européens mêlèrent le bruit de leur artillerie aux sons des instruments qui accompagnaient les danses des sauvages (1).

(1) L'abbé Manoel Ayres de Cazal, s'appuyaot sur un passage de rbis-

N'ayant plus rien a craindre de ces derniers, Martim Affonso s'occupa avec activité de la construction de la ville naissante; il permit à ses compagnons de fQire des plantations dans rtle de S. Vincent, nomma des officiers de justice, et assura, par de sages règlements, la tranquillité des nouveaux colons et leurs propriétés. C'est à lui, en un mot, qu'est dû le premier établissement régulier que les Portugais formèrent dans le nouveau monde.

Cet homme illustre ne se contenta pas, comme tant 4' autres capitaines portugais, d'explorer la cdte ; il voulut connaître l'intérieur des terjres. A travers mille dangers, il gravit la chaîne maritime appelée par les Indiens Paranapiaçaba (1) ; du sommet de ces hautes montagnes il put prendre une idée exacte de la magnifique contrée qu'il venait d'assurer à la monarchie portugaise, et il pénétra jusqu'à la plaine de Piratininga (1532), le domaine de son allié fidèle, le cacique Tebyreça.

Le roi Jean III avait fini par reconnaître que le Brésil avait quelque valeur ; mais, pour se débarrasser des soins (qu'aurait exigés la colonisation de cette vaste contrée , il la divisa en plusieurs capitaineries héréditaires, et les con-

torien espagnol Herrera, pense (Corog* Braz., l, 51, 202) qu'avant Farrivée de Martim Affonso à S. Vincent il y existait déjà une factorerie ; il en conclut que les Indiens, accoutumés à Toir des navires européens, ne durent éprouver aucune surprise quand ceux de Tillustre Portugais approchèrent de leur côte , et par ce raisonnement il se croit autorisé à rejeter le récit que je viens de rapporter. Le peu de vraisemblance du fait rapporté par Herrera me parait affaiblir singulièrement cette argumentation.

(t) On traduit ce mot par ceux-ci : lieu d'où Van découvre la tner. U faut supposer qu'il viendrait de porana, mer, cepiaça, voir {Dicc. port, brax.y 51, 7 S).

céda à de nobles personnages qui s'engageaient à les défendre et à y former des établissements. Martim Affonso était un des hçmmes qui méritaient le mieux cette récompense : Jean III lui donna 100 lieues de côtes depuis le Rio Macuhé jusqu'à la baie de Paranagué ; mais dans cette vaste étendue de terrain était comprise une bizarre enclave de iO lieues, depuis le Rio de S. Vicente jusqu'à celui de Curuparé, aujourd'hui Juquiriqueré, en face de l'Me de S. Sébastien , enclave qui faisait partie des 50 lieues accordées à Pero Lopes de Souza, frère de Martim (1). La donation de ce dernier reçut le nom de capitainerie de S. Vincent , et plus tard on appela capitainerie de S. Amaro cdle de Pero Lopes de Souzà.

Le séjour de Martim au Brésil ftit malheureusement très-

(1) nepnis la yiUe de S. Sébastien jusqa'à la pointe de Taipu, voisine de S. Vincent, la côte de la province de S. Paul se dirige à pea près d'Orient en Occident. Des deux îles qui protègent le port de Santos, la plus orientale, ou, si Ton aime mieux, la moins éloignée de Rio de Janeiro, s'appelle S, Amaro, et est séparée de la terre ferme par un canal qui porte le nom de Barra da Bertioga. Entre cette lie et la plus occidentale, celle de S. Vicente, se trouve le bras de mer dit Barra Grande, Barra Larga , mieux encore Barra de Sanlos , par lequel les navires entrent dans le port de ce nom. Enfin on appelle Rio de S, Vicente le canal plus profond et plus étroit qui sépare la dernière île du continent. Tels sont les noms généralement en usage aujourd'hui ; mais il n'en était pas ainsi du temps de Martim Affonso (Gaz., Corog. Braz., I, 217). Ce grand capitaine croyait que les trois bras de mer dont je viens de parler étaient les embouchures d'une même rivière, et il donnait à tous les trois le nom commun de Rio de S. Vicente, La barre de Bertioga était donc la limite du domaine des deux frères et non, comme on l'a cru, le Rio S. Vicente actuel (Gasp. da Madré de Deos, Mem. S. Vicente, 1. II). Sans cela, il faudrait admettre que Jean III aurait ôté à Martim Affonso la portion de territoire qui semblait le plus naturellement devoir lui appartenir, et que ce dernier aurait bâti une ville et distribué des terres dans un pays qui ne lui appartenait pas.

court : il se crut obligé de partir pour le Portugal dans le courant de 1553. Arrivé sur les bords du Tage et fort éloigné de TAmérique, il n'oublia cependant point la capitainerie dont il était devenu propriétaire. Par ses soins , les femmes de ses compagnons les rejoignirent, et de nouveaux colons augmentèrent le nombre des plus anciens ; il introduisit à S. Vincent nos diverses espèces d*antmattx domestiques ; il y fit transporter de Madère la canne à sucre, qui de là se répandit dans les autres parties du Brésil, et il ordonna la construction de la première sucrerie qui ait existé dans cet empire (1 ) .

Les efforts intelligents de Martim Affonso firent fleurir la nouvelle colonie. L'agriculture y prospéra bientôt d'une manière remarquable, et un commerce suivi s'établit avec le Portugal, favorisé par la fondation d'une seconde ville, celle de Santos, dont le port peut recevoir les plus grands bâtiments. Le numéraire, il est vrai, fut d'abord extrêmement rare ; mais on payait avec du sucre les marchandises que l'on recevait d'Europe; cette denrée était devenue la seule monnaie courante.

Malgré les progrès très-sensibles que nous venons de signaler, la nouvelle colonie ne tarda pourtant pas à se

(1) Vasconcellos , Chronica, I, 61. -— Sous le nom d'Affonsea^yài consacré à la mémoire de Martim Affonso un beau genre brésilien de la famille des Légumineuses, distingué par la pluralité de ses ovaires et ses calices vésiculeux (voir mon Voyage dans le district des Diamants, etc., I, 388)^ Oq voudra bien me permettre de répéter les expressions dont je me suis servi dans la dédicace de ce genre : In honorem diœi illttstrissimi dMcis Martim Affonso deSouza qui, maximx> incolarum beneficio, saccharum officinale in Brasiliam introduxit. Monumentum splendidiw graii consecrent Brasilienses ! Je ne sache pas que, jusqu'à présent, mes vœui aient été remplis.

Les provinces septentrionales du Brésil étaient, à la même époque, dans une position bien plus fâcheuse encore que la capitainerie de S. Vincent. Leurs donataires, faibles et isolés, avaient de la peine à se défendre contré les attaques incessantes des indigènes, et en même temps ils profitaient de r autorité sans contrôle dont ils étaient revêtus pour se livrer envers les colons aux actes de despotisme les plus intolérables. Le roi Jean IIL fut enfin sensible aux plaintes de ses sujets ; il envoya au Brésil un gouverneur général, Thomé de Souza, homme ferme et prudent, qui devait le représenter en toutes choses, et il lui confia les pouvoirs les plus étendus.

Avec Thomé de Souza arrivèrent dans )a baie de Tous les Saints, en Tannée 1549, cinq religieux de la compagnie de Jésus ayant à leur tète Mano^l de Nobrega, leur provincial , qui à la noblesse de la naissance unissait Içs plus hautes vertus , une activité prodigieuse et le talent de conduire les affaires. Ces hommes courageux se livrèrent sans réserve au bonheur des Indiens ; mais, comme ils ne pouvaient suffire à la tâche difficile qu'ils s'étaient imposée, on leur adjoignit, quatre ans plus tard, sept de leurs confrères, parmi lesquels José de Anghieta, qui mérita d'être surnommé Tapôtre du Brésil. « Anchieta c( fut tout à la fois poëte, guerrier, naturaliste ; pour se « rendre utile, il savait prendre toutes les formes ; il fai- <i sait Técole aux petits enfants, commandait des troupes, « composait des cantiques, soignait les malades et ne « dédaignait même pas le travail le plus vulgaire. On

publiés dans le précieux recaeil intitulé, RetHsta irimên$al de hUtariu e geographiaf Rio de Janeiro.

— It -

^ peut le compter parmi les hommes les plus extraordi- « naires de son temps (!]. »

Nobrega était à peine arrivé au Brésil , qu'il avait fondé un collège à S. Vincent; bientôt, comme nous venons de le dire, il fut suivi par le P. Anchieta, et alors commença pour la capitainerie de Martim Affbnso une ère nouvelle. Les jésuites faisaient tous leurs efforts pour ramener les colons portugais à la dignité d'homme et à leurs devoirs de chrétiens trop longtemps oubliés ; ils s'opposaient à leurs injustices , plaidaient courageusement en faveur de la liberté des Indiens et séparaient de la communion des fidèles les oppresseurs de ces infortunés. C'était surtout le désir d'attirer les indigènes à la connaissance de la vérité qui leur avait fait quitter leurs familles et leur patrie ; ib ne négligèrent rien pour remplir ce noble but. Ils allaient chercher les Indiens au fond des forêts , bravaient leur cruauté, les attiraient à eux par des bienfaits, les consolaient dans leurs afflictions, les soignaient dans leurs maladies et les rendaient chrétiens. Les enfants, comme fascinés par leurs chants, les suivaient, se pressaient autour d'eux, et les pères de la compagnie de Jésus leur enseignaient les principes de la religion, la lecture, l'écriture, les calculs, la musique, les arts les plus utiles (2).

(1) Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, U, 4.

Nobrega famoso, o claro Anchieta,

Por meio de perigos e de erpantos,

Sem temerdo gentio a cruel seita,

Todo ovasto sertâo tem penetrado,

E a fé com mil trabalhos propagado.

Les jésuites sentirent bientôt que, pour se rendre véritablement utiles aux Indiens, ils ne devaient point se confiner sur le littoral habité seulement par les Portugais et par leurs esclaves ; Nobrega résolut de former un nouveau collège dans la plaine de Piratininga , et il chargea de ce soin Anchieta, qui alors n'avait pas beaucoup plus de vingt ans. A une époque moins reculée, les mineurs, uniquement attirés par la présence des diamants et de Tor, se fixèrent presque toujours dans des contrées montagneuses, au fond de tristes et arides vallées ; les jésuites, au contraire, s'établissaient au milieu des terres les plus fertiles, sur des éminences où les merveilles de la nature , se déroulant dans un vaste horizon aux yeux du spectateur charmé , l'excitaient à élever ses pensées jusqu'à son Créateur (1). Ce fut une position de ce genre que les disciples de saint Ignace choisirent dans la plaine de Piratininga pour y fonder leur collège.

Le 24 janvier 1554, jour de la conversion de S. Paul, la première messe fut célébrée dans le nouvel établissement, et on lui donna le nom de S. Paulo,

Là où devait s'élever la ville charmante destinée à jouer un si grand rôle dans l'histoire du Brésil, on ne vit d'abord qu'une cabane longue de 14 pieds et large de 10, construite en terre et couverte en chaume, a C'est là , écrivait An-

Soffrem riscos trabalhos, fomes, frios»

Sem recear os barbares insaltos ; Penetram mattos, atravessam rios, Bascando nos terreaos mais incaltos, Com immensa fadiga e pio ganbo, Esse perdido misero ribanho.

{Carumurâ, caDto X, est.» 55, 56.) {i) Voir les trois précédeates relations de l'auteur.

K chieta, que nous tenons notre école, qu'est notre in- <( firmerie, notre dortoir, notre cuisine, notre réfectoire» <c notre garde-manger. » Des feuilles de bananier seryaient de table , une natte tenait lieu de porte.

La colonie naissante ne tarda pas, au reste, à prendre de Vaccroissement. Un grand nombre d'Indiens, de métis et de Portugais vinrent se grouper autour d'elle , et le grand chef des Guaianazes , Tebyreça , qui avait reçu au baptême le nom de son compère, Martim Affonso, transporta près du collège des jésuites son aidée tout entière.

Cependant de tels progrès firent naître bientôt une rivalité dangereuse. Dès le temps où Martim AfFonso de Souza était encore à Saint- Vincent, Joâo Ramalho avait formé, à rentrée de la plaine, un village qu'il avait appelé S. André et qui, un peu plus tard, fut érigé en ville. A lui et à ses nombreux enfants, tous métis, s'étaient joints un assez grand nombre d'autres métis et même des Portugais. Ces hommes, qui s'abandonnaient à toutes sortes de vices et ne cessaient de faire des esclaves parmi les indigènes, ne purent entendre sans colère les prédications des jésuites contre cette infâme pratique, et par d'absurdes calomnies ils excitèrent contre eux diverses tribus indiennes. S. Paul fut attaqué ; mais les indigènes, convertis à la foi chré« tienne, repoussèrent les ennemis, et la victoire accrut encore l'influence des jésuites.

Ils en montrèrent bientôt toute l'étendue dans une occasion importante. On commençait à savoir en Europe ce que valait le Brésil ; les Français voulurent avoir leur part de cette riche colonie, et sous la conduite du chevalier de Malte INicolas de Yillegagnon ils formèrent un établisse-

ment dans la baie de Rio de Janeiro (1). Loin d'opprimer les indigènes , Yillegagnon les traitait avec beaucoup de justice et de générosité (2) ; les belliqueux Tamoyos , qui occupaient tout le pays situé entre Rio de Janeiro et S.

Vincent , devinrent pour lui de puissants et utiles alliés. D'abord les Portugais firent peu d'attention aux entre* prises de ces dangereux voisins ; mais enfin Mobrega leur ouvrit les yeux, et la cour de Lisbonne donna ordre au gouverneur Mem de Sa de chasser les nouveaux venus. Les colons portugais voulaient temporiser; Nobrega repoussa avec force leurs timides conseils ; la guerre fut résolue. Les jésuites décidèrent les habitants de S. Vincent à y prendre part, et ils amenèrent à Mem de Sa des vivres, des pirogues et un grand nombre de blancs , de Mamalucos et d'Indiens , qui tous étaient accoutumés à faire la guerre aux Tupinambas et aux Tamoyos amis des Français. Ceux-Kîi furent battus, leurs fortifications furent détruites, et l'armée portugaise, emportant les canons de l'ennemi.

(1) Le véridique et judicieux Léry, qui faisait partie de cette expédition et ett a écrit les détails, appelle le pays où elle eut lieu la terre du Brésil, autrement dite Amérique; mais deux auteurs beaucoup moins recommandables se sont avisés de donuer à ce pays le nom de Franpe antarctique. En racontant cette particularité, Soutbey s'élève avec aigreur contre t arrogance ordinaire aux Français {Hist,, I, 272); il oublie que, avant même d'avoir fait le moindre établissement sur la côte de l'Amérique septentrionale, les Anglais avaient déjà consacré le nom de Virginie (Robertson, Virginia^ 25), assez ridiculement empruntée une qualité dont se vantait leur reine. Les crimes et les travers dont une nation accuse une autre nation, elle pourrait presque toujours les trouver dans ses propres annales. Au lieu donc de s'adresser réciproquement des reproches, toutes devraient travailler à éviter les fautes dont eUes sont à peu près également coupables.

(2) Mem de Sa, Litt., in Pizarro, Mem, hist.r I, 14.

se retira à Santos^ où V infatigable Nobrega avait préparé des secours pour les blessés et des vivres pour tous.

Mem de SA avait accompagné son armée à Santos ; les jésuites profitèrent de sa présence pour se débarrasser d'un voisinage dangereux. Us représentèrent au gouver-* neur que la ville de S. André» qui avait été bâtie sur la limite des forêts et des montagnes, était exposée aux atta-* ques incessantes des sauvages, tandis que S. Paul, situé sur une hauteur, dans un pays découvert , avait peu de chose à craindre de leurs hostilités. Mem de Sa ordonna la destruction de S. André ; S. Paul fut érigé en ville. Tannée 1560, sous le nom de 5. Paulo da Piratimnga , et les Pères de la compagnie de Jésus transportèrent le collège qu'ils avaient formé sur le littoral (i).

Cependant un orage se formait sur la capitainerie de S. Vincent. Les Tamoyos avaient été battus en même temps que les j^rançais leurs alliés, mais ils n'avaient point été

(1) Les erreurs du P. Charlevoix, sur les commencements de la ville 4e S. Paal {Hist. Paraguay y I, 307-9), répétées par une foule de compilateurs, ont été très-bien réfutées par Dom Gaspar da Madré de Deos (Mem. S. Vicenle^ 119 et sui?.), et il serait inutile de revenir ici sur ce sujet. Je crois cependant devoir i^ire observer que le dernier de oes écrivains, entraîné par son patriotisme, a quelquefois abondé dans son sens , comme Charlevoix dans le sien , lorsqu'il dit , par exemple, des Paulisies destructeurs impitoyables des Indiens : « Ces vassaux a zélés , IqIq de s'opposer à k conversion des gentils , furent Tiastra» « ment choisi peut-être par Dieu lui-même pour faire entrer dans le « sein de son Église la plus grande partie de ces millions d'âmes que « nos Paulistes obligèrent d'abandonner leur barbare pays. » — L'historien du voyage de Pamiral Anson est encore bien plus inexact i|a« Charlevoix lorsqu'il parle de l'origine de la ville de S. Paul, car voici comme il s'exprime : « On dit que les Panlisles sont les descendants des « Portugais qui qvittèveot le nord du Brésil quand les Hollandais s'en « emparèrent. >» (Richard Walter, Voyage round the worid, 52.)

détroits. Exaspérés par les injustices des Portugais et leurs chasses aux esclaves , ils résolurent de se venger, et se jetèrent sur la colonie de Martim Affonso. Les uns , après avoir gravi les montagnes, se répandaient dans la plaine de Piratininga; les autres, à F aide de leurs longues pirogues qui pouvaient contenir jusqu'à 150 guerriers, faisaient des descentes sur le littoral , ravageaient les plantations de leurs ennemis, détruisaient les maisons, enlevaient les esclaves.

De tels succès attirèrent à eux des tribus qui d'abord étaient restées neutres, et un corps considérable d'alliés vint attaquer la ville de S. Paul. La terreur s'empara aussitôt de tous les habitants ; mais Anchieta releva leur courage par ses discours. Devenu, pour quelques instants, homme de guerre d'homme de paix qu'il avait toujours été (1), il prit de sages mesures pour la défense de la ville, mit Tebyreça à la tète des Indiens fidèles, et les assaillants furent vigoureusement repoussés.

La ville de S. Paul avait à peine échappé à ce danger, qu'elle perdit son plus (généreux défenseur, Martim Affonso Tebyreça. Quoique issu d'une race à laquelle on a justement reproché une extrême inconstance, ce noble chef n'avait jamais ce^sé d'être le protecteur et l'ami des Portugais, surtout des Pères de la compagnie de Jésus. Après avoir recommandé à sa femme et à ses fils de ne jamais s'écarter des principes de justice qu'on leur avait enseignés, il mourut dans les sentiments les. plus chrétiens, et fut amèrement regretté de toute la colonie (3),

(1) Perdra da Silva, Plutarco bras., l, 44.

(2) José de AnchieU, LiU., in BevisL trimmu., U, 544. ^ Vascoit* cellos, Chran.r 1. H, 260.

qui atteodait de lui de nouveaux efforts contre les Tamoyos.

Ces derniers étaient trop belliqueux et nourrissaient contre les Portugais une haine trop implacable (1) pour que réchec qu'ils avaient essuyé devant S. Paul les fit re* noncer à leurs projets de vengeance ; ils se liguèrent avec un grand nombre d'autres indigènes, et c'en était fait de la colonie de S. Vincent, sans le dévouement héroïque de JNobrega et d'Anchieta.

Ces hommes généreux résolurent de se rendre chez les Tamoyos pour les amener à des sentiments pacifiques, et, s'étant embarqués, ils s'approchèrent de la côte occupée par les sauvages. Aussitôt que ceux-ci aperçurent le vaisseau ennemi , ils s'avancèrent dans leurs pirogues pour l'attaquer ; mais, ayant reconnu les jésuites, qu'ils regardaient comme les amis de Dieu et les protecteurs des Indiens, ils abaissèrent leurs arcs. Anchieta leur adressa la parole dans leur langue, se livra à eux avec son noble compagnon , et leur persuada d'envoyer doiize jeunes gens en otage à la ville de S. Vincent.

Entièrement seuls parmi les Tamoyos, les deux religieux se hâtèrent de construire une chapelle. Les Indiens , en voyant célébrer les saints mystères pour la première fols, sentirent en eux une sorte de terreur qu'ils n'avaient jamais éprouvée au milieu des combats , et commencèrent à regarder leurs hôtes comme des êtres surnaturels. La sainteté de ces prêtres excitait leur respect et leur admiration, en même temps que les marques de dévouement et de bien-

(1) Hans Stade, BiiL Amer, , in Ternaai-Gompans» Voyages rela'

veillance qu'ils en recevaient sans cesse faisaient naître en eux nne affection presque filiale.

Pendant que les deux jésuites vivaient au milieu des Tamoyôs, soumis aux caprices souvent cruels de ces hommesenfants y exposés à tous les dangers y supportant mille fatigues, endurant la faim et la soif, le gouvernement de la colonie négociait pour obtenir la paix. Avant de rien conclure, il témoigna le désir de s'entendre avec Nobrega et son compagnon ; mais les sauvages ne laissèrent aller que le premier d'entre eux et gardèrent Anchieta {!). Ce fut alors que ce dernier, fort jeune encore, promit à la Vierge de composer un poëme en son honneur, s'il conservait sa vertu exposée à de continuelles attaques. N'ayant ni encre ni papier, il traçait sur le sable les vers qu'il composait , il les apprenait par cœur, et il les écrivit plus tard, lorsque, après cinq mois de négociations, la paix le rendit enfin à sa chère Piratininga (2).

Pendant que ces événements se passaient dans la capi-

(1) Southey, Hisl., I, 287-293.

(2) « Ce poëme, dit M. Joâo Manoel Pereira da Silva {PltUarco bras.f « I, 47), montre qu' Anchieta avait une connaissance profonde des clas- « siques anciens , qu'il n'était point étranger à la littérature hébraïque « et avait étudié les Pères de TÉglise. Son style est pur, correct et élé- « gant ; ses pensées , ingénieuses et poétiques, sont toujours appro- « priées au sujet qu'il traite ; mais il faut bien convenir qu'il a adopté « un plan très-défectueux. Il se contente, en effet, de retracer les uns « après les autres , dans un ordre didactique , les événements qui se « sont succédé dans la vie de la mère du Sauveur, et le poëme tout «c entier ne présente réellement qu'une suite de cantates , dont chacune « est consacrée à l'un de ces événements. L'auteur n'a ni l'imagination « de Milton ni la sublimité de Klopstock C'est une Ame pure, proie fondement religieuse , qui se répand en harmonieuses modulations ; « les vers d' Anchieta semblent s'échapper de son cœur, comme une

tainerie de S. Vincent , les Français continuaient à fréquenter là côte du Brésil; ils trafiquaient avec les Tamoyos y dont ils avaient su se faire aimer, les encourageaient dans leur haine contre les colons portugais, et s'étaient fortifiés une seconde fois dans la baie de Rio de Janeiro. La cour de Portugal voulut enfin se débarrasser de ces dangereux intrus et fit partir pour le Brésil une flotte commandée par Estacio de Sa, neveu du gouverneur général. Estacio arriva à Bahia en 1564, et, après avoir exploré la côte, il jugea qu'il n'avait pas assez de forces pour attaquer l'ennemi. Espérant obtenir quelques renforts à S. Vincent, il se hAta de s'y rendre; mais il trouva les habitants peu disposés à seconder ses efforts. Il connaissait l'influence que les jésuites exerçaient sur eux ; il eut recours à Nobrega. Celui-ci, par ses éloquentes prédications , ranima l'ardeur des Paulistes ; Anchieta décida environ 800 hommes à le suivre, et s'embarqua avec eux.

« musique çuaye, expression d*uoe douce tristesse. » On trouvera certainement dans ceux qui suivent une noble poésie.

Deus omnipotens, vasti quem machina mundi

Auctorem ac Dominum prsdicat esse suum, Cujus inaccessam tenet ingens gloria lucem ,

Cui velut innatus lumine amictus inest.

Quem nequit iramenso comprendere corpore mundus

Gonclusit ventris te brevis arca mei, Egressusque me» tenere penetralibus aldi,

In vili recubas, lux mea, nate, solo.

Nonne tua ingentem manus inclyta condidit orbem?

Nonne polus Domino servit uterque tibi T Gur tibi tam vilem nascente deligis œdem

Gur ortum regia non capit aula tuum?

Tu cœlum stellis, variis animali villis

Induis et viridi gramine pingis agros !

Puissamment aidé par ces derniers et par leur chef, aussi intelligent qu'il était vertueux , Estacio de Sa battit k plusieurs reprises les Français et les Tamoyos , il les expulsa pour jamais de la baie de Rio de Janeiro , et sous le nom de S. Sébastien fut fondée, en i567, la capitale actuelle de Tempire du Brésil.

Les Paulistes profitèrent de la paix pour étendre leur commerce et se mirent à trafiquer avec les Anglais; ils donnèrent aussi plus de soins à F agriculture, favorisés par le climat tempéré de leur pays, qui leur permettait de recueillir à la fois les produits coloniaux et les fruits de l'Europe.

Cette tranquillité ne devait malheureusement pas être de bien longue durée. En 1581 , le Portugal fut réuni à la monarchie espagnole ; le Brésil suivit bientôt le sort de la mère patrie , et les ennemis de l'Espagne devinrent les siens. Alors le roi Philippe II était en guerre avec les Anglais; les corsaires de cette nation se mirent à ravager les côtes du Brésil.

Le fameux ThonaasCavendish, autrement Cadenisb, qui, dans une première expédition, avait porté la terreur sur la côte de l'Amérique occidentale, arriva, le 25 août 1591, à la hauteur de S. Vincent et détacha deux de ses navires pour s'emparer de Santos. Lorsque Coke, le vice-amiral anglais, débarqua dans cette ville, les habitants assistaient tous au service divin ; ils furent entourés, faits prisonniers et condamnés à une forte rançon. La plus vulgaire prudence voulait que les corsaires se la fissent payer sur-lechamp ; ils n'y songèrent même pas ; ils se livrèrent à la débauche , et pendant leur sommeil les colons s'enfuirent dans les terres avec ce qu'ils avaient de plus précieux. Huit

- îl -

jours plus tard, Cavendish lui-même entra à Saotos; il n'y trouva ni habitants ni provisions. Forcé de se retirer, il mit le feu, pour se venger, à la ville de S. Vincent. Il faisait voile vers le détroit de Magellan, lorsqu'une tempête affreuse sépara son vaisseau du reste de la flotte. Se trouvant une seconde fois dans le voisinage et manquant de vivres, il fit débarquer vingt hommes pour en aller prendre les armes à la main ; les Indiens les aperçurent, fondirent sur eux, les tuèrent tous à T exception de deux , et entrèrent triomphants dans la ville , portant les tètes des vaincus. Cavendish, furieux de cet échec, se mit à ravager les côtes du Brésil ; mais, ayant été courageusemment repoussé par les habitants de la capitainerie d'Ëspirito Santo, il mourut de chagrin avant d'arriver dans sa patrie.

A cette époque, les limites de la capitainerie de S. Vin*cent, qui ont singulièrement varié depuis son origine jusqu'à nos jours, n'étaient déjà plus les mêmes qu'au temps de Martim Affonso : quarante ans s'étaient à peine écoulés, que l'on avait retranché une vaste portion du territoire de cette capitainerie pour }a joindre à celui de la province de Rio de Janeiro nouvellement fondée (1). Lorsque, vers i572 ou 1574, le gouvernement général du Brésil fut divisé en deux, celui de Bahia et celui de Rio de Janeiro, la province de S. Vincent devint une annexe de ce dernier (2) .

Les descendants de Martim Affboso de Souza conservèrent la propriété du pays, mais ils étaient obligés de rendre foi et hommage (3) aux gouverneurs de Rio de Ja-

(1) Cazal, Corog. Braz., I.

(2) Pii., Mem^ hi$U, U, U6. — Abreu e Lima, Synopsis, 47. (&) Piz., Afem. hi$l.

neiro ; d'ailleurs ils continuaient à nommer les chefs militaires et les magistrats principaux {capitaes môreSy ouvidores), et les villes ne cessèrent point d'être administrées par un sénat municipal et des juges ordinaires [juizes ordinarios) élus par le peuple, suivant les us et coutumes du Portugal (1). Les Yincentistes reprochaient sans cesse aux gouverneurs de Rio de Janeiro, et, plus tard, aux surintendants des mines d'or, d'empiéter sur l'autorité de leurs magistrats (2) ; mais il est permis de croire que leurs plaintes ne furent pas toujours exemptes d'injustice ou d'exagération.

Fiers de la noblesse de leurs pères, animés de cet esprit de liberté sauvage qui caractérise la race américaine et qu'ils avaient puisé dans leur origine maternelle, accoutumés à commander à de nombreux esclaves, passant une partie de leur vie dans les déserts loin de toute surveillance, les Paulistes n'avaient jamais été un peuple bien soumis ; sous la domination espagnole ils devinrent à peu près indépendants (5).

La colonie n'était pas entièrement fondée, que déjà ils avaient commencé à réduire les Indiens en esclavage , et ils avaient continué depuis, s' inquiétant aussi peu des nombreux édîts rendus à Lisbonne en faveur de ces infortunés (4) que des exhortations des pères de la compagnie de Jésus. Mais il n'en est pas des Indiens comme des nègres : aussi imprévoyants que ces derniers , ils réfléchissent da-

(1) Gasp. da Madré de Deos» Mem, S. Vicent., 129.

(2) Diogo de Toledo Lara Ordonez, Adn, ia Noi. uUram,'; 1, 166.

(3) Àbreu e Lima, Synopsis, 100.

(4) Raynal en énumère dii ; José de Soaza Azevedo Pizarro e Àraujo; près de vingt.

vantage sur le présent, et en sentent plus profondément les misères; ils se résignent moins facilement, sont plus attachés à la liberté et n'ont pas la même vigueur pour supporter les rudes travaux de l'esclavage. Les Paulistes eurent donc bientôt épuisé les tribus les plus rapprochées d'eux; alors ils étendirent au loin les chasses qu'ils faisaient aux indigènes comme à des bétes sauvages , et ils devinrent les pourvoyeurs des habitants de Rio de Janeiro (1), à l'époque où ceux-ci furent forcés, par la prise d'Angola sur les Portugais, de renoncer momentanément à la traite des noirs.

L'intérieur du Brésil n'a pas toujours été sillonné par des chemins et parsemé d'habitations hospitalières; il fut un temps où l'on n'y découvrait pas une cabane, aucune trace de culture, et où les bêtes féroces s' en disputaient l' empire; alors les Paulistes le parcoururent dans tous les sens. Ces audacieux aventuriers, comme on le verra plus tard avec détail, pénétrèrent plusieurs fois dans le Paraguay, découvrirent la province de Piauhy, les mines de Sabarà, celles de Paracatù, s'enfoncèrent dans les vastes solitudes de Cuyabâ et de Goyaz, parcoururent la province de Rio Grande do Sul, arrivèrent dans le nord du Brésil jusqu'au Maranhâo et à la rivière des Amazones, et ayant franchi la Cordillère du Pérou attaquèrent les Espagnols au centre de leurs possessions (2). Quand on sait par expérience combien de fatigues, de privations, de dangers attendent aujourd'hui même le voyageur qui se hasarde dans ces contrées lointaines, et qu'ensuite on lit le détail des cour-

(1) Soulhey, HùL, U, 306.

(2) Fernandes Pinheiro, Annaes de S. Pedro, 2* éd., 40.

— aises interminables des anciens Paulistes» on est saisi d'une sorte de stupéfaction ; on serait tenté de croire que ces hommes appartenaient à une race de géants.

Il ne faudrait pas croire que S. Paul fftt une vaste cité, qui, comme les anciennes villes de la Grèce, versait l'excédant d'une population trop considérable sur des contrées désertes. Il est à présumer que des habitations rurales assez nombreuses s'étaient élevées dans la plaine de Piratininga ; mais, vers la fin du xvii' siècle, la capitale ellemême de la province de S. Vincent ne contenait encore que 700 habitants (1). Dans une de leurs expéditions contre le Paraguay, les Paulistes n'étaient pas moin^ de 8 à 900 ; mais il ne parait pas qu'en général leurs bandes vagabondes se composassent d' un grand nombre d'hommes. Un personnage distingué du pays, connu par son courage et sa persévérance, annonçait qu'il voulait faire une expédition lointaine ; quelques parents se réunissaient à lui ; des Mamalucos , d'audacieux vagabonds et même des étrangers venaient grossir la troupe (2). On se mettait en marche,

(1) Sonthey, Hist., H, 668.

(2) Suivant des traditions que Fauteur a trouvées établies, en 1817, dans la province de Mioas Geraes, il y avait des Français parmi les Paulistes qui couraient les déserts (Aug. S. Hil., Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Èlinas Geraes, I) ; ce fut seulement sous le règne de Philippe II que le Brésil fut interdit aux étrangers. Dans le maladroit pastiche, imprimé en 1736 sous le titre de Relation de$ voyages de François Coreal, on lit (I, 220 ) ce qui suit : « Lorsque des « fugitifs se présentent pour devenir habitants de la république de S. » Paulo, on leur fait faire une espèce de quarantaine... pour savoir à tt quoi on pourra les employer... Après un long examen, on les envoie a faire de longues courses, et on leur impose pour tribut deux Indiens « par tète, qu*ils doivent amener pour esclaves... Si Ton ne soutient « pas bien Peiamen ou si Ton vient h être surpris en désertion, on est

muni de plomb et de poudre, les uns portant un fàsil, les autres un arc et des flèches, tous armés d'un long couteau, dont on se servait à la fois pour se défendre , couper les branches des arbres et dépouiller les animaux sauvages. On marchait pieds nus avec une ceinture de cuir autour des reins , et sur la tête un chapeau de paille à larges bords, sans autre vêtement qu'un caleçon de toile de coton grossière, et une chemise courte dont les pans flottaient sur le caleçon , quelquefois une cuirasse et des cuissards de peau de cerf (gibbào pemeir as). Chacun portait en bandoulière un sac de cuir où il mettait ses provisions, une corne de bœuf en guise de coupe, et une gourde ou une calebasse coupée longitudinalement qui tenait lieu d'assiette. La chasse et la pèche fournissaient à la troupe une nourriture abondante; au midi de la province on trouvait un mets délicat dans les fruits des pins du Brésil [Àraucaria brcisiliensis); dans le nord c'étaient d'autres fruits, les bourgeons savoureux de quelques palmiers, des racines et du miel sauvage. Quand les coureurs de déserts (sertanistas) croyaient devoir ne revenir qu'au bout de quelques années, ils emportaient avec eux des grains de maïs, les semaient , continuaient leur marche et revenaient, après quelques mois, faire la récolte (1). Rien n'arrêtait ces hommes entreprenants, ni l'immensité des campas ou pays déserts, ni les sombres forêts embarrassées de lianes et d'é-

«r assommé sans miséricorde. » L*histoire de S. Paul est aujourd'hui trop bien établie pour qu'il soit nécessaire de réfuter ces fables ridicules, quoiqu'elles aient été copiées par beaucoup d'écrivains , entre autres par la Harpe (Abréjé de VhUUHre des voyages, éd. 18U, V, lôO), et le déclamateur Raynal (Histoire établissements. Y, 142).

(1) Escliwege {PhiU> bras, y 6).

pines, ni les monts escarpés ; rien ne les effrayait, ni la flèche du sauvage, ni la férocité des jaguars, ni le venin mortel des reptiles. Par la force ou par la ruse, ils se rendaient maîtres des Indiens, les garrottaient et les emmenaient par centaines sur le marché de S. Paul. Malheur à ceux de ces infortunés qui résistaient ! ils étaient exterminés avec une atroce barbarie ; des tribus entières disparaissaient comme T herbe des campos disparaît à mesure qu'avance le feu qui la consume. Dans ces expéditions, les Mamalucos se distinguaient surtout par leurs cruautés ;. ils espéraient, sans doute, faire oublier que , du côté de leurs mères, ils appartenaient à la race proscrite (i).

Tant que les Paulistes, en parcourant l'intérieur du Brésil, n'eurent d'autre but que la chasse aux Indiens, ils ne s'établirent guère hors de leur province; mais, vers la fin du xvi^ siècle , une nouvelle importante se répandit tout coup parmi eux : il y a de l'or dans les déserts. A. partir de ce moment, s'opéra un changement notable.

De précieuses mines existaient réellement bien loin du littoral; la cupidité et l'amour du merveilleux en exagérèrent encore l'importance. On ne rêva plus que richesses; c'étaient des rivières roulant des paillettes d'or, des montagnes renfermant dans leur sein des trésors inépuisables ; il fallait trouver la ville de Manoa où resplendissait partout le métal objet de tant de désirs ; il fallait trouver le lac du bois doré [Lagoa do Pào Dourado), qui promettait à ses possesseurs une fortune qu'auraient enviée les. potentats

(1) Ce qu'on lit dans les auteurs brésiliens eux-mêmes, José de Souza Âzeyedo e Pizarro, José da Gunha Mattos, Joaquim Machado de Oliveira, prouve assez que je suis loin de me permettre quelque exagération, en parlant de la manière dont les Indiens jfurent traités par les Paulistes.

les plus puissants (1). Des hommes de toutes les conditions, les pauvres comme les riches, les vieux aussi bien que les jeunes, les blancs et les métis, abandonnèrent en foule leurs foyers domestiques, leurs femmes et leurs enfants, et se précipitèrent dans les vastes solitudes du Brésil. On se conformait, autant qu'il était possible, aux mystérieux et laconiques itinéraires des plus anciens sertanistas (2) ; partout on éprouvait le sable des ruisseaux ou la terre des montagnes, et, lorsqu'on avait trouvé quelque terrain aurifère, on construisait des baraques dans son voisinage, afin de l'exploiter. Ces espèces de campements (arreaes) devenaient des bourgades, puis des villes, et c'est ainsi que les Paulistes commencèrent à peupler l'intérieur des teires , ajoutant à la monarchie portugaise des provinces dont chacune est plus vaste que bien des empires.

Mais tandis que ces hommes courageux jetaient loin de lei^r patrie les premiers fondements d'une foule de villages et que, pour les récompenser, les souverains du Portugal leur accordaient d'honorables privilèges, leurs champs cessaient d'être cultivés, leurs troupeaux se dispersaient, leurs habitations n'étaient plus réparées, la discorde s'introduisait dans leurs familles, leur ville natale tombait en décadence , et il fallut ensuite un temps considérable pour qu'elle reprit quelque splendeur (3).

Nous donnerons, un peu plus tard, quelques détails sur les principales expéditions des Paulistes.

(1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Sliwis Geraes, II, 189.

(2) L. c, 190 et soiv.

(3) Diogo de Toledo Lara Ordo&ez, AdnoL in Noi, uUramar,,, II,

— as —

Ces hommes n'étaient pas les seuls qui se répandissent dans les déserts; les jésaites les parcouraient aussi, mais dans un but bien différent. Ils tâchaient d'arracher quelques Indiens à la barbarie cupide des Mamalucos; ce n'est point les armes à la main, mais avec la croix du Sauveur qu'ils se présentaient à eux ; ils ne les garrottaient point , ils les retenaient par des paroles de consolation , de paix et d'amour (i).

Furieux de se voir enlever quelques-unes de leurs victimes, les Paulistes résolurent de se venger en allant porter la guerre dans le Paraguay, centre de la puissance des jésuites. Us avaient encore un autre but : animés, contre les Espagnols^ d'une haine dont les habitants de Rio Grande ont hérité depuis (2), ils prétendaient les refouler chez eux et les empêcher d'empiéter sur des terres qu'ils considéraient comme appartenant au Brésil (3). Les possessions espagnoles de l'Amérique et les colonies portugaises dépendaient, à la vérité , du même roi ; mais aucune fusion ne s'était opérée, et, comme on l'a déji vu, les Paulistes, devenus sujets des souverains de l'Espagne, s'inquiétaient fort peu de déplaire à leurs nouveaux maîtres.

Ce fut en l'année 1628 qu'ils commencèrent à attaquer les établissements des jésuites espagnols ; ils pénétrèrent dans le Guayra, province qui bornait leur pays du cAté du nord-est ; mais, n'étant probablement pas très-nombreux, ils furent obligés de se retirer.

Les Paulistes avaient trop de persévérance et d'intrépi-

(1) Southey, Hist., II.

(2) Mon voyage dans le sud du Brésil et sur les bords de la Plâta en fournira des eiemples.

(3) Gaspar da Madré de Deos, Mem. S. Vicenle, 120.

^té pour se laiâser décourager par un premier échec. Ils préparèrent secrètement une nouvelle expédition : 900 hom-» mes blancs ou Mamalucos se rassemblent accompagnés de 2,000 Indiens ; tous s'élancent dans des déserts presque inconnus , traversent plusieurs grandes rivières, snrmon* tent mille obslacles et arrivent, pour la seconde fois, dans ie Guayra.

La réduction de S. Antonio est bientôt attaquée par eux ; ils la pillent, la détruisent et enchaînent ses habitants. Le jésuite Mola se jette aux pieds d'Antonio Raposo, commandant des Mamalucos , et le conjure, par tout ce qu'il y a .de plus sacré, d'épargner ses chers néophytes» « Plusieurs fois, dit un historien, il avait désarmé des an- « thropophages par ses prières et par ses larmes ; il « éprouva que des chrétiens qui ont foulé aux pieds les a lois divines et humaines ont le cœur plus dur que les « infidèles et les barbares. » Il n'obtint que des réponses aussi cruelles qu'impies.

Après avoir saccagé la réduction de S. Antonio, les Paulistes en ruinèrent encore trois autres et se retirèrent emmenant avec eux un nombre prodigieux d'Indiens.

A la vue de ses disciples enchatnés comme les plus vils criminels, le père Maceta accourt les embrasser ; on l'aocable de coups, on le menace de le tuer ; rien ne peut le faire retourner en arrière : lui et le père Mansilla avalent pris la résolution d'accompagner les prisonniers jusqu'au Brésil, et d'y plaider la cause de ces infortunés. Ils marchaient à quelque distance de la troupe, vivant de racines et de fruits sauvages, et toutes les fois que quelques-uns des captifs, accablés de fatigue et de souffrances, étaient abandonnés par les Mamalucos, les deux missionnaires leur

prodigaaient leurs soins» leur donnaient de tendres conso^ lations, leur montraient le ciel et les aidaient à mourir.

On arrive enfin à S. Paul ; les Indiens sont répartis entre leurs persécuteurs; on les vend, et bientôt ils sont dispersés non-seulement dans la province de S. Paul, mais encore dans celle de Rio de Janeiro. C'est en vain que les jésuites Mansilla et Maceta font entendre en faveur de ces malheureux la voix de F humanité, de la justice, de la religion; ils ne sont point écoutés. Ils se rendent à Rio de Janeiro; on ne les écoute pas davantage. Ils s'embarquent pour Bahia et implorent la commisération du gouverneur général. Celui-ci les accueille avec bienveillance; mais, tout occupé de la guerre qui avait éclaté entre les Hollandais et les habitants du Brésil, il prenait peu d'intérêt au sort des Indiens, et ne fit presque rien pour leurs défenseurs. De retour à S. Paul, les deux missionnaires furent jetés dans une prison ; mais, ayant ensuite été délivrés, ils retournèrent dans le Guayra, accablés de douleur, après avoir montré inutilement ce que la charité chrétienne peut inspirer de dévouement et de courage.

Lorsqu'ils faisaient la chasse à des Indiens sauvages disséminés au milieu des forêts, les Paulistes n'en pouvaient prendre qu'un petit nombre à la fois; dans les réductions des jésuites, au contraire, ils trouvaient réunie une population considérable ; et, comme le gouvernement espagnol ne permettait pas l'usage des armes à feu aux indigènes, ceux-ci ne faisaient, pour ainsi dire, aucune résistance. Les Paulistes n'avaient guère d'autre peine à prendre que celle de les charger de chaînes.

A peine donc ces infatigables aventuriers furent-ils de retour du pays qui leur avait fourni tant d'esclaves, qu'ils

brûlèrent d'y retourner. Us préparent une nouvelle expédition, s'enfoncent encore une fois dans les déserts, arri-^ vent inopinément à la réduction de S. Paul, la pillent, la détruisent, enchaînent les habitalits , et détruisent succès-^ sivement plusieurs autres réductions.

Outre les bourgades fondées par les jésuites , il existait encore, dans le Guayra, deux villes, Ciudad Real et Villa Ricai qui avaient été bâties par les Espagnols et qu'habitaient leurs descendants. Les Indiens qui avaient échappé aux ennemis se réfugièrent à Villa Rica ; mais les habitants de cette ville les réduisirent en esclavage, comme auraient fait les Mamalucos eux-mêmes. Les jésuites se plaignirent vainement aux magistrats, ils n'obtinrent aucune justice. Ils députèrent l'un d'eux vers le gouverneur de l'Assomption pour le supplier de leur envoyer des secours ; ils ne reçurent qu'une réponse insultante.

Deu^ des réductions du Guayra étaient encore intactes, celle de S. Ignace et celle de Lorette. C'étaient les plus anciennes; elles n'étaient point inférieures aux meilleures villes du Paraguay ; on y voyait de belles églises, et leurs habitants, depuis longtemps civilisés, étaient devenus d'excellents eultivateurs. Les jésuites se voyant abandonnés par les Espagnols leurs compatriotes , et ne doutant pas que les habitants de Lorette et de S. Ignace ne tombassent bientôt, comme ceux des autres réductions, entre les mains de l'ennemi, les décidèrent à prendre la fuite. Ces pauvres gens, guidés par leurs pasteurs, pleins de confiance dans la protection des saints dont ils emportaient les images vénérées, quittèrent, sans se plaindre, leurs demeures, les temples où ils offraient, chaque jour, leurs prières à Dieu, les champs qui leur avaient donné tant de fois d'à-

boudantes récoltes. Poursaivis par les Mamalucos, ils passèrent le ParannÀ, et, après avoir été décimés par la famine et d'affreuses épidémies, ils allèrent bien loin former dem réductions nouvelles, auxquelles ils donnèrent les noms si chers de S. Ignace et de Lorette.

Cependant les Paulistes, désespérés de se voir ravir une proie qui devait contribuer à les enrichir, ne trouvant plus de réductions à saccager ni dlndiens à mettre aux fers, se jetèrent avec une sorte de rage sur les deux villes espagnoles de Villa Rica et Ciudad Real, les pillèrent, les détruisirent de fond en comble, et, comme ils ne pouvaient réduire en esclavage les habitants qui appartenaient à la même race qu'eux, ils les dispersèrent. C'est ainsi que ces derniers furent punis de leur lâche égoïsme. Si, au lieu de profiter, comme nous l'avons dit, du malheur des indigènes, ils se fussent réunis à eux pour repousser les barbares étrangers qui avaient envahi leur territoire, ils ne seraient pas morts dans l'exil , et les villes de Ciudad Real et de Villa Rica seraient aujourd'hui florissantes. Depuis cette triste époque, le Guayra est resté désert.

Quoique la fuite des habitants de Lorette et de S. Ignace eût trompé les espérances des Paulistes, ils emmenèrent avec eux un grand nombre d'esclaves pris dans les réductions qu'ils avaient détruites au commencement de leur expédition (i ). Mais les Indiens captifs ne résistaient pas

(1) Manoel Ayres de Cazal, en réfutant les errears de quelques écrivains sur la prétendue république de S. Paul, dit que, « si les Paulistes « actuels sont de bonnes gens, il n'en était certainement pas ainsi de « leurs ancêtres, qui avaient une réputation détestable et se montraient « fiers de leurs richesses acquises généralement par des moyens peu « honnêtes. » Ce géographe, cependant, ne parait pas croire que ceux

longtemps aux rudes travaux auxquels on les condamnait , et il fallait les renouveler sans cesse. Les Paulistes avaient dépeuplé le Guayra ; ils allèrent chercher des esclaves dans des pays plus éloignés, et se présentèrent successivement chez les Indiens-Itatines, dans les missions du Parannâ, le Tapé et les missions de TUruguay. Partout ils faisaient preuve de la plus grande intrépidité, partout aussi ils commettaient les actions les plus atroces, ils saccageaient les bourgades habitées par les Indiens, et pour s'emparer de ces malheureux il leur était indifférent d'employer la force ou de recourir à la perfidie.

En 1632, de nombreux Paulistes, suivis d'une armée de Tupis, leurs alliés, se présentent inopinément devant S. Joseph , réduction des Itatines. Comme le jésuite qui la dirigeait était absent, ils s'adressent au corrégidor indien ; lui ayant persuadé qu'ils sont venus pour venger les habitants de la réduction des injures des sauvages, ils l'invitent à se rendre à leur camp avec ses guerriers, et là tous sont mis aux fers. Les Paulistes ne se contentèrent pas de détruire la bourgade de S. Joseph, ils en saccagèrent encore trois autres, malgré la courageuse résistance que firent quelques-uns des néophytes.

des habitants de S. Paul qui avaient envahi le Guayra aient emmené des esclaves avec eui, et il ajoute que, selon deux manuscrits qu'il a eus entre les mains , ils ne rapportèrent qu'une cloche de leur expédition. On sait trop bien quel était le but des courses que les Paulistes faisaient dans les déserts pour se persuader qu'après avoir essuyé les plus grandes fatigues , s'être exposés à une foule de dangers ils ne vou* lurent d'autre indemnité qu'wie cloche. D'aiUeurs, si cela était nécessaire, on pourrait opposer aux manuscrits de Gazai ceux qu'a lus le baron de S. Leopoldo, et où il était dit que les Paulistes conduisirent 15,000 Indiens du Guayra sur le marché de S. Paul ; que le seul Manoel Preto en possédait 1,000 dans son habitation {AnnaeSt 2> éd., 231).

La même année , les Paulistes osèrent s'avancer jusrqu'aux missions du Paranné; mais, aussitôt qu'on sut qu'il» approchaient, on fit évacuer les deux réductions les plu» voisines de la frontière ; ils craignirent de s'engager dans un pays qui leur était entièrement inconnu, et ils retournèrent sur leurs pas.

Il leur arriva même d'essuyer quelques échecs ; mais ils ne se découragèrent point ; ils avaient renoncé à la culture de leurs terres, aux soins de leurs troupeaux, aux douceurs du foyer domestique ; la chasse aux Indiens était devenue leur unique occupation ; c'était une passion pour eux , c'était en même temps une source de richesse. Non-seulement ils vendaient leurs prisonniers aux habitants de Rio de Janeiro et des pays circon voisins, mais encore ils avaient établi un marché dans le sud du Brésil ; il fallait bien qu'ils l'approvisionnassent.

Si les Espagnols, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, s'étaient franchement réunis aux Indiens des réductions, ils seraient sans doute parvenus à expulser pour jamais les Paulistes ; mais ils avaient dégénéré du courage de leurs ancêtres, et ils n'étaient guère plus favorables à la liberté des indigènes que les Mamalucos eux-mêmes. Sous le nom de commandes , on avait donné un certain nombre d'Indiens aux Espagnols qui, les premiers, étaient arrivés dans le pays, et, malgré les sages ordonnances des rois d'Espagne, ces infortunés avaient été bientôt traités comme des esclaves. Les habitants du Paraguay auraient voulu réduire en commandes les indigènes qui s'étaient mis sous la direction des pères de la compagnie de Jésus ; ceux-ci défendaient courageusement leurs néophytes ; de là cette haine que leur portaient les Espagnols et qui n'était pas

moins vive que celle des Pauiistes, quoiqu'ils la manifestassent avec moins de franchise.

Dans une foule d'occasions les jésuites avaient sollicité du secours des gouverneurs du Paraguay ; ils n'avaient presque jamais été écoutés; on refusait même de donner des fusils aux Indiens, qui étaient incapables de se défendre contre les Mamalucos toujours bien armés. Le plus souvent il suffisait à ces derniers de se présenter devant les réductions pour faire prisonniers des ftiilliers d'indi* gènes qu'ils chassaient ensuite devant eux comme un vil bétail. Le marquis de Grimaldi afBrme que, de 1820 à 1840, les habitants de S. Paul s'emparèrent de quatrevingt mille bètes à cornes qui appartenaient aux Indiens- Guaranis et détruisirent vingt-deux réductions , nombre porté à trente et un par Gaspar da Madré de Deos et à trente-deux par Manoel Ayres de Gazai que l'on n'accusera ni l'un ni l'autre de partialité (1).

Les pères de la compagnie de Jésus, voyant que, dans la contrée où ils avaient établi leurs néophytes, ceux-ci ne pouvaient échapper à leurs barbares ennemis, rassemblèrent les hommes, les femmes, les enfants qui restaient de leurs premières réductions ; ils les décidèrent , non sans peine, à s'expatrier pour jamais, et les emmenèrent entre le Parannà et l'Uruguay, à l'endroit où ces deux grandes

(1) Je puis invoquer ici le témoignage de Gazai (Corographia, l, 223), et à plus forte raisoo celui de Gaspar da Madré de Deos ( Mem., 120 ) ; mais je ne citerai pas, à cause de l'exagération dont elle est évidemment «npceiDte, la lettre que D. Pedro £stevau d*Avila, gouverneur du Rio de la Plata, écrivait au roi d'£spagne le 12 octobre 1837, et dans laquelle il dit que, vérification faite, les Paulistes avaient enlevé aux réduction» plus de 60,000 individus de 1628 à 1630.

rivières se rapprochent Tune de l'autre (1). Là, sans doute, les néophytes se trouvaient puissamment protégés par la nature contre les invasions des Paulistes ; mais les jésuites connaissaient Tintrépidité de ces derniers et leur passion pour la chasse aux Indiens ; ils voulurent s'assurer encore d'autres moyens de protection.

Leur provincial envoya Diaz Tano à Rome, et Rciz da MoNTOYA à Madrid. Chacun de ces religieux, étant arrivé en Europe, peîgnit sous les plus vives couleurs les misères des Indiens convertis, et ils n'eurent aucune peine à toucher ceux qui les écoutaient. Le roi d'Espagne déclara les Indiens des réductions vassaux immédiats de la couronne; il défendit qu'on les obligeât à aucun service personnel, îl autorisa les jésuites à leur donner des armes à feu, renouvela les décrets qui avaient déjà été rendus en leur faveur et déclara libres ceux qui avaient été réduits en esclavage. Diaz Tano ne fut pas accueilli a Rome moins bien que Montoya ne l'avait été à Madrid. Le pape Urbain VIII le combla de faveurs pour lui-même, pour ses chers néophytes, pour les compagnons de ses travaux, et, plein d'indignation, il fit expédier un bref où il menaçait de toutes

(1) Charlevoix, HisL Paraguay, 1, 367-445. —Southey, HisL, II, 309, 318. — Warden, Brésil, I, 419. — D. Gaspar da Madre de Deos reconnaît {Mem. S. Vicenle, 127) que les récits de Charlevoix sur les incursions des Paulistes dans le Paraguay sont exacts, beaucoup plus exacts même que certaines relations portugaises ; il excuse ces hommes aventureux par les encouragements que leur donnait le gouvernement luimême et surtout par des récriminations. Mais s'il est vrai, comme le dit D. Gaspar, que les jésuites eux-mêmes aient tyrannisé les Indiens au Maranhâo et dans le Para, cela prouve que les Paulistes n'ont pas été les seuls coupables, mais cela ne prouve nullement , ce me semble, qu'ils ne raient pas été.

les foudres de T Eglise les impies qui attenteraieut à la liberté des Indiens convertis ou même infidèles.

Le père Tano , porteur de ce bref, s'embarqua à Lisbonne pour Buenos-Ayres ; mais des vents contraires Tobligèrent de relâcher à Rio de Janeiro. A peine était-il arrivé, que le décret du souverain pontife fut lu dans l'église des jésuites. On n'avait pas songé que plusieurs des habitants de la ville avaient d'intimes rapports, avec la capitainerie de S. Vicente. Ces hommes ameutèrent la populace, qui se précipita sur le collège des pères de la compagnie de Jésus; les portes furent enfoncées, et l'on aurait égorgé Tano et les compagnons qu'il avait amenés d'Espagne sans l'intervention du sage gouverneur Salvador CoBREA DE Sa £ Bënavides. Celui-ci fit décider que l'on s'assemblerait le lendemain pour discuter l'affaire avec plus de maturité; la réunion eut lieu, et, d'après les conseils de Salvador Correa, on en appela du bref du pape au pape lui-même mieux informé.

Le père Diaz Tano et ses compagnons s'échappèrent promptement de Rio de Janeiro; mais un orage plus terrible les attendait à Santos. Le vicaire général y eut à peine publié le bref du pape, que des séditieux se jetèrent sur lui, le terrassèrent, lui mirent sur la gorge la pointe d'une épée et le menacèrent de le tuer, s'il ne révoquait l'excommunication qu'il avait lancée contre l'un d'entre eux II resta inflexible; son courage les désarma.

Le supérieur des jésuites, entendant le bruit que faisaient les mutins , se présente devant eux revêtu des ornements sacerdotaux, le ciboire à la main, et leur adresse un discours pathétique. Quelques-uns se prosternent; les autres restent debout, disant qu'ils adorent sincèrement le corps

de J. C, mais que jamais ils ne souffriront qu'on les prive des esclaves, qui font toute leur richesse. Un d'entre eux s'écrie du milieu de la foule qu'il faut tuer le supérieur des jésuites, et l'on ne peut savoir à quelles extrémités ces furieux se seraient portés, si quelques religieux d'un autre ordre ne fussent parvenus à leur persuader, par des subtilités , que le bref du pape ne pouvait avoir aucune valeur pour eux, puisqu'ils refusaient de le recevoir (1).

Les habitants de S. Paul savaient que cette pièce avait été dirigée spécialement contre eux ; leur vengeance ne se fit pas attendre. Le peuple se souleva ; toutes les villes de la province furent invitées à envoyer des délégués à une assemblée générale, et, en conséquence d'une résolution qui fut prise, à l'unanimité, le 13 juillet 1640, les jésuites furent chassés de tous leurs collèges (2) : soixante ans plus tôt, les Paulistes ne voulaient pas d'autres pasteurs que ces religieux.

Pendant que ces choses se passaient en Amérique, une révolution s'opérait à Lisbonne. Le duc de Bragance y fut proclamé roi sous le nom de Jean lY ; le peuple portugais recouvra sa nationalité.

La nouvelle de cet événement excita au Brésil le plus grand enthousiasme ; cependant la capitainerie de S. Vicente fit exception. Sous les rois d'Espagne, les Paulistes étaient devenus, comme je l'ai déjà dit, presque indépendants ; ils conçurent l'idée de profiter du premier moment de trouble et d'indécision pour rompre les faibles liens qui

(1) Charlevoix, HisL Paraguay, I, 431. — Southey» Hist., II, 321.

(2) Pedro Taques d'Almeida Paes Leme, Noticia da expuUào dos jesuittu in RevisU Irim., 2« ser., V, 17. — Abrcu e Lima, Synopsis ,

les attachaient encore à la domioation européenne. An milieu d'eux s'étaient établis un assez grand nombre d'Espar ^nols; ceux-ci, voyant sans doute avec peine qu'ils allaient être forcés d'obéir au souverain du Portugal, fortifièrent les habitants du pays dans leurs projets d'indépendance. Parmi les fila de ces étrangers était un homme noble , puissant et respecté, Ahador Boeno de Ribsira, qui avait occupé des emplois fort importants et dont la famille était aussi riche que nombreuse ; les Paulistes voulurent le mettre à leur tète. Ils accourent devant sa maison , poussent des cris d'enthousiasme et le proclament leur roi. Bueno, fidèle à ses devoirs, refuse la couronne avec persévérance, et conjure le peuple de reconnaître pour son souverain celui dont les droits avaient paru incontestables à tous les autres Brésiliens. On insiste, on le presse, et l'on va jusqu'à le menacer de lui donner la mort, s'il ne veut pas devenir roi. Il se saisit d'une épée, s'échappe par une porte de jardin et s'enfuit précipitamment vers le couvent des bénédictins. Le peuple le poursuit en criant , Vive Amador Bumo, noire roi! mais lui, toujours inflexible, persistait à répondre. Vive Jean 1 F, pour lequel je suis prêt à répandre mon sang ! Il arrive au couvent ; il entre et ferme les portes. L'abbé se présente avec ses moines; quelques personnes importantes s'unissent à eux; on pérore le peuple, et le jour même Jean IV était proclamé roi dans toutes les rues de S. Paul. La mobilité que les habitants de cette ville montrèrent alors indique assez que Bueno agit très-prudemment en refusant la couronne. Cependant S. Paul était si facile à défendre et ses habitants si intrépides, que, si le chef qu'ils s'étaient donné avait eu de l'ambition, de l'audace et une grande énergie , ils seraient bientôt devenus,

comme le dit un historien, un peuple indépendant, le plus formidable de T Amérique du Sud (i).

A peine Tordre eut-il commencé à régner dans la ville de S. Paul, que ses habitants écrivirent à leur nouveau souverain pour se justifier de l'expulsion des jésuites ; mais r étrange pièce qu'ils lui adressèrent ne put manquer de^ produire dans l'esprit du conseil Teffet contraire à celui qu'avaient attendu ses auteurs. Jorge Masgarenhas, marquis de Montalvao, alors vice-roi du Brésil, la réfuta avec modération, et par un décret du mois de juillet 1643 le roi de Portugal ordonna que tous les biens des jésuites de S. Paul leur fussent restitués. Les Paulistes gagnèrent du temps; le décret ne fut point exécuté, et, malgré de nouveaux ordres datés de 1647, ce fut seulement en 1653 que, après avoir été forcés de souscrire à des conditions aussi dures qu'humiliantes , les pères de la compagnie de Jésus rentrèrent dans leurs monastères et leurs propriétés (2).

Après l'expulsion de ces religieux, les Paulistes n'eurent plus à craindre qu'on leur reprochât sans cesse leur conduite envers les Indiens, et la guerre que se firent l'Espagne et le Portugal, à l'avènement de Jean IV, les autorisa à diriger de nouvelles attaques contre les réductions du Paraguay; ils ne pouvaient plus être considérés comme des bandits; c'étaient des guerriers qui prenaient les armes pour défendre les intérêts de leur pays et de leur souverain. Un parti considérable de Paulistes accompagnés de Tupis,

(1) Gasp. da Madré de Deos, Mem. S. Vicenle, 130. — Soathey, HUt., n, 327.

(2) P. Taqaes d'Aimeida PaesLeme, Nolicia hisi. daexpulsào dos jesuitas in Revist. trim.y 2« ser., V, 17, 34. — Abreu e Lima, Synopsis,

tl8.

leurs alliés, s'avance vers les réductions du Parannà ; ils arrivent et aperçoivent de loin une troupe de néophytes ; ils croient qu'ils vont, comme autrefois, s'emparer d'eux, et que bientôt ils les vendront sur le marché de S. Paul ; mais on avait profité de la permission accordée par le roi d'Espagne, on avait armé les nouveaux convertis ; le canon se fait entendre; un grand nombre de Paulistes tombent; les autres , surpris d'une défense aussi inattendue, prennent la fuite, et les Indiens alliés désertent à l'ennemi (i). Depuis cette époque, les Paulistes ravagèrent encore les Itatines, ils pénétrèrent même jusque dans le Chaco; mais ils n'osèrent plus attaquer les réductions du Paranné, qui, pendant de longues années, jouirent d'une paix profonde.

Comme les Paulistes, malgré quelques rares échecs, continuaient avec ardeur à chasser les Indiens, il était facile de les indisposer contre ceux de leurs magistrats que l'on voulait perdre dans leur esprit ; il suffisait de dire que ces derniers étaient favorables à la liberté des indigènes. Tel fut le moyen qu'employèrent les habitants de Rio de Janeiro pour impliquer leurs voisins dans une révolte qu'ils avaient projetée contre le sage gouverneur Salvador Correa de Sa e Benavides. Celui-ci était parti vers le mois de novembre pour la ville de Santos, d'où il devait aller inspecter les mines de Paranaguâ. On écrivit de Rio de Janeiro aux Paulistes qu'il devait être leur ennemi, puisqu'il était l'ami des jésuites ; qu'il savait parfaitement la langue des Indiens, qu'il armerait les esclaves des propriétaires contre leurs maîtres, et qu'il fallait bien se garder de le recevoir. Les Paulistes ajoutèrent foi à ces discours et résolurent de

(l) Southej, hisl., U, 330.

chasser le gouverneur , s' il se présentait. Correa ne s' en émut point ; il continua son voyage vers le sud , et , pendant qu'il resta dans le pays, il rendît aux habitants tous les services dont il était capable, ouvrant des chemins, construisant des ponts, faisant placer des barques sur le bord des rivières, et toujours aussi affable qu'intelligent et courageux.

• Les Paulistes, qui, au milieu des actions iniques qu'ils commettaient sans cesse, n'étaient point étrangers à tout sentiment généreux, furent touchés de la noble conduite de Correa ; ils lui témoignèrent vivement leur reconnaissance, et lui offrirent même leurs services contre les rebelles de Rio de Janeiro, qui d'abord avaient su les séduire (4).

On savait mal, dans le nord du Brésil , ce qu'étaient les Paulistes (2) ; cependant il n'était personne qui n' eût entendu

(1) CatalOQO dos govemadores in Revisi trim., U, 53. — Exeerpto de uma manuscrita in Rwist. trim., m, 24. — Pizarro, Mem. hUt., m, 209.

(2) On est véritablement excusable d'avoir en si longtemps en Europe des idées erronées sur les anciens Paulistes ; car voici les traditions que recueillirent k Fernamboac, en Tannée 1667, deux relijj^eux, les pères Michel-Ange de Gattine et Denis Carli de Plaisance , qui relâchèrent dans cette ville en se rendant en Afrique : « La ville de S. Paul et les ena virons au plus reculé du Brésil est ce qu'on peut appeler le véritable « iMiys de cocagne. Quelque étranger qui y aborde , pour misérable « qu'il soit, y est bien venu, et trouve incontinent une femme à son gré, « pourvu qu'il s'assujettisse à ces conditioos, de ne penser qu'à manger « et à boire et à se promener... Que, s'il donne le moindre indice de se « sauver, elle ne manque pas de l'empoisonner, comme, au contraire, « s'il s'entretient bien avec elle, ils en sont chéris et bien traitez à Fenvy « les uns des autres. La source de leurs richesses est un fleuve qui ar- « rose ce pays, et qui est si riche, qu'il peut tirer de la nécessité le plus n misérable de ceux qui implorent son ayde : car, en ce cas-là, ils n'ont

parler de leur courage et de l'habileté avec laqueHe ils ftiisaient la guerre aux indigènes. Les habitants de la province de Bahia , ne pouvant parvenir à se délivrer des attaques continuelles de la formidable tribu des Guerens, eurent recours aux Paulistes, appelèrent un des plus fameux chefs de ces hommes aventureux, nommé JoÂo Amaeo. Il fallait que celui-ci rassemblât sa troupe , et que, pour arriver à Bahia, il traversât d'immenses déserts sans habitants, sans chemins, où l'on ne pouvait vivre que du gibier que l'on tuait et de fruits sauvages. Deux années s'étaient écoulées, et on ne l'avait pas encore vu paraître. Il arrive enfin (1673) avec une troupe de Mamalucos exercés dans l'art de faire la chasse aux hommes, et avec des Indiens qui, moins intelligents que leurs maîtres, étaient aussi actifs, aussi intrépides et aussi cruels qu'eux. Toutes les troupes du pays se réunissent à celle de Joâo Amaro ; on part, on traverse des pays incultes jusqu'alors inconnus; on immole les Indiens qui résistent ; on envoie des milliers de prisonniers a Bahia, et l'on délivre, pour de longues années, les habitants de cette ville dé la crainte des sauvages. Les captifs étaient si nombreux, qu'on les vendait 30 fr. par tète, et le chagrin, les mauvais traitements, le désespoir les firent périr si promptement, que les acheteurs trouvèrent que, même à un si bas prix , ils avaient encore fait un très^

« qu'à prendre les sables de cette rivière, et en tirer For qu'elle porte, « ce qoi est capable de payer leur peine avec usure, ne devant, pour cela, « rien à leur roi que la cinquième partie. On raconte mille autres cho-

« ses surprenantes de ce pays-là; mais rien ne doit paraître ia-

« croyable à ceui qui sont bien informez des manières contre le bon « sens et des coutumes extravagantes qu'on voit être en usage dans ces « pays barbares. » ( Relation eurieuêe et nouvelle dun txtyage de Congo fait i$ années 1666 et 1667, 39.)

mauvais marché. Outre la somme considérable que Ton avait promise à Joâo Âmaro, on lui donna une vaste étendue de terre et la suzeraineté d'une ville dont il avait été le fondateur. Mais pour les Paulistes, chasseurs d'hommes, le repos était un supplice ; Joâo Amaro vendit ses terres et retourna à S. Paul , tout prêt à courir après de nouvelles aventures (1).

A peu près vers la même époque (1674), un autre chef de Paulistes non moins fameux que Joâo Amaro, Tintrépide DoMiNGos JoRGK, part de sa ville natale, parcourt les déserts en pourchassant les Indiens et arrive , après d'incroyables fatigues, à une distance énorme de sa patrie, dans le pays qui forme actuellement la province de Piauhy. Lorsqu'il se croyait séparé de tout l'univers, il aperçoit une troupe d'hommes blancs qui venaient vers lui. C'était une autre bande qui s'était enfoncée dans l'intérieur des terres sous la conduite du Portugais Domingos Afibnso, auquel son amour pour les déserts avait fait donner le sobriquet de Seriào. Les deux chefs éprouvèrent une joie indicible en se voyant réunis; ils se racontèrent leurs aventures, continuèrent ensemble leurs courses et se rendirent réciproquement les plus grands services. Ils flrent prisonniers un grand nombre d'Indiens, en mirent en fuite un nombre plus considérable encore, et enfin, après de longs travaux, ils se séparèrent. Domingos Affonso Sertâo avait des vues plus élevées que son compagnon ; dans le pays qu'il avait conquis, c'était ainsi qu'on s'exprimait alors, il forma cinquante fazmdas destinées à l'élève du bétail ; il en donna quelques-unes, en vendit d'autres et en laissa trente à la

(1) Southey, Hist.y U, 565.

compagnie de Jésus pour que le revenu f&t employé à de bonnes œuvres. Quant à Domingos Jorge, il emmena avec lui la plus grande partie des captifs et se retira dans sa patrie (1).

Il me serait impossible de raconter avec détail toutes les expéditions que firent les Paulistes pendant près de deux siècles dans l'intérieur de l'Amérique du Sud; mais il en est une qui fut tellement gigantesque, que je me reproche- • rais de la passer entièrement sous silence. Sous le commandement d'Antonio Raposo, soixante de ces hommes audacieux, accompagnés d'un parti d'Indiens, traversent le Brésil du sud-est au nord-ouest, franchissent les Andes et arrivent au Pérou, où ils livrent aux Espagnols plusieurs combats sanglants. Us se retirent ensuite et se dirigent vers la rivière des Amazones ou l'un de ses affluents; là ils construisent des radeaux, s'abandonnent au cours du fleuve et débarquent à la petite ville de Gurupa, où ils furent reçus avec une hospitalité généreuse par les habitants émerveillés ; et pour se rendre chez eux à travers les déserts / il fallait qu'ils fissent encore un voyage de plusieurs années (2)! • *

Les Paulistes tenaient à honneur d'ajouter des déserts à la monarchie portugaise ; ils allaient bientèt faire une découverte plus importante , celle des riches mines d'or de la vaste contrée qui depuis a reçu le nom de Minas 6eraes.

L'histoire de cette découverte, quoique assez récente,

(1) Cazal, Corog, Braz., U, 239. — Soathey, HisL, H, 565.— Ferd. Denis, Brésil, 277.

(2) Southey, Hist.^ II, 668. — José Fel. Fernandes Piuheiro, Annaes, 2» éd., 40.

est pleine d'incertitude. Les Paulistes, comme les Grecs des temps héroïques, couraient après les aventures, s'exposaient à tous les dangers, se battaient avec courage, mais ils n'écrivaient point. On sait cependant que, vers le milieu du xvii^ siècle, un homme entreprenant, appelé Mabcos de Azevedo ou Azeredo, ayant remonté le Rio Doce, rapporta de son voyage des échantillons de mines d'argent et des pierres vertes que Ton prit pour des émeraudes. Azevedo mourut sans qu'on sût où il avait fait sa découverte ; bientôt cependant les imaginations s'exaltèrent ; tous les hommes aventureux voulurent retrouver la montagne des émeraudes où avait puisé Azevedo, et le gouvernement favorisa les recherches par des secours et des promesses de récompenses.

Il est inutile de dire que les Paulistes furent les premiers à se mettre en campagne. Parmi eux vivait un vieillard âgé de quatre-vingts ans, que son énergie et ses chasses aux Indiens avaient rendu célèbre ; aux récits merveilleux \ que Ton faisait autour de lui de la montagne des émerau-

des et des richesses qu'elle renfermait, son sang circule avec plus de rapidité, ses forces se raniment; il croit sentir encore l'ardeur de la jeunesse. Ayant obtenu du gouverneur général la permission de faire à ses frais une grande expédition pour tâcher de retrouver la montagne tant vantée , il consacre à des préparatifs bien combinés la plus grande partie de sa fortune, et se met en marche. Il fallait pénétrer dans un immense désert hérissé de hautes montagnes, couvert de forêts gigantesques, traversé sans cesse par des peuplades barbares ; rien n'arrête son courage. En quelques années, il explore une partie considérable de la vaste contrée appelée aujourd'hui Minas Geraes; il y forme un

grand Dombre d'établissements, et enfin , lorsqu'il croit avoir atteint le but de son voyage, lorsqu'il arrive au lac fameux appelé Yupabussû, près duquel on supposait qu'étaient les émeraudes de Marcos Azevedo, l'insalubrité du pays et la désunion qui s'était mise parmi ses compagnons épuisés le forcèrent de reprendre le chemin de S. Paul. Mais il ne put arriver jusqu'à cette ville; il mourut, vers l'année 1678, près du Rio das Yelhas, laissant à son gendre Manoel Borba Gato les outils de mineur qu'il avait emportés avec lui, la poudre, le plomb qui lui restaient encore, et r itinéraire de son voyage ; il avait eu la gloire de découvrir la province la plus importante de l'intérieur du Brésil.

Ce fut, à ce qu'il parait, Rodrigues Arzâo, natif de Tacubaté, qui, le premier, trouva de l'or dans cette provit>ce. Il avait pénétré dans les déserts de Cuyaté, ^ en l'année 1695 il présenta trois oitavas d'or au sénat municipal du chef-lieu de la province d'Espirito Santo. Avec son or on fit deux médailles, et il en emporta une à S. Paul ; les habitants de la capitainerie de S. Vincent ne pensèrent plus qu'aux trésors de Cuyaté.

Arzâo, en mourant, remit l'itinéraire de sa dangereuse excursion à son beau-frère, Bueuo de Cerqueira, qui, à son tour, s'enfonça dans les déserts. Au milieu de ses courses, il rencontra une autre bande qui chassait aux Indiens; les hommes qui la composaient, ayant su l'objet de ses recherches, renoncèrent à leur chasse, se réunirent à lui, et tous ensemble ne songèrent plus qu'à découvrir de l'or. Ils en trouvèrent en abondance ; mais ils ignoraient comment il fallait faire pour le tirer de la terre et pour le nettoyer. Au lieu de pioches, ils se servaient de morceaux

aigus de fer ou même de bois, et séparaient le métal précieux des corps étrangers à F aide d'assiettes d*étain.

Bientôt, cependant, des bandes nombreuses d'hommes de tous les âges et de toutes les conditions sortirent de S. Paul et des villes voisines pour aller à la recherche de For; .il leur était indifférent de gravir les montagnes les plus escarpées, de traverser des fleuves rapides , de s'enfoncer dans des forêts épaisses remplies de serpents venimeux et de bètes sauvages : la cupidité semblait doubler leurs forces et leur cachait tous les dangers.

Ces hommes eurent d'abord le bon esprit de suivre des routes différentes et de laisser les premiers arrivants en possession de leurs trésors; de cette façon, ils se répandirent en peu de temps sur toute la surface du pays nouvellement découvert ; partout ils y trouvèrent de For, et de là le nom de Minas Gerqçs quMls lui donnèrent.

Les Paulistes ne formèrent d'abord aucun établissement fixe dans la contrée qui leur prodiguait ses richesses. Quand ils avaient trouvé de For en quelque endroit, ils y construisaient à la hâte de chétives cabanes, et, lorsque le métal précieux était épuisé, ils allaient ailleurs. Mais certaines localités étaient tellement riches, qu'ils y restaient plus longtemps ; ils y bâtirent des maisons, et des villages se formèrent, dont plusieurs, avec le temps, sont devenus des villes. C'est à des Paulistes qu'est due la fondation de Marianna d'Ouro Preto, de Sahara de Caité, de Pitangui, de S. José et de beaucoup d'autres encore qui toutes ont été, dans l'origine, des lieux de campement, nom que Fon applique encore par habitude à tous les villages de Minas Geraes.

Quoique les mineurs paulistes eussent pris quelques pré-

cautions pour éviter les sujets de querelles, il était difficile qu'ayant des mœurs également rudes, étant également possédés de la soif de Tor, se livrant aui mêmes recherches pour la satisfaire, ils vécussent toujours en paix. Dès que la ville de Taubaté avait cessé d'être un village d'Indiens, elle était' devenue la rivale de S. Paul dont elle était voisine. La découverte des mines d'or fit naitre de nouvelles haines entre les habitants des deux villes, et, à l'époque du voyage de l'auteur, leurs descendants conservaient encore le souvenir des querelles de leurs pères.

Des dissensions bien plus graves ne tardèrent pas à éclater dans le pays des mines.

La nouvelle de la découverte importante qu'on y avait faite s'était répandue avec une extrême rapidité : de toutes les parties du Brésil accoururent des nuées d'aventuriers , de déserteurs, de criminels . poursuivis par la justice, et bientôt ces hommes furent suivis d'un grand nombre d'Européens à peu près aussi méchants qu'eux. Les Paulistes avaient quelques idées généreuses que ne pouvaient partager ce ramas de gens sans aveu , l'écume du Portugal et du Brésil; cependant on ne peut nier que l'habitude d'être entourés de nombreux esclaves, leurs chasses aux Indiens, la licence à laquelle ils se livraient, loin de toute surveillance au milieu des déserts, ne les aient également corrompus. Tous les vices semblèrent s'être donné rendezvous dans le pays des mines; toutes les passions s'y déchaînèrent ; on y commit tous les crimes.

Les Paulistes ne voyaient point sans indignation des étrangers s'établir dans la riche contrée qu'ils considéraient comme étant à eux. Fiers de leurs nombreux es«

6U¥e9 i»t 4ea richesie» que la plupart d'entre eut possédaient avant même qw les mioe^ d'er eussent été déceaverte^i, ils trailaiept les nouvaaui venus avec un prefond mépris , leur faisaient essuyer des vexations continuelles et leur avaient donné le sobriquet ridicule à^embuahm, parce que» portant des bottes ou des guélres, ces intrus ressemblaient» disaient -ils» à certains oiseaux dont les plquies desoendent jusque sur les pieds. Tant d'affronts finii^nt par révolter les nouveaux venus ; deux partis se formèrent ; les étrangers ou fùra^ieirM mirent à leur tète Tua d'^c^ti^ eux » Manoel Nunes Vianna» homme puissant» actif» doué d*un esprit pénétrant» et qui» quoique plein dei douceur et d'affabilité dans ses rapports habituels» savait, ep cas de besoin» déployer une grande énergie. QuQlqu€# moines qui» oubliant leurs devoirs, s'étaient introduits dans les mines» attirés par la soif de l'or» se réunirent, auxt foroskiros, et les poussèrent à la révolte; l'un d'eux» un certain père Antonio de Minezes» de Tordre de la Trinité» agitateur subalterne» les rendit maîtres des armes d^ Paulistesà Taide d'une trahison» et ils proclamée reiil !4unes gouverneur du pays. La guerre civile éclata ; QA se battit dans les eavirons du Rio das Mortes; les /brmimoê refitèreat vainqueurs» mais il» souillèrent leur victoire en massacrant un parti de PauHstes qui venait de m tendre.

l» gojUverBeur de Rio de Janeiro » D. Francisco Mar- TiNS DE Masgarenha»» ayant appris ce qui se passait dans le pays des mines; y arrive bientôt. Munes va au devant de lui avec une troupe considérable d'hommes armés » et l'étonne par sa contenance pleine de hardiesse. Dans une en-

tftm^^qWils ont wseiaUot il 9f«ùm au s^v^iroQur ^WH

n*a jamais cessé d*étre un sujet fidèle; il lui persuade que, fi*il i^'ost mis à la ièt6 des séditieux, e*est uoiquem^nt pour )^ contenir, et il le décide à se retirer.

Après le départ de Mascarenhas, Nunes exerça sans contrôle les fonctions de gouverneur. Il nomma aux emplois le$ bomoies le& plus capables qu'il put trouver, rétablit TcNrdre autant quil était possible de le faire, et fit regretter Wt gens de bien que son autorité n'eut pas une source lrfu9 légitime.

Fendant ce temps-là, les Paulistes se préparaient à la îQngeence. Les femmes y excitent les hommes avec fureur, en les traitant de lâches ; des prêtres oubliant, dit le P. Malioel da Fonseca , que la paix est le patrimoine de TËglise font retentir les temples de cris de guerre ; on s'arme, on tort de S. Paul, et l'on marche vers Taubaté pour y faire desreerues»

Sur ces entrefaites arrive de Lisbonne à Bio de Janeiro •Asrroifio^ra AiTOQCCBQUE Coelho qui devait remplacer Mascarenhas comme gouverneur (1809).

Les hommes les plus sages du pays des mines, tout en rendant justice à Manoel Nunes Yianna, sentaient combien leur position était fausse et dangereuse. Secrètement ils députent vers Albuquerque un religieux qui avait été son siecrétaire, et le supplient de rétablir au milieu d'euis Tautnrîté %ale. Ce gouverneur était un homme capable et iûtif. Pour insptrer plus de confiance aux habitants des mines, il arrive dans leur pays presque sans suite ; ils se soumettent, et bfentAt une amnistie générale est accordée à tous les rebelles, à l'exception du moine trinîtaire, d'un compagnon de ISunes Yianna, et de Nuueg lui^mêpe, qui

mourut en prison» et qui peut-être méritait un meilleur sort (i).

Il était plus difficile de faire rentrer dans l'ordre les PaulisteSy toujours exaspérés par la trahison dont ils avaient été l'objet. Albuquerque le tenta cependant ; il se rendit au milieu de leur petite armée; mais voyant qu'il les invitait inutilement à la paix, et craignant peut-être pour sa sûreté, il jugea prudent de faire retraite, se bAta d'arriver à Rio de Janeiro, et de là il fit dire secrètement aux Embuabas du pays des mines de se préparer à recevoir les Paulistes.

Ceux-ci effectivement arrivèrent bientôt près du Rio das Mortes et attaquèrent un petit fort ou s'étaient retirés les Embuabas. Des deux côtés on se battit avec acharnement ; mais les Paulistes se distinguaient dans toutes les rencontres par l'habileté avec laquelle ils ajustaient leurs ennemis. Cependant, ayant bientôt appris que de nombreux renforts arrivaient au secours de ces derniers, ils profitèrent de la nuit pour se retirer, et retournèrent dans leur pays, ravageant tout sur leur passage.

Cette expédition avait calmé la fureur des Paulistes. Albuquerque profita habilement de Theureuse disposition où ils se trouvaient ; il envoya aux membres du sénat municipal de la ville de S. Paul le portrait de Jean Y, et il leur écrivit que, si le roi ne pouvait visiter leur ville, il voulait du moins que son image restât au milieu d'eux , pour montrer qu'il les prenait sous sa protection spéciale. Les

(] ) Southey et Baltasar da Silva Lisboa disent que Ton accorda à Naaes la permission de se retirer dans les établissements quHl avait formés sar les bords du S. Francisco ; mais Pizarro cite un document officiel qui contredit cette opinion.

PaulisteSy qui étaient réellement attachés à leur souverain, furent sensibles à la distinction dont on les honorait, et tout rentra dans Tordre (1).

Albuquerque s'empressa de rendre compte à son gouyernement de tout ce qui venait de se passer. Le ministère portugais sentit que le même homme ne pouvait gouverner la contrée immense qui $*étend depuis l'embouchure du Parahyba jusqu'aux colonies espagnoles , et de TOcéan jusqu'aux sources de TArassuaby ; on détacha de la province de Rio de Janeiro le territoire de S. Paul , ainsi que celui des mines, et de tous les deux on forma (9 novembre 1709) un gouvernement distinct.

Albuquerque avait appris à connaître les Paulistes ; ce fut lui qui fut mis à leur tète. On l'avait laissé libre de résider où il jugerait convenable ; il préféra aux bourgades de Minas Geraes, nouvellement fondées, S. Paul, dont la position était plus agréable, et où l'on avait toujours conservé quelque déférence pour les magistrats nommés conformément aux lois. La ville de S. Paul fut honorée du titre de citéy et l'on donna son nom à la nouvelle capitainerie [capitania de S. Paulo).

Jusqu'à cette époque l'administration du pays n'avait cessé d'être entravée par les disputes et les procès des héritiers des deux premiers donataires ; le roi mit fin (1 71 1) à leurs longues querelles en achetant du marquis de Cascaes les 50 lieues de terrain que celui-ci possédait dans la capitainerie de S. Paul comme successeur de

(1) Cazal, Corog. Brax,, l, 224, 358.~Soathey, HisL, 44, 84.— Pizarro, Mem. hi$L, vm, part. 2>, 4, 22. — Baltasar da Silya Lisboa, Ànnaet, H, 179, 347. — Maaoel da Fooseca , Levantamenio em Minas, in BêvUt, irim., \\l, 262.

Lapes de Souzn. Alors l'autorité tout entière se trouva concentrée dans la personne du capitaine général de la province; les tiraillements ne furent plus à craindre, et Tadministration commença à suivre une marche régulière.

Depuis ce moment, les Paulistes ont prévue toujours été un peuple soumis et fidèle, mais isans rien perdre de leur goût pour les aventures et les CQurses lointaines, et iïi n'ont cessé de faire des découvertes que lorsqu'il n'y a plus rien eu à découvrir.

Ils s'étaient fiiés d'abord dans les parties du territoire de Minas Geraes les plus voisines de la haute chaîne de montagnes qui le parcourt du nord au sud ; bientôt ils se répandirent sur toute la surface du pays ; ils ne se contentèrent pas d'y chercher de l'or; ils formèrent, dans les vastes pâturages de S. Francisco , des établissements où ils se mirent à élever du bétail. D'un autre côté, les étrangers continuaient à arriver à Minas; au préjudice des véritables intérêts du pays, des propriétaires de la province de Bahia abandonnaient leurs sucreries et venaient chercher de l'or dans la contrée qui en fournissait k tous ceux d'entre eux qui prenaient la peine d'en chercher. On y introduisit de nombreux esclaves, et en peu de temps des déserts se couvrirent de belles habitations, de riches églises et d'une population considérable. Alors il devint impossible aux capitaines g^^néraux qui ré-* sidaient à S. Paul de gouverner le pays des mines, d'y faire respecter les lois, d'y maintenir le bon ordre et la police; on fut obligé de faire de ce pays un gouvernement séparé et on donna à ce gouvernement le nom de capitainerie de Minas Geraes.

Lft provlnee de S. Paul perdait Ainsi y m partie de sdù territoire ; mab de nouvelles découvertes la déclomtna>geaient bientôt avec usure.

Dès le temps où les Paulistes avaient commencé à par^courir les déserts» quelques-unes de leurs bandes, pasisant d'une rivière dans une autre, franchissant une foule de étttadupesi traversant les maraia les plus âialsains^ gueN royant sans cesse contre des hordes de sauvages , étaient parvenues jusqu'à la rivière du Paraguay et aux vastes contrées qu'arrosent ses affluents. En l'année 1718» Airroiitto Pires bos Câhpos, le plus terrible des eîterminateurs d'tn^ diens, remonta le Bio Guyahâ pour tâcher de réduire la vaillante tribu des Curhipos. Cet homme était probablement trop occupé de ses chasses aux esclaves pour s'occuper d'autre chose. L'honneur de découvrir les trésors du pays qu'il parcourait était réservé à Pascoâl Morkira Ca- BRAL, autre coureur de déserts qui marchait sur ses tracés. Pascoah en remontant le Rio Curhipomirim, vit des grains d'or briller au milieu des terres qui bordent cette rivière; il laissa une partie de sa suite dans l'endroit où il avait fait cette découverte, et, la considérant comme le prélude d'autres découvertes plus importantes, il continua sa routé. Il ne s'était pas trompé ; bientôt, en effet, il rencontra queU ques Indiens qui, pour ornement, portaient des paillettes d'or. Il fait des recherches, et en très -peu de temps il réu^ nit une quantité considérable de ce métal. Alors il revint au lieu où il avait laissé ses compagnons ', ils n'avaient pas été tout à fait aussi heureux que lui , mais tous étaient contents. Ces hommeé, entourés d'immenses richesses, prirent la résolution de ne quitter le pays qu'après les avoir épuisées ; ils se mirent à construire des cabanes sur le bord

des rivières , et semèrent une partie du grain qu'ils avaient encore avec eux. Ils n'avaient point emporté d'outils; la cupidité leur donna des forces et du courage ; ils se servaient de leurs mains pour creuser la terre.

Une autre bande qui parcourait aussi les déserts fut conduite par le hasard au lieu de campement où s'était fixée la première. C'étaient encore des Paulistes ; ils se réunirent à . Pascoal et à ses compagnons; tous ensemble se trouvèrent alors au nombre de vingt-deux. Ces hommes tinrent conseil et résolurent d'envoyer l'un d'entre eux à S. Paul pour donner avis de ce qui se passait au gouverneur et pour prendre ses ordres. Provisoirement ils mirent Pascoal à leur tête, en lui accordant une autorité presque absolue, et lui promirent une entière obéissance.

Pascoal était complètement illettré ; mais il s'en fallait de beaucoup que ce fût un homme ordinaire ; à une grande valeur il réunissait de la prudence» beaucoup d'activité, il

une intelligence remarquable, et, ce qui était rar€l chez les Paulistes de ces temps-là, un cœur compatissant. Il avait |

l'art d'apaiser les querelles qui s'élevaient souvent parmi ses compagnons, sut se faire aimer d'eux, et les dirigea avec une grande sagesse depuis l'année 17i9 jusqu'en 1723, époque à laquelle il fut remplacé par deux magistrats qu'envoya dans le pays D. Rodrigo César de Menezes, gouverneur de S. Paul.

Aussitôt qu'on eut reçu dans cette ville la nouvelle des découvertes que Pascoal et ses compagnons avaient faites aux environs de Cuyabâ, tous, jeunes et vieux, voulurent partir pour une contrée qui promettait tant de richesses. Les émigrants , divisés en plusieurs bandes , s'embarquèrent sur le Tute et sur d'autres rivières; mais ils ne

songeaient qu*aa but du voyage. La cupidité les aveugla sur les besoins qu'ils devaient nécessairement éprouver bientôt, et les dangers qu'ils allaient courir ; ils ne prirent aucune des précautions les plus indispensables. Des fièvres les atteignirent au milieu des marais; ils ne s'étaient point munis de remèdes ; leur séjour dans les déserts devait être de plusieurs mois , leurs provisions se trouvèrent insuffisantes, ils n'avaient pas même emporté d'engins pour la pèche ni assez de fusils pour aller à la chasse; ils furent continuellement harcelés par des hordes d'Indiens ennemis, les armes leur manquaient ; la faim, les maladies, d'affreuses fatigues firent périr la plupart d'entre eux, d'autres succombèrent dans leurs luttes avec les sauvages. Il n'arriva à Cuyabâ qu'un très-petit nombre de ces malheureux, hâves, épuisés, pouvant à peine prendre part aux travaux de ceux qui les avaient précédés.

Un si triste exemple n'arrêta point les émigrations ; la cupidité se décourage plus difficilement que les autres passions dont notre cœur est agité sans cesse. Pendant une longue suite d'années, des hommes tourmentés du désir de devenir riches partirent pour Cuyabé, non-seulement de S. Paul, mais encore de Minas et de Rio de Janeiro. Les Indiens-Guaycurus, toujours à cheval, les Payaguas, habiles conducteurs de pirogues, attaquaient les émigrants avec fureur et en tuaient un très-grand nombre ; d'une bande de 300 hommes, qui était sortie de S. Paul en 1825, il n'échappa que deux blancs et un nègre. Ces malheurs étaient connus de tout le monde; mais l'or, disait-on, était si commun à Cuyabâ, que les chasseurs s'en servaient en guise de plomb. Comment ne pas courir quelques chances pour arriver à une terre qui offrait à ses habitants des

trésors si faciles à acquérir ? Dans l'espémnee dé dêVèAIr riche, on se mettait soi-même à la loterie*

Pendant que se passaient toutes ces choges^ les (^mpa*gnons de Pascoal avaient continué leurs recherches. En Tan 172S, le nommé Migubl Sutil, faisant une plan tatiob sur les bords du Cuyabé, eut faim, et envoya deut Ihdtens, ses serviteurs, lui chercher du miel dans les trohcs des af^ bres. Ces hommes revinrent vers le soir ; ils n'avalent point trouvé de miel, mais ils remirent à leur maître un paquet de feuilles dans lesquelles ils avaient enveloppé des graines d*or qu'ils avaient trouvés à la surface de la terre et qui valaient enseitoble environ lâO oitaioas. Le lendemain, à la pointe du jour, Sutil et son compère Joâo Feancisgo dit le Barbu se rendirent, accompagnés de tous leurs esclaves, à Tendroit où la découverte avait été faite; Sutil revint avec une demi-arrobe d'or, le Barbu avec plus de 400 oitavas. Toute la colonie se précipita vers le lii*u où se trouvaient tant de richesses, et, sans être obligé de faire de profondes excavations, on tira de la terre, dans l'espace d'un mois, 400 arrobes d'or. C'est là qu'est aujourd'hui la ville de Cuyabà.

Dans le courant de l'année où Miguel Sutil fit sa brillante découverte , arriva à S. Paul le gouverneur Rodrigo César de Menezes, dont j'ai déjà dit quelques mots. Son premier soin fut de prendre des mesures pour faire payer au roi l'impôt du quint dû sur l'or des mines de Cuyabà. Quand les Portugais s'occupaient du Brésil , c'était le plus souvent pour lui enlever ses richesses. Deux hommes puissants furent choisis par Menezes pour ses agents dans la colonie nouvelle : l'un d'eux, Lourenço Lemc, partit avec le titre de procureur de l'impôt du qulttt; l'autre, Joâo

Leme, son frère, avec celui de mestre de cjiiiip des mines de Cuyabà. Menezes n'était point sans mérite; mafi il arrivait, il De connaissait pas le pays; il crut, sans doute, qu'il ne pouvait mieus; être représenté que par dent personnages auxquels il voyait leurs compatriotes prodiguer toutes sortes de respects. Il ignorait que la crainte seule attirait aux Leme les marques de déférence dont ils étaient l'objet, et que jamais ils n'avaient fisiit usage de leurft richesses que pour violer impunément les lois et opprimer les faibles. Lorsque ces hommes furent arrivés à Cuyabà et qu'ils se vireùt loin de toute surveillance , ils ne mirent plus de bornes à leur Insolence et à leur audace. Ils se livraient a tous leurs caprices , commettaient les actes de violence les plus insensés, et prétendirent même ôhasser

des mines tous ceut qui n'étaient point Paulistes. Le chapelain de la colonie naissante s'éleva courageusement contre cette dernière injustice; ils ordonnèrent qu'on lui tirât un coup de fusil. Un nommé Pedro Leite avait eu le malheur d'exciter leur jalousie; ils lé firent maltraiter de la manière la plus barbare au pied même de l'autel^ pen>^ dant qu'il assistait au service divin. Menezes apprit enfiù ce qui se passait à Cuyabâ, et, voulant délivrer ce pays des deux monstres dont la tyrannie était devenue intolérable, il donna ordre à un officier supérieur de les prendre et de les envoyer à S. Paul. Les deux frères, avertis à temps, prirent la fuite avec leurs amis et leurs serviteurs ; on envoya des soldats contre eux; mais ils s'étaient fortifiés dans un lieu désert; on les attaqua, ils se défendirent, tl y eut des hommes tués de part et d'autre; eux s'enfuirent encore. Une balle atteignit enfin Loureaça; aon

frére» fait prisonnier, fut exécuté à Bahia en 4724 (1).

La mort.de ces deux hommes ne mit point un terme aux malheurs des habitants de Cuyabé ; pendant longtemps ils n'eurent à leur tète que des oppresseurs. On exigeait d'eux des sommes énormes pour le quint et les autres impôts ; on mettait en prison ceux qui ne pouvaient satisfaire aux demandes exorbitantes qu'on leur faisait, et Ton traitait ces malheureux avec la dernière barbarie. Le peuple tout entier arriva enfin à un tel degré de désespoir, qu'il conçut un moment le projet de fuir un pays où, au lieu des immenses richesses qu'il s'était promises, il ne trouvait, en définitive, que la désolation et la misère.

Sur ces entrefaites, le gouverneur Menezes reçut de son souverain l'ordre d'aller inspecter les mines de Cuyabà. Il avait déjà fixé l'époque de son départ; mais, lorsqu'il était sur le point de s'embarquer sur les rivières, il fut effrayé de la longueur de ce dangereux voyage, et il fit ouvrir un

(1) L'histoire des deui Leme a été racontée par Cazal d'après Rocba Pita, et admise par M. Ferdinand Denis. Je dois dire cependant que Pizarro n'en fait aucune mention , et ses récits sont extraits d'un mémoire qui, composé à Guyabâ en 1765 par l'avocat José Barbosa de Se, a été corrigé depuis, sur les pièces les plus authentiques, par le savant Diogo de Toledo Lara Ordones, que j'ai déjà eu occasion de citer. Pizarro dit seulement que, pour remplacer Pascoal Moreira Cabrai, D. Rodrigo César de Menezes envoya à Cuyabé, en 1724, Joaio Antunes Maciel avec Fernando DiasFalcâo, le premier comme régent, le second comme surin* tendant des terrains aurifères, et que, depuis ce moment, les mineurs de CuyabÀ furent horriblement tourmentés par les gens de justice. Dans le résumé historique qui précède sa précieuse statistique, D. P. MùUer nomme, parmi ceux qui ont découvert les mines de Cuyabé, Lourenço Leme avec Fernando Dias Falcâo, et c'est seulement en dernier lieu qu'il fait mention de Pascoal Moreira Cabrai ; mais il est évident que ce résumé, extrêmement succinct, ne saurait faire autorité.

chemin par terre. On y travailla pendant deux ans ; ce temps écoulé, Menezes put se mettre en route , et il arriva à Cuyabé le 15 novembre 1726, cinq mois après son départ.

Ce chemin que Menezes avait fait faire fut un grand bienfait pour la population ; il rendit plus faciles, moins lentes et beaucoup plus sûres les relations entre S. Paul avec sa colonie naissante, et c'est celui que suivent encore aujourd'hui les caravanes qui se rendent à Goyaz et à Ma* togrosso (1).

A peine Menezes fut-il à Cuyabâ, qu'il donna à ce village le titre de ville ; mais sa présence n'améliora point le sort des habitants. Ses agents, lorsqu'il était encore à S. Paul, extorquaient l'or de ces malheureux, pour se faire valoir auprès de lui ; il ne les obligea point à changer de conduite, voulant aussi se faire valoir auprès de son souverain, auquel , en définitive, devaient arriver toutes ces richesses.

Mille personnes qui, sans doute, ne pouvaient plus vivre dans un pays où elles étaient exposées à des vexations continuelles quittèrent Cuyabà au mois d'avril 1828, et prirent le chemin de S. Paul. Menezes avait à envoyer en Portugal quatre caisses, chacune de 7 arrobes d'or; il profita, pour les faire partir, de l'occasion qui se présentait, et prit toutes les précautions possibles pour qu'elles parvinssent sûrement à leur destination. Elles furent remises au roi Jean Y lui-même, parfaitement fermées et munies des sceaux qu'on y avait apposés au moment du départ. Le roi, dans

U) L'anteur a passé par ce chemin ea se rendant de la cité de Goyax k S. Paul {Voyage auûo tource* du Rio de S, FraneiicOf etc.f vol, ]1)«

SOQ oi:(wUi| l%»fit ouvrir Q^présenee de qoekinef «taittresi étrangers ; on y trouva do plomb. 0& ne négligen rien pour découvrir 1^ coupable ; toutes lea recherches furent inutiles. Le peuple de Cuyabà resta persuadé que, par une transformation miraculeuse , le ciel lui-même avait pris coin de le venger de ses tyrans ; mais aa joie ne fut pas de longue durée. Le receveur des impàts, voulant mériter les bonnes grâces du gouverneur et du monarque luimême, rendit les mineurs responsables de la dispari|ion qui avait eu lieu, et leur enleva tout ce qu'ils possédaient, même leurs esclaves. Quand cette triste opération fut achevée, Menezes partit pour S. Paul (septembre 1738); mais, auparavant, il modifia la perception de rimp6t et fit d'utiles réformes. Les Cuyabanais n'avaient plus rien ; mais, du moins, dit un historien, ils purent en paix répandre des larmes (1).

Us se remirent avec courage à creuser la terre, et elle leur prodigua de nouveaux trésors. Mais les Paulisles,. qui formaient le noyau de la population, n'avaient rien perdu de leur goût pour les aventures et de cette soif de Tor que rien ne pouvait satisfaire; il leur fallait d'autres déserts, il leur fallait des mines plus riches encore que celles de Cuyabé- En l'année 1734, deux frères, FsRNAifno Pâ£S ne Baraos et Artur Paes» natifs de Sorocâba (2), pénétrèrent, à l'ouest des Campos Parexis, dans une contrée couvert? d'épaisses forêts, où jamais un homme blanc n'avait porté fes pas ; c'est celle qui porte aujourd'hui le nom de Matogrosso.

(1) Cazal, CoroQ. Braz., 1, 248. ^ Pizarro, Mem> hist., 3, 11, 43, 46. — Abreu e Lima» Synopsis, 191.

(2) On trouvera, éam ta relation du royage de Twitear, des détaila sfir la viUe ée SoroeAbis ToUiae de S. Paul.

Kk $'9frètoiit Mir to herd d'un des «llimits du Guapoû , ils $ oonstrpiaeQt des cabanes, et de là ils se répandent dans tet voUinagci, essayant partout le sable des ruisseaux et Qelui des rivières. Un an s* était à peine écouté, que tes deuK frères envoyèrent à Cujabà une quantité d'or considérable. A eette vue» le peuple est transporté de joie; tout lo inonde veut partir pour les nouvelles mines. Des milliers d*hom- «les se mirent effectivement en route ; mais ils éprouvé!rent à peu près le même sort que ceui qui les premiers étaient partis de S. Paul pour Cuyabé : les uns s*égarèrent au milieu des déserts et périrent misérablement de fatigue ^t de faim, d'autres tombèrent sous les coups des Payagués et des Guaycurus; il n'en arriva qu'un petit nombre W but tant désiré (1).

Pendant que des b«^ndes de Paulistes ajoutaient à la monarchie portugaise le* vaste territoire de Cuyabé et celui de Matogrosso, d'autres Paulistes faisaient une découverte non moins importante, celle de Goyaz.

Dès l'année 1680, Barthotomeu Buenoda Silva, dit le mauvais espriê y était arrivé au milieu des Indiens-Goyâs, dont les femmes ornaient leurs chevelures de paillettes d'or. Il avait soumis sans aucune peine ces hommes pacifiques dignes d' un sort plus heureux, et il était retourné à S. Paul avec de l'or et un nombre de captifs assez considérable pour en peupler une ville.

Pendant longtemps les richesses de Minas Geraes firent oublier Goyaz; mais les mines de Cuyabé rappelèrent à Menezes celles que Bueno avait découvertes, et il excita tes habilants de S. Paul à tâcher de les retrouver.

(t> Piiarro, Memoria$ hiêtoricai, IX, 81.

Il paraît que les anciens Paulistes accoutumaient leurs enfants de bonne heure aux fatigues des courses lointaines et de la chasse aux Indiens. Lorsqu'il avait pénétré dans le pays des Goyâs, Bueno avait avec lui un fils âgé de douze ans; ce fils, qui s'appelait également Bartholomeu Bueno, avait vieilli, mais il n'avait pas perdu le souvenir de son voyage ; il alla offrir ses services à Menezes, qui lui promit que, s'il réussissait, il aurait pour récompense le péage fort important de plusieurs rivières.

Le second Bueno part à la fin de 1 721 ; mais malheureusementil échoue dans son entreprise, et après une foule d'aventures il revient à S. Paul désespéré et presque seul.

Menezes ranime son courage ; il lui fait des promesses séduisantes, le décide à repartir, et lui accorde les secours nécessaires. Cette fois, Bueno est plus heureux que la première. Après de longues courses et d'incroyables fatigues, j il retrouva enfin, en l'année 1726, l'endroit où étaient les J mines découvertes par son père.

La renommée des richesses de Goyaz y attira bientôt des bandes d'aventuriers qui fondèrent de nombreux villages. Quant à Bueno, il fut dignement récompensé. Cet homme entreprenant posséda de grandes richesses ; mais, comme \

la plupart des mineurs , il ne sut pas les conserver, et il j

mourut pauvre. Il avait abandonné à son fils les péages concédés à sa famille pour la durée de trois vies. £n 1825 la troisième venait de s'éteindre ,' et les arrière-petits-en- ^ fants d'un homme qui avait ajouté à l'empire du Brésil une province aussi vaste que l'Allemagne vivaient dans l'indigence (1). Ils descendaient vraisemblablement aussi

(1) Aog. de S. Hil., Voyage aux sources du Rio de S. FranciêCO cl

d'ÀmadorBueno, qai avait repoussé Toffre que les habn lants de S. Paul lui faisaient de la couronne.

C'étaient des Paulistes qui avaient découvert Goyaz, Cuyabâ et Matogrosso ; jusqu'en Tannée i748> ces vastes pays firent partie de la capitainerie de S. Paul.

On finit cependant par reconnaître que le même homme ne pouvait gouverner une contrée environ quatre fois grande comme la France et dont les parties étaient séparées par des déserts. On forma , en conséquence , une capitainerie distincte de Goyaz» une autre de Cuyabâ et de Matogrosso ; mais en même temps on eut la malheureuse idée de supprimer la capitainerie de S. Paul et de la réunir à celle de Rio de Janeiro (i). Les gouverneurs de cette dernière province avaient bien assez de leur administration particulière. S. Paul fut négligé.

Quand autrefois les chasseurs d'hommes quittaient le pays, c'était pour y revenir; il n'en avait pas été de même des chercheurs d'or ; ces derniers faisaient des établissements fixes dans les contrées où ils trouvaient le métal objet de leur convoitise, et ils ne revoyaient plus leur patrie. Depuis la découverte de Minas Geraes, la population de la province de S. Paul n'avait cessé de diminuer ; les émigrants l'appauvrissaient par les dépenses qu'ils étaient obligés de faire pour leurs préparatifs de voyage; faute de bras, les terres restaient sans culture, les troupeaux étaient abandonnés; les habitations tombaient en ruine. Pour remédier à tant de misères, il aurait fallu une administration forte, active, réparatrice ; depuis la suppression de leur

dans la province de Goyax, I, 308, U, 65. — Pohl, ReUe, l, 332. — Raimuodo da CuDha Mattes, llinerario, \\, 70. (1) Pizarro, JUem, hi$l., VIII, !• parte, 2W.

cat>itaiserie , les Paulistes n'eurent pins au milieu d'eux que des agents dont le pouvoir était extrêmement limité et qui n*05aient prendre sur eux la responsabilité d'aucune mesure de quelque importance. Une des plus belles pro* vinces du Brésil déclina chaque jour davantage.

En i7^, le roi D. Joseph rendit un décret qui honorera i jamais sa mémoire, celui qui rendait la liberté définitive à tous les Indiens du Brésil (1). Une fouTe d'autres décrets les avaient déjà déclarés libres, mais ils avaient été constamment éludés. On n'avait point d'esclaves, disait-on, c'étaient des administrés^ et les malheureux qu'on appelait ainsi étaient condamnés aux travaux du plus rude esclavage. Sous le règne de D. Joseph, Pombal était ministre ; ce n'était pas lui que l'on pouvait tromper par des mots ; il avait voulu sincèrement que les Indiens fussent libres, ils ne tardèrent pas à le devenir. Cependant la suppression de l'esclavage des indigènes porta un nouveau coup à la prospérité de la province de S. Paul. Un grand nombre de familles n'avaient pas d'autres richesses que leurs esclaves indiens ; elles furent complètement ruinées. La province de S. Paul, disait, dès l'année 1737, un de ses gouverneurs, n'est qu'une belle sans dot (3); plus que jamais elle mérite ce surnom.

Le premier vice-roi de Rio de Janeiro, Antonio âlvabes BA CuNHA, connut enfin l'état de misère où elle était tombée; il jugea que, si l'on y rétablissait un gouverneur uniquement occupé des besoins des habitants, elle reprendrait quelque splendeur. Un mémoire qu'il adressa, à ce sujet,

(1) Âbrea e Limn, Synopiis, 258.

(*i) Pizarro, Mem* hi$(., TUI, 1« parte, 37&.

fu gQnviern^iQ^ilt de la métropole convainquit le roi D. Joseph ; le pays des Paulistes reprit le titre de capitainerie qui lui avait appartenu si longtemps, et D. Luiz Antonio p« SoiTZA BoTBLHO arriva, en i765, pour le gouverner, muni des sages instructions du marquis de Pombal (1).

A cette époque ou quelques années auparavant, un changement notable commença à s'opérer chez les PauliMes. Les terrains aurifères avaient été partagés, la chasse aux Indiens était interdite ; ils furent obligés de renoncer ,à leurs habitudes de plus de deux siècles. L'agriculture fut leur ressource; ils conslruisirent de nombreuses sucrerieSy et où la nature leur offrait des pâturages ils élevèrent des chevaux et du bétail. Les occupations sédentaires auxqucUes ils étaient contraints de se livrer les accoutumèrent à la vie de famille ; leurs anciennes rivalités s'éteignirent, et peu à peu leurs mœurs devinrent plus douces. Toujours fiers de la gloire de leurs ancêtres, ils ne pensèrent cependant plus à les imiter. Us durent nécessairement perdre les défauts des anciens coureurs de déserts , et rien ne les empêcha de conserver les qualités brillantes qui distinguaient ces hommes extraordinaires. Ils eurent du courage sans cruauté, de la fermeté sans rudesse, de la franchise sans insolence. Pour pouvoir communiquer avec les magistrats qu'on leur envoyait d Europe, ils devinrent aussi polis qu'eux. Quelques-uns cultivèrent noblement leur Intelligence, et, si la province de S. Paul ne produit plus d'Antonio Raposo, de Fernando Dias Paes, de Pascoal M oreira Cabrai, elle peut se glorifier d'avoir donné le jour, dans les temps modernes , aux Alexandre Gusmào, aux

(1) L. c, saa,

Gaspar da Madré de Deos, aux José Feliciano Fernandes PinbeirOy et à ces illustres frères» les trois Ândrada, qui ont tant contribué à rendre au Brésil son indépendance.

Quoique le temps des expéditions lointaines fût passé pour les Paulistes, leur nouveau gouverneur, Luiz Antonio de Souza Botelbo, leur procura bientôt une occasion de revenir à leur ancien goût pour les aventures. Le marquis de Pombal, sachant quelles immenses ressources présente le Brésil, s'occupait sans cesse de cette belle contrée ; 41 la connaissait mieux que tous les ministres ses prédécesseurs , et il parait même qu'il eut un moment le désir d'y transporter le siège de la monarchie portugaise. Il craignait que les Espagnols ne finissent par s'emparer du Guayra, qui était resté désert depuis les invasions des anciens Paulistes, et que de là ils ne s'étendissent peu à peu sur le territoire brésilien ; cette crainte lui inspira un projet qui tendait à assurer un bel avenir à la province de S. Paul. Il ordonna à Botelho de faire explorer les Bios Hyguaçu, Hyvai et Tibahy, destinés à offrir un jour des moyens précieux de communication, et de former, dans les contrées inhabitées où coulent ces rivières, un établissement qui pût protéger les possessions brésiliennes et permettre de les étendre. Les ordres de Pombal furent exécutés par le gouverneur de S. Paul; une troupe de Paulistes parcourut les immenses déserts arrosés par les affluents méridionaux du Parannâ, et sur une des rives de Flgatimi, dans un canton fertile, on construisit le petit fort de Nossa Senhora dos Prazeres, parfaitement situé pour arrêter les invasions des Espagnols. Malheureusement Pombal fut disgracié; Marlim Lopes Lobo de Saldanha remplaça Botelho ; il affectait un profond mépris pour ce qu'avait fait son prédécesseur ;

il abandonna le fort de Nosi^ Senhora dos Prazeres. Le» Espagnols ne tardèrent pas à s'en emparer, et ils le détruisirent douze ans après sa fondation (i). Si le projet gran* diose du marquis de Pombal avait été poursuivi avec persévérance, la province de S. Paul se serait agrandie sans effusion de sang ; de fertiles contrées encore désertes seraient aujourd'hui parsemées de fazendas et couvertes de troupeaux y et une foule de rivières faciliteraient les relations des habitants de S. Paul avec le Paraguay.

Je n'ai pas besoin de dire qu'ils n'échappèrent pas aux rigueurs du système colonial. Leur commerce fut même entravé, à diverses époques, par des prohibitions qui n'atteignirent pas les autres parties du Brésil. Dès l'année 1701, une ordonnance royale défendit aux Paulistes d'envoyer des vivres et du bétail de leurs mines à la province de Bahia. En 1743, lorsque les habitants de Minas Geraes dépendaient de S. Paul, on limita le nombre de leurs fabriques de tafia, afin de favoriser le commerce du Portugal. Beaucoup plus récemment enfin Antonio José da Franca e Horta, qui commença à gouverner S. Paul en 1802, défendit le cabotage aux habitants de la côte, et ne voulut pas que les cultivateurs envoyassent leurs denrées * ailleurs qu'à Santos ; par là il ruina tous les autres ports, et il mit les colons à la merci de trois ou quatre marchands qui , se coalisant , devinrent entièrement maîtres des prix (2). Il n'est point à notre connaissance que Ton ait mis en doute la probité d'Horta; mais, s'il n'y eut au-

(1) Pizarro, Mem. hisL, YIII, U parte, 287. — D. P. MùUer, Ensaio estatiHico, 4, — Milliet et Lopes de Moura, DiccUmario, l, 447; II,

{%) Pizarro, Memoriat hUlaricas, Yin, U parte, 275, 277, 278.

cane conniTéface entre lai et les marchands dé Santos ; il faut convenir qu'il fit tout pour qu'on le soupçonnât de cette indignité, et qu'il céda à un caprice malfaisant^ aujourd'hui tout à fait inexph'cable.

L'arrêté destructeur d'Antonio José da Ftanca e Hortft eut soh exécution jusqu'en l'année 4808. Alors. lé foi Jean YI, fuyant devant l'armée française, ai'Hva au Brésil. Un de ses premiers actes fut d'ouvrir les ports dé cet empire aux nations amies, de supprimer le système colonial avec toutes ses prohibitions, en un mot d'égaler au Portugal son ancienne colonie. Ce n'était point encore l'indépendance du Brésil , c'en était le prélude.

La capitainerie de S. Paul profita des bienfaits du nouvel ordre de choses. Ses relations commerciales s'étendirent et devinrent ^lus importantes ; le cabotage reprit son ancienne activité ; les agriculteurs, vendant leurs denrées plus avantageusement, cultivèrent davantage; les sucreries et les plantations de café se multiplièrent; des hommes de toutes le^s nations arrivèrent dans le pays ; ils donnèrent aux habitants quelques idées nouvelles, et les arts mécaniques se perfectionnèrent. Mais, il faut le dire, les étrangers abusèrent plus d'une fois de la confiance des Paulistes; ceux-ci conçurent une juste défiance, et ils perdirent quelque chose de leur ancien abandon, de leur fraiichise et de leur hospitalité.

Ce ne fut pas pendant bien longtemps que lés Paùlistës jouirent en repos des avantages d'uhe liberté plus étendue. La guerre éclata, en 1811, entre le Brésil et les EspagnolS'Américfiins du Rio de la Plata. Pour repousser Us attaques de ces derniers, on ne pouvait guère tirer des soldats du Paré ou de Fernambouc ; là capitainerie de ftio

Grande et oelle de S. Paul étaient les pluà rapprochées du pajs ennemi ; ce furent elles qui fournirent des troupes. La justice aurait exigé que celles-ci fussent entretenues par les autres provinces; il n'en fut pas ain^i : S. Paul fut forcé don-seulement de fournir des hommes, mais encore de subvenir à toutes leurs dépenses (1).

Lorsque Ton commença à faire des levées pour l'armée du Sud, les Paulistes jouissaient depuis longtemps d*urte paix profonde ; la consternation fut d'autant plus générale que l'on prenait les gens mariés coinme les célibataires. Pour défendre leur propre pays, tous, n'en dodions pas, seraient accourus sans hésiter; mais il fallait que les hommes qu'on demandait allassent se battre pour une causé qui leur était étrangère, contre un peuple dont ils n'avaient pfeut-ètre jamais entendu parler; il fallait t|u*ils se tranj portassent à plusieurs centaines de lieues de leurs familles, sans espérance de les revoir de longtemps ni même de pouvoir leur donner de lelirs nouvelles; un grand nombre d'entre eut n'eurent pas ce courage. Il y eut des émi^ra* tiens considérables; la population de Minas Geraes s'accrut d'une manière sensible aux dépens de celle de la capitainerie de S. Paul. Une légion entièrement composée de soldats tirés de cette capitainerie prit part cepehdant aux campagnes de l'ârinéë du Sud. Une fois sous les armes, ces hommes surent se plier aux nécessités d'une guerre de partisans; ih montrèrent que c'était encore le sang des vieux Paulistes qui ci^culait dans leurfe veines. On leur donnait une nourriture à laquelle ils n étaient point

(1) Eschw., Journ, von Bras., II, tab. il

accoutumés, de la viande sans farine (i) et sans sel; pendant plus de deux ans ils ne reçurent point de solde (3); l^urs vêtements tombaient en lambeaux, on ne les renouvelait point. Ils supportèrent toutes les privations, toutes les fatigues avec une admirable constance; ils combattaient tantôt a pied, tantôt à cheval ; ils n'étaient point inférieurs à leurs ennemis» les Gauchos, dans Tart de jeter le lacet, et comme eux ils parcouraient les vastes campagnes de la Bande orientale, en galopant avec une inconcevable rapidité; enfin, non moins intrépides que les soldats de Rio Grande, leurs compagnons d'armes , ils observaient beaucoup mieux que ces derniers les lois de la discipline. Ils se distinguèrent en plusieurs rencontres, et Ton dut principalement À leur valeur les résultats heureux de rafi'aire décisive de Catalan (3), qui bientôt amena la reddition de la ville si importante de Montevideo.

La.légion de S. Paul était encore cantonnée sur les bords de la* Plata, lorsque, a la fin de Tannée 1820, arriva à Rio de Janeiro une nouvelle qui, malgré la difficulté des communications, se répandit avec la rapidité de T éclair dans

(1) Les Brésiliens remplacent le pain par de la farine de manioc on celle de maïs.

(2) Il y avait vingt^sept mois que les soldats de S. Paul n'avaient rien touché lorsque Tauteur les vit, vers la fin de Tannée 1820, sur les bords de la Plata. S'il lui était donné de rédiger la relation de son voyage dans la province de Rio Grande , la campagne de Montevideo et les missions de l'Uruguay, il reviendrait sur la légion de S. Paul, commandée alors par le colonel Manoel Marques de Souza.

(3) L'affaire de Catalan eut lieu le 4 janvier 1817 (Abreu e Lima , Synopsis, 308). Les Paulistes y étaient commandés par le général de brigade {brigadeiro) Joaquim de Oiiveira Alvares que l'auteur a eu l'avantage de connaître, et dont il trace le portrait dans la relation de son voyage à Sainte-Catherine.

toutes les parties du Brésil , celle d'un événement qui devait bientôt changer les dei»tinées de ce vaste empire ; le Portugal avait secoué le joug du gouvernement absolu et allait se donner une constitution libérale.

La révolution qui venait de s'opérer au sein de la mère patrie excita chez la plupart des Brésiliens un vif enthousiasme, et pendant quelques instants ils s'unirent aux Portugais dans les sentiments d'une étroite fraternité. Mais» il faut bien le dire, les gens éclairés savaient seuls ce dont il s'agissait ; le peuple ne comprenait pas même le sens du mot constitution qui était dans toutes les bouches ; on lui répéta que, par là, on entendait la réforme des abus dont il avait eu si longtemps à se plaindre, et il jura fidélité à la constitution avant même qu'elle fût faite. .

Lorsque la révolution commença à éclater, les capitaines généraux se trouvèrent dans l'alternative embarrassante de se rendre odieux au peuple en cherchant à maintenir l'ancien ordre de choses ou de déplaire au roi en ne soutenant pas son autorité par tous les moyens possibles. Mais, aussitôt que le souverain lui-même eut renoncé au pouvoir absolu, il est clair qu'eux, ses représentants, devaient agir de même dans les provinces. Cependant, accoutumés à gouverner despotiquement et à recevoir des hommages qui tenaient presque de l'adoration, il leur en coûta de partager leur puissance, de n'être plus que les présidents des juntes provisoires que l'on créa partout, et de devenir presque les égaux de quelques-uns de ceux qu'ils avaient traités, si peu de temps auparavant, avec tant de hauteur. Ils se persuadèrent que la révolution finirait par être étouffée, et ne se prêtèrent qu'avec répugnance à l'exécution des nouveaux décrets. On ne vit plus en eux que des défenseurs

intéressés àé la tyrannie ; ils ne poûyaient avoir dé partisans; la plupart furent expulsés (1).

Les choses ne se passèrent pas tout à fait ainsi dans la province de S. Paul. Un gouvernement provisoire y fut installé au mois de juin 18S1 (S) et eut pour président JoÂo Caklos AvGtJSTo b'Oetnhacsen , Varicieti capitaine gériéral. L'illustre José Bodifacio de Andrada eterçait la plus grande influence dans la province de S. Paul ôh il était né ; il peitsa avec raison que ses compatriotes , toujours attachés au roi et à sa famille, respecteraient davantage la nouvelle adniinistration, si elle semblait encore dirigée par Fhdmtnë qui, originairement, avait été choisi par le soiiveraid, et tiui, d'ailleurs, s'était fait aimer de tous par ses qualités personnelles; il soutint donc puissamment Jo&o Carlos d'Oeynhausen, et celui-ci resta beaucoup plus longtemps dans sod gouvernement que les autres capitaines générant (3) duds les leurs. Par ce moyen, le passage de l'ancien ordre de choses au nouveau se flt moins brusquement à S. Paul qu'ailleurs et n'y causa aucune secousse.

Il est indispensable que nous donnions une idée jui^te de la révolutidti du Brésil ; dans ses commencements, il faut

(1) Ce serait sortir de notre sujet que de raconter les érénements qni earent lieo dans chacaae des provinces du Brésil ; nous ne parlons donc ici que d'une manière tout à fait générale.

(2) Date empruntée à Daniel Pedro Miiller {Ensaio eslatislico, 3).

(3) L'auteur le vit encore au mois d'avril 1822 dans le palais des anciens capitaines généraui que jusqu'alors il n'avait pas quitté. Cet hbtnme eicellent, dont l'auteur trace ailleurs le portrait, s'était fait tellement aimer et respecter dans tontes les provinces dont il avait été gouverneur, qu'encore aujourd'hui les habiiaotâde Matogrosso prononcent rarement son nom sans porter la main à leur chapeau (Casteluau, Expédition, il, 362).

lë û\Hi elle fat plutôt t)oftugaise qu'américaine; Ju^'au mois de décembre i8âi^ ce qui se passa à Rio de Janeiro fut l*ouvrage dès Européens, et ils contribuèrent beducdup aussi aux révolutions fïartielles des profiriees ; aidés par quelques familles brésilienne^ riches et puissantes qui irbulaient se substituer aux anciens gouverneurs. Quant à la masse du peuple^ séduite d*abord par de brillantes promesses dont Taccomplissement se fit vainement attendi-e, elle devint bientôt indiiTérente à tout ce qui Se passait ; elle semblait dire : Ne faudra-t-il pas toujours que je porte mon fardeau? Elle ne tarda même pas à regretter Tadministration toute personnelle de ses capitaines généraux.

La majorité des Français gagiiait immensément à la révolution de 1789î qdl supprimait les privilèges légaux dont avait joui une classe favorisée; au Brésil l'inégalité n'avait réellement été consacrée par aucune loi ; les injustices dont les clavsses inférieures avaient si souvent à se plaindre étaient des abus de potivoir que se permettaient sans cesse les emploj'és et les hommes riches ; tnais ce furent précisément ces hommes qui, dans les premiers temps, se mirent à la tète de la révolution; ils né songèrent qu'à diminueir l'autorité du roi pour dUjB^menter la leur; ils chassèrent les capitaines généraux , ne s'occupèrent du pauvre en aucune manière , et celui-ci demandait sans cesse de qui il pourrait implorer la protection.

Les Paulistes avaient nourri si longtemps un si profond amour pour leur roi, qu'en 1822, plusieurs mois après son départ, les habitants de la campagne le considéraient encore comme l'arbitre suprême de leiii* existence et dé celle de leurs enfants ; c'était toujours au roi qu*appartenaient les impôts, le péage des rivières, le pays tout entier. Il

n'était pas un seul cultivateur de la province de S. Paul qui ne répétât ces paroles : « On nous promettait tant de « bonheur de cette constitution, et nous vivons dans des a craintes continuelles. Chacun restait autrefois tranquille « dans sa maison ; à présent il faut que sans cesse nous a quittions nos femmes et nos enfants pour aller mettre la ce paix à Rio de Janeiro ou à Minas. Ne valait-il pas mieux « être gouverné par notre roi, et notre capitaine général a décidant de tout à lui tout seul, que de Tètre par tant « de gens qui se disputent entre eux , nous renvoient de « Tun à l'autre quand nous présentons notre requête» et (c n'ont aucune pitié des pauvres (1)? y>

Cependant Tépoque était arrivée où la révolution allait prendre un noble caractère ; elle allait devenir complète* ment brésilienne.

Le peuple portugais s'était soulevé bien moins peutêtre pour affaiblir Tantorité royale que pour faire rentrer sous le joug son ancienne colonie, dont l'émancipation avait été pour lui un sujet de douleur, a Cette émancipaa tion, en effet, le reietait au second rang, et tarissait a une des sources principales de ses richesses ; elle le a blessait tout a la fois dans son orgueil et dans ses inté- (c rets. L'assemblée des certes de Lisbonne crut donc que, « pour se rendre populaire, il fallait qu'elle replaçât le « Brésil sous la domination de la métropole. Aveuglés par <c la vanité nationale, les législateurs portugais n'avaient

(1) Après avoir assisté à Teipulsion des troupes portugaises qui eut lieu à Rio de Jaueiro, Fauteur voyagea en 1822 à Minas et à S. Paul ; depuis près de six ans, il vivait au milieu des Brésiliens ; il n*était plus un étranger pour eui ; on s*ouvrait h lui sans aucune réserve, et il croit pouvoir répondre de tout ce qu'il dit ici.

« pas même daigné sans doute jeter les yeux sur la carte « du Brésil. Un décret maladroitement hypocrite rétablit « l'ancien système colonial ; et, comprenant dans un même « anathème le royaume du Brésil et le jeune prince anct quel Jean VI en avait conflé la régence, les cortès ora donnèrent que don Pedro, déjà marié et père de famille» « reviendrait en Europe, pour vojager sous Tailed'un « gouverneur et pour lire avec lui les Offices de Cicéron <( et les Aventures de Télémaque [\).r>

D. Pedro parut d'abord prêt à obéir aux ordres des cortès; mais c'était sans doute pour faire mieux sentir aux Brésiliens combien sa présence leur était nécessaire. Sans ce prince, en effet, il n'y avait plus pour eux de centre commun; les provinces se seraient séparées les unes des autres, chacune d'elles se serait démembrée, et le Brésil, livré à une affreuse anarchie, aurait eu le triste sort des colonies espagnoles.

Dans des circonstances aussi difBciles, la province de S. Paul donna un noble exemple. Le 24 de décembre i821 , la junte qui la gouvernait vint exposer au prince tous les inconvénients qu'entraînerait son départ, et le conjura de rester au milieu d'une population qui lui était dévouée. Les Mineiros montrèrent qu'ils partageaient les sentiments des Paulistes, et, le 9 janvier 4822, le sénat municipal de Rio de Janeiro obtint de D. Pedro cette réponse célèbre : Puisque le peuple pense que ma présence ici peut faire le bien de tous, dites-lui que je reste.

Par l'énergie avec laquelle ils se prononcèrent contrôles

(1) Aogaste de Saint* Hilaire, Précis des révolutions du Brésil, etc., dans le Voyage sur le littoral du Brésil, H» 378, et dans la Revue deê deux mondes.

eortès 4« UéiQnw ^t la piiiité dont ils firent preuve f nyers le pripce, les Paulistes acquire&t des droits éternels h la rtîOQnQaissaace dif reste des Brésiliens. Mais, nous de* vons l^dire» leur inexpérience des affaires était telle, qu'ils seraient probablement restés dans rinaction , si la Providence n'avait permis qu'ils eussent à leur tète deux hommes aussi remarquables par leurs talents que pai^ leur patriotisme. José ^onifacio de Andrada et son frère Martim Francisco subjuguèrent leurs collègues par leur ascendanty ils les dirigèrent, et le Brésil fut sauvé.

Quelques mois plus tard, don Pedro accourut à S. Paul avec une rapidité qui témoignait à la fois de sa force physique et de rénergie de son caractère ; la plaine d'Ypiranga retentit de ce noble cri : Vivre indépendants ou mourir 1 Le Brésil est pour jamais séparé du Portugal.

Depuis cette époque, une génération s'est écoulée. Don Pedro, fondateur d'un des plus vastes empireç qu'il y ait au monde, avait fait des ingrats; il est allé mourir dans le petit pays où il était né. Son fils est monté sur le trône, et les peuples du Brésil, après avoir passé par les plus rudes épreuves, trouvent aujourd'hui, dans une conslitu* tion parfaitement appropriée à leurs besoins, les avantages du système monarchique constitutionnel et ceux d'une union fédérative.

Devenu indépendant, le Brésil a fait, au sein de la paix, des progrès sensibles; sa population s*e3t accrue, son commerce a pris de l'extension, l'agriculture commence à y fleurir.

Ces changements heureux ne sont rien cependant en comparaison de Cjsux qu'op peut attendre encore. Pur sa vaste étendue, la grandeur de quelques-uns de ses ports, la

fertilité ée sm territpire, la variété djS ses productipus, l'intelligence de ses habitants, le Brésil e$t appelé au¥ plus hautes destinées ; mais c'est à une condition qu'il pourra les remplir : il faut que toutes ses provinces, libres chacune dans son administration particulière, restent unies entre elles et se rattachent toutes à un centre commun.

Si jamais les Brésiliens, séduits par d'hypocrites déclamations et des promesses trompeuses, cessaient de reconnaître un pouvoir central, leur pays serait bientôt la proie d'une affreuse anarchie, ou, pour mieux dire, il n'y aurait plus de Brésil.

Dans les provinces séparées les unes des autres se répéteraient en petit les scènes qui auraient amené la désunion générale; toutes se démembreraient. Ainsi, à l'instant même où s'opérerait leur dislocation, Curitiba se déclarerait indépendant de S. Paul ; la ville de Paranaguâ, séparée- de celle de Curitiba par des montagnes pre$que inaccessibles, refuserait de se soumettre à la même administration que cette dernière ; originairement peuplée par des Mineiros, Franca ne voudrait rien avoir de commun avec les autres parties de la province actuelle; peut-être même verraiton se ranimer les anciennes querelles de S. Paul et de Taubaté, et du beau nom de Pauliste il ne re:>tera|t plus qu'un souvenir historique.

Que les Brésiliens se liguent donc contre les ambitieux qui travailleraient à les désunir. Qu'à l'approche du danger les Paulistes se serrent les uns contre les autres ; qu'ils se rappellent la gloire de leurs pères, la belle journée du 24 décembre 18^1, le nom des Andradas; qu'ils mafch^nt et sauvent encore une fois la patrie commune, en répétant

ces paroles d'un guerrier généreux, qui leur conviennent si bien : Noblesse oblige.

S U. — Limites, montagnes, cours cTeau, climat.

Après avoir compris dans ses limites environ un tiers du Brésil , la province de S. Paul , moins vaste aujourd'hui que celle de Goyaz ou de Matogrosso, offre cependant encore une surface de 15 à 18,000 legoas carrées, de 18 au degré (1). Ses contours sont fort irréguliers; tantôt elle forme une avance dans la province limitrophe, tantôt c'est celle-ci qui semble empiéter sur son territoire. Presque entièrement située en dehors du tropique du Capricorne, elle s'étend des 20° 30' latitude méridionale aux 28% et elle a 155 legods de longueur du sud au nord, sur une largeur moyenne de 100 legoas d'orient en occident (2). Au nord

(1) Eschewege estime cette surface approiimativementà 15,000 legoas {Brasilen, II, 68) ; Fauteur de ÏEnsaio d!um quadro estatislico da Provincia de S. Paulo, à 19,400, de 20 au degré.

(2) J'emprunte ces chiffres à Fabbé JMaooel Ayres de Cazal, doot le livre a été publié vers lïpoque de mon voyage (v. Corog. Êraz., l, 200); mais je dois dire qu&Fauteur de ÏEnsaio , ouvrage qui a paru de 1838 à 1839, place la province de S. Paul entre les 19<» 40' et les 27» 12' latitude sud, et ajoute qu'elle a, de lest à Touest, 235 lieues, de 20 au degré. La différence de latitude chez les deux auteurs est due, sans doute, à des erreurs de calcul ou à quelque changement qui aura eu lieu , depuis mou voyage, dans les limites des provinces ; peut-être même estelle due aux deux causes réunies. Quant à celle de près de deux tiers qui existe, pour retendue de Test à Fouest, entre les deux ouvrages cités, elle vient probablement de ce que Cazal aura moins tenu compte que Fauteur de VEnsaio du vaste territoire occupé par les Indiens sauvages^ — MM. Milliet et Lopes de Moura placent (Dicc^ 11, 611) le territoire de S. Paul entre les 23° et les 26*" : peut-être ont-ils pris pour base du premier de ces chiffres la réunion que, à la suite de la révolte iuseo-

elle est bornée par les provinces de Minas Geraes et de Goyaz ; au nord-^st^ par celle de Rio de Janeiro ; à l'est» par rOcéan ; au midi, par les provinces de Rio Grande de S. Pedro do Sul et de Sainte-Catherine; à Touest, par Matogrosso et une portion des anciennes colonies espagno* les (i), ou, pour mieux dire, de ce c6té, elle se confond avec des déserts.

Plus heureusement située que les provinces centrales de Minas Geraes et Matogrosso , S. Paul possède une vaste étendue de côtes, et, quoiqu'en général ses ports n'ad* mettent pas de grands bâtiments, elle peut cependant entretenir des relations directes avec l'Europe et exporter facilement l'excédant de ses produits.

Le port de Santos^ qui forme, en quelque sorte, une dépendance de la ville de S. Paul, est le seul de la province qui reçoive des bâtiments de guerre ; les bricks de commerce^ entrent à S. Sébastiào^ à Cananea^ à Paranaguâ; Vbatuba, Ilanhaem, Ignape\ Guaratuba ne sont que des ports de cabotage (2).

La Cordillère, qui, comme je Tai dit ailleurs (3), se pro-

sée de 1842, Foq fît d'une partie de la prorioce de S. Paul à ceHe de Rio de Janeiro ; mais cette réunion ne fut que momentanée, et n*a , en définitive, rien changé aux limites des deui provinces (v. les discours prononcés à l'ouverture des assemblées législatives provinciales de S. Paul de 1843 à 1847).

(1) J'ai déjà dit {Voyage aux sources du Rio de 5. Francisco et dans la province de GoyaSj II) que, sur la route de Goyaz, le Rio Grande forme la limite septentrionale de S. Paul ; je ferai connaître, d'une manière également précise, plusieurs de ses autres limites, à mesure que j'avancerai dans ma relation.

(2) Eschw., Bras., I; — Piz., Mem., hist., VUl, 304 ; — Ensaio, 10.

(3) Voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minai Geraes, vol. I.

- te-

longe à pm de distance de T Océan dans une grande partie du Brésil {Serra do Mar) (1), divise la province de S. Paul en deux parties fort inégales, le littoral (a Bdramar) et le plateau (Serra a ctma). Cette dernière expression suffirait presque pour indiquer que, à T ouest de la Cordillère maritime« on.ne retrouve point le même niveau qu'au bord de la mer ; après avoir franchi la chaîne, on arrive, en effet» à cet immense plateau qui forme une si grande partie du Brésil, et dont la hauteur moyenne est, suivant Eschwege, de 761 ""Jâ (2,500 pieds anglais) (2) ; par conséquent, on n*a jamais à monter autant du côté de Toccident que du côté opposé. Il est même évident qu'au-dessus de la ville de Santos la Serra n'est que la pente très-accidentée et très-abrupte du plateau, puisque, arrivé au point culminant, on ne trouve plus, dans un espace de 7 à 8 legoas^ jusqu'à B. Paul, qu'une plaine ondulée dont la pente est à peine sensible (3).^

J'ai dit ailleurs (4) que, lorsqu'on se rend de Rio de Janeiro à Minas Geraes, et qu'après avoir traversé la Serra do Mar on se dirige à peu près vers le nord-nord-ouest, on rencontre une seconde chaîne qui va se perdre dans le nord du Brésil. Cette chaîne (Serra do Espinhaço, Eschw.), d'où s'élèvent quelques pics remarquables par leur hauteur et

(1) Ce nom de Serra do Mar est celui que Fod donne le plus généralement à la Cordilière maritime. Dans la province de S. Paul, on rappelle aussi Serra de Cubalào; mais ces mots s'appliquent plus spécialement à la partie de la chaîne qui se trouve entre Santos et S. Paul. L'ancien nom emprunté aui Indiens, Serra da Paranapiaçaba^ n'est pas non plus tout à fait hors d'usage.

(2) Brasilien, U, 165.

(3) Varnh. in Eschw., Journ,, U, 224.

(4) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1, 68.

par la végétation variée qui les couvre, parait commencer dans la province de S. Paul, avec la montagne de Jaragm^ voisine de la capitale de la province (1). Avant de prendre la direction presque septentrionale qu'elle suit à Minas, elle en a d'abord une beaucoup plus orientale, et la conserve tant qu'elle appartient à la province de S. Paul (2]< Entièrement comprise, à son origine, dans cette dernière province, elle la sépare bientôt de celle de Minas Geraes, sous le nom de Serra da M antiqueir a, qu'elle conserve dans une portion notable de son étendue. L'espace compris dans la province de Minas Geraes et celles de Rio de Janeiro et d'Espirito Santo entre la Cordillère maritime et la Serra da Mantiqueira n'a pas moins de 3 à 4 degrés; il présente un réseau de montagnes et de vallées profondes, et est couvert, sans interruption, de sombres bois vierges; dans la province de S. Paul , la Serra da Mantiqueira se rapproche bien davantage de l'Océan. Ici l'intervalle qui sépare les deux chaînes n'est plus qu'une sorte de bassin étroit qui souvent n'a pas 1 degré ou même i/2 degré de largeur, qui, vers la limite de Rio de Janeiro, est encore, il est vrai, montagneux et uniquement boisé (3), mais qui, au delà de Taubaté, devient généralement très-égal ou simplement ondulé, et offre une agréable alternative de forêts et de pâturages. De ce que les deux chaînes sont fort rapprochées, il n'en faut pourtant pas con-

(1) Ensaio d^um quadro, etc., 10; — Kidd., Skelt., 238.

(2) Voyage aux sources du Rio de S, Francisco et dans lu province de Goyaz, I, 56.

(3) Je n*ai pas besoin de dire que je comprends ici les terres aujourd'hui en culture ou qui jadis furent cultivées ; si Ton n'y voit plus de bois, eUes en furent couveirtes il f a bien {lea de tem|Ni «ncofe.

dure qu'à son extrémité la Serra da Mantiqueira forme un angle aigu avec la chaîne maritime et se confond avec elle. J'ai parcouru la province de S. Paul dans toute sa longueur, depuis la limite de Rio de Janeiro jusqu'à celle de Sainte-Catherine, et je me suis convaincu que si , en certains endroits, des contre-forts eiistent entre les deux chaînes, celles-ci ne partent pas d*un nœud commun. Lorsque, pour se rendre à la ville de S. Patil, on s'éloigne du Morro de Jaragué, qui en est distant d'environ 5 legodSy et que Ton considère, ainsi que je Tai dit, comme l'extrémité de la Serra da Mantiqueira, on voit le sol s'aplanir par degrés et finir par n'être plus qu'une vaste plaine ondulée bornée par les montagnes qui se rattachent à celles de Jaraguà; au-dessous de S. Paul, est un changement de niveau de 50 à 100 pieds (i); puis jusqu'à la descente de la Serra do Mar, sur le chemin de Sautes, s'étend une autre plaine ondulée de quelques lieues.

La province de S. Paul est au moins aussi bien arrosée que celle de Minas Geraes et le midi de Goyaz. On n'y trouve pas, à la vérité, un cours d'eau qui, dès ce moment, soit navigable, sans interruption, dans une aussi grande étendue que l' Araguaya, le Tocantins ou le S. Francisco; mais, située sur le bord de la mer, elle a moins besoin que les. provinces centrales d'une navigation intérieure; et, avec le temps, plusieurs de ses rivières, dégagées des obstacles qui aujourd'hui les embarrassent, ou accompagnées, dans les endroits difficiles, d'un canal latéral, deviendront d'utiles moyens de communication entre les colons plus nombreux.

(1) Fri«d. Yarnb. io Eschw.; Jowrn.^ U, 246.

Une foule de rivières les conduiront au Parannà, qui répandra dans le Paraguay et dans TEntre Rios les produits des parties tropicales de la province, tandis que le Parahyba portera, au nord, jusqu'aux Campos dos Goitacazes, les productions européennes et caucasiques des Campos Geraes et de Curitiha, Il y a même très-longtemps que les Paulîstes ont profité du Tîeté pour commencer cette navigation gigantesque et périlleuse qui les conduisait à Cuyabà, et, si, lors de mon voyage, le commerce avait abandonné la voie des fleuves par les raisons que je dirai plus tard, le gouvernement s'en servait encore quelquefois pour faire parvenir à Matogrosso des troupes et des munitions de guerre. C'est, comme le Tieté, dans le Paranna que se jettent médiatement ou immédiatement les rivières qui, au sud de la latitude où commence la Serra da Mantiqueira, naissent du versant occidental de la Serra do Mar, et parmi elles il y en a de fort importantes. Celles qui descendent du versant oriental ne peuvent avoir qu'un cours de très-peu d'étendue; mais elles sont très-utiles aux propriétaires riverains pour le transport de leurs denrées aux ports les .plus voisins. Les eaux qui, dans le bassin compris entre la Serra da Mantiqueira et la Serra do Mar, s'échappent des deux versants opposés se rendent, au midi, dans le Tieté, au nord dans le Parahyba , fleuves qui , après avoir coulé tous les deux du côté de l'ouest, s'éloignent l'un de l'autre en se dirigeant, le premier vers le nord-ouest, et le second vers le nord-est.

Peut-être est-il permis de dire, d'une manière très-générale, que le climat de la province de S. Paul convient mieux à notre espèce que celui de la plupart des autres

parties du Brésil ; mais il est facile de coi|cevolr que la même température ne saurait régner dans une contrée qui, à la fois intra et extratropicale, comprend 8 degrés de latitude, et dont une partie s'étend au niveau de la mer, tandis que l'autre s'élève pour former un plateau plus ou moins inégal. Sous le rapport du climat comme sous d'autres rapport^» la province de S. Paul se trouve naturelld-ment divisée en deux régions par la chaîne maritime. L'une, qui embrasse tout le littoral, est beaucoup plus chaude que l'autre et beaucoup moins saine; celle-ci, formée par le plateau, est plus tempérée ef plus salubre. Dans la première la température ne varie pas excessivement du nord au sud ; sur le plateau, au contraire, elle présente les différences les plus sensibles, et, si nous cherchons à apprécier celle des diverses parties de la province par l'examen de leur végétation, nous trouverons que, sous le rapport des produits du sol, particulièrement des produits cultivés, l'extrémité sud du littoral ne correspond, sur le plateau, qu'aux districts les plus septentrionaux.

Au delà des monts qui forment la chaîne maritime, les différences de température dans les différents mois de l'année sont beaucoup plus sensibles que sous des parallèles moins éloignés de la ligne équinoxiale; mais sur les bords de la mer la même inégalité n'existe pas , ce qui, au reste, ne fait que confirmer une règle générale bien connue des météorologistes.

Comme à Minas et à Goyaz on distingue, sur le plateau de S. Paul, deux saisons : celle des pluies, qui, suivant les cantons et peut-être les années, commence en octobre ou ^u UpveiQbre; celle de la sécheresse, qui commence en mara

ou w avril. Le méiiiQ partage n'eit point aussi marqué sur le littoral (i). Il y pleut à peu près dans tous les temps, et ron assure même qu'à Santos il tombe de trèsrfbrtes pluies pendant une très*grande partie de Tannée» ce que Mawe etd'Ëschwege attribuent à la position de cette ville oob^ struite, disent-ils, au milieu des hautes montagnes (3).

Le paragraphe suivant, où je traite de la végétation de la province de S. Paul, achèvera peut-être de faire compren*dre ce que je viens de dire de la température de cette province.

I m. *r- yégéUtion«

Des forêts continues couvrent la partie de la province la plus voisine de Rio de Janeiro, tout le littoral ainsi que la Serra do Mar, et s'avancent plus ou moins sur le plateau. La Serra da Mantiqueira est également couverte de forêts

(1) Voici comment s'exprimait, à ce sujet, le yénérable P. ÀDchieta en 1560 : In hac parte Brasilis quœ S. Vincentins dicitur...'necveri cei'tam tempus, nec byeroi potest assignari ; perpétué quàdam temperie cooficit sol cursus suos, ila nec frigore horret byems, nec calore infestatur sstas; duUo tempore anoi cessant iiiibres, adeo ut quarto , tertio , aut secundo etiam quoque die alternis vicibus sibi pluria solque succédant... Paratining» autem et aliis que ipsam versus occasum subsa*quantur locis ita a nalurA comparatiip est, ut si quando ardentiore calore (cujus maiima a novembri ad martium vis est) dies œstuaverint,

pluvi» infusione capiat refrigeriuro, quod et hic usu venit Hyeme

vero (eiacto autnmno qui a marlio incipiens mediA qufldam temperie conficitur) suspenduntur plu?i», frigoris autem ¥is horreseit , maiinM jnnio, julio et augusto ; quo tempore et sparsas per eampos pruioas omnem fere arborem et herbam perurentes S9pe vidimua {Episiol. io notie. uHramar:, 1, 133, 137).

(2) Travelt, 60. -^Journ. v. Brai., 75.

sées épineoses» et, lorsque le chemiti traverie oes bais, on le dirait bordé de haies charmantes semblables à celles qui entourent les jardjns des environs de Rio de Janeiro.

C'est Pindamonhongahay par les 29" 55' latitude sud,^ qui forme la limite de la Flore de cette capitale. Plusloin, la campagne offre une merveilleuse alternative de bois, les uns très-vigoureux, les autres plus ou moins maigres, de pAturages secs ou humides , de marais complétemeni découverts, et d'autres ou s'élèvent des arbres et des ar* brisseaux à tiges grêles. Le pays situé entre Pindamonhon^ gaba et S. Paul est un de ceux où Ton observe le plus de variété dans la végétation; j'y trouvai des plantes que je n'avais encore vues nulle part, et cependant alors il y avait près de six ans que je parcourais le Brésil, herborisant en tout lieu avec un zèle infatigable.

Si, venant de Villa Boa, nous nous rendons du Rio Grande, limite de la province de S. Paul, à la ville du înéme pom, nous verrons la végétation tropicale des campos de Goyaz et du S. Francisco s'altérer par degrés. En deçà de la frontière, environ par les 23" latitude sud, l'élégant &ority (MauriUa mnifera) cessera de s'élever majestueusement au milieu des marais; ceux-ci n'offriront plus au botaniste que d'humbles herbes rampant sur ce terrain spongieux. Pendant longtemps nous traversons encore des campos parsemés d'arbres tortueux et rabougris apparte** nant, à de légères différences près, aux espèces que nous observons depuis les 14" ou les 45". Peu à peu, cependant, d'autres pâturages, simplement composés d'herbe et de sous-arbrisseaux, se mêlent aux premiers, qui deviennent de plus en plus rares ; à mesure que nous avançons vers le sud, les mêmes espèces se répètent plus souvent, et par

eonséqiient nom trouvons moins de variété dans la tégé* tation ; le çapim frecha se mêle aux autrçs Graminées, comnie dans les campagnes élevées de S. Joâo d'EI Rei, et fournit également ici un fourrage précieux pour le bé« tail.

Vers la ville de Mogimirim, par les 22'' 20' latitude aus* traie, les bouquets de bois, disséminés dans les pâturages, prennent une étendue qu'ils n'ont eue nulle part depuis Santa Crus de Goyaz, et dans les défrichements faits jadis au milieu de ces bois nous retrouvons cette grande fougère (Pteris catidata^ ex Mart.) qui, à Forient de Minas, succède aux forêts vierges, mais que nous n'avions point aperçue dans celle» de Goyaz. Ces bouquets de bois si multipliés et dans une étendue si considérable, qui caractérisent les environs de Mogi, ne sont que les précurseurs d'un changement total dans la végétation; à 4 legoas environ de cette petite ville les campoê disparaissent entièrement, et nous entrons dans une immense forêt. On sait qu'à Minas la région des eampos a pour limite le pays des montagnes , et que celle des forêts lui succède lorsque le terrain cesse d'être égal ou ondulé (1); il n'en est pas de même ici : quand les grands bois commencent, le pays est aussi plat qu'auparavant, et ce n'est qu'après avoir fait une douzaine de lieues que nous trouvons de petites montagnes, celles de Jundiahy, par les 23° 2' de latitude sud. A environ 6 ou 7 lieues de S. Paul, nous ne voyons plus que la grande fougère, dont les anciennes feuilles, complètement desséchées et plus nombreuses que les nouvelles,

(1) Voir mon Tableau de la végétation primitive dans la province de Minas Geraes, imprimé dans les Annales des sciences naturelles de septembre 1831 et dans les Annales des voyanes, *

donnent à la campagne un aspect triste et grisâtre. Ce canton était jadis entièrement boisé ; il y a déjà près de trois siècles qu'il a commencé à être habité par des hommes de notre race ; il ne faut pas s'étonner que les arbres y aient été détruits. Nous approchons de S. Paul; le pays devient moins inégal ; il finit par n*ètre plus qu'une vaste plaine ondulée, et alors la campagne nous offre, au milieu d'une pelouse presque rase , des bouquets de bois nombreux, fort peu élevés, très-rapprochés les uns des autres, mais d' une faible étendue , sorte de marqueterie de deux nuances de vert fort différentes : celui du gazon, tendre et ami de l'œil; celui des bois, d'une teinte très-foncée. Nous nous demandons si ces bouquets de bois ne sont pas les restes de la forêt que nous avons vue commencer près de Mogimirim, et si le pays ne fut pas jadis boisé jusqu'à S. Paul. La nature de la végétation tendrait à l'indiquer; mais la disposition des terrains et tous les documents historiques militent contre cette opinion. Sans les lumières que ceux-ci nous fournissent, nous serions dans l'incertitude où l'on se trouve en Europe relativement à l'état originaire de la plupart des campagnes, et par conséquent je n'ai pas été inutile à la science en faisant connaître la topographie botanique des divers pays que j'ai visités, et dont la végétation primitive n'a point encore disparu. On saura ce qu'étaient ces belles campagnes avant de n'offrir que les champs de maïs, de manioc ou de cannes à sucre qui les couvriront un jour ; et peut-être alors quelque ami de la nature regrettera-t-il les fleurs brillantes des campos, la majesté des forêts vierges, les lianes qui s'étendent en festons élégants d'un arbre à un autre arbre, et la voix imposante du désert.

La ville de S. Paul est située, par les SS"" 33' 10'', à 3|462 pieds anglais (7S3"',i9) au-dessus' du niveau de la mer (1) ; c'est dire assez que son climat convient parfaitement aux plantes européennes et caucasiques , et que sa Flore ne saurait être celle du Paré, de Bahia ou de Pernambouc, ni même de Minas Novas ou des déserts voisins de Contendas et de Salgado (2). Le groupe des Chicoracées, a peu près étranger aux provinces septentrionales du Brésil (3), trouve deux représentants dans les pâturages humides de S. Paul : la plupart des espèces que j*ai recueillies aux environs de cette ville se rapportent à des familles qui appartiennent également à la France ; il en est même qui se rapportent à des genres de notre Flore, telles que le Viola gracillima^ Aug. de S. Hil., un Juncus, le Villarsia cotnmunis, VAnagallis tenellay var. filiformis, Âug. de S. Hil. et Gir.yV Utriculariaoligosperma, Aug. de S. Hil., qu'on prendrait, au premier coup d'oeil, pour TUtriculaire commune (Utricularia vulgaris, L.). Des plantes européennes trans-. portées, sans doute, avec des semences de légumes se sont naturalisées dans ce canton. Le Polycarpon tetraphyUum, L., croît sur les murs; Y Antirrhinum Orontium^ L., et le Sikm gallica, L., formaient deux des mauvaises herbes d'un jardin que j'ai visité, et j'ai trouvé, dans la ville même

(1) Eschw. BroBilien die neue WeU, II, 80. — D'après les observatioos du capitaine King (in Pedro MùUer, Ensaio d'um Q^adro eslalistico, 1), le point le plus élevé de la ville de S. Paul correspondrait au sommet de la Serra do Mar sur la route de Santos, ce qui ferait 375 bracas ou 825 mètres.

(2) Voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, II.

(3) J*ai trouvé une seule Cbicoracée dans toute Ja partie de la province de Goyaz où j*ai herborisé.

de s. Paul, le Manubium v%Ug0rê, L.» et le Coniuin maculaium^ L. Toutes les plantes d'ornemeot qui embellissaieot nos anciens parterres se cultivent avec succès aux alentours de cette ville ; à la fin de novembre y fleurissent les œillets, qui sont ici la plante favorite, les boutons d'or, les pavots, les pois odorants, les scabieuses, les soucis, les œillets d'Inde, etc. (1). Les fraises, aussi agréables au goût que celles de France et d'Allemagne, abondent, à la même époque, dans tous les jardins. Les pêchers fleurissent, m'a*t-on dit, vers la fin du mois d'août ; alors ils viennent de perdre leurs feuilles; mais bientôt ils en reprennent de nouvelles. Sans parier des orangers, des citronniers, des figuiers , des grenadiers , tous les ans les pruniers , les abricotiers, les cognassiers, les noyers, les châtaigniers donnent, avec plus ou moins d'abondance, des fruits, les uns bons, les autres médiocres, qui se mangent en février ou au commencement de mars. A la fin de novembre 1819, les pommiers et les mûriers étaient encore en fleur. Mais, si le climat tempéré de S. Paul favorise la culture de ces difiérents arbres, il n'est pas aussi favorable à la vigne que certaines contrées tropicales; car, tandis qu'à Sabaré, à Meiaponte, à Paracatû, etc., elle donne des raisins deux fois dans l'année , et produirait peut-être plus souvent encore si l'on multipliait les tailles (2), ici elle ne rapporte qu'une fois, et elle reste dépouillée de son feuillage pendant tout le temps des froids. La floraison commence , m*a-t-on assuré, vers la fin d'octobre, et les fruits sont

(1) Bianlhui caryophyllus ^ L., Ranunculus acriê, L., Papaver orientale, Lalhyrus odoratus, L., Scabiosa atropurpurea, L., Calendula onUiinaUe , h., Tageles palnlat L., ele,

(2) Voir les trois Relations que j'ai déjà publiées.

mûrs €n janvier «t en février* De tous nos arbres firuitiers le pécher est celui qui réussit le mieux, et est le plus commun non-seulement dans les environs de S. Paul» mais en-^ coredaas tout le Brésil extratropical. Le poirier, au contraire, rapporte moins et plus difficilement ici et même à la Plata que la plupart des autres arbres de nos contrées , et Ton m'a assuré que, pour donner des fruits, il fallait qu'il fût plus vieux à S. Paul qu'en Europe ; les cerisiers ne stfnt pas fort multipliés et ne donnent pas non plus de bons fruits. On ne doit point, au reste, s'étonner de la diiTé^ rence que je signale ici : en s' avançant vers le nord de l'Europe on voit des poiriers et des cerisiers chargés de fruits bien longtemps après qu'ont disparu les abricots , les pèches, et surtout les figues et les grenades.

Après avoir quitté S. Paul, nous nous dirigeons, sur le plateau, vers la frontière méridionale de la province; mais d'abord nous nous détournons un peu vers le nordouest pour visiter les villes d'Hytû et de Porto Felis.

Dans un espace d'environ 12 legoas, le pays est presque semblable à celui que nous avons traversé immédiatement avant d^arriver à S. Paul en venant de Goyae ; il est encore agréablement coupé de pAturages et de bouquets de bois peu élevés, où dominent des Myrtées, la Térébinthacée appelée iiroetra (Schtnuê)i le Baccaris si commun, qu'on nomme Romarin des champs [alecrim do campo)^ eid Des espaces assez considérables sont couverts de barba de bode (barbe-de-bouc, Chœiaria pallens^ var. y, Nées), graminée qui croit en société et qu'on trouve en plusieurs endroits élevés de la partie méridionale de Minas Geraes.

A environ là legoas de la ville d'Hytû, le terrain de^

vient très-montagneux^ et la végétation change entièrement d'aspect ; une grande forêt succède aux petits bouquets de bois entremêlés de pâturages.

Comme nous marchons un peu vers le nord pour nous rendre à Porto Felis, et surtout que nous descendons toujours, puisque nous suivons le cours du Tieté , nous devons naturellement entrer dans un pays beaucoup plus chaud que la ville de S. Paul ; aussi, à 3 legoas d'Hytû, environ par les 23° 27', retrouvons-nous un camfo où, au milieu des herbes et des sous-arbrisseaux, s'élèvent, assez près les uns des autres, des arbres rabougris , à écorce subéreuse, aux feuilles dures et cassantes. Ici nous revoyons encore les espèces que nous n'avons cessé d'observer, depuis les 14° et les 15°, dans des localités semblables, telles qu'une Guttifère et une Légumineuse amies des températures très-élevées ; le feque, dont on mange les fruits (Caryocar Brasilimsis, Aug. de S. Hil., Juss. Camb.); des Quaka et même le horalé [Brosimum), habitant des déserts septentrionaux de Minas Geraes (1).

De semblables campos (taboleiros cobertos) existent aussi auprès de Sorocabà, ville située à peu près par les 23° 20', à environ 5 legoas 1/2 de Porto Felis. Ici est la limite de ce genre singulier de végétation qui appartient essentiellement aux contrées septentrionales. Les pâturages naturels que nous traverserons jusqu'aux limites de la province de S. Paul, et plus loin dans celles de Rio Grande, dans les missions de l'Uruguay, enfin les campa-

(1) Par une exception fort remarquable, nous retrouverons un catnpo du même genre fort loin vers le 6ud, près du lieu appelé Cacfaambû.

gnes de Montevideo et de Buenos-Ayres» sont simiitement herbeux.

Il ne faut pourtant pas croire que nous ne trouvions absolument aucun intermédiaire entre les campos parsemés d'arbres rabougris et tortueux et les pâturages proprement dits ; il est rare que la nature procède sans transition. A quelque distance de Sorocéba, un petit palmier a feuilles sessiles croit en abondance entre les touffes de Graminées, et dans quelques endroits s'élèvent de petits arbres, parmi lesquels on reconnaît beaucoup de Myrsinées.

A quelques lieues de SorocÂba, nous retrouvons aussi dans des lieux marécageux un genre de végétation que nous avons souvent observé à Minas et a Goyaz(l). Des bouquets de bois, qui .occupent toujours la partie la plus basse de ces marécages, forment ordinairement une lisière allongée, et offrent un épais fourré d'arbrisseaux et d'arbres à tiges grêles et élancées, souvent rameuses dès la base. D'ailleurs, ici comme à Minas , les marécages ne m'ont point paru offrir une variété de plantes aussi grande qu'en Europe.

Les pâturages herbeux que nous traversons au delà des environs de Sorocàba sont entremêlés de bouquets de bois d'une étendue plus ou moins considérable. Les premiers, excellents pour le bétail, se composent principalement de Graminées, et non-seulement il n'y crott point d'arbres, mais encore on y voit peu de sous-arbrisseaux. Parmi les bois, il en est qui offrent une végétation très-vigoureuse ;

(1) Voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro ei de Minas GeraeSy et mon Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dam la province de Goyax,

œai&UttHe pari neas nt retrèui^DS Tiàipesantè liiafMé

des forêts primitives de Rio de Janeiro. Un naturaliate sédentaire pourra seul faire eomiattre avec détails les arbres de ces bois, et nous dire à quels genres et à quelles espèces il faut les rapporter tous : il est plus facile d'étudier lei plantes des campos. Parmi celles-ci , nous en trouvons beaucoup qu'on ne voit point au nord du irôpiqi^ ; mais il y en a beaucoup aussi qui croisent égalémeiH à Minas, à Goyaz et dans les parties septentrionales de la profinoe de S. Paul,

Pour nous faire une idée plus précise de la végétation du pays dont je viens de parler, nous prendrons ceâttrentedeux espèces de plantes recueillies, en janvier, dans un espace de 32 ou 54 legoas des environs de Sorocâba, par les SS"* 20' à peu près jusqu'au Rio Tareré ou Itareré par les 24t* approximativement, et nous les comparerons avec un égal nombre d'espèces récoltées, de la fin de juin au commencement d'août , entre Meiaponte , la cité de G&yaz , l'aldea de S. José et le Rio Claro, contrée qui n'est certainement pas moins élevée que la partie de S. Paul qui tious occupe, puisqu'elle avoisine le grand diviseur des eaux du nord du Brésil de celles du sud (Serra do Corimb& et do Tocantins). Les cent trente-deux espèces de S. Paul se répartissent entre quarante familles , celles de Goyaz entre quarante-six. Parmi les premières il n'y a que sept groupes qui n'appartiennent pas à la Flore de la France; parmi les secondes, il y en a quinze. Les Mélastomées et les Malpighiées, si communes sous les tropiques , deviennent rares entre Sorocâba ei le Tareré , et d'un autre côté, au lieu de quatorze Papilionacées que nous avons dans celte dèrnière contrée, nous n'en trouvons que six dans l«s OMt

tWÊte^Jix plantes de Goyaz. Pour trois Labiées que omis ftf ODS à S, Paul , nous en comptons neuf à Goyaz ; mais toutes appartiennent à la tribu des Hyptidées , étrangère à f Europe. Dean groupes à peine représentés en Europe, les Acanthées et les Myrtées, comprennent plus d'espèces à Goyaz qu'à S. Paul. Dans les deux pays la famille des Composées est celle qui offre le plus d'espèces ; après elle viennent, à Goyaz, les Myrtées, les Labiées, les Acanthées, les Mélastomées; à S. Paul, les Papilionacées, presque aussi nombreuses que les Composées elles-mêmes. Je n'ai pas besoin de dire que d'autres saisons nous offriraient des différences plus ou moins sensibles ; une Flore complète des deux pays pourrait seule nous donner les moyens d'établir une comparaison parfaitement exacte ; nous sommes loin de la |>osséder ; il faut bien nous contenter aujourd'hui d'une statistique approximative.

Une famille essentiellement européenne , absolument étrangère à Goyaz , celle des Conifères , trouve dans la partie de la province de S. Paul qui nous occupe un noble représentant, le majestueux Araucaria Brasiliensis^ le plus utile et le plus beau de tous les arbres du Brésil extratropical*. C'est à environ 9 legoas en deçà du Tareré que nous commençons à l'apercevoir; ainsi nous pouvons considérer les 33« 39^ ou 40 comme étant, sur le plateau de S. Paul, sa limite septentrionale. On le trouve, dans la partie la plus méridionale de la province de Minas Geraes, entre les 21* 10' et 21" 85', mais c'est à une hauteur de 1,066°*,450 (1), tandis qu'il nous est difficile d'estimer la hauteur moyenne du pays qui s'étend directement de S.

(1) Voir mon Voyage afix sources du Béê-de'S. Fr4»n€i$e0f4f>e»f l, Se..

Paul à Curitiba à plus de 4 a 600 mètres (i) ; c'est ainsi qu'une élévation plus considérable compense un plus grand éloignement de la ligne équinoxiale.

Au delà du Tareré, la campagne change entièrement d'aspect ; nous entrons dans les Campos Geraes, le pays le plus beau et le plus intéressant peut-être de tout le Brésil méridional. Les Campos Geraes , qui commencent à peu près par les 2^ 40^, finissent approximativement par les 25% a environ 8 a 10 legoas de Curitiba. Montueux et trèsboisés aux deux points externes^ ils présentent, en général, un terrain plat et ondulé où, aussi loin que la vue peut s'étendre, on découvre d'immenses pâturages dont le vert tendre contraste d'une manière charmante avec les teintes sombres des petits bouquets de bois qui s'élèvent dans les enfoncements : tantôt le seul Araucaria forme ces bouquets de bois ; tantôt il y est mêlé avec d'autres arbres d'un vert généralement aussi obscur que son propre feuillage. Tandis qu'en Europe il ne croit presque aucune plante dans les bois de pins, ici une foule d'arbrisseaux, de sous-arbrisseaux, de plantes herbacées naissent entre les Àrattcaria^ et contrastent de diverses manières avec la roideur de ces grands arbres et leurs teintes rembrunies.

Ce sont les Graminées qui forment l'ensemble des pâturages naturels. Les autres plantes qui croissent au milieu d'elles ne sauraient être les mêmes partout; les plus ordinaires sont principalement des Vemonia, des Mimosées» un ConvolvuluSy la Composée appelée vulgairement Char^

(1) La ville de S. Paul, probablement beaucoup plus élevée que tout le pays compris entre elle et Curitiba, est, comme je Fai dit plus haut, à 753 mètres au-dessus du niveau de la mer; Curitiba, -à iOî'jCO (183 bracas) (Kiog. in P. MiUler, Entaio, 7)«

riut, une Verbénacée, un Cassia, une Labiatiflore. En janvier» en février, et même au commencement de mars, la verdure des campos est aussi fraîche que celle de nos prairies ; mais ils ne sont pas émaillés d'un aussi grand nombre de fleurs. Cependant quelques pâturages nous offrent aussi des fleurs ei^trémement nombreuses ; ce sont celles d'un Eryngmm et d'une Composée qui s*y montrent le plus abondamment, et, tandis que le jaune et le blanc dominent dans nos prés, ici c'est le bleu céleste qui colore les campos très-fleuris.

Les botanistes trouveront une grande diversité de plantes sur les pentes marécageuses voisines d'Igreja Velha, et pro* bablement dans toutes les localités analogues ; mais, en général, il s'en faut qu'il y ait dans les Campos Geraes un grand nombre d'espèces. Parmi celles qui y croissent il en est que l'on chercherait en vain sous les tropiques ; mais aussi on en voit beaucoup qui appartiennent à des pays situés à une grande distance, du côté du nord. On retrouve même, du côté de Cachambû, un campo où des arbres tortueux et rabougris sont, comme à Minas et à Goyaz , disséminés au milieu des herbes et des sous-arbrisseaux, et dans le nombre de ces plantes il y en a plusieurs qui appartiennent aux campos des provinces équinoxiales; exception fort singulière dont il nous est impossible de donner une explication satisfaisante. On peut dire, en général, que la Flore des Campos Geraes a quelques rapports avec celle de la province limitrophe plus méridionale et moins élevée de Rio Grande de S. Pedro do Sul , mais qu'elle se rapproche davantage de celle des parties les plus septentrionales du Brésil.

Si nous comparons les espèces des Campos Geraes avec

celles qae l'on trouve dans la région des fùriUy aux alen* tours de la capitale des Mines, par les 20^25' latitude sud, de Marianna par les âO*" 21% et de S. Miguel de Mato Den* tro, nous n'aurons pas, sans doute, à en noter beaucoup qui soient communes aux deux pays; nous observerons aussi de grandes différences dans l'ensemble des fcnrmes végétales, mais la statistique des familles d'une des deux contrées, dépouillée de tout accessoire, nous frappera par ses rapports avec celle de l'autre. Trois cent quinze espèces recueillies dans les Campos Geraes, du 29 de janvier au 9 de mars, se répartissent en soixante-sept groupes, dont dix-sept n'appartiennent nullement à la France ; sur trois cent vingt-sept espèces que nous ont fournies, du 1*' janvier au 21 février, les environs de Villa Rica, de Marianna, de S. Miguel de Mato Dentro, et qui se partagent en cinquante-cinq familles, dont seize seulement sont entièrement tropicales, sur lesquelles neuf existent également dans les Campos Geraes. Parmi les cinquante familles communes à cette dernière contrée et à l'Europe, il n'y en a que quatorze que nous ne retrouvions point parmi les cinquante-cinq de Minas. Dans les Campos Geraes, lesCorymbifères (Jus.) forment le groupe le plus nombreux-en espèces; ils font environ le siiième du total, et après elles arrivent les Papilionacées. A Minas, ce sont les Mélastomées qui dominent; mais elles ne font que le dixième de l'ensemble des espèces ; après elles , se présentent les Fougères, puis les Graminées; les Corymbifères ne viennent qu'en quatrième ligne. Les familles qui, sans être uniquement tropicales, n'ont, en. Europe, que de rares représentants offrent à peu près le même nombre d'espèces dans les deux contrées qui nous occupent. Parmi les trois eent

ViSffl-^iM| esjièees àt MiBaa» neiis Be tr«iif«ii» petfit <le I^ roByebiée», de Chicoracées^ de Caryophyllées» de Rènon* eulaeées» de Primulacées, de Polygonées» de Salieinées d'Alismacées» de Liliacées, Juss., ni d'Asphodélées, Jnss., et ces groupes ont leurs représentants dans les Campes Ge* raes ; la seule espèce de Yalérianée que nous ayons re* cueillie dans le Brésil nous est fournie par cette derniève contrée. La seule Cistinée américaine (1) commence à se montrer dans le même pays et s'étend beaucoup plus loin fers la sud ; mais à toutes ces plantes , qui appartiennent i la Flore de la France» viennent s'unir dix Mimosées, cinq * Cassiées, deux Guttifères (2), une Yochysiée» six Mélasto* mées, le Sauvagesia erecta, L. , qu'on retrouve presque sous la ligne équinoxiale, un Turnera, deux Hippocraties, une AQ0Bée(3), une Cunoniacée, etc. (4). Lés genres qui, ayant des représentants en Europe» se retrouvent à Minas ont» pour la plupart» une place dans le catalogue des plantes des CamposGeraes» mais» de plus, nous avons ici un Salia^ deux Paronychia (5), un ClematU (6)» un Cera$lium (7)^ deux Anagallis (8)» six Hyperiourriy etc. (9). Si, au lieu de comparer les plantes des Campes Certes

(1) Helian^hemum BraiUieme^ Pers. {Cislw Brasiliensii, L^m.).

(2) L'une des deax est le Clusia Criuva, Aag. de S. Hil., Juss., Çamb.

(3) Gualteria auslralis, Aug. de S. Hil.

(i) Weinmannia hirta, Sw.

(5) Paronychia communié, Aug. de S. Hil., Jus9.» Camb.» çt Parqnychitt camphorosmoides, Aug. de S. Hil.» Juss., Camb.

(6) Clem^iUs campeslris, Aug. de S. Hii.

'{!) Cêrasli%imCommersonianum,Ser.

. (S) Amgalli9 allernifolià, Cav., Anagallis tenella, yar. /ifÇ9n(Un§, Aug. de S. Hil. et Gir.

(9) Hypericum lernum, teretiusculum, laxiuiculum, rigidum, <fenudalum, tenuifolium, Aug* ûb S. Hil.

avec celles de la eomarca de Villa Rica, nous avions pu les comparer avec des espèces recueillies sous une latitude à peu près semblable à celle de cette ville, mais dans un canton beaucoup moins élevé, par exemple sur les bords du Rio de S. Francisco, il est clair que nous aurions eu des différences plus sensibles. Bien moins éloignée, il est vrai, de la ligne équinoxiale que les Campos Geraes, Villa Rica, ou Ouro Preto, est située à i,152 mètres (630 toises) audessus du niveau de la mer, Marianna à 729 (398 toises 4/2) (1), S. Miguel de Mato Dentro probablement à la même hauteur que Marianna, et nous ne pouvons guère, comme je Tai dit^ porter la hauteur des Campos Geraes à plus de 4 à 600 mètres. Au reste, il est a croire que, si nous avions basé notre comparaison sur des plantes récoltées en d'autres mois que janvier et février, nous serions arrivé à des résultats différents. J'ajouterai, comme je Fai dit plus haut du pays qui précède les Campos Geraes, que de telles comparaisons ne sauraient être rigoureuses, si ce n*est dans le cas où Ton posséderait une Flore parfaitement complète des deux contrées comparées entre elles ; notre travail ne doit être considéré, par conséquent , que comme une simple ébauche : on n'a point fait une route pour avoir planté quelques jalons , mais c'est l'opération par laquelle il faut nécessairement que l'on commence.

A quelque distance de la limite des Campos Geraes, le pays devient déjà plus montueux et plus boisé ; au delà de cette limite, on entre dans une sombre forêt, et cependant Curitiba, où nous arrivons bientôt, est encore situé dans une plaine découverte et riante. Dans les bois voisins de

(1) Eschw., Journal von Brasilien, h 37.

cette ville crott en abondance le Maté {Ilex Paraguarien^ sis^ Aug. de S. Hil.) (1), dont les feuilles et les ramules forment un objet de commerce important. Les habitants de Gnritiba se vantent de posséder aussi le quinquina du Pérou; maisTécorce, excessivement amère, à laquelle ils appliquent ce nom, et qu'ils emploient réellement avec succès dans les fièvres intermittentes, est celle d'un So-lanum [Solanum pseudoquitiaf Aug. de S. Hil.) (2}.

A mesure que nous nous sommes éloignés de Sorocàba nous avons mis une plus gra^nde distance entre nous et le tropique du Capricorne; la température moyenne du pays que nous avons parcouru est nécessairement devenue de plus en plus basse, et nous avons vu s'arrêter successivement la culture des diverses productions coloniales dont les limites sont ici le résultat combiné de la nature de chaque espèce, de l'élévation du sol et de l'éloignement de réquateur. Au delà de Sorocàba, environ par les âS^'SO' latitude sud, on ne cultive plus le caféier; Itapitininga, à peu près par les âS*" 58', forme la limite de la canne à sucre; Itapeva, situé de 15 à 18 lieues plus au sud, celle des bananiers; vers la Serra das Purnas, à 50 lieues environ d'Itapeva, s'arrêtent les cotonniers, qui déjà, depuis le Tareré, gèlent, chaque année, après la cueillette des semences ;

(1) Les botanistes, qui ne sont pas toujours fort scrupuleux sur les règles de la grammaire, le deviennent merveilleusement quand il s'agit de la régularité des noms spécifiques. Quelques-uns ont donc cru qu'il fallait changer Paraguariensis en Paraguayensis ; ils ignoraient que le inot Paraguariensis di éié consacré depuis un très* grand nombre d'années, et que, par conséquent, Paraguayensis est une sorte de barbarisme.

(2) Voir mon ouvrage intitulé , Plantes usuelles des Brésilien s , ii«XXl.

eofln i Cttrittfoa, par les 2S* M\ les ^rangei hmiI trèM» des, et on ne peut plus cultiver Vananas (1).

Mais, si les plantes de culture tropicale disparaissent des Campos Geraes et du district de Curitiba, en revanche le froment y réussit très-bien, et nos arbres fruitiers, même les cerisiers et les poiriers, y donnent des fruits avec plus ou moins d'abondance. Il est à regretter, cependant, que répoque des plus grandes pluies coïncide avec celle du développement des fruits ; car de là il résulte que, à Texception des figues, ils arrivent rarement à une maturité parfaite. De tous les arbres fruitiers, le pécber est le plus commun ; il n'exige absolument aucun soin, et on remploie même pour former des clôtures; il fleurit dès le mois d'août et produit une prodigieuse quantité de fruits dont quelques-uns sont mangeables au commencement du mois de février.

Au lieu de prolonger au delà de Curitiba notre voyage sur le plateau, nous descendons la Serra do Mar, qui porte ici le nom de Serra de Paranaguâ, et nous arrivons sur le littoral.

Là tout change à nos jeut : les plantes d'Europei ont disparu; nous revoyons des cotonniers , des bananiers, la canne à sucre, les caféiers, les Cecropia, et une foule d'espèces qui appartiennent à la Flore de Rio de Janeiro.

(l)J*ai dit ailleurs, probablemeot à tort, que la Serra dasFaroas forme la limite des ananas {Aperçu d'un voyage au Brésil, — Inlroduction à Vhistoire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay, pi. XL) ; on mange des ananas dans les environs de Castro, et la Serra das Furnas se trouve à 2 lieues de cette ville. Je doisi ajouter qu*en choisi;)Saut, sans doute , de bonnes expositions on a, depuis mon voyage, porté un peu davantage vers le sud les diverses limites que j'indique.

Ainsi» tmdto que, sur le plateau» presqiie à i degré en deçà du tropique, cette Flore a fait place à une autre » nous la retrouvons, par les 25"* 51', sur le littoral, et elle s'étend avec des modifications non- seulement jusqu'aux frontières maritimes de la province de S. Paul, mais encore jusque dans nie de Sainte-Catherine. Ceci achève de prouver que la végétation des côtes présente une uniformité bien plus grande que celle de Tintérieur des continents, phénomène qui, au reste, ne doit point étonner, puisque la température et les autres agents extérieurs y sont, comme Ton sait, ^jets à des variations bien moins sensibles.

§ IV. — Population.

Nous avons, sur la statistique de la province de S. Paul, des documents plus précis et plus nombreux que sur celle de Goyaz ; mais, on doit le dire, ils sont bien loin de mériter une entière conRance. S'il se trouve au Brésil des hommes qui savent aligner des chiffres aussi bien qu'on le fait en France et en Allemagne, il s'en faut qu'ils aient les mêmes moyens que nous de les rendre exacts. La paresse générale dans ce pays , l'ignorance qui ne Test guère moins, surtout en certains cantons de la province de S. Paul, l'extrême dissémination des habitants, sont autant d'obstacles qui s'opposent à ce que, dans les états de population en particulier, on obtienne autre chose que des indications très-approximatives; mais en di^cutant ces approximations, en les comparant entre elles on peut espérer pourtant d'arriver à quelques résultats curieux et utiles.

D'après des pièces probablement toutes offieidles , il 7 aurait eu dans la province de S. Paul :

En 1777, 116,975 individus

En 1805, 192,729 »

En 1812, 205,267 »

En 1815,209,219 » répartis en 26,150 feux.

En 1814,211,928 »

En 1815, 215,021 » » 35,767

En 1820, 239,290 » » 40,726

En 1826, 258,901 » »

En 1838, 326,902 » » 50.968 (1).

Si nous opérons sur le dernier de ces chiffres, qui appartient à répoque la plus rapprochée de celle où nous

(1) Le chiffre de 1777 et celui de 1812 sont empruntés à Southey {HisL, m, S57.58) ; on doit ceux de 180S et de 1826 à Nicolao Pereira de Campos Yergueiro (Piz., Mem,, Yill, 314); le chiffre de ISVè est le ri^sultat d'un tableau communiqué à d'Eschwege par le comte da Barca, ministre de Jean YI, et imprimé tout à la fois dans le Journal von Brasilien (II, 160) et dans lePcUriola, (3, 6). C'est à Spix et Martius qu'appartiennent les indications de (814 et 1815 (Reise, I, 224); enfin à Pedro Millier, celles de 1820 et de 1838. J'aurais pu placer le nombre 200,468 entre ceui de 1805 et de 1812; mais, comme d'Eschwege a montré, par la comparaison de ce nombre avec celui de l'année 1813, que l'un ou l'autre renferme des absurdités notables , comme le dernier a une grande au> tbenticité , enfln que 200,478 est admis pour l'année 1808 par Martius, cité par Ferdinand Denis, et pour 1811 par Southey et d'Eschwege, j'ai cru qu'il était prudent de le rejeter entièrement. Je ne dis rien non plus de la population de 1816, parce que les indications ofGcielles données par Antonio Rodriguez Yeloso de Olivcira {Annaes /?wwi., Nappa, 3) et par Pizarro (itfem., YIII, 313) n'embrassent pas la province tout entière. Pour 1814 , j'ai dû préférer le chiffre 211,928, indiqué par Spii et Martius, à celui qu'on trouve dans le Diccionario do Brazil (II, 608). Les états authentiques de 1813 portent la population de cette époque à 209,219 , ceux de 1815 nous donnent le nombre 215,021 ; par conséquent, il est impossible que le chiffre 199,364 soit exact pour 1814.

écriYons , et que , d'un antre côté , nous admettions ITyOOO lieues carrées, de i 8 au degré, comme formant la superficie de la province de S. Paul, nous aurons, pour chaque lieue, une population spécifique de 49 rà individus.

On compte en France 34,230,178 habitants sur les 527,636 ^ kilomètres (1) ou 13,848 ^ lieues carrées, de 18 au degré, dont la surface de ce pays se compose (2), ce qui fait 2,471 f^^ individus par chaque lieue carrée ; par conséquent, la population spécifique de la province de S. Paul est à celle de la France comme 19 r^ est à 2,471 ~^ ou, si Ton aime mieux, on compterait à S. Poul, en négligeant les fractions, 19 individus sur une surface où en France il y en aurait 2,471 . On trouvera peut-être quelque chose de piquant dans cette comparaison ; mais elle rapproche des objets tellement disparates, qu'elle ne saurait nous conduire à des résultats vraiment utiles : j'ajouterai même que, sous le rapport de la population, il y a une sorte d'injustice à rapprocher de notre vieille Europe un pays qui ne date que de trois siècles. Il n'en sera pas de même si, sous le même rapport, nous comparons la province de S. Paul avec celle d'une autre partie du Brésil ; alors nous partons à peu près du même point, et le rapprochement fera ressortir les différences qui , ici, existent pourtant au milieu des rapports les plus sensibles.

La province de Minas Geraes, probablement la plus peuplée du Brésil, forme une sorte de parallélogramme, et est

(1) Annuaire long., 1846, p. 168.

(2) Le quart du méridien est de 90* oa 10,000 kilomètres, oa encore de 1,630 lieues (legoas) de 18 au degré; donc 1 kilomètre équivaut k 0>,1690.

située entre les 43* et 33' degrés latitude sud et eaftre )m 5SS° et 396° de longitude , à partir du néridte* de l'tle de Fer ((). Elle corapreudrait donc 10 (kgrés du oord au sud, et 8 de l'ett à l'ouest, ou 25,930 lieues carréei, de 18 au degré, si ses contours étaient parfaitement régulien; mois nous tiendrons compte de leur irrégularité, nous n'oublierons pas non plus que quelques-unes de ses parties sont entièrement désertes ou, du moins, â peine paroonrues par quelques tribus errantes d'Indiens sauvages, et nous ne porterons sa surface qu'à 18,000 lieu» {l«9oa^ carrées ( 3 ). On fait monter la population de Minas à 750,000 individus pour 1838 (3); par conséquent, ou i S. Paul il y a 19 individus, il s'en trouve 40 à Minas {i).

On est surpris d'abord de trouver une si grande différence entre la population de Minas et celle de S. Paul, province plus ancienne d'un siècle; mais les faits hifllorj-

(i) PU., Mon. hUl., TUl, part. 2; 5S. — Ang. de S. HII., Fof/age Rio <U Jan., I, TH.

(2)D'Eschwegeailmelcechiffre(18,000 9tMdro(ijiei(«i)dansle Ptuto Bmilientii h la page ï89, et Dti peu plus loin, k la page 59S, il D'iadiqne que 17,1)00 lieues. LVcriTaîa allemaud est certaioEmeal rhamnie qui a le niieui étudié la scatistique de Hiaaj Geraes ; ud« pareille caulrâdictiOD moDlre combien sont peu c^rUicies les daunées sur lesquelles celte statistique repose. Nous descendriODS h une évalustiou bieu plus faible encore que celle de d'Eschwege, si nous aduettioas le chiffre du Mecionario do Braiit (II, 99), car il ue sïlète qu'à 15,000 legoas carrées. La proTiuce de Miuas Geraes est probablemeut la nieui connue de tout le Brésil ; que par là ou juge des autres.

(3) Hill. et Up. de Hour., Diec. Il, 99. — Kidder, dont le lirre • élé imprimé en 1S4S, Tait monter la populatioD de Minas ï 760,000, mais

is Indiquer h quelle année ce chiffre se rapporte.

|4) La population de Minas est éiainfe, par d'Escbwege , B38iii4iTi-

i pour chaque mille carré iguadrat meiU) (PluL Aroa., Wwvort,

i mais cet écrivain ue dit point si, par le mot meiU, il eatfMl'ici,

^es nous auront bientôt expliqué cette différence. Lorsqu'on sut que lor abondait dans la première de ces promiCes, des nuées d'aventuriers brésiliens et portugais couvrirent aussitôt son territoire ; ces hommes , afin de rendre leurs travaux plus prorapts et plus faciles, s'entourèrent d'esclaves africains, et de nombreux métis ne tardèrent pas à augmenter ce noyau déjà très>considérable. Les Paulistes, au contraire, sortaient sans cesse de chez eux; ils allaient chercher des richesses ailleurs, et c'est aux dépens de leur pays que se sont peuplés Matogrosso, Goyaz et môme une partie de Rio Grande do Sul et de Minas Geraes.

Nous ne pouvions donner une idée plus exacte de la popalation relative des deux provinces qu'en prenant, dans notre comparaison, la lieue carrée [legoa) pour unité fixe; mais qu'il s'agisse de» l'Amérique ou de l'Europe, la base d'une comparaison de ce genre n'est réellement autre chose qu'une fiction, puisque, dans aucun royaume, dans aucune république, le nombre dindividus n'est également réparti entre les lieues carrées dont la surface du pays se compose. La population spécifique des contrées peuplées trèa-^anciennement, de la France par exemple, s écarte bien moins de la vérité que celle des pays nouveaux, où notre espèce n'a pas encore été forcée , par un accroisse-

comme Spix et Martius, la legoa de 18 au degré, ou s'il veut indiquer le mille allemand ou bien encore le mille géographique. J'ai eu un tort du même genre, lorsque, négligeant d'indiquer sur quels chiffres j'avais opéré, j'ai poiifli à 10 individus la population spéciflque de Minas pour 1817 à 1818 {Vof^e.Rio de Jan., I, 80). La différence de 10 à 40 étounera moins quand on saura que noo-sei\lement je prenais pour base le nombre 500,000, mais encore que j'admettais une superficie de 50,000 ItoiMS'CftRé^, de 25 au degré.

sèment très-considérable , de se répandre partout ; et ce-» pendant , si on descend à des détails , on trouvera qu'elle diffère aussi chez nous, dans les divers départements, dans les divers cantons, suivant la division plus ou moins grande du territoire et le degré de fertilité du sol. Au Brésil, les différences, bien plus sensibles, de la population spéciflque dans une même province tiennent à des causes purement locales et se modiGeront, avec le temps, d'une manière no* table. A Minas, on cherchait de Tor; la population a dû ua^ turellement s'agglomérer là où on en trouvait. Le désert (Sertâo], c'est la partie qui n'est point aurifère. A Saintr Paul, au contraire, il n'y avait point d'or ou il y en avait fort peu ; les premiers colons y étaient venus par mer, ils s'établirent où ils avaient débarqué, ils y formèrent des établissements agricoles, et peu à peu le littoral se peupla, longue bande de terre séparée du plateau par une chaîne de montagnes. Cette chaîne, qui présentait de grands obstacles, resta inhabitée, mais on ne tarda pas à la franchir; les fondements de la ville de S. Paul furent jetés ; dans ses alentours s'élevèrent des sucreries, des villages, puis des villes; on profita de la vallée du Par ayba pour se répandre vers le nord-est et des intervalles les moins boisés pour s'étendre vers le sud-ouest ; une seconde langue de terre parallèle au littoral se couvrit de cultivateurs ou d'éleveurs de bétail plus ou moins nombreux, et l'on peut dire, je crois , que, sauf quelques exceptions dues à des circonstances particulières^ la population spécifique des différents districts de la province de S. Paul est d'autant plus considérable que ces districts sont plus anciens.

Si nous comparons entre elles, sous le rapport de leur population respective, les lieues carrées dont se compose.

un pays situé en Europe» nous trouverons des différences énormes pour celles qui comprennent des villages , des bourgs et surtout des villes. Des différences du même genre se reproduisent, sans doute» au Brésil ; mais elles sont in^ Animent moins sensibles. En Europe» la population des villes est presque tout entière permanente; il n'y a qu'un petit nombre de personnes riches qui possèdent» outre leurs maisons de ville» des habitations rurales» où elles vivent pendant la belle saison» et c'est à peine si» les dimanches et les jours de fête » le reste de la population va passer quelques heures à la campagne. Dans l'intérieur du Brésil» au contraire» la population permanente des village^ et des bourgs est excessivement faible ; la plupart des maisons dont ils se composent appartiennent à des cultiva* teurs qui» n'y venant que les dimanches pour as»ster aa service divin» les tiennent fermées pendant le reste de la semaine» et elles ne forment réellement qu'un double emploi (1).

On sait qu'à moins de circonstances perturbatrices» telles que les guerres» les émigrations» les épidémies» Ja famine» la population de tous les pays augmente sans cesse » mais

(1) D'Eschwege compte qa'ea 1813 il y avait ISO-iodiTidus par Ugoa carrée daos la comarca d'Oaro Preto , province de Minas Geraes , et il indique seulement 50 individus par lieue carrée en dehors des villes et des villages. Cette proportion, admise pour la France (Benoiston de ChÂteauneuf, Notes , 47), ne doit être appliquée, je crois, à aucune partie de Fintérieur du Brésil ; mais, quand elle serait exacte pour la comarca d*Ouro Preto, il ne faut pas oublier que cette comarca est peut-être de tout le Brésil, le littoral excepté, la partie qui , sur une surface égale , contient le plus grand nombre de bourgs et de villages, et quUl s*y trouve, ce qu'on ne voit point ailleurs, deux grands centres de population très-rapprochés Tun de Tautre, Villa Rica et Marianua.

que rieefolisènieiit Vi'a pas lieu partout dans les mêmes proporlioliA. Eo 4777, comme nous Tarons dit, la pro« fince ée 8. Paul comprenait 116,975 habitants ; en 1858 die en contenait ^526,902 ; c*est donc, en 62 ans , une augmentation de 209,927; ainsi, dans cet espace de temps, la populatfoâ a presque triplé. A Minas, on comptait environ 319^769 habitants en 1777, et en 1838 on en comp* teit 750,000(1); ici l'espace de 62 ans aurait produit une difTérence de 410,231 habitants, et paf conséquent T augmentation aurait été, proportion gardée, moindre qu'il S. Paul ; elle aurait seulement plus que doublé ou, pour parler d'une manière plus rigoureusement exacte, 1 accroisaernent a élé, à S. Paul, comme 1 à 2 ^^Vir» tandis qu'il a été seulement à Minas comme 1 a 2 —7* ^ différence serait iafiniment plus sensible encore, si nous prenions la France pour terme de comparaison , puisque l'accroisse* ment nioyen annuel, pris sur 27 années, de 1817 à 1841, a été, chez nous, de 7— ou 7— (2), d'où il faudrait nécessairement conclure que, si ce chiffre restait sans altération pendant 62 années, l'accroissement total ne serait, pour la France, que ~; du nombre primitif, tandis qu il a été, à S. Paul, durant le même laps de temps, de ~|f . En FrancOi la population ne s'accroît point par des immigrations; celle de S. Paul, au contraire, reçoit sans cesse dés renforts d'esclaves africains, qui y multiplient plus ou moins, et depuis plusieurs années quelques immigrations d'fiuropéeiM et de Mineiros sont , quoique faibles , venues

(1) Ce chiffre est empniDté ati Diccionario do Brazil, U, 99. Ponr la même année, Fabregas (in Si^axid, Annuario^ 1846) indique 760,008; vù trouve également 760,090 dans Kidder.

(2) Mathieu, Annuaire ïûngiL, 1646, p. 139 et suiv.

augmeotdr aaisi le nombre des habitants ; maia ce qui contribue sartout à raccroisseroent» c'est que Ton trouve encore» dans ce pays, d'immenses espaces inoccupés, lorsque, chez nous, toutes les places sont prises, c'est que les femmes y sont fécondes, c'est enfin que l'Américain n'est point saris cesse tourmenté par cette cruelle prévoyance qui dévore l'Européen, et met de si grands obstacles à la multiplication de l'espèce. A Minas, il y a également d'immenses terrains qui n'attendent que des bras pour les fer* tiliser; les femmes n'y sont pas moins fécondes qu'à S. Paul, l'insouciance de l'avenir n'y est pas moins grande; mais, à mesure que les minières ont moins produit, les importations de nègres ont dû devenir moins considérables, des blancs ont quitté un pays où l'espoir de s'enrichir très-promptement ne les retenait plus; enfin un certain nombre de cultivateurs ont été chercher à S. Paul et à Goyaz des terres qu'ils croyaient meilleures que celles de leur patrie.

Nous nous sommes borné jusqu'ici à considérer, dans son ensemble, l'accroissement qu'a éprouvé la population de S. Paul pendant un certain laps de temps; nous allons rechercher à présent dans quelles proportions il s'est effectué. En 1777, comme nous l'avons vu, on comptait, dans cette province, 116,975 habitants, et en 1838 on en comptait 326,902; par conséquent, l'augmentation annuelle a été, terme moyen, de 3,585 7^ pendant 62 ans. Dans le même intervalle de temps, l'augmentation a été, à Minas, de 6,616 77 par année, à partir du chiffre primilif 319,769, celui de l'année 1777.

Mais nulle part la population n'augmente» tous les ans, d'un nombre égal d'individus. Dans les pays anciens où

elle est déjà très*considérable, où toutes les terres sont occupées et où il existe une industrie manufacturière trèsdéveloppée, F accroissement sera nécessairement soumis à une progression décroissante; la France en fournit la preuve , puisque , pendant i4 ans, depuis 1817 jusqu'à 1S30, elle a été, terme moyen, de rtr par année (1), et que pendant 27 ans, de 1817 à 1845, elle n'a pas été de plus de rsr (2)* Dans les pays nouveaux, au con« traire i où F agriculture et le soin du bétail sont presque la seule occupation des habitants, où tout le monde peut encore trouver des terres , et où rien ne s'oppose au développement de notre espèce, la population doit nécessairement augmenter dans une progression croissante, altérée, suivant les années, en plus ou en moins, par des circonstances souvent inappréciables. Dans un espace de 6S ans, nous n'avons malheureusement, pour S. Paul, que les chiffres de 9 années ; mais les termes moyens , pour les divers intervalles , seront pourtant moins éloignés de la vérité que le terme moyen obtenu pour les 62 ans. Le tableau suivant , résultat de celui que nous avons formé plus haut , nous fournira le chiffre des accroissements successifs :

De 1777 à 1805, la population s'est accrue, en 28 ans, de 75,754 individus; terme moyen annuel. 2,705 indiv«

De 1805 à 1812, 7 ans; augmentation totale, 12,538 individus; terme moyen annuel 1,790

De 1812 à 1813, augmentation. . . 5,952

(1) Mathieu, Annuaire long., 1833, p. 111, 111.

(2) Mathieu, Annuaire long., 1846, p. 139, 140, 148.

Be 1815 à 1814, augmentation. . . S,709

De 4814 à 1815 , augmentation. . . 5,003

De 1815 à 1820, 5 ans; augmentation totale, 3<^,269 individus ; terme moyen annuel 4>853

De 1820 à 1826, 6 ans ; augmentation totale, 19,611 ind.; terme moyen annuel. 3,268

De 1826 à 1858, 12 ans; augmentation totale-, 68,000 ind.; terme moyen annuel. 5,668

La différence la plus considérable est celle qui nous esl offerte en moins par T intervalle de 7 années de 1805 à 1812; un fait historique nous l'expliquera : dans cet intervalle, on fit partir des troupes de S. Paul pour les réunir a Tarmée qui se battait dans le Sud: contre Artigas, et un nombre considérable d'hommes, afin de se soustraire au recrutement , s'enfuirent à Minas avec leurs familles ou allèrent se cacher dans les déserts. D'ailleurs, si des oscillations sensibles ont encore eu lieu , nous voyons cependant qu'en somme l'accroissement de la population de S. Paul est, comme nous l'avons établi, en progression ascendante. Si donc nous prenons pour base de cette progression le terme moyen de 1815 à 1820 et celui de 1820 à 1858, excluant le chiffre de l'augmentation de 1820 à 1826, qui, par son extrême différence avec celui de 1826 à 1858, nous conduirait h des résultats peut-être exagérés, nous trouverons qu'à partir de 1858 la population de S. Paul aura dû être, indépendamment de foute perturbation, en 1848 ce qu'elle sera au bout de cent ans.

Voulant considérer à présent la population de la province qui nous occupe sous le rapport de l'habitation , nous prendrons pour base de notre calcul le tableau de la

page 108, et nous arriveroiis à établir qu'en I8f 3 il y

avait 8 individus par feu ; en i815, un peu plus de 6 individus; en 1820, près de 6; enfin, en 1838, plus de 6; ou, pour parler d'une manière exacte, 8,0007 en 1813, 6,291 en 1815, 5,887 en 1820, 6,413 en 1838.

En France on compte, dans les villes, 4,5 individus par feu , et 5,2 dans les campagnes (1), c'est-à-dire , terme moyen, un nombre moins considérable qu'à S. Paul. La fécondité des femmes de ce dernier pays et l'admission des esclaves, plus nombreux dans les familles que nos serviteurs libres, eirpliquent suffisamment la différence.

La comparaison du chiffre de la population avec celui des naissances , des mariages et des décès nous donnera les résultats suivants :

Naissances.

▲■néei.

PopoUlioB total*.

IfatfMDcei de Tanné*.

Rapport! arec la popolat. touU;

1 sar 23,5 individos.

Mariages^

Anoées.

Pttfnbtioa total*.

Kariagci de Taïuiéa.

Bapporlt aiMc la popolat. lault.

1 sur 84,84 individus.

Décès.

Aaséai.

Populatioo total*.

Décèf de Tannie.

Aapport* avec la popnlation total*.

1 sur 35,99 individus.

t » Hfif

(1) BeooistoQ ât Ckâteêuneuf, Naiet, 47.

- ut -

Ce (aUeau «ebèvenôl de preufer, lî eelu éHnit née esselre, combien un pays nouveau, tel que la provinee de $i. Pai^K est plus favorable à la multiplicatioa de notre ei»pàee qm la vieille Europe , où une population pressée se disputa sans cesse pour quelques ares de terre. Dans celle des 4 années où, k S. Paul, le nombre des naissances « été le plus faible, c*est-à*dire 4813, il était encore 4e i suv. S3,5 individus, tandis qu'en France on compte i nalar. sance sur 53,37 habitants (1), et dans la première de cet deux contrées il y a même eu , en 1838 , 1 naissance sur 18,08 seulement. Quant h 1* augmentation successive que nous observons pendant les quatre années sur lesqudlei nous opérons, elle tient probablement à ce que , depuif 1777, les émigrations des Paulistes du seie masculin vert les provinces aurifères ont diminué d'abord et qu'enfin elles ont entièrement cessé; elle tient peut-être encore à ce qu'on a commencé à marier les esclaves , et qu'on les a traités avec plus de douceur.

Nous trouvons entre la France et la province de S. Paul une moindre différence dans le nombre des maria-* ges que dans celui des naissances ; en effet, pour l'année la plus rapprochée de nous, nous avons, à S. Papl, 1 mariage sur 105,53 habitants, et en France on en compte 1 sur 127,8 (S). Mais, si nous comparons entr^ hn\ les chiffres que nous avons pour 1815 et 1838, il nous e^f impossible de ne pas être, frappé de \^ dimifiqtiQp qu| a eu lieu. Elle ne tendrait pas à prouver que les Paulistes, plus libres peut-être qu'en 1815, sont en naêmç tsmps Revenus plus religieux et plus moraux.

(1) Matbica, Annuaire long., 1816, p. US.

(2) Mathieu, AnnuMre long., lSî6, p. US.

Quant au nombre des décès, si nous prenons le terme moyen des 4 années sur lesquelles nous avons déjà opéré, nous trouverons è peu près le même chiffre pour la pro* yince de S. Paul que pour la France : 1 sur 40,98, d'un côté; 1 sur 40, de l'autre. Le chiffre de 1815 serait même, selon Spix et Martius, en faveur de S. Paul^ puisque, cette année-là, il y aurait eu, dans cette province, 1 décès seulement sur 46 individus (1 ) ; mais, par des circonstances que nous ne pouvons apprécier, la comparaison redevient, en 1838, favorable à la France; car, à cette époque, on a compté à S. Paul 1 décès sur 34,57 individus. Ici nous devons tenir quelque compte d'une observation faite par d'Eschwege, relativement à Tévêché de Marianna, et qu'on peut étendre, je crois, à une grande partie du Brésil, c'est qu'un bon nombre de colons enterrent leurs esclaves noirs dans leurs champs ; que, par conséquent, les décès de ces derniers, n'étant point inscrits sur les registres, ne sauraient entrer dans les états de population (2).

Si, à présent, nous comparons, sous les mêmes rapports, la province de S. Paul avec celle de Minas Geraes, les résultats nous prouveront combien, dans l'état actuel des choses, la culture des terres est, au Brésil, plus favorable au développement de la population que l'exploitation des mines, bien que, pour l'une et pour l'autre, on n'emploie, en général, que des esclaves. Tandis qu'en 1777 les naissances étaient, à S. Paul, comme 1 à 23,5^ on ne comptait, dans

(1) Reiie, \, 224.

(2) Jotim. von Brasilietif U, 157. M. d'Eschwege porte à la moitié du nombre réel celui des décès d'esclaves noirs qoi, pour une raison ou pour une autre , n'est pas porté sur les registres ; mais il est facile de sentir qu'une telle évaluation est purement arbitraire.

la comarea d'Ouro Preto> province de Minas, que 4 naissance sur 40,44 habitants . Cette différence est énorme sans doute; mais elle cessera d'étonner, si on se rappelle que la comarea d'Ouro Preto est le pays du Brésil où les minières ont été exploitées avec le plus d'ardeur; que pour l'extraction de l'or on emploie beaucoup plus d'esclaves que pour la culture des terres et l'éducation du bétail auxquelles se livraient les Paulistes; qu'enfin, à l'époque dont il s'agit, il y avait, à Ouro Preto, pour 7,847 blancs et 4,832 blanches, 35,961 noirs, et seulement 15,187 négresses. Il arriva donc à Ouro Preto la même chose qu'à Goyaz (1) : l'or ne venait point comme la canne à sucre ou le maïs ; des blancs, qui ne pouvaient plus espérer de s'enrichir avec la même facilité, se retirèrent ailleurs; une foule de nègres moururent sans postérité, et en 1815, c'est-à-dire dans un espace de 59 ans , la population du pays se trouva avoir diminué de 6,409 individus, ou un peu plus de 7^^. Mais, tandis que les minières de la comarea d'Ouro Preto s'épuisaient, l'agriculture s'étendait dans les autres parties de la province; on plantait des cotonniers, on élevait des bestiaux, on faisait des fromages, on exportait des toiles grossières; à une population factice et passagère avait succédé une population permanente, et déjà, en 1816, en prenant tout l'ensemble de l'évêché de Marianna, où se trouve compris Ouro Preto et qui est formé par les deux tiers environ de la province de Minas Geraes, on pouvait compter 1 naissance sur 37,55 individus (2j. Si , pour une époque bien

(1) Voir mon Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans laprovince de Goyaz, l, 329.

(2) Ayant conçu des doutes sur Teiaetitade des chiffres qa'on trouve

plus rapprochée de nous, 1838, nous o^ons sur les ^iffres admis par les auteurs du Diccionario do Brazil (\), nous D'auroDs plus, pour la province entière de Minas Cre* raes, que 1 naissance sur 44,76 individus, proportion inférieure encore à celle qu'avait donnée la seule comarca d'Ouro Preto en 1776, et par conséquent S. Paul serait tout à fait en progrès sur Minas Geraes. Aucune guerre, aucune révolution n'ont fait disparaître les hommes de cette province , aucune épidémie n'a attaqué les femmes; mais, d'après \e Diccionario do BraziU il n'y aurait plus, à Minas, que 5,313 mariages sur 730,000 individus, c'està-dire i sur ^0,34, tandis qu'à S. Paul on en compte encore, comme je l'ai dit, 1 sur 105,35, et en France 1 sur 127,8 ; il ne faut pas chercher ailleurs la cause de la diminution du nombre des naissances» En dehors du mariage il nait, sans doute, un grand nombre d'enfants; mais, dans leur bas âge , ceux-ci n'ont presque toujours sous les yeux que l'exemple du vice, ils ne connaissent point les liens de la famille et ne savent même pas ce que c'est que la patrie ; les Glles se prostituent, les garçons deviennent des vagabonds {vadios)^ classe extrêmement noinbreuse à Minas Geraes, et qui, tout en comptant dans la population, en est le plus grand fléau (2). Que l'administration de Minas y prenne garde ; à côté de cette province, en est une autre, celle de Goyaz, dont les habitants sont

dans divers auteurs, je n'ai cra devoir opérer que sur deux nombres indiqués par d'Esehvege (7ourn. Bras,, U, 159. — Brasilien di0 Ne^ Well, H» 156), qui a longtemps vécu dans la province de Minas Geraes, qui y a occupé des emplois dminents et était intimement lié avec toutes les autorités du pays.

(1) Voir plus haut.

{%) A différentes époques, le gouvernameot porittgais « reodu d« se-

tombé^ dws le p)va triste état d'ateissenieiit» et e'est le m^ris des Uen» du mariage qui en est yne des causes principales. Qu'on tâche de préserver d*un tel malheur le peuple mipeiroy qui donnait de si belles espérances (1) ; que les emplois publics ne soient confiés qu'à des hommes mariés ; que les cures soient enlevées aux prêtres qui vi* vent dans un état habituel de concubinage; qu'une instruction solide, basée sur les principes do la religion, soit distribuée au peuple ; enfin que des hommes de bien s'u*nibsent, comme on a fait en France, pour arracher au désordre les malheureux qui s'y plongent, pour les faire rentrer dans la société chrétienne et donner une famille à leurs enfants.

La population de la France, comipe celle de toute l'Europe occidentale, est parfaitement homogène : une seule race d'hommes et point d'esclaves. Il n'en est malheureusement pas de même au Brésil. Non-seulement l'esclavage y est admis, mais trois races entièrement distinctes, et les

vères ordonnances contre les vadios ; mais elles ont toajofars été inutiles. On peat consulter ce que j*ai écrit sur eui dans ma deuiième et ma troisième relation , et ce qu'en a dit le général Raimuudo José da Cunha Mattos en plusieurs endroits de son Itinerario, D'Escbwege partage la population de Minas en cinq classes, les mineurs, les cultivateurs, les éleveurs de bétail , les marchands , les vagabonds (vadios), « Ceux-ci, ajoute-t'il, sont peut-être plus nombreux, proportion gardée, dans la province de Minas Geraes que dans toute autre partie du monde...; c'est surtout Thospitalïté des habitants qui encourage ces hommes dans leur amour pour Toisiveté ; ils inquiètent les colons , assassinent pour de Targent, rendent de faux témoignages, volent les chevaux , mettent le trouble partout , et peuvent être considérés comme la lie de Tespèce humaine. » {Journal von Brasilien, I, 10, 11.)

(1) A une époque très-fâcheuse, un publteiste célèbre, feu mon ami M. Silvestre Pinheiro Ferreira, disait que le Bréftil poorrail être sauvé par la pionaioe de Mioay.

nombreux métis qu'elles ont produits s'y partagent la po« pulation. Des esclaves noirs, les uns créoles, les autres africains ; des nègres libres africains ou créoles ; quelqnes Indiens baptisés, un nombre considérable d'Indiens saurages ; des mulâtres libres , des mulâtres esclaves ; des hommes libres, tous légalement considérés comme appartenant à la race caucasique , mais parmi lesquels se trouvent une foule de métis de blancs et d'Indiennes : tels sont les habitants de la province de S. Paul , étrange bigarrure d'où résultent des complications également embarrassantes pour l'administration et dangereuses pour la morale publique. Les deux tableaux qui suivent feront connaître dans quelle proportion se trouvent mêlés les divers éléments que je viens d'énumérer :

Année 1813.

Individus blaDCS du sexe masculin. . . . 53,663]

masculin. . . . 53,663»

féminin 59,302) "^'^^

Mulâtres libres 21.074»

Mulâtresses libres 22,979 44,0o3

> 54,696 Mulâtres esclaves 5,173) j

Mulâtresses esclaves. . . . 5,470) ' '

Nègres libres 1,771) .

Négresses libres 2,180 •*''^*

Nègres esclaves 21,326)

Négresses esclaves 16,276) ' '

Total. . . 209,214

>»i «..Il 8

Blancs et blancbes 112,965|

Mulâtres et mulâtresses 44,053)160,969

Nègres et négresses 3,951)

A reporter. . . . 160,969

ReporL . • . 160,969 Esclaves*

Mulâtres et malâtresses 10,648 j

K^rcs et négresses 37,602) *®»2**

Total 209,214

Année 1858.

IndiTidas blancs du sexe mascnlin 84,892)

» » » » féminin 87,9871^'^^»®^^

Mulâtres libres 28,158) .

Mulâtresses libres 31,296)' ' * 59,454j

Mulâtres esclaves 7,360)

Mulâtresses esclayes 7,362)* ' ' **»''2^J

Nègres libres créoles 2,443) .

Négresses libres créoles. . . . 2,074) ^'^^^)

Nègres libres africains. .... 1,145) ( * ' ' i

Négresses libres africaines . . . 1,149) ^*^^J

) 79 022 Nègres esclaves créoles. . . . 17,110) , / '

Négresses esclaves créoles. . 17,100)^ »'""l

Nègres esclaves africains. . . 23,826) r ' * ^^'^^*i

Négresses esclayes africaines. 14,175) *'»""*'

Indiens catéchisés 380)

Indiennes catéchisées 445) ®^^

Total. . . 326,902

Libres.

Blancs» et blanches « . . . . 172,8791

Mulâtres et mulâtresses ^^'^^*(mq qao

Nègres et négresses. . . • 6,811/ *

Indiens et Indiennes 825]

Esclaves,

Mulâtres et mulâtresses 14,722j

Nègres et négresses 72,211 { ^'^^^

Total. . . 326,902

- tu -

L'eîatnen de ceis deux tableaux nous fournit les résultats suivants : ^

l"" Dans res|W)ce de 26 ans le nombre relatif des esclaves, au lieu de diminuer, a augmenté d'une manière sensible; car» en 1813, il n'était, à celui des blancs, que comme 1 à ~ë> tandis qu'à présent (1838) il est comme 1 à ~ô, et les seuls créoles sont aujourd'hui presque aussi nombreux que l' étaient , en 1813, les créoles et les Africains réunis (34,210 nègres créoles esclaves en 1838 , 37,602 nègres créoles et africains esclaves en 1815). De là nous ne conclurons pas que les hommes libres sont devenus plus oisifs, il est vraisemblable, au contraire , qu'ils travaillent davantage; mais nous conclurons que Taisance a augmenté, car, dans un pays où les terres n'ont encore qu'une très-faible valeur et où l'esclavage est admis, le nombre des esclaves est le signe le moins incertain de la richesse. Il est évident encore que l'accroissement du nombre des hommes privés de la liberté tient à ce qu'on les marie bien plus qu'autrefois ; en 1838 il s'est fait, parmi eux , 760 mariages , et à des époques plus reculées il n'y avait guère entre ces infortunés que des rapports passagers et illicites. Nous devons croire aussi que les négresses sont ménagées davantage pendant leur grossesse, et qu'en général on traite les esclaves avec plus de douceur. En effet, toujours en 1838, le nombre des naissances, chez ces derniers, a été comme 1 à 0,0471 (2,394 sur 86,953), et parmi les hommes libres il a été seulement comme 1 à 0,0546 (6,862 sur 239,969), ce qui ne fait pas une différence extrêmement sensible (1). Pour les dé-

(l)P«rmi les cMiseï que d*£schwege assignait, en 1820 {Broi., U,

eès, la différence est beaucoup moindre encore, puisqn'ilé ont été, chez les hommes libres, comme 1 à 34,54 (6,947 sur 239,960), et comme 4 à 34,64 chez les esclaves (3,509 sur 86,953] (1); nous pourrions, à la vérité, retrancher qudque chose de ce dernier chiffre , en tenant compte de Tomission de quelques inscriptions sur les registres; maïs, don autrecôté, nous hedevons pas oublier que Tair froid des montagnes de S. Paul et la fraîcheur que Ton ressent pendant les nuits dans plusieurs parties de cette province sont moins favorables à la santé des nègres que Textrème chaleur du Brésil tropical (2).

2° Si Ton ne faisait attention qu'au rapport extrêmement faible du nombre des nègres créoles et libres avec le reste de la population, et que, d'un autre cAié, on se rappelât que la province de S. Paul est une des plus anciennes du Brésil, on pourrait croire que les affranchissements y ont été extrêmement rares ; mais cette manière

158), an peu de fécoQdité des négresses de Minas, et dont quelques-unes ressemblent un peu à des épigrammes, il compte les mauvais traitelùents qu'on leur faisait souvent subir pendant leur grossesse et la barbare coutume qu'avaient ces femmes de se faire avorter pour ne pas augmenter leurs misères par les soins qu'exige un nourrisson ; il est bien clair, d*après tout ce que nous venons de dire, que, si ces indignités se répètent encore aujourd'hui dans la province de Saint-Paul, elles ne sauraient y être extrêmement fréquentes.

(1) Les divers calculs que présente cet alinéa sont basés' sur le tableau 6 de VEnsaio <rum quadro eêtalislico de Pedro Miiller et Tappendice du même tableau ; mais je dois faire observer que, d'après cet appendice, le nombre des décès s'élèverait, pour 1838, à 9,456, tandis que, suivant le tableau lui-même» il ne monterait qu'à 9,2 j6» J'ai préféré le premier de ces chiffres , parce qu'il est plus difficile d'y soupçonner de l'exagératiOB , et que P. Miiller lui-même lui a donné la préférence.

(2) Spix et Mart., ReUe, l, 224.

de juger manquerait d'exactitude. Les nègres qu'on affranchit sont, en général , ceux dont on veut récompenser les longs services, et trop souvent des vieillards qui n'en rendent plus aucun (i); de très-jeunes affranchis sont une sorte d'exception. Les premiers ne peuvent songer à se marier; les seconds rencontrent difficilement des personnes de leur caste auxquelles ils puissent s'unir : d'ailleurs, n'ayant point été préparés à la liberté par l'instruction , ils préfèrent à une vie réglée et casanière la vie errante des camaradas (2), le libertinage ou même le crime.

S"* De 1813 à 1838 l'augmentation du nombre des mulâtres esclaves a été comme 1 à ~^, et celle des hommes libres comme 1 à —^ seulement. Nous admettonsque, dans cet intervalle de temps, les blancs ont traité leurs esclaves avec douceur, mais nous ne pouvons pas supposer qu'ils les aient ménagés plus qu'eux-mêmes : il faut donc nécessairement reconnaître que le nombre des mulâtres esclaves ne s'est pas seulement accru par des unions entre des individus métis des deux sexes, mais par un renfort d'enfants issus de négresses et de blancs ; ainsi il existe encore des hommes libres de notre race qui ont assez peu d'âme pour laisser leurs fils dans l'esclavage.

4"" Lorsque les Portugais découvrirent le territoire de S. Paul, il était habité par de nombreuses tribus indiennes,

(1) G*est ce qui arrive à Minas, et il n'est guère vraisemblable qu*ii en soit autrement à S. Paul. Voyez ce que j'ai écrit à ce sujet dans mon Voyage au district des Diamants, etc., I, 260.

(2) Les camaradas sont des serviteurs libres qu'on emploie principalement dans les caravanes, Voyage aux sources du Rio de S. Frati' Cisco, etc.

et bientôt les nouveaux colons amenèrent chez eux , des différentes parties du Brésil, des renforts d'Indiens réduits en esclavage ; il est impossible de ne pas avoir le cœur serré lorsqu'on pense que, de toute cette population, il ne restait plus, en 18S8, que 825 individus, qui, pour la plupart, n'existeraient même pas aujourd'hui, si leurs pères n'avaient été placés par les jésuites sous la double égide du Christ et de la liberté. La terre de Minas a été le tombeau d'innombrables Africains ; mais ils étaient déjà esclaves chez eux, et, si les Mineiros violaient les lois de l'humanité en perpétuant l'esclavage de ces infortunés , du moins ils ne contrevenaient point à celles de leur pays. Lorsque les anciens Paulistes anéantissaient les Indiens avec tant de barbarie, ils enfreignaient les sages ordonnances de leurs souverains, faisaient acte de rébellion, et c'était leur propre pays qu'ils dépeuplaient.

o"" En 1824, le nombre des blancs était, à Goyaz, 5 fois moindre que celui des hommes de couleur, noirs ou mulâtres, libres ou esclaves (1) ; en 1808, il était, à Minas Geraes, moindre que le tiers des individus des mêmes castes; en 1816, il surpassait à peine le tiers de ces individus dans révêché de Marianna, la province de Minas le plus essentiellement aurifère (2). A S. Paul, au contraire (1858), le nombre des hommes appelés blancs est plus élevé de près de 1/5 que celui des mulâtres et des noirs réunis. Il est incontestable que, excepté Missôes, Rio Grande do Sul et Rio Negro (3), S. Paul est, de tout le Brésil, la province

(1) Voyez mon Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de Goyaz, I, 328.

(2) Eschw., Jour, von Bras., I, tab. 5. — Bras» neue Welt, II, 155 .

(3) Spii et Martius, Reise, 1.

OÙ Ton a introduit le moins de nègres ; cependant on se tromperait, si Ton considérait comme réellement blancs tous les individus indiqués comme tels dans les états de population. Les indigènes ont été anéantis ; mais de Talliance de leurs filles avec les premiers colons sont nés des métis, que l'on confond avec les hommes de race vraiment caucasique. Le sang indien ne peut plus se renouveler, et de nouveaux croisements tendent à en faire disparaître les traces de plus en plus ; cependant il est encore une foule dç métis qu'un œil un peu exercé distingue sans aucune peine et qui sont même repoussés, en certains cantons, par les blancs véritables.

Nous possédons malheureusement bien peu de docu** ments sur le rapport numérique des naissances de F un et Tautre sexe ; nous savons seulement qu'en 1838 il y a eu, dans la population libre, 6,700 naissances de garçons et 6,545 de filles, et que parmi les esclaves il est né 2,230 garçons et i,800 enfants du sexe féminin, c'est-à-dire que, dans la première catégorie, le nombre des naissances d'individus du sexe féminin a été à celui des naissances de garçons comme 1 à 1 ,053, et, dans la seconde, comme 1 à 1,238, diflférence extraordinaire dont il me semble impossible de donner une explication raisonnable (1). Pour comparer ensuite la différence du nombre des individus des deux sexes au moment de la naissance avec le chiffre qui exprime la même différence dans l'ensemble de la population, nous sommes obligé de nous borner à la classe des blancs, parce qu'elle seule n'est point exposée à des

(1) Le calcul par lequel nous avoos obtenu ces chiffres est basé sur le tab. 6 de VEnsaio estalistico de Pedro Millier.

— ISl —

perturbations continuelles. Nous trouvons, pour l'année 4813, que, dans cette classe, le nombre des femmes est h celui des hommes comme 905 est à 1, et qu'il est, pour 4838, comme 964 à l'unité ; ainsi, rapprochant ces chiffres de ceux qui ont été notés plus haut, nous avons la confirmation d'une observation faite pour l'Europe, savoir, qu'il naît plus de filles que de garçons (1) , mais qu'au bout d'un certain temps il existe plus de femmes que d'hommes, par la raison bien simple que la nature de leurs travaux expose ces derniers à des chances plus nombreuses de mortalité. Mais les états statistiques de la province de S. Paul pour 1858 nous prouvent que , dans la partie de la population libre comprise entre 50 et 70 ans, le nombre des hommes redevient plu$ considérable, ce qui s'expliquerait par des considérations médicales faciles à saisir.

S V. — Administration générale, division de la province.

Il n'y avait autrefois aucune homogénéité entre les différentes provinces du Brésil : elles communiquaient trèsdifficilement les unes avec les autres, et le seul lien qui les unissait était un égal respect pour le même souverain, celui du Portugal. Cependant toutes, à quelques difierences près, avaient une administration semblable.

La province de S. Paul, qui, comme celle de Minas Geraes, Goyaz, Rio Grande, etc., portait le nom de capitainerie (2), était, comme ces dernières, gouvernée par un

' (1) Milne«Edwards, Zoologie, I, 34.

(2) Le nom de province {profHncia) était réservé pour des portions

capitaine général [capitào gênerai) ^ dont l'autorité ne connaissait, pour ainsi dire, pas de bornes.

Pendant un certain temps, elle n'avait été divisée qu'en deux comarcas; depuis 1811, elle le fut en trois, celles de 5. Pauly d*Hytû, de Curitiba e Paranagm, ainsi appelées du nom des villes qui en étaient les chefs-lieux. La première, avec sa capitale qui avait le titre de cité (cidadé), comprenait 22 villes [villas) ^ savoir.

Du nord au sud, sur le bord de la mer,

Ubatubâ, S. Sebastiào, Villa da Princeza^ Santos, S. Vicente, Stahen; Et dans Tintérieur AreaSy Cunhay Parahytinga , Loretta y Guaraiingueiâ, Pindamonhangâba , Taubatéy S. José, Sacarehtjy Mogi das CruzeSy Bragançay Atibaya,

du territoire brésilien moins grandes que les capitaineries, par exemple la province de Sainte-Catherine, celle des Missions, etc.

Mogimirim, Jundiahy, Paranahyba.

Dans la comarca d'Hytû, on comptait 7 villes, y compris le chef-lieu :

S. Carlos y Porto FeliZy Sorocâba, Itapitininga, Itapévay Apiahy.

Enfin la comarca de Curitiba e Paranagua comprenait, sur le plateau y

Curitibaj Castro, Lapa,

Loges, aujourd'hui réuni & la province de Sainte- Catherine, Et sur le littoral Igmpe, Cananea, ' Antonina, Paranagua,

GiMratûba; en tout 9 villes.

Chaque comarca était divisée en termos, et ceux-ci se composaient d'une ou plusieurs paroisses.

Le pr i ncipal magistrat des comarcas était V ouvidor, qui , par une étrange confusion, remplissait tout à la fois des fonctions judiciaires et des fonctions administratives. Un sénat municipal [camara) dirigeait les affaires des villes. A Guaratinguetâ, à Taubaté, à Santos, S. Sebastiâo, Pa-

— ia4 —

ranagu résidait iinjuizde fora^ qui, luwimé par le souverain, jugeait en première instance et dont les décisions pouvaient être infirmées par Youvidor de la cormrca; dans les autres villes moins importantes, hjuiz de fora était remplacé par des juizes ordinarios élus par leurs concitoyens (1).

Depuis la révolution qui a changé la face du Brésil, l'administration de la province de S. Paul a éprouvé successivement des modifications plus ou moins importantes. Conformément à la constitution de l'empire modifiée par la loi de l'assemblée générale de 1854, le pouvoir exécutif est aujourd'hui, à S, Paul, comme dans les autres provinces, entre les mains d'un président nommé par le gouvernement central. Le 7 de janvier de chaque année, le président convoque l'assemblée législative de la province, qui se compose de trente-sii députés choisis par le peuple ; il lui fait un rapport sur les différentes branches de l'administration : l'assemblée règle le budget et rend les décrets qui lui semblent nécessaires au bien du pays.

Il est clair que l'accroissement considérable qu'a éprouvé la population depuis trente ans a dû nécessiter des changements dans les divisions du territoire brésilien. En 1838 la province de S. Paul se composait de six comarcas; l'année suivante, on divisa la troisième d'entre elles, et par ce moyen on fit une septième comarca du territoire de Franca, ville où une révolte récente avait rendu nécessaire la présence d'un magistrat assez fort pour réprimer les tentatives criminelles.

(1) Dans mon Voyage à Minas Geraes, on trouvera des détails trèsétendus sur Torganisation administrative des anciennes capitaineries.

Ed i820 OQ comptait, comme on Ta vu , 58 villes dans la province de S. Paul; en 4838, ce nombre s'était accru de 8; en 1845, on l'avait porté à 54, et depuis il a encore été augmenté; comme on le verra dans la suite de cet ouvrage.

Voici, d'après ui^ document officiel (1), quelles étaient, en 1845, les comarcas de la province de S. Paul, et comment les villes étaient réparties entre elles.

^Bananal, Aréas, Queluz^ Lorena , SUveiraSy Guaratinguetô, Cunha, Pindamonhang&ba, S. Luiz, anciennement appelé Parahytinga , Taubaté , Sacarehy, S. José, Parahybuna, Mogidas Cruzes, Santa Isabel.

[S. Paul, la capitale de la province, S. AmarOy Paranahyba, Atlbaya,Bragança.

IJundiahy, Campinas, autrement dit S.

{ Carlos , Constituçao , autrement Pi-

racicaba, Âraraquâra, Limeira.

Hytù, Porto Feliz, Pirapôra, Capivarhy, S. Roque, Sorocâba, Itapitininga, Itapéva, Apiahy.

[Castro, Curitiba, Villa do Principe , autrefois Lapa, Paranaguà, Guaratûba, Antonina, Morretes,

1" comarca,

vulgairement de

Taubaté.

2% de S. Paul.

3% dite de Campinas da de Jundiahy. *

4% d'Hytù.

5% de Curitiba.

(1) Ce document est le tableau 4 du rapport du président de la province pour Tannée 1845 {Relatorio a presentado, etc.). J'y ai ajouté les noms anciens de quelques villes, et j'indique en lettres italiques celles qui ont été créées depuis 1811. Les comarcai sont simplement indiquées

6% vulgairement l'^u^P®» Xiririca, Cananea , Itahen ,

de Sanlos. \ Santos, S.Vicente, S.Sebastîâo, Villa

I Bella da Princeza, Ubatubâ.

JMogiinirim, Casa Branca, Franca, 7,del^ranca. j gatataes.

Un voyageur sérieux , M. d'Eschwege, s'est fortement élevé contre Térection trop fréquente des villages (i) en villes; MM. Spix, Martius et moi avons trouvé la manière dont il^ s'exprime sur ce sujet empreinte de beaucoup d'exagération 9 et nous avons montré que notre opinion n'est pas parfaitement conforme à la sienne (2).

A la vérité, certaines villes de la province de S. Paul, telles qu'elles étaient à l'époque de mon voyage, n'auraient, ailleurs, porté d'autre nom que celui de hameau, et Je ne prétendrai certainement pas que la création d'aucune ville n'ait eu pour cause ou une vanité malentendue, ou des intérêts particuliers ; mais il faut aussi reconnaître que l'éloignement où sont les uns des autres les centres de population a souvent obligé les autorités supérieures d'ériger de chétifs villages en villes, parce que ce titre implique la présence de magistrats assez forts pour maintenir le bon ordre.

fjuelque accroissement qu'éprouve la population dans la plus grande partie de l'Europe, le nombre des villes et des villages n'augmente pas ou augmente d'une manière peu sensible ; à S. Paul, au contraire, ce nombre s'est ac-

par des numéros dans les documents officiels ; j'emprunte leurs noms vulgaires à MM. Miliiet et Lopes de Moura.

(1) Eschw., Bras, die neue Welty II, -49.

(2) Spix et Martius, ReUCy I, 194. -^Ang. de S. Hil., Voyage aux sources du Rio de S, Francisco, etc., ï, 39.

cru, depuis 1820, dans une proportion qui n'est pas de beaucoup inférieure à celle que nous offre Taccroissement de la population elle-même. Il est à peine nécessaire d'in* diquer la cause de cette différence. En Europe, il n'est pas de terrain qui n'ait son propriétaire; la population, lorsqu'elle devient plus considérable, ne peut donc pas se répandre, elle se presse davantage; à S. Paul, au contraire, et dans les autres pays où d'immenses espaces sont encore vacants, l'excédant de la population s'étend sur des terrains qui étaient restés déserts, et bientôt se forment de nouvelles agglomérations d'habitants.

§ Vf. — Justice crimiaeUe.

Dans tous les pays, lorsqu'un certain temps s'est écoulé entre le crime et le châtiment, l'horreur que le premier avait produite s'efface, et le public, ne voyant plus dans le coupable qu'un homme qui souffre, finit par lui accorder de l'intérêt et de la pitié. A l'époque de mon voyage, la compassion pour les coupables était poussée au dernier degré chez les Brésiliens, dont les impressions sont peutêtre plus vives et plus passagères que les nôtres, et dont les mœurs, du moins dans l'état habituel, sont généralement plus molles. Les exécutions, fort rares à Rio de Janeiro, y produisaient toujours des espèces de soulèvements ; et il n'est personne, dans les rangs inférieurs de la société, qui n'eût aidé de grand cœur le criminel à s'échapper des mains de la justice. On sent que, dans une contrée où régnent des dispositions semblables, l'institution du jury doit amener des acquittements encore bien plus fréquents que chez nous. En 1859, des atrocités furent commises, à

la suite d'uoe 2$éditiûD, sur le territoire de Franca, ville de la province de S. Paul; les coupables parurent devant un jury ; on avait la preuve la plus évidente de leurs crimes, et cependant ils furent acquittés à l'unanimité; aussi le président de la province pour 1840 disait-il avec amertume que la sédition ne pouvait manq.uer de s'enraciner dans un pays où elle obtenait un semblable triomphe (1). La crainte des vengeances , si faciles dans l'intérieur où la police est presque sans force, contribue à rendre les jurés indulgents ; ils j sont portés aussi par l'habitude bien ancienne de céder a toutes les sollicitations (empenkos)^ et enfin jusqu'en 1847 la loi brésilienne elle-même a favorisé les jurés dans leur excessive mollesse (S).

On a cru pouvoir établir que les crimes contre les personnes sont les plus communs dans les pays où il y a le plus d'ignorance, et que ce sont ceux contre les propriétés qui prédominent là où l'instruction est le plus répandue. Ce qui arrive au Brésil, où malheureusement l'ignorance est encore fort grande, tendrait à confirmer cette espèce de loi« Le ministre de la justice disait, en elTet, à l'assemblée législative de 1846, que « les crimes contre les per* sonnes, tels que les homicides et les coups, sont les plus communs; y> et il paraîtrait qu'à S. Paul, en particulier, les individus accusés pour vol sont, ou du moins étaient, il y a dix ans, aux accusés pour meurtre presque comme 1 est à 2 (3).

(i)Discur9o recitado pelo président Manoel Maehado Nunes no dia 7 de Janeiro de 1S40, p. 3.

(2) Relalorio do ministro dajustiça do anno 1847, ^nnuario, secundo annOf 92.

(3) Cest ce qai résulte de la table 7 de VEnsaio estatistieo. On peut

A l'époque de mon voyage, il ne se coInmettai^pas un grand nombre de crimes à Minas et à Goyaz ; on n'y connaissait pas les vols à main armée, et , surtout loin des chefs- lieux, les propriétaires avaient rarement à se plaindre de toute autre espèce de vols. Les meurtres étaient, au contraire, assez fréquents dans la partie de la province de S. Paul qui forme le nord de la septième comarca actuelle, et cela ne doit point étonner, parce que ce pays, éloigné des grands centres de population, servait d'asile aux criminels échappés de Minas. Je crois aussi que le voisinage de la capitale du Brésil rendait lés vols plus communs dans les cantons de la province de S. Paul, limitrophe de celle de Rio de Japeiro, qu'ils ne l'étaient ailleurs..

11 parsrit qu'aujourd'hui les crimes sont plus multipliés non-seulement à S. Paul, mais encore dans tout le Brésil, qu'ils ne l'étaient de 1816 à 1822. Le ministre de la justice en indique la cause dans son rapport à l'assemblée législative générale de 1846. a Pour s'expliquer, dit-il, « tant d'actes de férocité contraires au caractère essence tieilement doux du peuple brésilien, il suffit de réflé- « chir un moment aux révolutions dont notre pays a été « le théâtre , aux désordres qui s'y sont succédé , aux « dissensions, aux haines, aux vengeances qui ont dût « être nécessairement le résultat de cet état d'agitation, « à la perte des anciennes habitudes de discipline et d'o* « béissance, au grand nombre d'étrangers qui, fuyant « leur pays , ont abordé chez nous , à l'abandon dans « lequel on laisse l'éducation religieuse, la démoral isa-

-admettre, sons doate , qu*eUe n'est pas en toat point d'une exactitude rigoureuse, oiais il est clair qu'on ne doit pas la rejeter dans son eu* semble.

«c iio]> des esclaves, leur nombre beaucoup trop considé-

« rable, la facilité enGn avec laquelle les criminels peu-

« vent se dérober à l'action de la justice en se réfugiant

« dans les déserts (1). »

S VII. — Finances.

Plusieurs des impôts qui , sous l'ancienne administration, se payaient à Goyaz (2) étaient également exigés des Paulistes ; mais il y avait certains droits que la différence des localités et celle des productions ne permettaient pas de percevoir également dans les deux provinces. Ainsi déjà longtemps avant 1820 on n'exploitait plus de minières à S. Paul; par conséquent, on ne devait plus y connaître rimpôt du quint. D'un autre côté, les Paulistes allaient chercher à Rio Grande do Sul les mulets qui se vendaient dans plusieurs des provinces du nord ; ces animaux passaient nécessairement par celle de S. Pa^ul , et l'on y payait, pour chacun d'eux, des droits qui ne pouvaient être exigés desGoyanais (5).

(1) J'aurais désiré comparer la statistique crimioeUe de la France avec celle de la province de S. Paul ; mais les présidents de cette province ne cessent de se plaindre de ce que l'organisation judiciaire de leur pays ne leur permet pas d'établir cette statistique , et les détails qui se trouvent dans ceux de leurs rapports que j'ai sous les yeux ne sont pas assez complets pour que je puisse en tirer quelque parti.

(2) Voyage aux sources du Rio de S. FranciscOy I, 338.

(3) On trouvera, dans le premier volume de mon Voyage à Minas , de longs détails sur l'impôt du quint, et la relation que je pubUe aujourd'hui n'en contient pas de moins étendus sur les droits que l'on paye dans la province de S. Paul sur les chevaux, les mulets et le bétail

En 1843 (i), et probablement jusqu'à la révolution qui a changé la face du Brésil, la province de S. Paul avait pour revenu le produit des droits et impôts dont nous allons donner le détail.

Donatios de officias : les titulaires de certains offices ne touchaient point d'honoraires proprement dits ; le gouvernement, au contraire, recevait d'eux un tiers des rétributions qui leur étaient payées pour leurs peines par les parties intéressées ; c'est là ce qu'on appelait donativos de officios (2) .

Novos direitos (nouveaux droits).

Novos impostos (nouveaux impôts] : ils avaient été créés en 1755 pour dix années, et le revenu qui pouvait en résulter devait être uniquement appliqué à la reconstruction de la douane de Lisbonne ; près d'un siècle s'est écoulé, et cette charge subsiste encore aujourd'hui (5).

Droits de la chancellerie.

Péage des rivières (4).

Tenant du sud (voir le chapitre intitulé, La ville de Sorocâba, etc.^ et celui qui a pour titre, La ville de Castro. — Fin du voyage dans les Campos Geraes).

(1) Voir un tableau officiel de Tan 1813, que le comte da Barca, ministre d*État, avait remis à d'Eschwege, et que celui-ci a publié en y joignant quelques notes explicatives (Journ. von Bra^., II).

(2) Avant Tarrîvée du roi de Portugal au Brésil , les offices dont il s'agit étaient affermés et rapportaient au fisc des sommes considérables. Jean VI, cédant aux sollicitations des gens insatiables qui l'entouraient, leur avait donné la plupart de ces offices, et par là il avait tout à la fois mécontenté les Brésiliens et diminué ses revenus (voir mon Voyage dans la province de Minas).

(3) Voir, sur les novos direitos et novos impostos, la note de la page 143.

(4) On trouvera, dans un des chapitres de ce volume, des détails sur cet impôt et ses immenses inconvénients.

Direiios do contrato^ direitos da casa doada; droits sur les mulets, les cbevaus: et le bétail qui entraient dans la province de S. Paul venant de celle de Rio Grande (1).

La dime des produits de la terre » qui se payait dans tout le Brésil, et qui, comme je Tai dit plusieurs fois, n'était plus perçue pour le compte du clergé, mais pour cdui du fisc.

Cruzados de saly droit sur le sel importé s'élevailt à 1 cruzade ou 400 reis (2 fr. 50 c.) par alqtmre (40 litres).

Subsidios literarioSy impôt considérable qui avait été mis sur le sucre et le café pour subvenir aux frais de Téducation de la jeunesise, et auquel on donnait, dit d'Esch wege, une tout autre destination.

Droits sur les marchandises qui entraient à Minas.

Droits de la douane du port de Santos.

La dime des biens-fonds et bois de construction.

Siza e meia siza : Taccise, dit d'Eschwege, se payait sur les nègres venant d'Afrique ; la demi-accise, sur les nègres créoles.

Droits du sceau.

Carnes verdes, taxe de 5 reis (S c.) sur la livre de viande firaicbe.

Ceux de ces impôts qui rapportaient le plus étaient la dime, rimpôt sur le sel, les subsides littéraires, enfin les droits d'entrée sur les mulets, les chevaux et le bétail, qui, à eux seuls, produisaient un revenu à peu près égal au quart de celui que rapportaient les autres impôts. Après la révolution de 1822, la nature des impôts est restée à peu près telle qu'elle était auparavant. Voici ce qu'ils étaient

(1) Voir la note de la page 140.

en 1838 (1) et ce qu'ils sont probablement encore aujourd'hui, du moins à peu de différence près (2).

Novos e velhos direiios (nouveaux et anciens droits) sur les provisions» les diplômes et les actes.

No^os impostos comprenant un droit de 6,400 reis, au change de 520 (20 fr.) sur les magasins et les tavefnes du chef-lieu et des autres villes du plateau ; un droit sur le bétail, les chevaux et les mulets qui passent par la douane de Sorocâba, et enfin quelques autres droits de moindre importance (3).

Subsidios literarioSy subsides littéraires se percevant sur les bestiaux abattus destinés à être vendus en entier ou par parties.

Carne verde^ droit qui, au lieu d*être payé, comme autrefois, sur chaque livre de viande, Test à raison de 1 ,600 reis (5 fr.) par tête de bétail abattu.

La dîme des produits de la terre [dizimos) , se percevant aujourd'hui avec des modifications qui n'étaient pas admises autrefois.

La dîme des propriétés urbaines [dedmados predios urbanos)^ exigée dans les villes qui ont cent maisons et plus.

(1) D. P. MiiUer, Ensaio eslatistico, tab. 9.

(2) Voir les rapports des présideq^ de la proyince de 1840-43-44-45-

(3) Dans ses notes snr le budget officiel de 1813, qne j*ai extraites plus baut , d'Ëschwege dit que les novos direiios et novos impostos étaient des droits sur les marchaoclises ; mais il est à croire quMl se trompe, du moins en partie, car on n'aurait certainement pas voulu conserver les anciens noms de ces impôts, si la nature en avait complètement changé, et Miiller dit positivement que les novos impostos sont la continuation de la taxe créée sous ce nom après le tremblement de terre de Lisbo une.

Droits de 10 pour 100 sur les biens des personnes décédées qui ne laissent pas d'héritiers descendants ou ascendants [décima dos legados e heranças) .

Droits sur les chevaux et les mulets qui entrent dans la province [direitos do Rio Negro remplaçant ceux dits autrefois do contrato et da casa doada).

Droits de 20 pour 100 sur les eaux-de-vie, quelle que soit leur origine.

Droit de 5 pour 100 (meta siza) sur la vente des esclaves déjà dressés. — N. B. Il est clair que Ton a dû supprimer celui qui existait autrefois sur les esclaves africains, puisqu'ils ne peuvent plus entrer qu'en contrebande.

Droits pour expéditions touchés par la secrétairerîe de la province.

Droits pour les papiers délivrés aux bâtiments fui sortent des ports.

Contribuçào para Garapuâva^ impôt mis sur le bétail^ les chevaux et les mulets , afin de subvenir aux dépenses nécessitées par l'établissement de Garapuàva (1). — N. B. Pour cet impôt, les animaux élevés entre la ville méridionale de Guritiba et celle de Sorocâba payent beaucoup moins que ceux venant du Sud ; mais il est à remarquer que sur ces derniers on prélève trois impôts différents, sans parler des droits de péage.

Péage des rivières.

Droit sur les maisons où se font les encans. — N. B. Le président de la province en l'année 1844 fait observer que cet impôt est tout à fait insignifiant, parce qu'il

(1) On trouvera, dans eevolame, des détails très-étendas sar la colonie de GarapuAva.

n'existe pas de maisons spécialement consacrées aux encans, et il propose de le remplacer par un droit de 2 pour 100 sur les objets vendus à l'enchère.

Droits de douane [alfandegas) sur les marchandises importées et exportées, auxquels on a ajouté une foule de petits droits de détail.

Droits de chancellerie.

Droits de sceau.

La taxe des lettres.

Puisque le Brésil est un État fédératif, il est bien clair que chaque province, celle de S. Paul comme les autres, doit avoir un budget spécial qui ne regarde absolument qu'elle, et qu'en outre toutes doivent, suivant leur position géographique et Tétat de leurs finances, contribuer aux dépenses générales de l'empire ; de là deux sortes de revenus , les provinciaux (provincines) et les généraux {geraes).

Ces derniers, pour la province de S. Paul, se composent uniquement des produits de quatre des impôts dont j'ai donné la note tout à l'heure, savoir les droits de douane, ceux de la chancellerie, ceux du sceau, le produit de la poste aux lettres. Tous les autres sont provinciaux; ils se perçoivent pour le compte de la province, et leur produit ne sort de ses coffres que pour être employé à ses besoins.

Le budget provincial de l'année 1813 présenta les résultats suivants :

Reveau 182,754,054 reis, au change de 160. 1,142,212 fr.

Dépense 178,130,369 » » » 160. 1,113,314

Excédantdesrecettes. 4,623,685 » » » 160. 28,898

De ces résultats nous allons rapprocher ceux de l'année financièredel838àl839 :

Revenu 248,215,284 reis, au change de 320. 775,672 fr.

Dépense 211,812,868 » »

Excédant des recettes. 36,402,416 )>»)»)»

Si nous comparions la quantité de reis reçue en 1813 et celle de reis dépensée dans la même année avec la recette et la dépense de 1 838 à 1 839, également en reis , nous établirions que ces dernières ont été plus considérables que la recette et la dépense de 1813; mais une telle comparaison serait tout à fait erronée, puisque, dans Tintervalle des deux époques, les valeurs représentatives ont éprouvé au Brésil une très-grande dépréciation. Nous réduisons donc en francs les sommes indiquées pour 1813 et 1838, en opérant sur les changes cotés pour ces deux années (1), et nous trouvons qu'en 1838 la province de S. Paul a, en réalité, moins reçu et moins dépensé qu'en 1813, quoique, dans cet espace de temps, la population ait augmenté environ d'un tiers. La différence tient, je crois, à ce qu'en 1813 on fut obligé de faire des dépenses considérables à cause de la guerre du Sud, et , d'un autre côté , à ce que les finances sont aujourd'hui mieux administrées que sous le gouvernement absolu.

Ce n'est pas seulement en 1839 que les recettes ont offert un excédant sur les dépenses ; ceux des budgets de ces dernières années que nous avons sous les yeux nous offrent des résultats semblables. Voici comment s'exprime, à ce sujet, le président de la province, Manoel Felisabdo DE SouzA E Mello : <( Tandis que plusieurs des provinces « de l'empire se voient privées de ressources, qu'elles

(1) Horace Say, Tableau synoptique dans V Histoire des relations commerciales.

« luttent contre mille difficultés pour subvenir aux dé- « penses les plus urgentes, et qu'elles sont forcées de solli- « citer des secours de la caisse générale de Tempire, celle (( de S. Paul a des revenus suffisants, non-seulement « pour satisfaire à ses besoins très-multipliés , mais ^n- « core pour pouvoir mettre en réserve des sommes im- « portantes. Nous devons attribuer F état prospère de nos « finances à la sagesse, à Tactivité de notre administra- « tion provinciale, au zèle des receveurs, surtout à la do- « cilité du peuple pauliste, qui, plein de respect pour la « loi et pour ses magistrats, paye presque toujours les (c impôts sans aucune difficulté, et chez lequel les exem- « pies de fraude sont extrêmement rares. » Parmi les causes auxquelles le président Manoel Felisardo attribue la prospérité des finances de la province de S. Paul, il aurait dû, je crois, mettre en première ligne l'extension du commerce et les progrès de l'agriculture.

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