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engouement factice ou au snobisme ont pu réussir, vont vite et sont vite oubliés. L'artiste de vrai talent bien souvent et malheureusement n’est reconnu qu'après sa mort. Mais alors aussi il va vite. Tout à coup sa réputation éclate, grandit, s'étend et on lui assigne la place qu'il devait occuper.
Si Crabeels, après une vie de lutte ardente, toute consacrée à son art et à l’unique désir de voir triompher son idée, a fini, avant de mourir, par voir s'incliner devant lui nombre de vieux maîtres et l'immense pléiade des jeunes auxquels il avait indiqué la vraie voie, ce ne fut cependant qu'après sa mort qu'on découvrit tout à coup qu'il était le vrai maître et avec Rosseels, Heymans et Meyers l'innovateur dans notre pays de l’école moderne ; et tel de ses tableaux, peint il y a cinquante ans, apparut soudain comme une œuvre lumineuse et fraîche, sortie hier du pinceau de l'artiste.
L'exposition de ses œuvres en 1903 fut une vraie révélation.
Flor. Nicolas Crabeels naquit à Anvers le 5 décembre 1820.
Il fut pendant quelque temps élève de Tielemans, dont il parlait avec émotion. Mais bientôt l'artiste, conscient de ses propres forces, abandonna toute école pour voler de ses propres ailes.
Il a quelque peu déconcerté ses biographes, car ce vigoureux, ce fort, par un contraste bizarre, était d’une réserve extrême et timide en société. C'est qu'il puisait en lui seul l’idée et ne cherchait aucun appui.
Crabeels était d'une extrême sensibilité — fruit d’une éducation dirigée avec une tendresse infinie par une mère qu'il adorait —; la beauté de la nature le transportait au point qu'il s'était exilé auprès d'elle dans ce coin de Wechelderzande d’où il devait rapporter tant de chefs-d'œuvre.
Il vivait pour la belle nature, inconscient des coteries, des faveurs, de tout ce qui n'était pas l’art dans son expression la plus pure.
Seul le cercle familial était le confident de sa pensée profonde et le témoin de son travail acharné. Fort de l'appui des siens et de quelques esprits éclairés que pénétrait la beauté de son œuvre, il ne se Souciait que peu ou point des difficultés de la vie. Son travail, dégagé de ces soucis, devait nécessairement devenir original et fort.
On l'attaqua, on critiqua amèrement ce nouveau venu qu'on ne comprenait pas encore et qui bouleversait complètement toutes les méthodes régnantes. Il riposta, non en discutant — car il n’aimait ni les théories, ni les grands mots souvent vides de sens — mais en produisant une série d'œuvres plus belles, plus fortes, toujours personnelles Sortant complètement des sentiers battus et des vieilles ornières.
Ce qui frappe avant tout dans l’œuvre de Crabeels, c'est la mâle énergie, l'extraordinaire vigueur de ce pinceau audacieux.
Il y a cinquante ans, quand il fallait — pour vendre — peindre au martre mince, détailler les brins d'herbes et les branches les plus ténues, dessiner chaque feuille, Crabeels voyait et peignait comme font maintenant les Courtens, les Verstraete et toute l’école moderne. Il distinguait la nature dans son ensemble harmonieux, dans sa vigueur éternelle, dans sa réalité poëtique et sauvage. Il peignait avec hardiesse, largement et toujours il faisait jaillir la vie.
On regardait avec étonnement ces toiles vibrantes, au dessin vigoureux, en pleine pâte, en pleine lumière et on ne comprenait pas alors une telle fougue lorsque les maîtres de l'époque ne produisaient que des œuvres ternes, sombres ou mièvres.
Et cependant l'œuvre de Crabeels finit par triompher; bien plus, elle fit école et on ne retournera plus aux erreurs d'antan.
Rooses et De Mont contribuèrent largement à faire prédominer Vart de Crabeels et l’école moderne. Le monde artistique leur doit un hommage de reconnaissance. Aujourd'hui conventions et formules onbacédé la cplace à la vérité et à la vie.
Crabeels avait l'amour de la nature dans toute sa simple grandeur. Il la rend fidèlement telle qu'elle s'offre à son œil amoureux, en la parant non pas de beautés conventionnelles, mais de sa propre émotion. Son œuvre, c'est la nature mise en page par un grand poëte.
Il est avant tout un adorateur de la lumière. Ce n'est pas l'effet de lumière longuement combiné, sur lequel s’acharnent ses imitateurs, escomptant l'effet à produire. Crabeels met la lumière partout, sur et entre ses sujets. Les horizons les plus lointains se perdent dans des flots de clarté. C’est la lumière blafarde dans son « Temps orageux », sereine dans son « Soir », gaie dans sa « Mère au berceau » ; mais que ce soit le soleil éclatant du plein-midi, ou le jour douteux des crépuscules d'automne, ou même le ton argenté de ses clairs de lune, c'est toujours la lumière comme c'est
toujours, la vie.
Le ciel, dans les toiles du maître, est toujours remarquable. Crabeels le voyait éternellement en mouvement, agité fébrilement par des forces inconnues. Ses nuages floconneux se meuvent aussi bien que les troupeaux de moutons quil rend avec une si belle intensité de vie. Son ciel s'étend à l'infini, dans une perspective plus lointaine encore que celle des immenses plaines qu'il éclaire.
Avant de s'adonner presque exclusivement au paysage, l'artiste aborda un peu tous les genres et dans tous il réussit des chefs-d'œuvre, Sa fameuse « Kermesse de Wechelderzande » est justement réputée. Quel débordement de vie! Quelle finesse d'observation ! Quelle harmonie dans les groupements ! Aucune note discordante dans cet ensemble gai, clair et mouvementé. |
Le mouvement, la vie, voilà le titre de gloire du maître. Voyez les personnages de tous ses tableaux, voyez ses vaches et surtout ses troupeaux de moutons. Tout cela vit, respire et marche.
Les Musées de Bruxelles, Anvers, Namur et Verviers possèdent des toiles superbes de l'artiste.
L'exposition en vente des œuvres de Crabeels nous permet de nous rendre compte de la grande puissance du peintre. Nous y voyons, dans un magnifique ensemble toutes ses qualités, tout son talent d'observation, toute son imagination, son cœur et toute son âme
d'artiste.
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Crabeels appartient à cette pléiade de fougueux rénovateurs qui, rêvant de sortir des vieux sentiers, engendrèrent cette école nouvelle dont Jan Stobbaerts, Isidore Meyers, Jacques Rosseels furent les plus brillants apôtres et sous la bannière desquels vinrent se ranger plus tard, les talents remarquables et primesautiers des Courtens, des Luyten, des Claus, des Farazijn.
J. J. WINDERS Discours à la mortuaire en juin 1896.
Flor. Crabeels cherche la vérité mais il la cherche sans rêverie, d’un œil toujours ouvert admirant et aimant tout ce qu’il rencontre dans la nature, parce qu'il trouve la nature toujours belle telle qu’il la voit et qu’il sait s’arrêter en admirateur devant le plus simple site, devant un ciel clair formant voûte à un fond simple. Extasié et le cœur battant d’allégresse — cela se voit — il parcourt la bruyère, les champs, les prairies, toujours ravi par l’inouie richesse des tons et de la vie de la terre, l’inouie beauté de la lumière du ciel.
Il est l'artiste qui trouve sur terre son ciel brillant, éclatant, aveuglant, d’une profondeur sans fin, d’une indicible clarté, et qui ne connaît qu’une seule inquiétude : comment rendre toute cette magnificence et comment nous donner un échantillon de cet Eden où il vit et plane. Crabeels est un chercheur, un travailleur qui doit avoir fait jadis l'impression de chercher l’introuvable et de ne pas trouver ce qu’il cherchait. Cette exposition doit donner à tous la conviction qu’il savait ce qu’il voulait et que sa conviction tenace et ses infatigables efforts sont couronnés de succès. Pour nous elle est un vrai triomphe en même temps que la manifestation d’un talent remarquable.
Max Rooses Vlaamsche school, avril 18090.
Dans un temps où contrairement à ce qui se passait dans les Pays-Bas, aucun artiste flamand ne tenait encore compte en Belgique de l'influence de la lumière sur les objets et bien peu de la perspective du ciel; au milieu de gens tant artistes qu'amateurs qui voyaient tout en brun et noir, non seulement lesombres mais même, voyez par exemple les paysages de l’anversois Van Luppen et ceux de Mademoiselle Collart — le vert des arbres et les nuages du ciel, dans un tel temps et dans un tel milieu Crabeels eut le courage de résister triomphalement à toute influence d’anciens et de modernes, de grands et de petits et de peindre simplement, si pas comme il sentait tout au moins
comme il voyait.
Por DE MonT
Vlaamsche School, avril 1892 Nieuwe Rotterdamsche Courant et Algemeen Handelsblad du 26 avril 1892.
M. Flor. Crabeels est depuis longtemps sur la brêche, ‘il a été chez nous en quelque sorte un précurseur. C’est pour notre école l'initiateur du paysage moderne, tout de lumière, de grand air, de saine interprétation de la nature. Nos paysagistes les plus choyés, les plus médaillés, les plus « arrivés » sont tous sinon ses élèves, ses imitateurs ou ses disciples, au moins ses anciens compagnons de combat.
PAUL STEPHEN, Fédération artistique, 26 janvier 1800.
Pour rendre pleine justice à Florent Crabeels et lui assigner sa place et son rang, il faut tenir compte du milieu qui fut celui de sa vie, de son travail et de son art. Quels que soient les mérites de l’école d'Anvers, et ils sont considérables, il est évident que comparé à ses maîtres les plus en vue, le peintre dont cette exposition posthume fait regretter plus vivement la perte, apparaît plus original, plus indépendant, par la sincérité de son naturismé, par la candeur de sa sensibilité franchement éprise d’air et de lumière, par la fraîcheur d’une exécution aguerrie en pleine campagne et dédaigneux des recettes d'atelier. 3
TARDIEUX, Indépendance belge et Petit Bleu, 24 novembre 1806.
Le bois de Fontainebleau a donné un grand exemple, Crabeels, obtint, ce que les maîtres de Barbizon ont voulu et accompli avec énergie.
Les formes extérieures doivent refléter les sentiments les plus profonds de l’âme.
Bien peu ont considéré la nature avec des yeux aussi honnêtes, aussi pieusement attentifs que Crabeels et l’ont étudiée avec autant d'intensité.
Hus. OELLERS, Gladbacher Zeitung, 23 juillet 1903.
Ce qui saute aux yeux dans toutes ses œuvres c’est le merveilleux horizon, on voit le terrain s'étendre à des distances infinies.
Hu. OELLERS, Gladbacher Zeitung, 23 juillet 1003.
Bien peu de nos paysagistes Belges excellent comme lui à manier le mouvement des nuages. Les ciels de Crabeels ne sont pas des ciels morts purement conventionnels, des ciels pétrifiés. Ils sont réellement pleins de vie et de mouvement. Je me souviens dans son exposition de 1890 d’une Rentrée tardive, (No 7 de notre catalogue), malheureusement pas acquise pour le Musée d'Anvers quoiqu’elle méritât mille fois cet honneur. Si le mouvement du troupeau était exquis, vraiment digne des plus grands maîtres, le ciel était une merveille ! Des nuages bas, se frangeant en des formes étranges, fantastiques, planaient, éclairés derrière par une lune pendant bas à l’horizon sur une plaine s’endormant dans la brume.
Por DE Moxr, Vlaamsche School, avril 1892.
Nieuwe Amsterdamsche Courant et Algemeen Handelsblad du 26 avril 1892.
C'est une réelle et très grande perte pour la jeune Ecole d'Anvers où Crabeels comptait parmi les maîtres. Avec TJ. Stobbaerts, Is. Meyers, J. Rosseels, il entreprit, il y a nombre d’années, cette énergique campagne pour la rénovation de l’art que les Courténs, les Luyten, les Farasyn continuent encore aujourd’hui victorieusement. Il lutta vaillamment pour ses principes, ce qui lui valut, comme à tant d’autres hélas! beaucoup de déboires et de souffrances, mais il finit cependant par s'imposer, malgré l’acharnement de ses puissants adversaires.
Matin, 8 juin 1806.
Crabeels est depuis quelque cinq ans et plus spécialement depuis 1890 très apprécié par tous les connaisseurs et vénéré par la plupart des jeunes — et ce, certes avec mérite — comme un précurseur de l’art moderne en ce pays.
Poz DE Moxr, Vlaamsche School, Nieuwe Amsterdamsche Courant et Alsemeen Handelsblad, 26 avril 1892.
. Il vit dans l’ensoleillement, il boit la lumière par tous les pores du corps et de l'esprit, il la rend si pénétrante, si dominante et débordante, telle que nous ne la trouvons chez nul autre.
Max Rooses Vlaamsche School, avril 1800.
La Bruyère — la bruyère où rien ne vit réellement que la lumière, ne fait elle pas de Crabeels le plus ancien de nos luministes | Poz DE Mont Vlaamsche School, avril 1892 Nieuwe Amsterdamsche Courant et Algemeen Handelsblad, 26 avril 1892.
Musées et collections particulières possédant
des œuvres de Klorent Crabeels