‹ TaciteChapitre 22 sur 138 · Dial.f · texte numérisé non relu

Dial.f

Nous ignorons devant quel tribunal il s'est d'abord produit, mais il est très probable qu'il y réussit du premier coup. Pline le jeune, qui débuta quelques années à peine après lui, nous apprend qu'à ce moment Tacite était déjà « florissant de gloire et de renommée* >. La réputation lui était donc arrivée très vite. Ce qu'il fut comme orateur, nous ne le savons pas précisément, n'ayant conservé aucun des discours qu'il a prononcés lui-même. Mais ceux que, dans ses ouvrages, il prête avec tant de complaisance aux personnages historiques permettent de le conjecturer, car il est probable qu'il les a composés d'après sa méthode et ses habitudes. Ici encore Pline nous donne un renseignement important : au sortir d'une séance du Sénat, il écrit à l'un de ses amis : « Tacite a parlé avec beaucoup d'éloquence, et, ce qui est le caractère de son talent, avec gravité ^. > C'est bien ainsi que nous nous le figurons ; Bossuet l'appelle « le plus grave des historiens >, il était sans doute aussi le plus grave des orateurs. On ne peut pas douter qu'il n'ait été très passionné pour un art auquel il devait une renommée si précoce : il n'y a pas de succès qui touchent davantage, surtout lorsqu'on est jeune, que ceux que donne la parole. Un des personnages de son Dialogue^ après avoir dépeint cette sorte d'enivrement qu'on éprouve à imposer ses opinions à tout un auditoire, insiste sur ce qu'il appelle les joies secrètes de l'orateur, celles dont il peut seul se rendre compte. < Apporte-t-il un discours soigneusement travaillé? ses sentiments intérieurs ont, comme sa parole, quelque chose de calme et d'assuré. Se présente-t-il, non sans quelque émotion, avec une composition toute nouvelle et à peine achevée? l'inquiétude même est un attrait qui

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