Tableaux de la nature
L’histoire ne nous montre que deux hommes dont le génie encyclopédique embrasse toutes les connaissances humaines: Aristote et Humboldt. L’un et l’autre sont philosophes dans le sens que les Grecs attachaient à ce mot: curieux de soulever un coin du voile qui nous cache de si grands mystères, ils ont appliqué leur vaste intelligence à toutes les œuvres de la création.
Humboldt, qu’on devrait surnommer Y Aristote moderne, est même supérieur à son aîné de toute l’expérience de vingt et un siècles. Initié à toutes les sciences, il les a enrichies d’observations et de découvertes qui suffiraient à la gloire de plusieurs savants. Voyageur dans les deux hémisphères , depuis le f»0e degré de latitude nord jusqu’au 12e degré de latitude sud, il a révélé les plus grandes lois de la physique générale, et agrandi les domaines de la géographie et de l’histoire naturelle. Il y a un demi-siècle qu’il visita l’Amérique tropicale, et à l'âge de soixante ans il
parcourut les steppes inexplorées de l’intérieur de l’Asie. Presque octogénaire, il commença la publication du Cosmos, travail monumental que lui seul avait reçu mission d’entreprendre. Enfin, l’année dernière, il fit paraître la troisième édition des Tableaux de la Nature, dont les additions considérables forment en quelque sorte un livre nouveau. Dans ces additions on retrouve la même vigueur de pensée, le même éclat de style , que l’on admire dans la première édition, œuvre de sa jeunesse.
C’est bien plutôt à Humboldt qu’il faudrait appliquer ces paroles d’un ancien : lu eo natura quid efficcre possit videtur experta. Napoléon, Cuvier, Chateaubriand, naquirent dans la môme année qu’Alexandre de Humboldt. Ils gardent le repos éternel. Seul le sage de Posldam ne se repose point: il continue à étonner le monde par des chefsd’œuvre.
Rendre les beautés du livre allemand tout en respectant le génie de la langue française, c’était une lâche bien difficile. Je l’ai essayé: le public jugera si j’ai réussi.
IIOEFER.
•. , Paris, septembre 18îi0.