VI COLLECTION CH. SEDELMEYER
Le besoin de la retraite justifiait chez lui déja le désir dinterrompreses affaires. Il avait vu ses gendres et d'autres membres de sa famille, un temps ses collaborateurs, se separer de lui pour créer eux-meémes des maisons, et le septuagenatre qu'il est pensait qu'il serait sage de mettre le point final à son activite. Mais une circonstance infiniment douloureuse est venue précipiter sa déterminaion, qui flottait indécisise. La chère compagne de toute sa vie, celle qui avait eté la confidente aimée de ses heures de bataille, et avec qui il se préparait à feter sa cinquantaine, lui fut enlevée, il y a deux mois, et Charles Sedelmeyer sentit que quelque chose se brisait en lui.
Plusieurs jours après le deuil qui le. frappait st brusquement, il me disait : « Je ne me sens plus le goût de continuer ». Et du ton dont il prononçait ces mots, on devinait l'angoisse qui l'étreignait, la subite révolution qui s'était opérée en lur, au point qu'il ne vit plus dans tous les chefs-d'œuvre qui garnissaient sa galerie — un véritable musée dont une capitale pourrait s’enorgueillir — que les témoins inutiles d'un bonheur à jamais disparu. |
Et c'est pourquoi, ainsi que par l'obligation de liquider la succession, on va vor passer aux enchères non seulement son stock commercial, mais encore sa collection particulière, soit un millier de tableaux des maitres les plus illustres de toutes les ecoles. J'ai hate de parler de ces tableaux, autour desquels vont s'allumer toutes les convottises : mais je veux, auparavant, rappeler brièvement les étapes de la carrière brillante fournie par Ch. Sedelmeyer, ne serait-ce que pour saluer, en lu, l’un des plus fervents et des plus utiles défenseurs de l'art, au nom de ses clients et de ses amts, qui le suivront, dans sa retraite, de leurs regrets sincères, profonds, attendris.
Dès l'age de dix-sept ans, il avait commencé le commerce des tableaux. Exerçcant d'abord à Vienne, sa ville natale, où il forma plusieurs collections, notamment la célèbre collection Gsell, il fut le premier à y faire pénétrer les œuvres de l'École francase de 1830. 4 partir de vingt ans, il vint périodiquement à Paris ; il y acquit la certitude que Parts était bien la capitale de l'art etils’y installa, d’abord modestement, faubourg Montmartre,dans un local étroit, mais intime et intéressant, où les amateurs ne tardérent pas à fréquenter assidüment, puis rue de La Rochefoucauld, dans le bel hôtel au jardin duquel il emprunta le terrain nécessaire à la construction de la grande galerie. C'est dans cette galerie, on ne La pas oublié, qu'il dirigea quelques ventes sensalionnelles comme les ventes de Secrétan et Crabbe et où l'on put voir l'exposition des œuvres impressionnantes de Munkacsy, l'exposition Marie-Antoinette et celle d'une partie de sa collection, qu'il n'avait consenti à montrer, il y à trois ans,
que parce qu'il s'agissait de fournir des subsides à une œuvre de charité.