‹ Tableau méthodique et descriptif des mollusques terrestres et d'eau douce de l'AgenaisChapitre 10 sur 123 · TERRESTRES ET D'EAU DOUCE DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TERRESTRES ET D'EAU DOUCE DEUXIÈME PARTIE

ÂNATOMIE GÉNÉRALE.

Les Mollusques sont des animaux mous , à sang froid , blanc ou azuré; sans moelle épinière et dépourvus de charpente osseuse ; ils sont recouverts le plus souvent par une pièce calcaire appelée coquille , quelquefois par deux pièces réunies au sommet et libres vers la base ; en dernier lieu possédant seulement un osselet intérieur ou quelques grains calcaires : il n'est pour nos pays que la Testacelle orraier , parmi les Mollusques nus , qui possède une petite coquille apparente recouvrant l'anus.

Le système nerveux est composé d'une masse ganglionnaire entourée par le collier médullaire , opposé au tube digestif. Ces ganglions sont fort simples en partant du con-

ANATOMIE

tre, mais ils finissent toujours par des renflements plus prononcés. Ils servent à tous les mouvements des diftcrents organes, à la locomotion , à la manducation , à la préhension.

La peau des Mollusques est visqueuse , molle , et presque toujours granuleuse ou chagrinée : elle s'allonge ou se contracte facilement, et par ses pores ouverts elle secrète un mucus presque toujours fort abondant. Le manteau des Gastéropodes servant à les protéger , est d'une consistance double au tissu pituitaire du reste du corps ; les sensations atmosphériques produites par la sécheresse ou l'humidité sont très sensibles sur ses parties extérieures.

D'après MM. Milne-Edwards et Valenciennes, le système circulatoire des Mollusques serait loin d'être aussi parfait que celui des vertébrés. Dans un Mémoire présenté aux séances du 5 novembre 1844 et 17 mars 1845, ils ont démontré* :

« 1 ° Que l'appareil vasculaire n'est complet chez aucun « Mollusque;

« 2° Dans une portion plus ou moins considérable du « cercle circulatoire , les veines manquent complètement « et sont remplacées par des lacunes ou par les grandes « cavités du corps ; ainsi toujours par la cavité viscérale « qui , par conséquent , tient lieu chez les Mollusques d'une « portion du cercle circulatoire ;

« 3° Que souvent les veines manquent complètement

* Nous ne donnons que ce qui concerne les Mollusques dont nous nous occupons.

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« (comme chez les Crustacccs ) ; et qu'alors le sang dis- « tribué dans toutes les parties de l'économie , au moyen « des artères , ne revient vers la surface respiratoire que « par les interstices ci-dessus indiqués ;

« 4° Que ces interstices tiennent lieu , chez beaucoup « de Mollusques , du réseau capillaire ; et chez quelques « autres , d'un grand nombre d'artères ;

« 5" Que la simplification du système circulatoire est « plus grande à mesure qu'on s'éloigne des Céphalopodes* , « les premiers des Mollusques.

« Chez le Triton" et le Colimaçon (deux Gastéropodes), « on trouve un degré de plus dans le perfectionnement du « système circulatoire , car les veines commencent à se « constituer sous la forme de tubes membraneux dans cer- « taines parties de l'économie ; elles manquent encore et « sont remplacées par de simples lacunes dans le système « musculaire et dans l'espace compris entre les principaux « viscères et l'organe respiratoire.

« On peut alors expliquer de la manière suivante la cir- « culation des Mollusques :

« Un cœur formé d'un ventricule et d'une ou deux « oreillettes se trouve sur le trajet du sang artériel , le « reçoit et le distribue dans toutes les parties de l'éco- « nomic par des tubes rameux ; le sang revient ensuite

* Mollusques marins , comme la Sèche , le Poulpe , le Calmar , le Nautile , etc.

** Mollusque marin, famille des Gastéropodes pcctinibranclics , tribu des Buccinoïdcs.

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« OU par des lacunes qui tiennent lieu de capillaire et de « veines ; ou par des lacunes et des veines , ou par des « capillaires et des veines , jusque dans la cavité viscérale, « s'épanche dans cette cavité , baigne le tube digestif et « pénètre ensuite dans d'autres lacunes ou canaux destinés « à le mettre en contact avec le fluide respiratoire , et à le « porter jusque dans le cœur aorlique.

« Cette belle découverte explique parfaitement les phé- « nomènes d'érection du pied et des tentacules de certains « Mollusques , et l'absence chez tous ces animaux de sys- « tème lymphatique : Le sang va chercher lui-même les « produits de la digestion ou le chyle , sans attendre que « des canaux particuliers le lui apportent. Aussitôt la sor- « tie des papilles le chyle tombe , pour ainsi dire , dans « le sang. »

M. Valenciennes a également découvert l'existence d'un canal creusé dans le pied de certains Mollusques , canal par lequel la cavité viscérale communiquerait avec le fluide ambiant. — (15 juin 1 845. )

La respiration s'opère toujours à l'aide de l'organe essentiel , mais aussi par les pores absorbants , l'oxigène passant facilement entre les parties pituitaires de la peau*, pour les terrestres et les Pulmonées aquatiques ; pour les

* J'ai expérimenté surdes Planorbes cornés ; rais dans un flacon rempli d'eau et privés d'air, ils ont de suite rougi ce liquide à l'aide de cette exsudation qui leur est propre ; plusieurs moururent aussitôt ; les autres , extraits du flacon et exposés à l'air , sur un plat , conservèrent toute leur vitalité; et, replongés dans une mare, ils se mireni à ramper au même instant.

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Pectinibranches et pour les Acéphales , elle s'opère à l'aide de branchies.

Le goût est nul chez les Acéphales ; ils n'ont aucun indice d'appareil salivaire ni de mastication , et surtout point de bile. Ils prennent leur nourriture à l'aide des appendices labiaux , en attirant ainsi les particules microscopiques par un mouvement ondulatoire , et en les faisant précipiter comme dans un entonnoir. Le môme moyen leur réussit pour dégager l'air ambiant.

Les Céphalés ont fort peu de goût et mangent indifféremment les matières putrides comme les plantes fraîches.

L'intelligence est complètement nulle chez tous les Mollusques.

L'odorat est fortement développé chez les Céphalés , il est nul chez les Acéphales.

L'organe de la vision dont sont dépourvus les bivalves est très peu développé chez les Gastéropodes. Il permet tout au plus de pressentir , soit dans l'eau , soit dans l'air , les moindres variations atmosphériques. Ils peuvent distinguer vaguement la différence de la lumière diurne d'avec l'obscurité de la nuit.

Les tentacules sont pourvus , à la base ou au sommet , d'un cristallin très apparent , très simple dans sa composition , et dirigé par un fort petit nerf rétractile.

L'organe de l'ouïe est nul. Plusieurs expériences, fort souvent répétées , m'ont conduit à certifier le fait que les Mollusques étaient incapables de rien entendre , mais seulement de ressentir sur le tissu cutané les commotions réïiuUant d'un choc quelconque.

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La mastication des Hélices et autres Gastéropodes est très active et se fait à l'aide d'une dent supérieure sur laquelle agit le renflement lingual dans sa partie antérieure. J'ai vu la partie buccale de Y hélix Nemoralis , à un fort grossissement ; elle est composée de rugosités oblongues , à angles très obtus et rangées symétriquement comme des ardoises sur un toit ; l'action de ces rugosités sur les plantes et les matières dont se nourrissent ces animaux est assez expliquée par la voracité de quelques espèces*.

La digestion est très active chez les Céphalés, bien moins chez les Acéphales ; la dépuration urinaire des premiers , surtout des hélices , est sécrétée par le rein ; cette sécrétion est, d'après Jacobson , composée de purpurate de chaux.

La masse viscérale est toujours logée dans le tortillon de la coquille pour les Gastéropodes testacés ; chez les Limaces et autres Mollusques nus elle se répartit depuis l'abdomen jusqu'à l'anus; chez les Acéphales elle est répartie entre le muscle antérieur, l'intestin rectum et l'anus.

liES C^ASTÉROPODEIS. (Cuvier.)

Cuvier fut le premier qui donna ce nom à des Mollusques dont le pied placé sous le ventre sert à la reptation , comme l'indique la traduction des deux mots grecs : venlre-

* M. Moquin-Tandon s'est occupé de la partie buccale des Hélices de la France , dans des Mémoires insérés aux Annales de l'académie des sciences de Toulouse, année 1848. D'après ce savant observateur, la classification des familles deviendrait ainsi très facile , et les groupes formés jusqu'à présent ne seraient nullement en rapport avec l'anatomic qu'il en a faite.

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pied; cette détermination amena de grands changements dans la science conchyliologique ; et, comme le fait observer M. Deshayes , elle a été la cause de l'impossibilité irrévocable de la méthode Linnéenne.

Les individus de cette classe de Mollusques sont généralement recouverts d'un têt calcaire univalve-extérieur qui leur sert d'abri , ou d'une pièce également calcaire ou granulaire interne. Ils rampent sur un pied placé sous l'abdomen , duquel il est séparé ou auquel il est réuni quelquefois , comme chez les Limaces , Testacelles , &.

Ils sont munis de deux à quatre tentacules, dont les supérieurs, plus grands, sont toujours oculés au sommet ou à la base.

Les Gastéropodes terrestres sont pourvus de quatre tentacules rétractiles , les supérieurs oculés au sommet : c'est là surtout que réside le sens du toucher et celui moins parfait de l'olfaction. Le moindre corps étranger qui les touche les fait subitement rentrer dans la tête, comme un doigt de gant retourné.

Les Gastéropodes fluviatiles n'ont que deux tentacules ; et au lieu d'être oculés au sommet , comme ceux des précédents , ils ont les yeux placés à la base , soit interne ou externe ; ils ne rentrent pas dans une gaine et se baissent sur les côtés ; ils sont nommés contractiles.

La forme générale de la tête affecte celle d'un mufle ; la bouche est placée au-dessous ; et comme je l'ai dit à l'article masticaiion , la facilité avec laquelle ces Mollusques dévorent les a fait considérer avec raison comme de véritables fléaux ])ar les agriculteurs.

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Après la téte vient le manteau, pièce ordinairement musculaire , chagrinée , qui entoure le cou en partie , s'allonge et se réunit au dos chez plusieurs , tandis que chez d'autres il s'en sépare. Cette partie du Mollusque sert à le garantir lorsque quelque ennemi l'attaque , car il a la faculté de recouvrir instantanément l'animal quand il est nu , ou à l'aider à rentrer dans sa coquille lorsqu'il est Testacé.

C'est du manteau que transude le carbonate de chaux qui sert à la formation et à l'accroissement du têt. Il est facile de s'en convaincre en fracturant une coquille; sa cassure se recouvre aussitôt d'une pellicule d'abord papyracée et friable, mais qui bientôt acquiert la même dureté que le reste.

C'est aussi du manteau que partent les premières traces de la coloration des coquilles. On s'en aperçoit aisément aux lignes qui suivent ses bords et se perdent insensiblement sur le dos. Brard , dans son Histoire des Coquilles terrestres et fluvialiles des environs de Paris, page 43 , avance l'opinion que la matière colorante des Mollusques serait due à l'oxide de manganèse. Je n'ai pu vérifier ce fait , mais je crois que l'on peut , sans trop de scrupule , se ranger de l'avis de ce savant observateur.

C'est ordinairement à côté du manteau qu'est situé l'orifice respiratoire qui sert aussi à la copulation et aux déjections fécales. L'organe mâle est généralement placé à la base du tentacule droit.

Le pied servant à la locomotion affecte le plus souvent la forme d'un disque plus ou moins large , plus ou moins allongé, selon les espèces. C'est une masse fibreuse , char-

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nue, qui secrète une humeur gluante, visqueuse, dont le but est de donner de l'adhérence à l'animal lorsqu'il rampe sur une surface poUe. La reptation des Gastéropodes se fait par une sorte de glissement ondulatoire , produit par les fibres entrelacées qui forment le plan locomoteur. Ce glissement est produit par un mouvement continu des faisceaux qui , se succédant du premier au dernier , rendent la marche tout-à-fait uniforme.

Le corps des Gastéropodes nus est droit et repose sur un plan auquel le pied joint au corps sert de base. Chez les Testacées , au contraire , il est roulé en spirale dans l'intérieur de la coquille et prend alors le nom de tortillon.

Ces Mollusques s'accouplent entre eux , mais ils réunissent, presque tous , les deux sexes. La plupart pondent des œufs et sont nommés Ovipares; d'autres ont la coquille toute formée dans l'œuf et sont nommés Ovovivipares; d'autres enfin viennent au jour animaux parfaits et prennent le nom de Vivipares* .

La durée de la vie chez les Gastéropodes ne dépasse guère trois à quatre ans.

E.ES ACÉPHALKS. (Cuvier.)

Cuvier fut encore le premier qui imposa aux Mollusques bivalves le nom d'Acéphales , traduction des deux mots grecs privé et tête , ou animaux sans tête ; ce sont en effet

* Voyez plus loin, article £m/;n/o(/enic.

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des Mollusques sans apparence d'organisation vitale , et par conséquent moins intéressants que les précédents.

Les Anodontes , Mulettes , Cyclades et Pisidies sont les seuls Acéphales dont nous ayons à nous occuper.

Ces Mollusques inférieurs se suffisent à eux-mêmes et procréent sans accouplement , les organes mâle et femelle étant réunis ; à des temps donnés , chaque individu dépose les embryons destinés à perpétuer son espèce.

Les petits Mollusques des Anodontes , des Mulettes , des Cyclades et des Pisidies sont logés entre les lobes du manteau et des branchies ; ils en sont expulsés lorsqu'ils ont atteint assez de volume et de force pour ramper dans la vase. La forme de la coquille , quoique déjà très apparente, diffère beaucoup de celle qu'elle doit avoir lorsqu'elle aura atteint son entier développement.

L'accroissement peut varier pour l'état parfait d'un au à deux.

Les Mulettes et les Anodontes sont munies d'un manteau large très ouvert et recouvrant le corps dans toute son étendue ; il est légèrement contractile sans cependant s'éloigner beaucoup de l'impression palléale. Les branchies en forme de feuillets minces suivent presque les bords du manteau : ces branchies dont l'apparence rappelle les gazes pUssées et gaufrées très menu , servent à dégager l'air ambiant nécessaire à la respiration du Mollusque. C'est surtout au commencement d'un tube que dévoile l'existence de papilles tentaculaires que la séparation de l'oxigène se fait d'une manière plus régulière. Ces papilles son! situées

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à la partie poslcricurc où se trouve placé l'orifice excréluenticl ou anus.

La bouche, située au-dessous de la lunule de la coquille, s'ouvre en avant du foie, dont la masse est enveloppée par les intestins et festomac. Le cœur est placé à la partie postérieure de forifice anus.

Le corps est placé au centre, entre les branchies que recouvre en entier le manteau. A la partie antérieure adhère un muscle plus ou moins fort ; quelquefois quadrangulaire , comme chez les Mulettes et Anodontes ; d'autres fois sab-cylindrique, comme chez les Cyclades et les Pisidies. Cet organe sert à fanimal lorsqu'il rampe dans la vase ou sur les plantes aquatiques , et constitue pour lui un véritable pied.

Les Acéphales habitent toujours dans l'eau, ne pouvant se mouvoir sur la terre , à l'air libre , car leurs branchies seraient trop vite desséchées par la chaleur , et la mort serait inévitable après trois ou quatre jours. Toutes les espèces de nos contrées vivent dans les rivières , les ruisseaux et les étangs , cherchant de préférence les parties sableuses ou vaseuses, là où l'eau plus tranquille leur permet d'hadhérer plus fortement.

La durée de la vie chez les Acéphales n'est pas rigoureusement déterminée ; cependant il est probable que la plupart des Mulettes et Anodontes ne vivent pas plus de quatre à cmq ans.

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