‹ Tableaux anciens et modernes de premier ordreChapitre 24 sur 32 · II., lm,«8. L · texte numérisé non relu

II., lm,«8. L

INGRES (J.D.A

Quand la mort vient mettre sur un grand maître sa consécration suprême. on se dispute avec une avidité pieuse les moindres ébauches de son pinceau. les traits les plus légers de son crayon, tombés d'une main immobilisée à jamais. L'œuvre est close, la postérité commence. Pour M. Ingres, quoiqu'il ait travaillé jusqu'au dernier jour, il semble entré depuis longtemps dans la sphère sereine et lumineuse où trouent les dieux de l'art. Sa vie prolongée au delà îles bornes ordinaires lui a permis d'assister vivant à sa gloire, on pourrait même dire sans exagération à son apothéose. Mais celte renommée sans rivale ne l'enivrait pas. Dans son ardent amour de la perfection, il ne croyait jamais avoir assez fait, il étudiait sans cesse, était sévère pour luimême et prenait un soin extrême de ne rien laisser arriver au public qui ni' fût digne de lui. Sans que rien l'avertit d'une fin qu'on pouvait croire loinlaine encore, tant il portait robustement sa verte vieillesse, il avait classé, daté et signé de son nom tout entier, parmi les éludes dessinées ou peintes, préparations et tâtonnements souvent sublimes de ses œuvres immortelles, celles qui par leur jet. leur puissance et leur beauté lui paraissaient mériter de survivre. Quatre-vingt-dix morceaux de choix ont été ainsi désignés par lui et comme marqués de son sceau pour une vente qu'il ne croyait pas devoir être posthume. 11 lui eût déplu que ces griffonnages vagues ou insignifiants

dans lesquels l'artiste cherche à débrouiller sa pensée obscure sortissent de l'ombre de l'atelier où ils doivent rester, car il poussait jusqu'au scrupule le respect de sa gloire; mais d'un autre côté il désirait faire voir avec quel soin, quelle conscience et quel amour il avait poursuivi le beau, et comme chez lui chaque grande œuvre avait été précédée d'une patiente et féconde incubation.

Dans cette vente on peut dire que les œuvres les plus célèbres du maître se trouvent tout entières : le Vœu de Louis XIII, V Apothéose d'Homère, le Saint Symphorien, y figurent par fragments qui, s'ils étaient réunis, formeraient des tableaux non moins admirables que les compositions définitives. En voyant ces tètes, ces bras, ces mains, ces pieds, ces torses, ces bouts de draperies épars sur des toiles, nous ne pouvons nous empêcher de penser à une impression reçue par nous à Athènes, dans cette Pinacothèque qui s'élève à la gauche des Propylées et où se conservaient autrefois les chefs-d'œuvre d'Euphranor, d'A pelles, de Parrhasius et de Zeuxis. On y avait réuni les morceaux de statues brisées trouvés dans les fouilles, débris merveilleux de l'art grec, un bras, un pied, une tête sans son corps, un fragment de corps décapité, moins que cela, un sein se dégageant de quelques plis, une hanche, une portion de dos, et. rêveur, nous cherchions à deviner quel dieu ou quelle déesse aurait pu réclamer ces membres dispersés, ces formes superbes séparées de leur ensemble. Mais, si la sensation de beauté n'est pas moindre devant les magnifiques morceaux de M. Ingres, elle n'est pas troublée par le regret d'ignorer à quelles divines statues appartiennent ces splendides fragments. Sur le plus léger bout d'étude on restitue aisément le chef-d'œuvre connu et présent à toutes les mémoires. Ces jambes d'ange, quoique dans le tableau elles soient à demi recouvertes par une draperie volante, rappellent tout de suite le Vœu de Louis XIII ; on y replace sans peine ces petits anges d'un dessin si pur, d'une couleur si splendide. Ces pieds appuyés sur un escabeau, c'est tout l'Homère de Y Apothéose, et ces deux autres pieds si beaux, si nobles, si héroïques, qui sortent blancs d'un pli de draperie pourpre, font apparaître complète à la pensée la sublime figure de l'Iliade, cette tille divine de l'illustre aveugle. Ce dos de licteur tout montueux de muscles, cette tête pâle illuminée de foi, ce bras de femme jaillissant hors des créneaux, vous donnent tout l'effet du Saint Symphorien.

On reste stupéfait devant ces études qui sont des chefs-d'œuvre empreints de la perfection suprême. On est étonné de cette netteté, de cette puissance, de cette certitude et de cette aisance souveraines. En face de la nature, le maître n'hésite jamais. Chaque trait marque, tout coup porte, et, s'il reprend vingt fois la même figure, dans son incessante inspiration à l'idéal, variant le geste, l'effet, l'attitude, le caractère, chaque étude en soi est parfaite et l'on se demande quel défaut pouvait y trouver le maître pour chercher encore.

Les études dessinées ne sont pas moins admirables que les études peintes. L'artiste armé du crayon écrit sa pensée avec une décision et un style qu'on

pourra peut-être atteindre, mais non certes dépasser. On croit voir tantôt des dessins de Michel-Ange, tantôt des dessins de Raphaël, car Ingres avait la force et la grâce. S'il indiqua avec une rare énergie les muscles de l'homme,

nul ne caresse plus chastement les suaves contours de la femme. Il est le dernier moderne qui ail eu le pur sentiment de la beauté; il sait faire une vierge, nue déesse et une grande dame.

Ces morceaux qui se groupent par familles autour d'une page immortelle, le peintre ne s'en est jamais séparé ; ils ont été les compagnons de sa longue vie. ils l'ont suivi à Home, à Florence, ils ont habité avec lui à Paris. En les regardant, Ingres voyait lui apparaître toute sa noble vie de travail, d'inspiration et de volonté; il ne se sentait pas abandonné' par les figures aimées, réalisation de son idéal. Dans son atelier vivaient toujours la Vierge fière du Vœu de Louis XIII, l'Homère de ['Apothéose ayant à ses pieds l'Iliade et VOdyssée, sa fille guerrière et sa fille voyageuse, et toute cette noble foule qui lui rend hommage, Eschyle, Sophocle, Euripide, Phidias. Apelles. Alexandre, Pindare. Périclès, Virgile. Dante. Raphaël, Michel-Ange, Racine, Poussin, La Fontaine, les illustres des grands siècles. Il les a gardés avec un soin jaloux jusqu'à sa dernière heure. En les livrant au public il fait en quelque sorte la confession elle testament de son génie; il dévoile sa pensée intime, il montre le secret de son talent, et fait voir par quels degrés il s'est élevé aux sommets de l'art. Le maître qui a formé tant de glorieux élèves et dirigé d'une main si ferme l'École de Fiance à Home, donne là son plus bel et son plus profitable enseignement.

Théophile Gautier.

99 — Achille, retiré dans sa tente, reçoit les envoyés d'Ayamemnon.

« Arrivés près des tentes de Phthiotes, ils trouvèrent Achille qui charmait sa douleur par les mâles accents de sa lyre. Le seul Patrocle était assis en face du guerrier; il attendait dans un profond silence que le petit-fils d'Œacus eût terminé son chant ; mais les députés, conduits par le sage Ulysse, paraissent devant Achille. Surpiis, il se lève, dépose sa lyre et s'avance au-devant d'eux. »

(Iliade, chant IX ; trad. de Hitaubé.)

Le tableau est à l'École des Beaux-Arts.

Esquisse du premier grand prix de Home, remporté en 1801.

Signé en bas à gauche et daté.

INGRES (J.D-A

100 — Une toile sur laquelle se voient diffé-

rentes études pour le Martyre de saint Symphorien ;\e licteur de droite, l'enfant qui ramasse une pierre, le proconsul et plusieurs études de figures, de bras et de mains.

Signé en bas : Ingres.

Une des trois plus importantes éludes pour le tableau : Martyre de Saint Symphorien. Les deux autres appartiennent à M. Lecomte et à M. le vicomte Delaborde, de l'Institut.

N° 8 de la vente provenant de l'atelier de M. Ingres.

Toile mise sur panneau. — H., 0m,62. L., 0m,50.

101 — Etude nue pour la figure du licteur qui

se voit à droite dans le tableau du Martyre de saint Symphorien.

Signé en bas à gaucbe : Ingres.

N° 9 de la vente provenant de l'atelier de M. Ingres.

102 — Etudes pour les Anges qui environnent

la Yierqe dans le tableau du Vœu de Louis XIII.

Splendide étude peinte.

Signé en bas : Ingres.

N° 3 de la vente provenant de l'atelier de M. Ingres.

INGRES (J.-D.-A

103 — Tète d'Homère. Etude pour V Apothéose d'Homère.

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