PRÉFACE
HARLES SEDELMEYER Pend sa collection de tableaux !
Quand cette nouvelle se répandit dans le publie — et Dieu sait avec quelle rapidité! — ce fut chez tous les amateurs de tous les mondes une fièvre extraordinaire de curiosité, un mouvement unt-
versel d'attention, et lon s’en vint à l'Hôtel de la rue de La Roche-
foucauld, à cette galerie qui fut le theatre de si belles fetes d'art, pour avoir confirmation de la nouvelle, pour tächer de voir, pour connaitre, avant tous les autres Parisiens, un détail, si mince füt-il, de ce coin qui fut si parisien.
Ceux qui feuilleteront ce premier catalogue constateront aisément que la réalité leur reserve plus de surprises encore que leur imagination n'en pouvait rever. Ce qu'ils verront depassera de beaucoup en splendeur ce qu'ils pouvaient esperer voir; mais ts feront bien de ne pas se deémunir en une seule fois de toute leur provision d'etonnement, car les autres ventes, qui suivront la première, leur menageront d’'égales revelations et des joies egales.
Quand je sus quelle decision grave Ch. Sedelmeyer venait de prendre, je pensai bien que cette décision n'avait pas pour cause déterminante un caprice d'homme qui a réusst dans la vie. Il avait fallu, pour amener à cette dispersion colossale l’infatigable amoureux d'art qu'est Sedelmeyer, une de ces secousses cruelles, qui vous détournent pour un temps de tout ce qui était l'objet d'une passion et la loi directrice d'un effort.
Certes, le célèbre marchand de tableaux, l'amateur erudit et competent qui, depuis plus de cinquante ans, est sur la brèche, arrachant à l'oubli des talents qu'il convient d'admirer, eveillant chez ses clients le goût des collections, cet homme, dont le labeur fut énorme, aont l'effort en faveur de l'art fut inlassable et fecond, et dont l'autorité, comprise de tous ceux qui s'étaient éduques de son savoir, est égale à cet effort, cet homme avait bien gagne de trouver, au soir de la vie, les annees de repos, les années d’'apaisement, quand ce ne serait que pour pouvoir, dans le recuetlle-
ment, mais sans orgueil, jouir du spectacle de l'œuvre accomplie.