TENTATIVE DE COLONISATION
lo Causes : — du 11 févr. 1536 au 15 juin 1538, le roi est engagé dans sa Troisième guerre: d’autres soucis retiennent son attention. — La trahison de Philippe de Chabot, comte de Buzançois et de Charny, qui a amené le prince, son ami d'enfance, à interdire aux bâtiments français ‘ toutes navigations aux Posssessions portugaises ? :
le 17 oct. 1540, le roi s’empresse de donner commission à Cartier pour organiser l’expédition, avec le titre de “ capitaine général et maître pilote ”. — Le roi veut convertir les sauvages à la foi, établir ses sujets au milieu d’eux, même des prisonniers, qui seront libérés par le fait de leur départ... — Néanmoins, le 15 janvier 1541, François de La Rocque, sieur de Roberval, reçoit le titre de “ lieutenant général, chef, ducteur, capitaine de l’entreprise.” — Le 27 janvier, au délégué d’Espagne, commandeur d’Alcantara, François ler répond en roi chevalier : “ Est-ce déclarer la guerre que d'envoyer là-bas mes navires ? Le s0leil luit pour moi comme pour les autres ; je voudrais bien voir la clause du testament d'Adam qui m'’exclut du partage du monde.’
20 Préparatifs : — Voulant faire acte de bon chrétien, Cartier a sollicité de Paul III une indulgence, le 2 nov. 1540 ; — le 19 mai 1541, il signe son testament en faveur de son épouse. — A ses deux bâtiments la Grande Hermine et l'Emerillon, il joint le Georges, le Saint-Briac et un galion, qu’il charge de provisions pour deux années. Les pilotes sont ses deux beaux-frères Macé Jalobert et Guyon de Beauprest, son neveu Etienne Noel. — Il embarque 376 personnes : 120 marins, 40 arquebusiers, 30 charpentiers, 10 maîtres maçons, 12 couvreurs, une couple de maréchaux, serruriers, médecins ; des laboureurs et leurs animaux domestiques, embryon d’une colonie. — Les six Indiens sont décédés à Saint-Malo, à l’exception de la fillette : la notion erronée des mines du Saguenay qu’ils ont inculquée va faire dévier, échouer la tentative d'établissement. — Le 27 janvier 1541, le cardinal de Tolède écrit à Charles-Quint, jaloux des Français : “Ils se trompent, s'ils croient trouver là-bas de l’or : sur cette côte stérile, il n’y a d’autre richesse que la pêche.” — I] y avait les fourrures et les forêts.
30 Départ : — seul, Cartier est prêt. — Le sieur de Roberval, qui n’a encore réussi à rien organiser, passe en revue les équipages. — Un ordre royal mande de mettre à la voile, — Le 23 mai 1542, les cinq navires
e La féd.,
I o Ille Voyage
ir —
lèvent l'ancre, — Longue et orageuse traversée : l’eau manquant, on abreuve chèvres et porcs de cidre breton.
o Résumé du récit de VOYage : — 1. Les premiers jours d’avût, le ralliement des vaisseaux à Carpont, Terre-N euve. — Le 24, après trois mois, l'escadre jette l’ancre au havre de Sainte-Croix. — Agona à Stadaconé a succédé à Donnacona et ne se montre guère affligé de son décès ; mais la foule indienne est mécontente. Le chef passe, en signe d'amitié, au cou du capitaine ses amulettes et le baise, — Par prudence, Cartier va débarquer au Cap-Rouge.
2. Le 2 septembre, il y fonde Charlesbourg-Royal — en mémoire du 3è fils du roi — Comprenant 2 fortins, l’un sur le rivage, l’autre au sommet du promontoire, reliés pa une double voie d'accès. — Il renvoie en France 2 navires aviser la Cour du retard de Roberval, qu il croit battu en mer par la tempête. — I] fait défricher et semer un potager. — On recueille “ certaines feuilles d’un or fin...des diamants. — Cap- Diamant — polis et merveilleusement taillés. ”
3 LeT, accompagné de Martin de Paimpont et d'une suite, il va vers l'Ouest. — Chemin faisant, il revoit le chef d'Achelat ‘ et lui fait présent d’un manteau écarlate, garni de grelots ” — i] Jaisse deux adolescents pour Y apprendre l’idiome du pays.
4. Le ler octobre, il arrive au pied d’un saut, à deux lieues de Tutonaguy (?) — le saut Saint-Louis. — Puis, avec 4 guides, il arrive à un deuxième — sans doute le Long Saut à Carillon. — A l’aide de b4tonnets en terre, les Indiens lui en signalent un troisième, ‘ qui est avant d'arriver au Saguenay (?). — Faute de vivres, il revient aux barques, où 400 sauvages s'étaient réunis :— Cartier ne mentionne pas le nom d’Hochelaga.— De retour à Charlesbourg-Royal, il apprend le rassemblement des indigènes en foule menaçante.— ‘‘ I] fit mettre notre fort en ordre...” (Ici s’achève brusquement le Récit). — L'hiver se passe : Roberval ne Paraît point... Les hommes se mutinent.
5o Retour en France : — vers la fin de mai, Cartier lève l’ancre, — Le
12 juin 1542, il rencontre Roberval au havre deSt-Jean à Terre-Neuve. — On y fait l'épreuve de l’or : le résultat est satisfaisant — Impatient de mander au roi sa trouvaille, il se dérobe la nuit.— Il aborde à Saint-
Malo, en juillet ou en août.— Roberval Bouverne vers Charlesbourg- Royal.
60 Résultats : — Cartier a agrandi le cercle de ses reconnaissances : —
en 1587, son petit-neveu Jacques Noel vit la carte où il avait dessiné la bifurcation de |’ ttawa et du St-Laurent 5— à environ 100 lieues
délais de Roberval font échec à ses plans. — L’effort du roi était cons dérable pour coloniser, mais les colons furent de mauvaise pro- Venance, faute d’autres. — Le 17 sept, 1541 Charles-Quint averti expédia ses Basques contre le Malouin. — L'or, éprouvé en France, se changea en cuivre, le diamant en mica. — “ Faux comme l'or ou diamant du Canada ”, Fassa en proverbe.— Les armateurs y furent pour
f LR !
PS
tait une immense désillusion, en somme. (V. Hist. de la mar. fr, Ch
leurs frais. — Survint la quatrième guerre de rivalité (1542-44), — C'é. de la Roncière, t, II, p. 307 ; t. IV, p. 307, note).
Roberval est auj. une commune de 219 hab., dans l'Oise (Beauvai-
uru (Valois), et de six autres domaines. — Né à Carcassone, où son père était
lo Jean-François de La Rocque, chevalier de Roberval (1496 ?—1560)
Il dissipa en grande partie sa fortune da Cour comme écuyer d’écurie, à l’armée co Pagnon d’enfance, avec Anne de Montmore (15 janvier 1541) des lettres patentes d ducteur et capitaine de la dite entreprise, ensemble de tous les navires
et vaisseaux de mer.. ‘Pour se mettre en relation avec les sauvages, LE
| ns une vie de plaisirs : à ‘a | | | | habiter le pays et y construire des villes, forts, | | | |
mme porte-enseigne. — omncy, et favori du roi, il reçoit € “lieutenant général, chef,
tonnes ; la Valentine,
L'argent lui manque : Alonce de Ci pour 22,000 et plus. — Le sieur de Lartigue, Pierre
de Bidoux, pirate et traître, lui con
s'embusquant dans les ports bretons...
—1l embauche le célèbre capitaine Jean
II° hon de Saint-Nectaire (ou de Sennet
Court, capitaine, La Brosse, La Salle, Royèse. Voyage de hommes et femmes, matelots et colons.
40 Résumé : — 1, Leg juin, Roberval
la flottille mouille à Saint-Jean de Terreparut le maître pilote, Jacques Après l’entrevue de que'ques a France. — Roberval gouverne
(avril 1542-août 1543)
Jean Alfonse dépose, dans deux femmes avec quelques vivres :
—— un gentihomme débarque aussi: avec son arquebuse : il suivit
son amarte Marguerite — et sa servante — que Roberval reléguait dans l’affreuse solitude, — Elle fut rapatriée par des pêcheurs bretons, après deux ans et demi d’exil, folle de terreur pour toute sa vie.
8. Arrivée à Charlesbourg-Royal, que le chevalier de La Rocque
l’anse d’une ile — la Demoiselle —
mmes restent, sous les ordres de Royèse, jusqu’au ler juillet — Une barque sombra avec huit personnes. — Qu’advint-il dans la suite ? — (Le réct finit
5. Les secours arrivent de France : Senneterre est capitaine de deux vaisseaux, et Cartier pilote. ‘“ Partie en juin 1543, l'expédition est de retour, avec Roberval, huit mois après.” (1544). — C'est le quatrième voyage de Cartier.
5o Résultats : l’échec de la tentative est complet : pas un Français ne demeure au Canada ; — la liquidation, après faillite, est douloureuse : Roberval vend ses vaisseaux, Cartier reste créancier du roi et rentra dans l’ombre.
60 Fin de Roberval : — Ja quatrième guerre contre Charles-Quint est terminée (1542-1544). — Le sieur de La Rocque reçoit (10 sept. 1544) le commandement de Senlis, l’ordre du prélèvement de 1000 hommes de garrison. — En 1548, Henri II lui concède, pour neuf ans, les minières de France ; — en 1557, il le charge de construire les fortifications de Paris. — Selon Thévet, Roberval périt assassiné, la nut, à Paris près du cimetière des Innocents, en 1560.
lo Le châtelain de Limoilou : — François Ier meurt, en 1547, trois ans après le règlement de comptes des explo:ateurs. — Cartier renonce alors à la mer, laissant Henri II à ses batailles. — L'été, il le passe à Saint-Malo: l'hiver, au manoir de Limoilou,—situé à mille mètres de la Manche, vrai observato're de navigation, au sommet d’un mamelon. — Du manoir subsiste encore l’une des portes, ornée d’un écusson rouge : ces ruines se nomment Portes Cartier. — Les actes officiels e qualifiaient du titre de “ noble homme ?, terme équivalent de noble bourgeois. — Son roi oublie de l’anoblir : mais l'estime des Malouins valait titre et parchemins ; — témoin dans les litiges, arbitre dans les contestations, il tint sur les fonds 27 nouveaux-nés, assista à 53 baptémes...(V. Harvut, J. Cartier, 1884).
20 Sa mort : — Ja peste afflige la ville et les environs : il se dépense sans réserve, prodigue de conseils Pour conjurer le fléau. — Le 1er septembre 1557, il expire, le crucifix aux lèvres, dans les bras de son épouse, — laquelle lui survécut jusqu’en 1575...
Son parent, Michel Audieuvre, sollicita et obtint la permission du Chapitre de l’inhumer dans la cathédrale, — Le 29 novembre 1547, le découvreur du Canada avait fondé un obit - messe anniversaire, — moyennant une hypothèque sur ses immeubles.
PET more manmnon
30 Son mérite : Ja Cour d'Espagne s'enrichit vite des produits na-
II1° turels du sol — minéraux et végétaux — des régions tropicales, accessibles en toute saison à ses navigateurs, — La Cour de France aspire Dernières trop vite aux mêmes avantages en des contrées inhospitalières ; — “Les Français se trompent, écrit (27 janvier 1541) le cardinal de Toannées | lède à Charles-Quint * sur cette côte stérile, il n'y à pas d’autres richesses que la pêche.” — Le cardinal se trompe lui-même, car il y avait de de riches fourrures et des forêts sans fin de bois de construction. .. Les Espagnols et les Portugais se portaient en foule aux nouvelles terres : J. Cartier en France, le récit des marins concernant les orages, les brouillards,
F les banquises, les longs et rudes hivers, les attaques des sauveges... rendit le recrutement à peu près impossible, — Roberval n'était ni organisateur, ni explorateur, ni manieur d'hommes: le roi, son ami 1° voulait refaire la fortune d'un prodigue et d'un dissipateur, en lui cédant un tiers des bénéfices, un autre tiers aux gentilhommes, réservant Son mérite le dernier tiers au Trésor en vue de futures entreprises. L'organisation du troisième voyage de Cartier montre, à l'évidence, qu'il avait plus de tête, d'estime, de crédit, d'esprit de suite. — Il mérita ainsi de donner à la France La Nouvelle France, tout un empire — non apprécié avant Richelieu, Colbert et Talon — aujourd'hui plus riche que le Pérou et toutes les Antilles...
40 8a mémoire :--]u gloire, | est venue couronner le En 1835, le
sième centenai
ticité de ces restes par une 2° (V. Gal, hist. t, VIII, Québec, En 1885, le 23 septembre, septième Sa Mémoire cinquantenaire de son débarquement à Stadaconé. — En 1889, au confluent des rivières Saint.( “harles et Lairet, ils ont érigé un cippe, orné d'inscriptions commémoratives, et dressé une croix monumentale, — En 1901, érection de la paroisse Notre-Dame de Jacques-Cartier ; — et, depuis, de celles de Saint-Malo et de Limoilou, à Québec
Sa ville lui devait une statue, digne de ses exploits : elle ln luis © siée, le 23 juillet 1905. — Le Canada français, — grâce au talent et à la verve du chansonnier breton, Théodore Botrel, qui s'est fait applaudir, ainsi que son épouse, de toute la province de Québec, — y a contribué pour la somme de 15,000 francs. — Le président du comité d'érection concluait son discours Par ces mots : “ J'offre cette statue au culte de tous ceux qui seront fiers de saluer en elle un découvreur au dacieux, un conquérant pacifique, un vrai Français, un bon Breion, un france Mo.
louin, Jacques Cartier.” — Un artiste parisien venait de de superbes strophes, œuvre du poè Chapman, hommage du Canada au hér
déclamer te patriote canadien, William os malouin.
I° Rivalités au sujet de Terre-Neuve