‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 51 sur 67 · LA BATAILLE DE DËNAIN · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE DËNAIN

Dttice et deàonun estpro patria mort, HoR.

Vous qui triomphez de vos frères , Morteb , montrez-vous généreux ; N'insultez pas à leurs misères , Et tremUez plutôt d'être heureux.

Songez qu'il suffit d'un outrage Pour rendre un reste de courage A l'orgueil qui yit dans leurs cœurs ; Souvent le lion je relève Terrible y au dernier coup du glaive , Et vient terrasser ses vainqueurs.

Pourquoi , monarques de la terre , Pourquoi ces nombreux étendards ?

Pourquoi cet appareil de guerre , Et ces coursiers traînant des chars?

Où vont, à travers la poussière.

Au bruit d'une marche guerrière , Ces bataillons audacieux , .

Pareils aux troupeaux dans les plaines,

Qui , Tenant des terres lointaines , x.

Chassent les sables jusqu'aux cieux ?

Ils ont dit dans leur espérance :

Punissons d'orgueilleux succè».

Rendons à la superbe France Les maux que ses fils nous ont faits.

Déjà leurs phalanges sont prêtes A venger sur nous ces conquêtes Dont ils gardent le souyenir ; Prompts À commettre en leur victoire Ces mêmes crimes de la gloire Que le ciel leur donne à punir.

Que fera donc ce vieux monarque Qui règne au tr6ne des Français , Et qui , menacé par la parque , L'est plus encore par leurs suctoès?

La faim dévaste èa provinces , Le trépas a frappé ses princes Au sein des peuples effrayés.

Faudra-t«il donc qu'il s'humilie, Et qu'en sa vieillesse il supplie Ceux qu'il vit jadis k ses pieds ?

Hochstedt en ses marais célèbres Avait vu périr nos soldats; Ramillie en ses champs funèbres Les voit se rendre sans combat) ;

En vain y respirant la yengeance»

Villars à Malplaquet s'avance ; Nos jours de gloire n'étaient plus , Et nos soldats , pleuijgnt de rage y Dans cette plaine de carnage Enterraient leurs dirapeaiâc vaincus.

Respectons le destin terrible

D'un roi cpii prie en s'jd»aissant ;

Dieu seul , mortels , est invincible »

Ce Dieu qui seul est tout-puissant.

n estl)eau , quand fe sort nous dompte ,

De savoir accepter la honte ,

Pour sauver un peuple abattu.

Avoir vaincu , c'était^ la gloire ;

Mais savoir céder la victoire ,

Mortels , c'est |Hiis , c'est la vert^!

Mais l'étradger plein d'arrogance , Croyant à des succès certains , Oubliait , dans son insolence « L'instabilité des destins, n n'accordait^ nos prières Qu'une de ces paix «léurtrières, Honte et ruine des états.

Et dans cet accord téméraire Louis trouvait toujours la guerre , Et l'honneur ne s*y trouvait pas.

« Partez , Villars ! allez combattre , Et , s'il le faut , allez- mourir !

Nous , si le ciel veut nous abattre , Sur Tos pas nous irons périr.

Oui , si le sort vous est rd>elle , Moi-même , à mon pienple fidèle , , Je veux annoncer leurs projets , Afin qu'à m'a voix tout s^'assemble , Et que du moins tombent ensemble Le roi , le trône et les sujets.

O vous que la France contemple Gomme ses maîtres ^glorieux , Rois y que ce mémorable exemple Soit toujours présent à vos yeux !

Quelque danger qui les menace , Les Français peuvent sans audace Ne point abaisser leurs drapeaux.

O nos Rois , acceptez la guerre , Vous frapperez du pred la terre , »

Il en sortira des héros !

Pourtsmt l'armée imprévoyante De ces vainqueurs «udacieux.

Dormait dans sa joie itnprudente Sous ses drapeaux victorieux.

Oubliant que , dans sa colère , Le ciel , ou propice ou sévère ,

Fait seul les combats lUalheareux , Les insensés, dans leilr démence , Méprisaient ces fîb de la France , Qu'ils supposaient Taincas par eux.

Soudain les trompettes sonnantes Ont retenti de toutes parts , Et par cent bouches foudroyantes Leur camp Toit battre ses remparts ; Bientôt à travers la, fumée S'avance à grands pas notre armée , .

En poussant des cris de courroux.

Français ! voici le jour de gloire ! ; . . , Osons essayer la victoire , , i . .

Marchqns , efJkqr camp est à nous j

Albemarle , qui s'épouvante Au sein de ses murs foudroyés , Ranime en vain Tardeur tremblante De ses bataillons effrayés.

Partout Yillars , dans la tempête , Calme et terrible à notre tête , Dirige avec art le danger.

Tremblez , Germains f il faut se rendre.

Vaincus , cessez de vous défendre , C'est au salut qu'il' faut songer l

En vain Eugène plein de rage Accourt pour sauver ses soldats ;

En yaia il tente le passage Du fleuve ouvert devant ses pas.

H voit , enchaîné sur les rives , Se rendre ses troupes craintives Que nul art ne peut protéger , Et remporte dans sa retraite L'affront d'avoir vu leur défaîte , Sans pouvoir même la venger.

Tout demeure en notre puissance , Armes , chefs , soldats et drapeaux ; Nous retrouvons cette espérance Qui parmi nous fait les héros.

Bientôt nos villes prisonnières Relèvent leurs blanches bannières »

Libres enfin par ce succès.

Et les sauveurs de 90s murailles »

Yaid^eurs sur le champ des batailles , S'arrêtent en criaiA : La paix !

Au bruit de ce coup de tonnerre , Qui jusqu'à Vienne a retenti ^ Le monde étonné considère Le roi qu'il crut anéanti.

Louis y content de sa vengeance »

Consulte les maux de la France ^ Sans chercher de succès plna grands ; Et y redevenu formidable ,

n signe une paix honorable Gonqnise sur les conqnérans.

" Honneur' à toi , m^ijiarfne Ukotre , Qui f par un Ijtre glorieux , Sus ajouter un nouveau lustre An noble nopi de tes aïeux.

La postérité qui t'admke , Anx jours brillans de ton empire , Fixe^ long-temps se» regards , Car t^te grandeur te fut chère , Et sous les lauriers de la'guenre Tu ûs croître ceux des beaux-arts.

Qu'knporte cp'aujourdfhui l'enyie , Taccusant de yaines hauteilrs »

Cherche à flétrir, ta noble vie Par ses cris calomniateurs !

La calomnie et les o«trages Sont les plus nobles témoignages Qu*un> héros conquiert ici-bas.

Sur la tene où le del l'exile , Sa tâche serait trop facile Si les mortels n'étaient ingrats.

Aristide était grand peut-être , Il fut puni de ses yertus ; On yit Socrate comparaître Deyant les bourreaux d'Anitns.

Quand loi-méille, un Dîeu tmélaîiv Voulut deseendresorla tenre Pour sauver un monde orgueilleux , Pour prix de ses leçons diyines »

C'est le front couronné d*épînes Qu'il hit renroyé dans les deux.

Bt. Eugène Hugo.

LE GIMETlèBE DE LUBEN.

Et moi aussi }'ai yoyagé aux terres lointaines ^ et dans les temps orageux le toit paternel n'a pas toujours abrité ma tête. Dans les gorges brûlantes des mbntagnes de Léon , j'ai regretté ce Tent qui fait si doucement frissonner les flots de la Loire , et sur les rives du Ni^er, j'ai imploré ce soleil de France qui pouvait seul ranimer mes membres glacés.

J'écrirai quelque jour ma vie féconde en traverses , les erreurs de ma jeunesse et de mes vaines amours. Je veux à l'avance vous conter ma promenade au cimetière de Luben.

Près des limites de la ville , sur le chemin qui conduit à Lieberose , s'élève un temple catholique à l'entrée d'une riante vallée.

C'était le soir. J'y dirigeai ma course solitaire* J'aperçus à* ma gauche un berceau chargé de fleurs : un ruisseau d'eau vive en embrassait les contours. J'approchs^i. Ce berceau, ces arbustes

aux rameaux verts et nombreux , ces fleurs qui ne donnaient que des pensées* de jeunesse , de vie et d'amour , recelaient sous leur ombre et dans leurs parfums une pierre tumulaire , présentant pour unique inscription les mots de Itudovic et * de Suicide tracés en caractères gothiques. En jetant vers la source du ruisseau des yeux désenchantés , mes regards rencontrèrent ceux d'une jeune fille, qui, tandis que plusieurs agneaux paissaient à l'entour d'elle , assise près d'une tombe à demi -rompue, balançait n^igemment ses pieds nus sur la surface de l'onde. Alors seulement je vis que le tombeau de Ludovic n'était point le seul que renfermât cette enceinte.

rappelai la bergère -y (on corset était paré d'une rose et d'un souci fraîchement détachés du berceau. Ludovic vous était - il connu, bergère ? — Non,, dit-elle, ma naissanœ date du jour même de sa mort , mais je- sais la complainte qu'a inspirée sa triste fin à un étudiant de Weymar, et , s'il vous plaît , je la chanterai. J'acceptai , et la bergère chanta en s'attendrissant par degré.

O Ludovic ! naguère encore l'oi^gueil et les

délices du Tyrol , qui t'inspira de quiter le rocher natal? N'ayais*tu pas un vieux père à qui ta main dût fermer Içs yeux ? Et les anciens de ton hameau ignoraient-ils que l'air des viUes est mor* tel à l'enfant des montagnes ?

» Lorsque Ludovic apparut dans Luben^ beau comme la première aurore du printemps , toutes nos vierges devinrent rêveuses -, et parmi tant de rivales de grâces et de jeimesse , Ludovic ne put remarquer que Jenny.

» Le cœur du yrai montagnard n'aime qu'une fois et à jamais. S'il est sans espérance , cet amour lui donne la mort.... Et Jenny devait à quelques jours de là s'unir à son Dieu par des liens indissolubles.

» La fiancée du Seigneur est devenue son épouse. Le serment ni^tial a retenti dans le sacré sanctuaire ; tout à coup un homme chancelle , il tombe , un poignard est fixé dans son sein , et son sang a rougi les degrés de l'autel.

» Jenny s'élance et reconnadt Ludovic* Elle saisit sa main défaillante qui se ranime pour serrer la sienne. C'est tout ce que je voulais , dit le

suicide. — - Ludo^c ! s'écrie la TÎerge épIorëe-« LudoTic ne Fentendait plus. »

La bergère s'arrêta et me montra da doigt 1^ tombe de Jenny. Gomme celle du Tyrolien , elle avait été creosëe le jour de la naissance de la jeune chanteuse.

M. L. Th. Pklxcuh.

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