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IV

barbe épaisse, les cheveux raides, la voix forte, et qu'on reconnaissait, en le voyant, un homme qui était né tout près du Tage *. Ce qui nous étonne, c'est que rien dans le caractère de son talent ne rappelle ce pays auquel il était si attaché. En général, les écrivains espagnols se ressemblent; ils ont des qualités et des défauts auxquels on les reconnaît; et ce qui paraît prouver qu'ils les tiennent bien de leur race, c'est qu'ils les avaient déjà dans l'antiquité. La première fois qu'il est fait mention des poètes de l'Espagne (c'est dans un discours de Cicéron), on nous dit qu'ils sont épais et ronflants : pingue sonantes *. Le premier prosateur espagnol que l'on connaisse est ce Porcins Latro dont il vient d'être question, déclamateur fougueux, violent, inégal, tout de premier mouvement. Il y a dans les tragédies de Sénèque des descriptions de supplices et des raffinements de cruauté à rendre jaloux Ribéra. Lucain, dans ses mauvais moments, tombe dans l'exagération et l'emphase, il aime les mots sonores et les pensées voyantes. Dans Martial, on ne trouve rien de pareil ; il n'enfle jamais la voix, il ne cherche pas à produire de l'effet. C'est un des écrivains les plus simples et les plus naturels qui nous restent de toute la littérature latine. Aucun Espagnol ne l'a moins été que lui dans ses vers.

Martial à Rome. — Qu'y était-il allé faire? — Sa vie à Rome

pendant les premiôres années.

En 64, Martial, qui avait alors à peu près vingt-quatre ans, quitta son pays pour aller à Rome. Ce n'était pas

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