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Tableaux par feu Trouillebert

KST avec kl plus giaiulo joie que , répondant à la ileinaiide de M'"'^ V^^ Trouillebert, j'ai accepté l'honneur de présenter au public l'exposition post hume de celui qu'elle pleurera longtemps.

Je n'ai connu Trouillebert qu'en i885. Le lendemain de notre première entrevue, nous étions déjà de vieux amis.

Il ne prenait point les gens par la douceur de son visage, où il y avait plutôt du commandement. Il les conquérait tout de suite par sa chaleur artistique, par l'ardeur qu'il mettait à l'application de son art, par sa générosité, son enthousiasme et son dédain aussi.

Il ne s'étonnait point d'être méconiui par beaucoup : il méprisait si conqjlétement « les marchands de chocolat ! » II appelait de la sorte les artistes doués de qualités commerciales qui ne travaillent jamais que dans l'intention de vendre, — reproduisant incessamment le motif demandé.

Il comprenait, certes, qu'un artiste cherchât à vivre de son pinceau. Il n'admettait point qu'on ne travaillât uniquement que dans l'intention du gain à faire.

PREFACE

Ses sujets, il les a tous pris dans la nature, ou plutôt il a été pris par eux en pleine nature.

Il n'est pas allé en Hollande pour faire des moulins. Quand il en a vu dans le pays cher à lillustre graveur Storm Von"s Gravesande. il a |)eiiit directement — et sur la toile définitive, — ceux «qui lui disaient quelque chose.» Il a totalement ouhlié que .lon^ukind en avait fait avant lui. Tjiouilleberï s'est senti dans la hrume du nord devenir Hollandais ; il a du même s'imaginer qu'il n"y avait jamais eu de Hollandais avant lui et, avec une âme imprégnée de l'air du pays, il nous a donné la physionomie exacte de ce qui avait tenté son pinceau.

Instinctif, il la été ainsi en tout. Chose étrange, il ne s'est jamais si hien retrouvé lui même que dans les toiles où certains voulaient levoir la manièi'c de Corot.

Très hon enftuit, il était souvent invité ici ou là par des amis. Partout son plus grand plaisir était de fixer aussitôt sur la toile le motif qui lui plaisait le plus sur les hords de la Seine, de lOise, de la Loire... ou de l'Adriatique et de l'oflrir à son hôte .

— Ce qui doit importer à un [)eintre, disait-il souvent, c'est de peindre.

Et, quand il avait peint plus que la toile destinée à l'ami. il se hâtait au retour, en vieux collectionneur, d'aller cacher dans un cahinet où md n'avait accès, le deuxième lahleau dont il était particulièrement conicnt.

Il le trouvait trop heau pour être vendu. Quand il ne l'avait pas promis, aussi, il le gardait. Il éprouvait grand

PREFACE

|)laisir à le revoir on dans le salon (Tun ami on dans ce eahinel nnsh'riciix (|n"on n'a eonnn (|n"ii|)rès sa niorl.

Cesl là (jue M'"^' Tholillebeut a décoiiverl la |)ln|)arl des motifs qne MM. Chaîne et Simonson exposent anjonrdhni: ruelles dont un couteau à palette a solidement construit les maisons ; natures mortes enlevées d'une touche laroe et puissante; paysages saisis dans le ])ays où le peiiilre. venant de se remarier, a vécu ses meilleures années ; Heurs exquises et huissons discrets ; églises poétiques ou termes réalistes.

Le grand mérite de TuoLu.LKi3KHr était d"ètre un peintre complet, qui, loin de s'être cantonné dans un genre, savait traiter, et de main de maître, tous les sujets, aussi habile à faire vivre la chair d'une femme qu'à montrer un arbre secoué par la brise. Ses portraits sont d'absolues merveilles. Il en est dans l'Exposition deux que les ennemis mêmes du paysagiste seront contraints d'admirer : ceux de ^I""^ Jean Bernard et de M'^^^ G. C.

Faut il rappeler que. dans les ventes qu'il a organisées à l'Hôtel Drouot. il ne manquait jamais de mettre par coquetterie quelques études de nu. qui étaient tout de suite poussées jusqu'aux prix les plus élevés? C'est qu'il peignait la chair avec la même conscience, le même amour que le paysage. On en jugera par les dix études exposées chez MM. Chaîne et Simonson,

Pour qu'on ait une idée absolue de la variété (\u talent de Tuolillebeut, il ne manque à la belle Exposition

PREFACE

soumise au public que des souvenirs de Venise. Le peintre les aimait tellement qu'il les a tous donnés à ses amis. Ce dernier trait ne suffirait-il pas à décrire l'homme ?

Par ce qui précède, on doit s'apercevoir que je l'aimais beaucoup. Tous ceux cjui l'ont bien connu ont professé pour lui la même affection.

Tant que durera la nouvelle Exposition, je me rendrai, chaque fois que je le pourrai, à la Galerie des Artistes Modernes. J'irai revoir les toiles c[ue préférait mon ami, celles qu'il a gardées peut-être, tant il était bon, dans la secrète espérance de laisser après lui une fortune à sa femme.

Charles CHINCHOLLE.

Catalogue

1 — Danaé

2 — Orange

3 — Cléopâtrç

4 — Citrons

5 — Ruelle à Candes

6 — Ruelle à Candes

7 — Vieilles Maisons à Quingey

8 — Baigneuse

H. o"'5o — L. o"'éo

9 La Reine des Grenouilles

10 — Femme blonde étendue

11 — Esquisse Ariane abandonnée

12 — Eve

13 — La Vienne à Saint-Germain (Indrc-&-Loire)

14 — La Loire à Chouzé

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