‹ Tactique de combat des trois armesChapitre 35 sur 55 · EFFICACITÉ DU TIR CONTRE DIVERS BUTS · texte numérisé non relu

EFFICACITÉ DU TIR CONTRE DIVERS BUTS

Expérience de Spandan.

En vertu d'un ordre de cabinet du 4 juillet 1872, prescrivant d'introduire dans les exercices, à titre d'essai, des formations spéciales, on fit à l'école de tir de Spandau des expériences de tir qui avaient pour objet de faire connaître le degré d'efficacité du feu d'une ligne de tirailleurs contre des buts debout, couchés, en colonne, en ligne et par le fianc. Nous en donnons ci-après les résultats :

l<^But : Un bataillon en colonne double (debout), représenté par deux panneaux de 28 mètres de longueur, placés à une distance de 15 mètres l'un de l'autre.

Nota. Comme il était admis que la majeure partie des balles

traversent les deux panneaux ou cibles, on ne compta que la moitié de celles qui avaient touché le but.

D'autre part, on estima que chaque balle ayant atteint le but mettait 11/2 homme hors de combat, à cause de la formation en ordre profond.

60 hommes, couchés, exécutèrent pendant deux minutes un feu de tirailleurs à 500 mètres.

Total des coups tirés : 81 1 .

Total des touchés : 900, savoir : 394 dans la première et 506

dans la seconde cible.

900 450 Résultat modifié suivant Thypothèse ci-dessus ^ -- — i — ^

ou 675 hommes mis hors de combat.

2° But : Demi-bataillon en ligne (debout), figuré par 24 cibles de 57"6 mètres de longueur totale.

Nota. a. Tous les touchés comptaient;

b. Un quart à déduire pour les intervalles ;

c. Chaque balle qui touchait le but mettait un homme hors de combat.

60 hommes, couchés, exécutèrent pendant 2 minutes un feu lent de tirailleurs à la distance de 500 mètres. Nombre des coups tirés : 906.

— touchés : 565 = 62 p. c.

Déduisant un quart des touchés, il restait 424 hommes mis hors de combat.

3° But : Demi-bataillon en ligne (couché).

Les 24 cibles ne mesuraient que 23 pouces de hauteur.

Le reste comme ci-dessus (n*> 2°).

Nombre des coups tirés : 807.

— touchés : 220 = 27 p. c.

Déduisant un quart des touchés, il restait 165 hommes hors de combat.

4** But : Deux colonnes de compagnie à 50 pas d^intervaUe (debout).

Calcul des coups comme au n^ 1<>.

•' 30 tirailleurs firent fou pendant 2 minutes sur chaqujB com' pagnieà 500 mètres.

Nombre des coups tirés : 826.

— touchés : 892 = 107 p. c.

Déduisant un quart des touchés, il restait 669 hommes hors de combat.

5® But : Deux colonnes de compagnie à intervalle de ^0 pas (couchées), représentées par trois panneaux de 23 pouces de hauteur; le reste conmie ci-dessus.

Nombre des coups tirés : 828.

— touchés : 531, plus 60 ricochets qui furent déduits.

En déMquant un quart des touchés, il restait 428 hommes hors de combat.

6^ But : Demi-bataillon (debout) en colonne par peloton et par le flanc. Chacun des quatre pelotons était représenté par des cibles doubles à la tête, au centre et à la queue.

NotI. On avait recommandé aux tirailleurs des ailes de tirer diagonalement.

Chaque balle qui frappait la double cible mettait 11/2 homme hors de combat.

Déduire un quart pour les intervalles.

Le reste comme ci-dessus.

Nombre des coups tirés : 729.

— touchés : 510 = 69 p. c. ou 571 hommes hors de combat, d'après le calcul précédent.

Le nombre de balles ayant touché les différents pelotons était réparti comme suit :

1^ peloton 162 hommes touchés.

7° But : Demi-bataillon en ligne (debout).

60 hommes furent déployés en tirailleurs; ils se couchèrent et, pendant 2 minutes, exécutèrent un feu de salve à 500 mètres.

Le chef commanda le feu douze fois.

Nombre des coups tirés : 677.

— touchés : 365 = 53 p. c.

Ce qui domiait, d*après le calcul établi au n® 2, 274 hommes mis hors de combat.

Ce feu de salye fut exécuté de deux manières :

L*officier, après avoir indiqué aux hommes les distances et les points de repère, commanda successivement : armeai ! joue ! feu ! Apres quoi chaque homme rechargeait son arme et attendait de nouveau dans la position d'en joue le commandement de feu! Uofficier commanda ensuite aux tirailleurs, couchés, à^ apprêter les armes, les avertissait de viser, et ordonnait ensuite le feu.

Récapitulation du résultat des expériences,

60 tirailleurs, couchés derrière un abri, tirant à 500 mètres (625 pas), mirent en 2 minutes hors de combat :

675 hommes, dans un bataillon à colonne double (debout) ; 669 — dans deux colonnes de compagnie & intervalles

(debout) ; 571 — dans un demi- bataillon, parle flanc, par peloton

(debout) ; 428 — dans deux colonnes de compagnie & intervalles

(couchées) ; 424 — dans un demi-bataillon en ligne (debout) ; 165 — dans un demi-bataillon en ligne (couché).

Cette intéressante expérience fait voir clairement que 2 compagnies en colonne, même couchées, éprouvent autant de pertes que le demi-bataillon en ligne, à rangs serrés et debout; que les pertes de ce dernier demi-bataillon» en ligne et couché, sont 3 fois moins fortes que celles des colonnes de compagnie couchées, et 4 fois moins fortes que celles du bataillon debout et en colonne double.

La ligne est doncla /brmo^tbn normale pour toutes les subdivisions, à rangs serrés, exposées au tir efficace de Tennemi, c*est-

à-dire non protégées par le terrain ou par des abris artificiels.

Mais comme, d^autre part, un bataillon ayant son effectif au complet est déjà un corps difficile à manier à Taide de la voix sur le champ d'exercice, cette formation ne devra jamais être employée dans le tumulte du combat ; elle ne pourra guère être adoptée que pour les réserves qui attendent, soit debout, soit couchées, llnstant d'intervenir. .

En principe, on ne fera usage de la colonne que pour se mouvoir ; toutefois, on la déploiera même dans ce cas, si le terrain le permet. Le déploiement se fera par compagnies ou tout au plus par demi-bataillon (1).

(4) Résumé des principes de la tactique moderne, par le général baron dô Wechmar.

Page 1