‹ Tableaux, première vente (volume 2)Chapitre 21 sur 233 · XII COLLECTION CH. SEDELMEYER · texte numérisé non relu

XII COLLECTION CH. SEDELMEYER

regret — se recommandent par deux œuvres rarissimes : le « Denier de Cesar » et le « Portrait d'un Noble italien », du Tiütien; le « Christ en Croix », de Murillo; des portraits saillants et caractéristiques, de Bronzino; le < Portrait d'un Poëte » de Bartolomeo Veneto; le « Canale Grande», de Canaletto; la « Place Saint-Marc », de Guardi; plusieurs vierges et enfants, de Francia; une « Sainte Catherine >. de Bernardino Luini; ete. Enfin, parmi les prümitifs, st curieux, st forts, si grands, st précieux au point de vue des documents qu'ils fournissent avec une magnifique et prodigue abondance, je retiens spécialement les œuvres de ÆAmberger, de Bruyn, Lucas Cranach, Mabuse, Antonio Moro, Mostaert, le Maitre de la « Mort de la Vierge », Van Orley, Pourbus, Rogier van der W'eyden, etc.

Enfin, pour la quatrième vente, on a reserve les œuvres des diverses Écoles modernes ; et si l’on songe aux manifestations d'art multiples qui se sont produites pendant le xI* siècle, on comprendra quel champ vaste s’offrait à un collectionneur aussi averti que Sedelmeryer; il devait y glaner à pleines mains : c'est ce qu'il fit.

L'École de 1830 l'attira naturellement, et il en a retenu des œuvres tout à fait caracteristiques : de Corot, des effets de matin et des paysages d'Italie, ainst qu'une figure nue; de Daubigny, un « Lever de Lune », une toile fort importante qui figura à l'Exposition universelle de 1878, des « Moutons au bord de l'Oise », et quelques « Bords de l'Oise » tout à fait savoureux; de Delacroix, une page d'histoire anecdotique, ou l’äme romantique palpite délicieusement, « Henri IF et Gabrielle d'Estrées »; de Diaz, une page de dimensions colossales et telle qu'on n'est pas accoutume d'en rencontrer dans les collections, les « Dernières Larmes », tableau que le peintre executa pour l'Exposition universelle de 1855; de Rousseau, des coins de forèt comme til savait st bien les peindre ; de Meissonier, «M. Thiers sur son lit de mort» et des études qui Jurentchaudement et justement disputées, lors de la dispersion de son atelier ; de Troyon, une « Charrette attelée de Percherons », d'un effet puissant et qui suffirait à assurer le renom du célèbre animalier; de Marilhat, des paysages ensoleillés. Ensuite, tl y a ceux qui ont continué l'École de 1830: la « Paysanne allaitant son Enfant » et le « Retour des Moissonneurs », par Jules Breton ; de larges paysages, à expression mystique, par Adrien Demont ; le très vigoureux portrait de Gustave Doré, et une étude de femme nue, un morceau peint en pleine pâte, par Carolus Duran; et d'autres œuvres encore par Bergeret, Emile Breton, J.-P. Laurens, E. Frère, Heilbuth, Henner, James Tissot, Vollon, M“ Tournier-Cuno, ete. Enfin, les Écoles étrangères

modernes devaient fournir à ce contingent, déjà si brillant; et elles ne pouvaient étre

PRÉFACE XHII

mieux représentées que par des maitres tels que Louis Knaus, Otto Rasch, Blommers, Goupil, de Jonghe, Knyf, Joseph Lies, Madou, Alfred Stevens, Willems, Frith, alter Gay, Gegerfelt, Wahlberg, Domingo, Palmaroli, Tito Lessi, Pettenkofen, Munkacsy, ete. Est-il necessaire d'ajouter qu'à côté des œuvres peintes, Ch. Sedelmeyer avait egalement retenu des dessins et des aquarelles de ces artistes, feuillets délicats auxquels, enfin, le goût public a accorde la vogue qui leur etait due. # x x

On trouvera dans les catalogues la description de chaque œuvre, sans commenlaire sur sa qualité, que les amateurs apprécieront lors des expositions précédant les quatre ventes : l'est regrettable toutefois que le temps ait manguëé de donner des reproductions plus parfaites et plus dignes de l'importance de la collection.

Mais 1 faut me borner : je n'ai fait qu'exprimer à traits rapides la revue de cette collection, l’une des plus nombreuses et certainement l'une des plus importantes qui aient été depuis quarante ans livrées au feu des enchères, selon la formule consacrée. Au debut de ces lignes, je disais qu'il s'agissait là dun musee: je maintiens le mot. Quand on pense au magnifique champ d'étude, à l'incomparable instrument de comparaison qu'offre une pareille réunion, quand on mesure tout ce qu'il y a de gente et de rayonnement de beaute dans ces œuvres créées au cours de cing siècles, on ne peut se defendre d'un regret à l'instant où tout va s’en aller par morceaux, aux quatre coins du monde. Certes, cela fera des heureux: il s'y trouve tant de joyaux qui vont devenir la parure et l'orgueil d'autres collections ! mais on eprouve une sensation pareille à celle qui vous étreint lorsqu'on a entendu une symphonie : on était sous le charme des grandes masses orchestrales; on avait l'âme secouée par l’éclatante pensée du musicien, l'oreille pleine de sonorttes enchanteresses; et, tout à coup, le silence se fait, la salle se vide, les instruments rentrent dans leurs étuis; sur le bord de son pupitre le chef d'orchestre dépose son bâton, et l’on a comme un voile de tristesse qui vous passe sur les yeux : Sedelmeyer, qui fut l'organisateur patient et laborieux de cette symphonie, vient de déposer son bäton. Qu'il soit loue et qu'il soit plaint ; mais il emporte dans sa retraite la certitude d'avoir bien mérite de l'art, cet art qu'au fond il aime toujours passion-

nement et au service duquel ll donna les plus vaillantes années de sa vie.

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