‹ Tableaux de genre et d'histoire: peints per différens maitres; ou, MorceauxChapitre 2 sur 46 · A MON AMI. Y · texte numérisé non relu

A MON AMI. Y

L'Italie du moyen âge offre moins de sujets au peintre d'histoire. Déjà tout a changé. Un autre empire que celui des armes prélude à la conquête du monde : Rome , qui a vu ^i longtemps les rois fléchir devant ses consuls, les voit s'humilier devant un pontife. Je dirai au jeune artiste : a Prends tes pinceaux, et montre* « nous le superbe Grégoire VU, contemplant ce du haut des remparts de Canossa l'empereur ce Henri lY , qui, dépouillé des habits royaux, «affaibli par le jeûne, et les pieds nus pen- «dant un hiver rigoureux, se prosterne les « bras en croix, sur la terre glacée, pour obtece nir un pardon qu'on lui fit attendre longce temps. »

Mais si le jeune amant des arts , indigné de tant d'abaissement, préfère consacrer à lamé* moire , des exemples de dévoûment ou de patriotisme, qu'il peigne, sur les rives de l'Amo, une faible femme ^ Chinzica, sauvant par son courage les murs et la cité de Pise , quand tous les habitans effrayés fuyaient devant les Sar-* rasins ; ou bien qu'il nous transporte au milieu

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déi^ horreur» du sâége d'Ancooe. Erriut dans les niiirs de la vîUe que rayagent la ÙLmine H la guerre, une fiamme d'dm noble naissance , jeune, bdle, chaste épouse et tendre mère, rencontre au pied des remparts un soldat expi*» rant dé besoin. « Je suia bien faible, lui dit* ce elle , et le lait conunence à tnanquer à mon « eiirant; mais approche tes lèvres, et si mon a sein en contient encore (quelques goùttôs ^ «reprends des forces, et va c(Hnbattre pour «ton pays, n Femme plus héroïque en<^ore que Chinzica, puisque Tune n'exposait (|ue sa vie, et que l'autre sacrifiait les deux seh* timeiis les plus chers à son sexe, l'amour ma-ternel et la pudeur!

Si dé nos jours , liunr anû , l'Italie n'offre plus d'aussi beaux sujets à ta peinture, à la poésie, à l'histoire, il faut l'en plaindre, et non pas l'en accuser. Un puissant génie, l'associant au sort de la France , lui présageait de grandes desti* nées ; mais cette espérance d'union , de force et dé prospérité s'est évanouie pour elle oonlime une vapeur brillante et fugitive. La Lombar-

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die gémit, à pi'éseat, sous uq sceptre de plomba Rome a trop oublié ce qu'elle dut de splendeur atis stèdes d'Auguste et dé Léon X. Sous le heauLciel de Kaples, les lauriers ne grandissent plu» cpjt'aupràs do tombeau de Virgile : le suceesseur pofi dés Médlcis semble seul prendre plaisir à faire. fleurir^ en liberté, les lettres et les beai^x^airtS'dans les riches Tallées de l'Amo. L'Italie moderne n'offre à l'écnYain comme à l'artiste que des t£d>leaux de genre : et vous, naton cher iSiehnetz , €pxun beau toléot appelle au premier rang de nos peintres d'histoire , il vous a fidlu remonter vers des sièdes éloignés <Mi toiutier vos regards du coté de la France pour nous montrer, soit un illustre consul, Boëoe dans la l;our de Pavie , soit un prince de l'Église, l^Iazarin mourant à Viiicennes^, entre un grand homme et un grand Eoi,. entre Louîss Xiy et Colbert.

Coflbert et Louis XIV ! noms chers * à la France, chers aux lettres comme aux beauxarts ! Les belles et les héros , les écrivains et les altistes , se pressaient alors en foule autour

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du trônç. Golbert, avare des trésors de rÉtat, quand on les prodiguait à de. vaines conquêtes, s'en montrait généreux envers les talens que la paix favorise. Louis XIV sut les encourager avec magnificence : il mettait sa gloire à réunir à la fois Bossuet et Gondé , Vendôme et Fénelon, Racine et Catinat, dans ce pompeux séjour, élevé par Mansard, embelli par Le Nôtre , et décoré des tableaux de Le Brun et des chefs-d^œuvre du Puget«

Les exploits des capitaines étaient alors reproduits sur le marbre , animés sur la toile , célébrés sur la lyre. Ce ne fut pendant long-temps * c[ue victoires et que fêtes , que grandeur et magnificence ; mais la nation paya chèrement ces jours d'une splendeur trop tôt éclipsée.

Ce règne, qui avait brillé d'un si vif éclat, s'éteignit dans un couchant triste et sombre. a Ijouis XIV, a dit Montesquieu , fiit dupe de tout ce qui trompe les princes, c'est-à-dire les ministres, les femmes et les dévots». Vers la fin de sa carrière, en effet, il consulta trop ses scrupules et trop peu sa gloire. Toutes les

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