‹ Tableau géographique de la distribution ethnographique des nations & des langues au MexiqueChapitre 9 sur 9 · X. — Le Guaiacura ou Vaicura · texte numérisé non relu

X. — Le Guaiacura ou Vaicura

« Les Espagnols, dit Clavijero dans son histoire de la Basse- Californie, rencontrèrent dans cette péninsule trois peuples qui, aujourd'hui, n'existent plus; à savoir: les Perîcùes, les Gaicuras, et les Cochimies.

« Les Pericùes occupaient la partie méridionale de la pénin- ^ suie, depuis le cap San-Lucas, jusque vers le 24® degré de latitude, ainsi que les îles adjacentes de Ceralvo, deEspiritu- Santo, et de San-José.

« Les Guaicuras étaient plus particulièrement établis entre les 23°-30' et 26° parallèles, et les Cochimies occupèrent la partie septentrionale depuis le 25® jusqu'au 33® degré de latitude, ainsi que quelques lies de l'Océan Pacifique.

« Chacun de œs trois peuples avait sa langue propre ; la langue Pericùe n'existe plus, et les quelques individus qui restent encore de ce peuple disgracié, parlent l'espagnol ».

Après avoir donné les renseignements qui précèdent, Clavijero parle des dialectes en lesquels se divisèrent les idiomes de la Californie. Quant à l'origine des Californiens, on n'a rien à en dire, sinon qu'ils l'ignoraient eux-mêmes ; et aux questions des missionnaires, ils ne savaient répondre autre chose : que leurs ancêtres étaient venus du Nord.

Sous le rapport de la physionomie, les Californiens étaient en tout semblables aux autres populations du Mexique, mais ils en différaient sous le rapport de la civilisation. Ils étaient entièrement barbares, sans aucune notion de l'agriculture, de l'architecture et des autres arts de première nécessité. Dans toute la Péninsule, au dire de Clavijero, on n'aurait pas trouvé de maison, ni trace de maison; pas même de hutte, ni

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vase d*argile, ni instrument de métal, ni objet en toile. Les habitants ne vivaient que de fruits qui croissent spontanément ou d'animaux qu'ils prenaient à la chasse ou à la pêche ; ils ne se livraient ni au travail de la terre ni à Télevage des animaux.

Les Californiens enfermés dans leur péninsule n'eurent aucune conscience des autres peuples de la terre avant le XVP siècle, époque à laquelle leur pays fut occupé par les Espagnols.

L' UchiiSy VAripay le CoDcbo, sont autant de dialectes du Guaiacura. On ne sait rien sur cette langue, si ce n'est le peu que l'on en lit dans le MilbridateSy et qui est extrait de la Notice sur la GaliforÉie, par le P. Bagert,

XL — Le Gochimi.

Le Cocbimi se parlait dans la partie septentrionale de la Basse-Californie.

Le jésuite Miguel del Barco a écrit un essai de la langue cochimi, ainsi qu'on le voit dans une lettre qu'il écrivait à Hervas, et qui est reproduite dans l'ouvrage de ce dernier : Catalogue des langues^ etc. Personne n'a vu cet écrit du P. Barco, il est probablement perdu, ou il git dans quelque bibliothèque d'Europe.

Clavijero, dans son histoire de la Basse-Californie, donne , la notice suivante sur le cochimi : « La langue cochimi, qui est très répandue, est très difficile ; elle est pleine d'aspirations, et elle a certaines manières de se prononcer que l'on ne peut expliquer. Elle se divise en plusieurs dialectes différents les uns des autres ».

Parmi ces dialectes, nous citerons : le Cocbimi du Nord, parlé par les Cochimies californiens ; VEdù, par les Edùes ; et le Didù, par les Didiies. ,

On trouve, dans le Miibridates, la traduction de plusieurs "mots dans l'idiome cochimi.

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Nous devons maintenant dire quelques mots de deux langues sans classification, le Mixe et le Pâme.

L*idiome Mixe ou Mije, se parle dans quelques localités de FEtat d'Oaxaca, comme Juquila, Quezaltepec et Atlan. Selon le chroniqueur Herrera, les Mixes sont de bonne stature, ils ont la barbe longue, chose rare au Mexique, et la langue épaisse à la manière des Allemands^ quand ils parlent. Ils enterrent généralement leurs morts dans un champ, et chaque année, pour honorer leur mémoire, ils portent des aliments sur leur tombe, au mois de novembre, à l'époque où, nousmêmes célébrons la fête des Morts.

Cette nation est cruelle à la guerre, grands amateurs de chair humaine, on les regarde comme le plus vaillant des peuples qui habitaient le Mexique ; Moctezuma et les Zapotèques ne purent jamais les soumettre. Habitant les mêmes montagnes que les Zapotèques, ces Mixes ou Mijes ne prenaient jamais ni homme, ni femme, ni enfant qu'ils ne le missent à mort pour le manger ; et ils agirent ainsi jusqu'à ce qu'ils eussent été soumis. Ils étaient grands partisans des révoltes des autres Indiens, afin de pouvoir satisfaire leur goût pour la chair humaine.

Ils allaient nus, le corps ceint d'une peau d'animal tué à la chasse ; cette peau était blanche et préparée avec de la cervelle humaine. Comme le pays qu'ils habitaient étaient de hautes montagnes, sans pierres ni roches, couvert d'herbages et très humide, ce peuple, pour fuir ou pour atteindre leiu» but, s'asseyait au plus haut de la montagne sur la peau qui leur servait de vêtement et se laissaient gUsser jusqu'à ce but. Quelques Espagnols qui tentèrent de les arrêter furent blessés à la tête. Ces montagnes durent être conquises pied à pied par des fantassins, la cavalerie ne pouvant y rendre : aucun service. C'est au milieu d'elles que se trouvait la popu- ;lQuse ville, de San-Ildefonse.

Le P. Èurgoa dépeint les Mixes comme une nation arrogante et altière ; il ajoute que la configuratioo de leurs mon-

tagnes les obligeait de parler toujours en criant, ce que quelques auteurs attribuaient à tort à leur caractère inégal et enjoué.

Leur idiome, disent quelques-uns^ présentait cela de curieux qu'on ne pouvait le comprendre que de jour parce qu'il était accompagné de gestes qui complétaient le sens des paroles. Francisco Pimentel reconnait bien à la vérité qu'il y avait dans l'Etat d'Oaxaca un idiome pantomimique, mais il ne peut être attribué aux Mixes dont la langue est exempte de cet accessoire. Il ne reste d'autre trace de l'idiome pantomimique d'Oaxaca que dans la Notice donnée par le P. Lorenzana dans son pastoral, imprimé à Mexico en 1770.

Les ouvrages connus sur la langue des Mixes sont les suivants : Grammaire et Dictionnaire, par Augustin Quentana ; Sermons par Fr. Fernando Bejarno ; Gonfessionnaire en langue mixe, avec la construction des prières de la Doctrine chrétienne, et un recueil de mots mixes, pour enseigner à prononcer cette langue, par Fr. Augustin Quintanna, Puebla, 1783.

he Mithridates est muet sur la langue mixe.

La Société de géographie et de statistique de Mexico possède dans ses collections le Pater en trois dialectes de la langue Pâme, Le premier est parlé à San-Luis de la Paz, territoire de la Sierra-Gorda ; le second dans la ville de Maiz, département de San-Luis de Potosi, et le troisième à la Purissima Goncepcion de Amedo, dans la Sierra-Gorda.

Orozcoy Berra dit que le Pâme est encore aujourd'hui en usage dans la mission de Gerro-Prieto, dans l'Etat de Mexico; il s'étend principalement dans l'Etat de San-Luiz de Potosi ; on en rencontre quelques traces dans ceux de Queretaro et de Guanaxato.

Nous devons ajouter quelques mots d'une langue aujourd'hui perdue, le Tejano ou CoabuUtèquey parce qu'elle était en usage dans un grand nombre de tribus ; elle porte le nom des provinces où elle était le plus en usage, celles de Coahuila

et de Tejas; on la parlait depuis la Candela jusqu'au Rio de de San-Antonio. Les tribus qui faisaient usage de cet idiome étaient connues sous le nom de Pajalates^ SOrejones, de PacêoSf de Pacoces^ de Tiljjayoa^ d'Alaspas^ de Pausanea^ de PacuacbeSf de MescaJes, de Pampopaa^ de Tacames, de CbayopiDes, de Venadoa, de Pamaques^ de PibuiqueSj de Borrados, de Sanipaos et de Manoa de Perro (pieds de chien). — ^ Le seul livre que Ton connaisse sur Tidiome Tejano, est le Manuel pour administrer les Sacrements, par le P. BarU?lomé Garcia, Mexico, 1760.

Telle est la classification géographique des langues vivantes ou mortes qui se parlent ou étaient parlées au Mexique. Des premières, il ne faudrait pas entendre qu'elles se parlent exclusivement dans les provinces qui leur sei*vent d'assiette, puisque, ainsi que nous l'avons dit au commencement de cette étude, la conquête espagnole a introduit l'idiome castillan, qui est à présent celui qui domine. Ainsi qu'on aura pu le remarquer, les langues indigènes ont péri dans les Etats de Tamaulipas, Nuevo-Leon, Cohahuila, Zacatecas, Agua8<- Calientes, partie septentrionale de celui de Potosi, et partie orientale de celui de Jalisco ; c'est^-à-dire dans tout l'espace dans lequel enraient les tribus sauvages ou s'adonnant à la chasse, sans domicile fixe ni attache à la terre. Ces indigènes contraints à se réunir en missions, en contact continuel avec les blancs, persécutés ou exterminés quand ils ne se laissaient pas civiliser, perdirent peu à peu leurs coutumes, leur langue propre, et s'appliquèrent à n'avoir d'autre langage que la langue espagnole ; ils adoptèrent, ainsi contraints et forcés, les mœurs, les habitudes de leurs vainqueurs, à l'exception toutefois des Nayaritas et des tribus qui habitaient la partie montagneuse des Etats de Guanaxuato etdeQueretaro, qui, quoiqu'appartenant aussi aux tribus nomades, s'étaient civilisés à leur manière en conservant opiniâtrement leur idiome, des vêtements peu différents des anciens, et à peu près las mômes coutumes.

34 ethnographie: mexicaine.

Au Michoacan, à Mexico, à Vepa-Cruz, vers lé Sud, là ou s'établirent les tribus plus avancées en civilisation ; dans le Jalisco, peuplé de tribus moins civilisées, dans le Sinaloa et la Senora ; à Durango et dans le Chihuahua, où les tribus étaient encore à demi-barbares, quoiqu'ayant adopté la vie agricole, les langues se conservèrent encore avec plus de ténacité, et ce ne fut que peu à peu, insensiblement pour ainsi dire, que les Indiens modifièrent leurs mœurs et leurs coutumes.

Les Indiens qui conservaient leur idiome primitif faisaient cependant usage de la langue espagnole dans leurs transactions avec les blancs ; il n'y avait guère que dans les villages perdus ou retirés dans la montagne qu'on l'ignorait. Souvent aussi les indigènes feignaient-ils par malice d'ignoré;* la langue de leurs conquérants. Plus tard même, les descendants des Espagnols ne parlèrent plus qu'un castillan corrompu, tout en l'écrivant encore correctement. C'est alors, aussi, que furent introduits dans la langue espagnole beaucoup de mots mexicains ou des langues indigènes, désignant plus particulièrement des objets propres au sol lui-même, qui n'avaient pas de nom en castillan, ou bien d'autres qui remplacèrent les mots castillans par leurs équivalents indigènes.

La prononciation étant la même dans toute l'étendue de la République mexicaine, il n'en est pas moins vrai que les habitants des départements les plus éloignés de la capitale ont dans leur manière de parler un certain accent qui permet de les reconnaître facilement, c'est le cas de ceux du Yucatan, de Vera-Gruz, de ceux de l'intérieur, de ceux de Durango et des Etats frontières. Les Jarochos, ' qui habitent la côte du Grand-Golfe, se servent d'un langage qui rappelle l'andaloux ; ceux des Terres-Chaudes, qui sont mélangés avec la race nègre, leur ressemblent un peu. Le*menu peuple, comme partout ailleurs, du reste, ajoute dans sa conversation des mots provenant d'un jargon de son invention. Ces mots sont

bien espagnols, mais ils sont pour la plupart détournés de leur acception primitive. Les Indiens estropient misérablement la langue aussi bien par caprice et entêtement que par faute d'instruction. Ils ne prononcent pas entièrement les mots, ils rompent les concordances, confondent les genres, ne suivent pas la loi des conjugaisons ; il en résulte un jargon original, amusant même à entendre, derrière lequel les moins avisés croient voir l'innocence et la candeur de l'Indien, tandis qu'il ne cache, à vrai dire, que sa malice et sa fourberie.

Tel est le tableau de la distribution ethnographique des langues sur le sol du Mexique. Il est peu de pays qui, sur une superficie de près de 2 millions de kilomètres carrés (1,972,000), c'est-à-dire 26 fois plus petite que la France, offre une aussi grande variété de peuples et de langues.

On doit savoir gré aux savants mexicains, Don José Pimentel et Manuel Orozco y Berra, auxquels nous avons emprunté les éléments de cette étude, d'avoir tenté de débrouiller le chaos qu'elle présente encore aujourd'hui. C'est pour l'ethnologue et le géographe une riche mine à exploiter. Telle eût été la tâche de la Commission scientifique française du Mexique, si les événements lui eussent assuré une plus longue existence.

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