‹ TaciteChapitre 66 sur 138 · AgriCi 30 et suiv · texte numérisé non relu

AgriCi 30 et suiv

Il est vrai qu'en un autre endroit, il Fa défendue. La i56ponse aux affirmations de Galgacus se trouve dans le discours deCérialis*. C'est une des plus belles pages, des plus fermes, des plus profondes qu'il ait écrites. Cérialis est victorieux; il vient d'entrer dans la ville de Trêves, qui s'était révoltée. Selon le droit ancien, il peut tout se ];)ermettre. Il réunit sur la place publique les citoyens tremblants et qui s'attendaient aux traitements les plus rigoureux. Mais il se contente, pour toute vengeance, de leur démontrer, sans violence, sans menaces, qu'ils ont eu le plus grand tort de prendre les armes. Ses raisonnements sont sans réplique. Il leur rappelle que les Romains ne sont entrés en Gaule qu'à l'appel des Gaulois, leurs aïeux, que les Germains opprimaient. Les Germains étaient alors, comme ils le sont toujours, prodigues de belles paroles. Toutes les fois qu'ils passent le Rhin, ils annoncent qu'ils viennent rendre aux Gaulois leur indépendance; mais faut- il les croire? t Tous ceux qui veulent asservir les nations voisines prétendent toujours qu'ils leur apportent la liberté. » Les Romains au moins n'ont pas pesé lourdement sur le monde vaincu. S'ils imposent un tribut aux peuples qu'ils ont soumis, c'est que, pour la tâche qu'ils se sont donnée d'assurer la sécurité publique, il leur faut entretenir des armées : « or, sans armées, point de repos pour les nations; sans solde, point d'armées, et point de solde, sans tribut ». Pour tout le reste, entre les vainqueurs et les vaincus, il n'y a point de différence, t Vous pouvez arriver à tout, leur dît Cérialis : vous commandez nos légions, vous gouvernez les provinces. Quand les princes sont méchants, nous en souffrons comme vous, plus que vous, car nous sommes plus rapprochés d'eux. Les bons font du bien à tout le monde. Il faut souffrir les

Page 1