‹ Tableau géographique de la distribution ethnographique des nations & des langues au MexiqueChapitre 2 sur 9 · DI^S NATIONS BT DES LANGUES · texte numérisé non relu

DI^S NATIONS BT DES LANGUES

ï KTHNOORAPHIE MEXICAINE.

tante question de la classification des races et des langues dans l'ancien Mexique (1).

On est d'accord pour faire venir du Nord les premières populations qui s'établirent au Mexique. Exposées, dans leur patrie primitive, à un climat ingrat, devenues trop nombreuses, ne pouvant vivre sur le sol qui les avait vu naître, ou bien encore chassées par d'autres tribus hostiles, ces populations vinrent chercher, au Sud, des cantonnements plus favorables. Les nations agricoles ou jouissant déjà d'une certaine civilisation, s'établirent dans les plaines, tandis que les tribus adonnées à la chasse ou encore barbares s'emparaient d'espaces plus grands, couverts de bois et de montagnes, et répondant mieux à leurs besoins. Quelques-unes de ces dernières arrivèrent même au Mexique sans espoir de séjour, errant d'un lieu dans un autre, vivant aux dépens des tribus plus civilisées ou plus timides qu'elles.

La plus importante de ces migrations est celle des Sept nations ou tribus qui, selon la tradition sortirent du lieu dit Chicomozloc ou des Sept grottes. Ces Sept nations sont connues sous le nom général à! Aztèques^ du lieu d'Aztlan leur principal centre ; la plus notable d'entr' elles était celle des Nabuas ou Mexicains qui ont donné leur nom au Mexique.

Ces nations, ces tribus se mêlèrent à celles qui occupaient déjà le sol ; ou bien encore, vécurent au milieu d'elles en s'isolant, ce qui par la suite donna lieu à un tel fractionne-

(1) Geografia de las lenguas y Carta Etnogrâfica de Mexico, precedidas de un ensayo de Clasificacion de las mismas lenguas y de Apuntes para las immigraciones de las tribus, por el Lie. Manuel Orozco y Berra. 1 vol. in-4« de XIV — 392 pages, avec une carte, Mexico, 1864.

Cuadro descriptive y Comparative de las lenguas indigenas de Mexico, por D. Francisco Pimentel, cende de Herras. Obra premiada por laSociedad Mexicana de Geografia. 2 vol. in-8«». — 1862-

ETHNOGRAPHIE MEXIGÂIIOB. 8

ment de populations, qu*Orozco y Berra ne compte pas moins de 619 tribus établies au Mexique (1).

La diversité des idiomes égalait la variété des tribus ; et, quoique partant, probablement comme ces dernières, d'un nombre restreint de souches primitives, il se forma un grand nombre de dialectes, que Tauteur que nous citons n'évalue pas à moins de 280 (2). Ces dialectes peuvent se classer en onze grandes familles comprenant S5 idiomes et 69 dialectes principaux ; il faut ajouter à leur nomenclature 16 langues encore aujourd'hui sans classification, faute de documents suffisants, et 62 idiomes perdus dont on ne connaît guère que le nom et le lieu où ils étaient parlés.

Les onze principales familles de langues sont les suivantes: 1. le Mexicain. — 2. l'Othomi. — 3. le Huaxtèque, Maya, Quiche. — 4. le Mixtèque et le Zapotèque. — 5. le Matlatzinca. — 6. le Tarasque. — 7. l'Opata, Tarahumar, Pima. — 8. TApache. — 9. le Seri. — 10. le Guaiacura. — 11. le Cochimi.

Parmi les langues sans classification les plus répandues étaient : le Mixé et le Pâme.

Nous nous proposons d'étudier la distribution géographique de chacune de ces langues, de signaler les plus anciens ouvrages qui en traitent, de dire enfin quelques mots des peuples qui les parlaient.

L — Le Mexicain, Nahuatl ou Aztèque.

C'est au milieu du VII* siècle, d'après la chronologie de Glavijero qu'apparaît dans l'Anahuac la célèbre nation Toltèque qui fonda le royaume de Tula et parvint à cette civili-

(1) En voir la nomenclature dans l'ouvrage de Opozco y Berra, p. 67 à 76.

(2) id., p. 62 à 66.

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saiion avancée que les Espagnols rencontrèifenl parmi les Aztèques et les Texcuanôs. La monarchie toltèque eut quatre siècles d'existence ; la peste, la famine et la guerre civile y mirent fin. Selon l'historien Ixtlilxochitl quelques familles restèrent alors dans le pays, mais la plus grande partie de la Nation émigrant vers le sud vint s'établir dans le Guatemala et le Nicaragua.

Un siècle plus tard, une nombreuse tribu à demi sauvage, celle des Chichimèques descendit dans la vallée de Mexico, s*unit aux Toltèques qui étaient demeurés dans le pays, et, civilisée par ceux-ci, elle fonda le royaume de Texcoco ou d'Alcohuacan, qui existait encore â Tarrivée des Espagnols.

Quelques années après l'établissement des Chichimèques, arrivèrent du nord six des Sept tribus, sorties de Chimoztoe (les Sept Grottes) et connues sous le nom de Nahuas ou NabuaUacas, la septième restée en arrière n'arriva que vers 1196 à Tula, c'était celle des Mexicains. Ces tribus furent plus tard connues sous les noms de : Xochimîls, Chalcas, Tepanecas, Tlahuicas, Golhuas, Tlaxcaltèques et Mexicains, qui prirent le nom des lieux qu'ils fctfidèpentv ou de ceux où ils s'établirent. Tous dans l'origine étamt tributaires des Ghichimèques. Plus tard, les Tlaxcaltèçues fondèrent une république indépendante, et les Mexicains un empire plus vaste que celui des Ghichimèques, et le plus puissant que les Espagnols rencontrèrent dans ce pays.

Les renseignements que l'on possède sur ces peuples s'accordent à dire que les anciens Toltèqpies et les Sept tribus Nahuatlacas ou Nahuas avaient une même origine et parlaient la même langue, qui était le Mexicain, Nabantl ou Aztèque, et celle-ci était en tout point distincte de celle des Chichimèques. Clavijero et Veytia senties seuls, parmi les modernes, qui se soient sérieusement occupés de faire connaître l'histoire ancienne des Mexicains ; leur opinion a été adoptéefpar ceux qui sont venus après eux, et ils oui- propagé l'erreur

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qu'ils consmeUaient en assimilant le Chichimèqtie et le Mexioaîn; le premier, faute de documents ; le second, par faute de cr^îque. Les écrivains dont les ouvrages sont la source de rhiëtoire ancienne du Mexique, comme Torquemada, Ixtlilxochitl et Pomar, afiirment que les Toltéques et les Chichimèquas fkarlaient une langue diOérente ; le premier dans sa Monarchie indienne, livre 1", chap. 19, dit que les Toltèques qui habitent la vallée de Mexico ne comprenaient pas les Chichimèques , quand ils parlaient ; Ixtlilxochitl soutient, dans toutes ses relations que les Chichimèques et les Toltèques parlaient une langue différente {Hist. des CbichimèqueSj vol. xii, chap.18, de la collection Ternaux Compàns), Jusqu'à ce que, sous l'empereur Techotlalla, l'idiome mexicain se fut répandu sur tout l'Empire ; Don Juan Bauti^ta Pomar descendant, comme Ixtlilxochitl, des rois deTezcoco, dit, dans sa relation manuscrite, qu'en l'année 1582 il restait encore quelques traces de l'ancien idiome chichimèque, que personne ne pouvait comprendre.

D'ailleurs les Toltèques et les Nahuatlacas étaient des peuples civilisés, tandis que les Chichimèques étaient restés pour ainsi dire à l'état sauvage. La religion, le gouvernement, la législation, les coutumes de ceux-ci dénotaient un peuple encore dans renfence, tandis que les institutions des autres se rapportaient à un peuple plus ancien et tout à fait différent. Tout tend à démontrer que les anciens peuples de FAnahuac qui parlaient le Mexicain furent les Toltèques et les Nahuatlacas ; les Chichimèques adoptèrent cette langue, ils parlaient auparavant un idiome différent, aujourd'hui inconnu, et dont il ne reste peut-être quelques traces que dans les montagnes où s'arrêtèrent les Chichimèques en venant du Nord.

Aujourd'hui, le Mexicain se parle dans les Etats de Mexico, de Puebla, de Vera-Cruz, d'Oajaca, de Jalisco, de Guerrero, de Colima, de San-Luis, de Tabasco, de Michoacan, de Sinaloa, de Zacatecas, de Tehuantepec, de Tlaxcala et de Du-

rango, dépendants de la République mexicaine, quoique dans plusieurs de ces Etats il se parle aussi d'autres langues. La langue mexicaine se parle aussi sur certains points du Guatemala et du Nicaragua, ce qui s'accorde avec ce que nous avons dit des migrations des Toltèques vers le Sud.

Le mot Mexico, d'après Topinion généralement reçue, dérive de Mexitli, Dieu de la Guerre ; et de Mexico vient le nom national de Mexîcatl, c'est-à-dire Mexicain,

Naboatl ou Nahuail, d'après le dictionnaire de Molina,' signifie : ce qui sonne bien^ ce que l'on peut aussi traduire par : ce qui est harmonieux. Le lieu d'où venaient les Nahuatlecas ou Nahuas, s'appelait, avons-nous dit, Aztlan ; les uns le placent dans le Nouveau-Mexique, d'autres au nord du golfe de Californie, d'autres enfin jusqu'en Asie; de ce mot Aztlan vient le nom de peuple Aztecatl d'où nous avons fait Aztèque, nom que l'on attribue plus particulièrement aux Mexicains, quoi qu'il convienne plus généralement aux sept tribus émigrées d' Aztlan ou de Chicomoztoc.

Il existe un grand nombre d'ouvrages sur la langue mexicaine ; nous citerons seulement les suivants parmi les plus anciens :

Fr. Pedro de Gante : Doctrina, Amberes 1528. — Mexico

Fr. Domingo de la Anunciacion : Doctrina — Mexico 1545.

D. Gabriel Ayla : Apuntes historicos de la Nacion mexicana, de 1243 à 1562.

Fr. Andres de Olmas ; Arte, Mexico 1555. Vocabulario.

Fr. Miguel Zarate : Opusculos Morales y Doctrinales. Los GoUoquios mexicanos del P. Gaona, corregidos. — Mexico,

R. P. Antonio del Rincon : Arte. — Mexico 1595.

Fr. Alonzo de Molina : Ademas del diccionario de que hablé

anteriormente, escribiô varias obras ca mexicano, y un Arte sobre este idioma. — Mexico 1591.

Illmo D. Fr. Francésco Jimenez : Arte, Vocabulario y Gatecismos mexicanos.

Il est question de la langue mexicaine dans le Mitbridaies de Adelung et Vater (1).

Le Pipilf le Zacatèque, le Chinarra, le Concba ou ConcbOj ïAhualicco ou Aguahiico^ VAcaxec, le Tôpia, le Jalisco, le Sabaibo, le Xixime et le Tebaca sont des dialectes dérivés du Mexicain.

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