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MANIÈRE D'EXÉCUTER ET DE REPOUSSER LES ATTAQUES DE NUIT

Les tacticiens ne se sont guère occupés jusqu'ici des combats de nuit, et cette partie de la tactique n est pas encore soumise à des principes i:jgoureusement déterminés. Il faut prévoir cependant qu'il se présentera des cas où l'on aura recours à ce mode d'attaque. Dans quelques pays, on commence déjà à y exercer les troupes.

Nous croyons donc utile d'exposer ici quelques idées sur la manière d'exécuter et de repousser les attaques de nuit.

L'assaillant devra tenir ses troupes en ordre serré et avancer en colonnes de compagnie à intervalles de déploiement. Grâce à l'obscurité, ces colonnes courront peu de dangers et pourront ne se déployer qu'au moment où elles devront se jeter la baïonnette en avant sur la 1'® ligne ou sur les retranchements de l'ennemi.

L'assaillant ne commencera à tirer que lorsque la défense ouvrira ses feux ; et encore ne le fera-t-il que modérément pour tromper celle-ci sur le point où se fera l'effort principal. Dans ce but, il ne formera un rideau épais de tirailleurs que sur les parties de son front où il aura pris l'ordre mince qui convient au combat démonstratif.

Dans le même but, il dirigera vers les ailes do la ligne ou de la position ennemie et même sur ses derrières, de petits déta~ chements qui prendront un front étendu et chercheront à attirer sur eux le plus de forces possible en fedsant du bruit et en exécutant un feu nourri.

Trompé par ces démonstrations, le défenseur dirigera vrai- Bemblablement une partie de ses réserves vers Idk ailes de sa ligne ou sur la partie que l'assaillant n'a nullement l'intention d'enfoncer.

Les chefs des bataillons ou des régiments de la 1'® ligne assaiUante conviendront, avant de se mettre en marche, d'un certain nombre de signaux- pour s'orienter dans l'obscurité et arriver avec ensemble sur la position. (Ces signaux seront donnés au moyen de sifflets ou d'autres instruments à vent, de lanternes, de fusées, etc.). Il va sans dire qu'au préalable les chefs de bataillon auront fait reconnaître, ou reconnu eux-mêmes, pendant le jour, le chemin qu'ils devront parcourir la nuit.

Les plus grandes précautions seront prises et de nombreuses recommandations devront être faites pour observer l'ordre et le silence, maintenir les troupes dans le calme, les rendre attentives aux commandements, prévenir les feusses alertes, éviter qu'on ne se trompe de chemin, qu'on ne se disperse avant le moment voulu, et surtout que les diverses fractions ne tirent Tune sur l'autre, si l'ennemi, comme il ne manquera pas de le faire, lance de petites colonnes en avant pour jeter du désordre dans la ligne assaillante.

Afin de déjouer ces combinaisons, la défense prendra les mesures suivantes :

1® Si l'armée est en position et qu'elle ait le temps d'organiser sa défense, elle établira le jour, à 2,000 mètres environ de son front et de ses ailes, une ligne de bûchers auxquels on mettra le feu À l'entrée de la nuit, et qui devront pouvoir brûler jusqu'au jour;

2° En arrière de ces bûchers, on placera des sentinelles et des petits-postes ;

3° Entre la ligne des bûchers et la T® ligne de défense, sur des points repérés d'avance, on établira des sentinelles doubles qui auront pour mission de hisser une lanterne de couleur ou de tirer une fusée au moment où une colonne de troupes ennemies arrivera à 50 pas du point qu'elles occupent ;

4*^ Aussitôt qu'à la clarté d'un bûcher on apercevra une tête

de colonne, rai*tillerie de la défense dirigera sur ce point un feu vif et de courte durée ;

5° Lorsqu'une lanterne sera hissée ou une fusée tirée dans la zone en arrière des bûchers, l'infanterie la plus rapprochée dirigera sur ce point un feu de salves à plusieurs hausses en laissant écouler toutefois une demi-minute pour donner aux signaîeurs le temps de se cacher dans un abri construit à cet effet ou de se replier latéralement (ce qu'ils feront de préférence) ;

6^ La défense fera lancer par l'artillerie des balles à éclairer, dont, à l'avenir, tout parc d'artillerie de campagne devra être pourvu.

7° Si l'on n'a pas de ces balles, on formera, à bonne portée de la mousqueterie de la position (700 mètres), des amas de paille ou d'herbes sèches auxquelles les hommes préposés à cet effet mettront le feu dès qu'ils entendront l'ennemi s'approcher;

8" On emploiera les feux de salve à plusieurs hausses lorsque l'ennemi sera vu ou signalé à plus de 600 mètres de distance. Aux distances plus rapprochées, les feux de salves avec une seule ligne de mire seront également plus efficaces que les feux individuels; mais lorsque l'ennemi sera si près, la troupe n'aura généralement plus assez de calme ni de sang-froid pour rester attentive à la voix de ses chefs ;

9** Pour que la mousqueterie produise de l'effet la nuit, il est indispensable de recommander aux soldats de tirer au-dessous du point où l'ennemi apparaît ou est supposé se trouver ;

10® L'un des moyens de défense les plus efficaces, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, consiste à porter en avant de petites colonnes composées de soldats déterminés conduits par des officiers de choix, qui se glisseront entre les troupes assaillantes, leur lanceront quelques salves, puis disparaîtront subitement dans les ténèbres. Il est à présumer que souvent cette manœuvre aura pour résultat de mettre en présence plusieurs colonnes* assaillantes qui se prendront mutuellement pour ennemies ; et, dans tous les cas, elle produira un temps d'arrêt dans la marche et jettera du désordre dans la ligne ennemie qui, par suite, se désunira et ne pourra plus donner l'assaut avec l'ensemble voulu ;

11° Les troupes de l'* ligne de la défense se tiendront dans leurs tranchées, sur deux rangs. Si elles n'ont pas d abris, elles se coucheront jusqu'au moment où l'ennemi arrivera dans la zone des feux efficaces ;

12o On leur fera toutes les recommandations et on leur donnera toutes les indications nécessaires pour assurer Tordre dans le combat et surtout pendant la retraite ;

13° La grande difficulté, dans les combats de nuit, sera de faire soutenir les troupes les unes par les autres ; or, comme le dit excellemment un général russe (1), « l'art de se soutenir mutuel- »♦ lement a toujours été et sera toujours le secret de la vic- » toire w ;

14° Le soldat étant la nuit sujet à s'alarmer promptement et à exagérer les moindres incidents qui se produisent, il sera indispensable de simuler en temps de paix des combats nocturnes pour familiariser la troupe avec le spectacle étrange et vraiment émouvant que présentent ces combats.

Dans ces exercices, on devra tenir surtout à ce que les bataillons disloqués se rallient promptement.

Il y aura beaucoup d'expériences à faire pour trouver les meilleurs moyens d'arriver à ce résultat et de rendre moins grave le désordre qui doit nécessairement accompagner et surtout suivre les attaques de nuit.

Ces moyens, appliqués dans les camps, donneront sans doute de bons résultats, mais il ne faudra pas se hâter d'en conclure qu'ils réussiront de même dans les combats réels.

C'est ce qui nous porte à croire que les attaques de nuit, malgré la Êiveur dont elles sont actuellement l'objet, ne réussiront que dans des circonstances exceptionnelles.

(i) Skobeiew, dans un ordre du jour donné pendant son expédition contre les Tekkès. (Voir V Invalide russe du i6 avril i884).

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