LE BOURREAU
màOHERT.
Dieu ayant touIu faire gouverner les bpmmes par des hommes, da moins extérieurement, il a remis aux souverains l'ëminente prérogative de la punition des crimes ; et c'est en cela surtout qu'ils sont ses représeutans
De cette prérogative redoutable résulte l'existence nécessaire d'un homme destiné à infliger aux crimes les châtimens décernés par la justice humaine j et cet homme , en effet , se trouve partout , sans qu'il y ait aucun moyen d'expliquer comment : car la raison ne découvre dans la nature de l'homme aucun motif capable de déterminer le choix de cette profession.
Qu'est-ce donc que cet être inexplicable , qui a préféré à tous les métiers agréables , lucratifs, honnêtes , et même honorables, qui se présentent en foule à la force ou à la dextérité humaihe , celui de tourmenter et démettre à mort ses sem-
(23 ) blables? Cette tête, ce cœur, sont-Us faits comme les n6tre8 ? Ne contiennent-ils rien de particulier et d'étranger à notre nature ? Pour moi 7 je n'en sais pas douter. Il est fait comme nous extérieurement, il naît comme nous , mais c'est un être extraordinaire ; et pour qu'il existe dans la famiUe humaine , il faut un décret particulier , un fait de la puissance créatrice. Il est créé , comme un monde. Voyez ce qu'il est éàns l'opinion des hommes y et comprenez , si TOUS pouvez , comment il peut ignorer cette opinion cm l'affronter! A peine l'autorité a-t-elle désigné sa demeure, à peine en a-t-il pris possession , que les autres habitations recalent jusqu'à ee qu'elles ne voient plus la sienne. C'est au milieu de cette solitude et de cette espèce de Tide formé autour de lui, qu'il vit seul avec sa femelle et ses petits qui lui font connaître la Toix de l'homme ^ sans eux , il n'en connaîtrait que les gémissemens....! Un signal lugubre est donné; un ministre abject de la justice vient flippe? à 5a porte et l'avertir qu'on a besoin de lui. Il part; il arrive sur une place publique «ouverte d'une foule pressée et palpitante. On Im jette un empoisomtear , un parricide y un
sacrilëge ; il le saisit, il Fétend et le lie sur une croix horizontale ; il lève le bras. Alors il se fait un silence horrible ; et l'on n entend plus que le cri des os qui éclatent sous la barre et les hurlemens de la victime. Il la détache , il la porte sur une roue } les membres fracassés s'enlacent autour des rayons ; la tête pend^ les cheveux se Jiérissent; et la bouche , ouverte comme une fournaise, n'envoie plus par intervalle qu'un petit nombre de paroles sanglantes qui appellent la mort. Il a fini, le cœur lui bat, mais c'est de joie. Il s'applaudit , il dit dans son cœur : Nul ne roue mieux que moi. Il descend ; il tend sa main, souillée de sang, et la justice y jette de loin quelques pièces d'or qu'il emporte à travers une double haie d'hommes écartés par l'horreur. Il se met à table , et il mange; au lit ensuite , et il dort ; et le lendemain , en s'éveillant y il songe à tout autre chose qu'à ce qu'il a fait la veille. Est-ce un homme ? Oui. Dieu le reçoit dans ses temples et lui permet de prier. Il n'est pas criminel : cependant aucune langue ne consent à dire , par exemple , qu'il est vertueux,
qu'il est honnête homme , qu'il est estimable
Nul éloge moral ne peut lui convenir ; car tous
(25) supposent des rapports avec les hommes , et il n'en a point.
Et cependant toute grandeur, toute puissance y toute subordination , repose sur l'exécuteur. Il est l'horreur et le lien de l'association humaine. Otez du monde cet agent incompréhensible , dans l'instant même l'ordre fait place au chaos; les tr6nes s'abîment; et la société disparait. Dieu^ qui est l'auteur de la souveraineté , l'est donc aussi du châtiment.
M. le comte di BIàistee.